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15 fév

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La route de Béthune

15 fév

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   C’est vers 1770 que les Etats d’Artois décidèrent de l’aménagement d’un grand chemin entre Lens et Béthune. Quelques années plus tard, la voirie fut pavée. Après avoir été appelée route royale de Bouchain à Calais, elle devient en 1811 la route impériale n°50. Avec la loi sur les axes routiers de 1824, elle est baptisée route nationale n°43 de Metz à Calais, nom qu’elle conservera jusqu’à la réforme de 2006 quand elle devient la route départementale 943.

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    La route de Béthune aurait pu être le site de la bataille de 1648 entre Condé et l’armée espagnole. C’est par cet itinéraire que le Prince de Condé ordonna la retraite de ses troupes lors d’un assaut des espagnols le 19 août laissant ainsi croire à la victoire pour l’archiduc de Habsbourg. Le lendemain, Condé décida de combattre dans un autre secteur de Lens et remporta la victoire qui mit fin à la guerre de 30 ans.

   Difficile de croire aujourd’hui que l’ensemble des terrains longeant la route de Béthune, qui s’étendait alors du carrefour des Grands Bureaux au Chemin Manot, appartenaient depuis la fin du 19ème siècle à une seule entreprise : la Société des Mines de Lens. La « propriété privée » s’étendait de part et d’autre de l’axe routier jusqu’à la route de La Bassée au nord-est à l’avenue Alfred Maës (avenue de Liévin alors) au sud-ouest.

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   C’est en bas de la route de Béthune, dans un quartier appelé Sainte-Elisabeth, que la Société des Mines de Lens fit creuser sa première fosse en 1852. Ce secteur devint rapidement le centre de la compagnie minière dès la seconde moitié du 19ème siècle. Outre la fosse et son chevalet, on y trouvait les services administratifs, les ateliers, un dépôt ferroviaire et les premiers corons.

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   Lors de la Première Guerre mondiale, la route de Béthune fut l’un des sites où les batailles firent rage pendant les quatre années du conflit. Les troupes allemandes, réfugiées dans Lens y creusèrent des tranchées et érigèrent des blockhaus pour repousser les troupes alliées venant de Loos (qui n’était pas encore Loos-en-Gohelle).

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   En août 1917 lors de la bataille de la côte 70, c’est sur la route de Béthune que le soldat canadien Filip Konowal réalisa les exploits qui lui valurent la croix de Victoria, la plus haute décoration de l’Empire britannique. Son travail était de dénicher les allemands cachés sous terre. Il aurait éliminé à lui seul 16 ennemis en deux jours de combats. En souvenir du soldat Konowal le 22 août 2005, une plaque a été posée sur le muret figurant l’entrée d’une tranchée derrière une borne Vauthier. La borne Vauthier, du nom du sculpteur qui la réalisa, marque l’endroit exact de la ligne de front en juillet 1918, les points extrêmes qu’attinrent les troupes allemandes avant d’être définitivement repoussées.

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   Au début des années 80, le renfoncement dans ce muret sert surtout à entreposer ordures et objets divers. En accord avec la municipalité, le site est nettoyé et rénové par les services techniques des HBNPC.

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    Tout près de là se trouve le monument aux Morts des ouvriers, employés et retraités des mines de Lens de la Première Guerre mondiale. Dans un petit square à l’entrée duquel on trouve une plaque avec ce texte : « Ce monument et ce square sont placés sous la protection des mines, des mineurs et de leurs familles » est érigé le monument où sont posées 48 plaques (neuf autres sur un muret derrière la construction). En tout 906 noms de salariés et retraités des mines de Lens, des militaires tués au combat et des victimes civiles. Ce monument a été inauguré par Félix Bollaert le 4 octobre 1925, jour anniversaire à la fois de l’arrivée des Allemands à Lens en 1914 et de la libération de la ville quatre ans plus tard.

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   Après la Grande Guerre, la ville de Lens a dû redessiner son plan d’urbanisme. Il fut établi que les routes nationales traversant la ville auraient la taille suivante : trois mètres pour les trottoirs de part et d’autre et une voie large de huit mètres au centre. Un accord du être passé avec la Société des mines de Lens, celle-ci concéda à la ville la surface nécessaire à l’élargissement de la route.

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   Du côté des Mines de Lens, débute dès 1919 les travaux qui permettront de relancer la production. En accord avec la municipalité, le quartier Sainte-Elisabeth est repensé. Une artère est créée pour permettre de rejoindre la route de Béthune au centre-ville par l’avenue du Quatre Septembre.

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   Après le pompage des galeries inondées par les Allemands et la réparation du cuvelage, la fosse 1 est remise en service en 1922. Equipée d’un chevalement en béton, elle cessera d’extraire dès 1929 mais continuera d’assurer le service et l’aérage jusqu’à sa fermeture définitive en 1960.

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   Le puits est comblé en 1971 et le chevalet est détruit le mardi 22 juillet 1986.

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   Après la Grande Guerre, des abris de fortune, des demi-lunes en tôles abritèrent les ouvriers chargés de la reconstruction des mines.

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   Dès 1920 commença la reconstruction des cités tout le long de la route. Les habitations des corons ont alors des formes architecturales bien différentes : de longues barres, des maisons groupées par deux ou par trois puis, plus tard de petites maisons individuelles de pensionnés.

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   Au début des années 80, la ville de Lens devient propriétaire des terrains de la fosse 1 appartenant à Charbonnage de France. La municipalité décide de réaménager l’ensemble du site laissé à l’abandon.

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   Ainsi, petit à petit le long de la route de Béthune s’élèveront la médiathèque Robert Cousin et un ensemble immobilier, l’Espace Bollaert avec notamment un hôtel-restaurant.

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   Au pied du chevalet, la salle des fêtes des mines de Lens est rasée et remplacée par la salle Jean Nohain.

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   De l’autre côté de la route, Félix Bollaert avait fait élever en 1920 une chapelle. Elle permettait aux fidèles de la paroisse Saint-Léger de se réunir en un lieu en attendant la reconstruction de leur église. La chapelle reçut le nom de Sainte-Elisabeth. Progressivement, elle devint le lieu de culte de la communauté polonaise de Lens. Réalisée en bois, sa vétusté, sa dangerosité obligeront ne plus y donner d’offices dès le début des années 50.

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   En juin 1965, la chapelle est rasée et les travaux de construction d’une église aux formes architecturales modernes débutent. L’église du Millenium, que beaucoup de lensois appellent encore « l’église polonaise », est consacrée par le cardinal Rubin le 16 avril 1967. Elle est inscrite depuis le 27 janvier 2014 à la liste des Monuments Historiques.

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   Sur l’esplanade, une stèle rappelle que le dimanche 18 octobre 1981 Lech Walesa, alors leader du syndicat polonais Solidarnosc, est venu à Lens . Sur le parking du stade Bollaert, devant plus de 5000 personnes, une messe fut célébrée et suivie d’un spectacle assuré par les groupes folkloriques polonais de la région.

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   Le numéro 71 de la route de Béthune a pendant de longues années abrité la gendarmerie de Lens. La maréchaussée a longtemps occupé des casernes situées sur la place verte (place de la République). En 1877, elle intègre de nouveaux locaux dans la rue de la Paix. Mais rapidement, avec l’augmentation de la population, les effectifs de gendarmerie ne correspondent plus aux besoins surtout que les nombreux conflits sociaux exigent une présence importante des forces de sécurité.

   C’est justement l’argument qu’utilise la Société des Mines de Lens pour proposer au Département d’installer la gendarmerie sur un terrain lui appartenant route de Béthune. Situé à proximité des bureaux centraux, des ateliers et pas très loin des puits de mines, il permet l’intervention rapide des gendarmes en cas de conflit.

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   Le 1er octobre 1905, les gendarmes s’installent dans les nouveaux locaux et leurs familles dans des logements construits sur place autour de la grande cour. Dès l’année suivante, les troupes envoyées par Georges Clémenceau pendant la grande grève qui suit la catastrophe dite « de Courrières » bivouaquent dans la cour de la gendarmerie.

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   Après la Grande Guerre et la destruction totale des lieux, la gendarmerie est reconstruite en 1923 au même endroit. Elle sera modernisée à plusieurs reprises jusqu’à disparition du groupement de gendarmerie de Lens à la fin du siècle dernier.

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   Juste à côté, au numéro 73 de la route de Béthune habitait une des figures des Houillères et du Racing Club de Lens, Maurice Denis. Né en 1926 à Liévin, dessinateur maquettiste aux Grands Bureaux de Lens, il fut surtout connu pour avoir été l’un des responsables du magasine des mineurs « Relais ». Il a également été commentateur des matches du RCL, créateur du journal du club « Sang et or ». Egalement peintre à ses heures, c’est lui qui a dessiné le blason du RCL en 1955. Maurice Denis est décédé en 2013 à l’âge de 87 ans. (Source Gauheria n° 86)

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   Sur le même côté un peu plus loin se trouve la rue de l’Université qui conduit à l’IUT de Lens. Jusque dans les années 80, cette artère se nommait « le Chemin Perdu » dans lequel se trouvait l’entrée du centre de formation des Houillères qui a ouvert ses portes le 14 mai 1946. L’année suivante une mine-image (reconstitution d’une véritable galerie minière) permet aux stagiaires d’être formés dans des conditions identiques au travail du fond. Le centre et la mine-image fonctionneront plus de 35 ans avant d’être fermés définitivement le 31 août 1985.

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   Le site a alors servi à construire l’IUT qui a ouvert ses portes à la rentrée 1987 pour 75 étudiants.

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   Un peu plus haut, on arrive dans la cité de la fosse 12. Sur la côté gauche, une zone d’activités légères. Elle est installée là depuis la fin de l’exploitation charbonnière et la destruction du site de la fosse 12bis. La fosse no 12 bis dite du docteur Barrois fut percée vers 1905 pour servir d’aérage à la fosse 12.

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   Son chevalet est reconstruit en béton armé après la Première Guerre mondiale. Elle est utilisée jusqu’en 1976.

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   C’est en 1984 que le chevalet est détruit et que le carreau devient une zone d’activité où sont regroupées plusieurs entreprises.

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   En face, l’avenue Saint-Edouard nous laisse entrevoir l’église de la cité de la fosse 12.

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   Quelques mètres plus loin, sur le même trottoir, de nombreux commerces. Dans les années 50, c’était un lieu de détente et d’amusements pour les jeunes lensois. Les cinémas « L’Eldorado » ou « Printania », les salles de bal « Herfaut » ou « Idéal Dancing », une salle tenue par la famille de Firmin Cerisier dont les deux filles épousèrent les joueurs professionnels du RCL Jean Lewandowski et Ladislas Smid (dit Siklo).

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   Juste avant d’entrer dans Loos-en-Gohelle, la route de Béthune traverse le carrefour Plumecocq. A gauche, le rue Léon Blum, à droite, la rue Pierre Brossolette. Longtemps ces deux rues faisaient partie du Chemin Manot, une artère qui allait de Souchez à Vendin-le-Vieil. C’est au 17ème siècle qu’elle fut créée par un certain Manot, intendant du roi Louis XIV. Pendant la guerre de Trente Ans, quelques années avant la victoire de Condé, les troupes françaises encerclèrent à plusieurs reprises la ville occupée par les Espagnols. Les armées françaises étaient cantonnées dans des camps décrivant un arc de cercle sur les hauteurs de Vendin, Lens et Liévin. Le chemin Manot permettait de relier ces garnisons entre-elles en évitant de s’approcher des remparts de la ville.

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   Enfin, après avoir laissé sur la droite les quelques commerces, il fallait auparavant passer sous le pont du chemin de fer des mines avant de quitter Lens.

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   De nos jours, la route de Béthune est toujours autant fréquentée, surtout lors des rencontres de football au stade Bollaert car elle relie directement les parkings du stade à l’autoroute A21, la rocade minière.

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La route de Lille et le Grand-Condé

3 fév

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   Au Moyen-âge, le Chemin de Lille, sur lequel sera tracée la route de Lille bien plus tard, n’était pas raccordé directement au bourg de Lens. Il fallait sortir par la Porte d’Arras et prendre vers le nord.

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   Au 18ème siècle, la jonction est faite avec la construction de la porte de Lille que l’on pourrait situer aujourd’hui sur la rue Lanoy, au croisement des rues Eugène Bar et du 14 Juillet.

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   Avant la loi du 28 juillet 1824 qui institua les routes nationales, le tronçon allant de Lens à Loison-sous-Lens faisait partie de la Route Impériale n°28 allant du Havre à Lille. En 1824, elle intègre la route Nationale 25. Depuis le 1er janvier 2006, nous sommes sur la route Départementale n° 917.

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   La route de Lille débute officiellement dès les premiers corons, au niveau de la rue Etienne Dolet.

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   Depuis le 19ème siècle, elle s’appelait « Rue de Lille » depuis la place Jean Jaurès à la limite de Loison.

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   Puis elle fut scindée on donna le nom de « Route de Lille » au-delà de la place du Cantin. De là jusque sur la place Jean Jaurès, elle conserva le nom de rue de Lille jusqu’en 1947 lordqu’elle devint la rue René Lanoy.

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   Les recensements de la population nous indiquent que dès 1861, des mineurs se sont installés sur la route de Lille près de la fosse 2 et qu’en 1886, des corons y étaient construits.

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   Pour rompre la monotonie de ces grands alignements, la Société des Mines de Lens avait orné chaque maison de motifs différents.

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   Les mineurs qui vivaient là étaient essentiellement employés à la fosse 2 dite du Grand Condé. L’avenue du même nom partant de la route de Lille permettait de rejoindre le carreau de la fosse.

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   Cette fosse fut appelée ainsi par la Société des mines de Lens car elle se situait dans le quartier du Grand Condé appelé ainsi en souvenir de la victoire du Prince de Condé sur les troupes espagnoles de Léopold de Habsbourg en 1648. C’est en cet emplacement qu’aurait été situé le campement des troupes françaises avant de donner l’assaut.

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   Un autre campement militaire exista au Grand Condé. Le notaire Léon Tacquet, gendre d’Elie Reumaux le directeur des mines de Lens, possédait au Grand Condé un grand haras. Il servit de campements en 1906 aux militaires français envoyés mater la grève des mineurs consécutive à la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières.

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   Des 1914, ce furent au tour des troupes allemandes de s’installer dans les haras du notaire.

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   La fosse 2 fut creusée à partir de 1858 à une profondeur de 226 mètres. En 1905, la fosse 2 bis lui fut adjointe.

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   Déjà à cette époque, les corons côtoient quelques maisons individuelles sur cette route rectiligne.

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   Comme le reste de la région lensoise, la route de Lille est entièrement rasée lors de la Première Guerre mondiale.

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   Des 1919, la reconstruction débute. Il faudra attendre le début des années 20 pour voir de nouveau les alignements de corons sur la route de Lille.

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   La réfection de la route et des trottoirs viendra un peu plus tard.

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   Une fois les barres de corons franchies en direction de Loison, les maisons des mines sont construites dans un autre style : des habitations groupées par deux ou par trois.

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   Auparavant les nouveaux chevalets des fosses 2 et 2bis se sont élevés. L’un métallique, l’autre en béton armé.

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    Les fosses 2 et 2 bis cesseront leur activité en 1972. Le terrain, abandonné par les HBNPC, devint vite une friche envahie par la végétation.

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   De nos jours sur l’ancien carreau de la fosse du Grand Condé se trouvent des services techniques municipaux et la grande antenne de télécommunication visible de loin.

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   Là où se rejoignent les communes de Lens et de Loison se dressaient dès 1919 les premières habitations de la Cité Hollandaise. De petites maisons en bois offertes par le gouvernement des Pays-Bas. Elles sont importées en pièces détachées et montées sur place. Emile Basly, maire de Lens à l’époque, n’hésite pas à comparer le confort relatif de ces habitations avec la vétusté des logements provisoires mis en place par l’état français.

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   Ces maisons qui n’étaient que provisoires perdureront jusque dans les années 70. La cité sera alors rasée pour laisser place aux travaux de la rocade minière et les habitants relogés dans la cité Anne Franck toute proche.

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   A la limite entre la rue Lanoy et la route de Lille se trouve aujourd’hui une station-essence. C’était à cet endroit que le célèbre coureur cycliste lensois Maurice Garin avait installé son garage. Maurice Garin, arrivé à Lens en 1901, vainqueur du tout premier tour de France en 1903 est resté aux commandes de son commerce jusqu’à son décès à Lens le 19 février 1957.

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   Sur la gauche de la route en allant vers Lille, une église à l’architecture peu ordinaire. Elle est consacrée à saint Wulgan et à Notre-Dame des Mines. Elle a remplacé au début des années 60 la chapelle Notre-Dame des Mines construite après la Première Guerre et qui, se dégradant dangereusement, a du être détruite.

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   L’église saint Wulgan fut ouverte au culte en 1962. Sa forme circulaire, ses nombreux vitraux et sa verrière sont remarquables.

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   Chaque année, une procession était organisée dans la cité de la fosse 2 : des mineurs en tenue de travail portaient la statue de Notre-Dame des Mines, une œuvre réalisée par un mineur, Marc Montaigne, en 1935.

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   En face de l’église Saint-Wulgan, la rue Jules Guesde, dans laquelle après la Grande Guerre les mines de Lens avaient mis à la disposition des pompiers lensois 16 logements. Pour les alertes, la rue était munie d’une sirène.

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   La route de Lille arrive ensuite au niveau de l’embranchement vers Loison. Là se trouvait un passage à niveau non gardé qui protégeait une voie ferrée des mines de Lens. Après la seconde guerre, un embranchement partant de la fosse 2 du Grand-Condé rejoignait par le boulevard du Marais les entreprises riveraines du canal dont l’usine des Laminoirs.

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   Au début des années 70, la ville de Lens prend possession d’une grande maison d’ingénieur des mines au 303 de la route de Lille. Le 6 avril 1974 était inauguré dans cet édifice la Maison d’accueil Ernest Schaffner destinée à recevoir jusque 26 sans-abris de la commune. Aujourd’hui se trouve à cet emplacement l’association APSA La Boussole, une association humanitaire d’entraide sociale.

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   C’est juste après les bretelles de l’autoroute que la Route de Lille quitte Lens pour entrer sur le territoire de Loison. De la place du Cantin à l’entrée de Loison, la route de Lille reste une des artères les plus fréquentée de la région.

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L’avenue Alfred Maës

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   Le 28 janvier 1942, le Préfet du Pas-de-Calais approuve la décision du Conseil municipal lensois de donner à l’avenue de Liévin le nom d’avenue « Alfred Maës ».

   Né à Saint Omer le 15 juillet 1875, Jacques Alfred Wilfrand MAËS est orphelin très jeune. A 13 ans, il part travailler aux mines de Lens où il est embauché à la fosse 2 d’abord puis à la fosse 11. Après son service militaire, il est réembauché à la fosse 1 « Saint Elisabeth ». Il adhère aussitôt au Vieux Syndicat d’Emile Basly et Arthur Lamendin. Il en deviendra rapidement un des leaders, délégué à la sécurité puis responsable du contentieux.

   Devenu conseiller municipal dès 1904, il est élu maire de Lens puis député du Pas-de-Calais en 1928 après le décès d’Emile Basly.

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   On retient surtout du maire de Lens la construction de l’hôpital de la route de La Bassée en 1930 et du responsable syndical la création du dispensaire de la caisse de secours des mineurs sur le boulevard Basly.

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   Maintenu maire au début de la seconde guerre mondiale, ses fonctions lui permettent de réaliser des actes de résistance, notamment falsifier avec son ami Ernest Schaffner, directeur de l’hôpital, des cartes d’identité pour les malades et blessés juifs hospitalisés.

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   Maës connait sa dernière grande grève en juin 1941 : pour protester contre les décisions des Allemands, 80% des mineurs du bassin cessent le travail. Ce sera le dernier grand événement qu’il aura vécu : il décède à Lens le 17 août 1941 après une grave maladie dans sa maison familiale, rue Anatole France. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de la route de Douai.

   Au moyen âge, à l’emplacement de l’avenue Alfred Maës se trouvait le Grand chemin de Liévin à Lens (en opposition au Petit chemin de Liévin à Lens plus au sud où se trouve aujourd’hui la rue Notre-Dame de Lorette).

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   C’est en 1872 que l’ont voit apparaître le nom de « Route de Liévin » sur les fiches de recensement de la ville de Lens. Elle est composée quasiment en totalité de maisons de mineurs. Depuis une dizaine d’années, elle est traversée aux abords de Lens par la « ligne des houillères », une voie de chemin de fer qui relie Arras à Hazebrouck. Le passage à niveau est gardé par un certain Jean-Baptiste Hugot. Vers la fin du 19ème siècle, le passage à niveau est remplacé par un pont.

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   Au début du 20ème siècle, faisant partie du « Grand chemin n°58 », elle prend le nom sur le territoire de Lens de rue de la Bataille (ou rue du coron de la Bataille) en souvenir de la victoire de Condé. Ce serait en effet par cet axe que les troupes espagnoles se seraient enfuies après leur défaite en 1648 contre le prince de Condé.

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   Après la première guerre mondiale, l’artère est nommée Avenue de Liévin. Ce nom lui restera donc jusqu’en 1942.

   L’avenue Alfred Maës débute au carrefour Bollaert. Son point de départ était marqué d’un côté par le jardin public appelé aujourd’hui square Chochoy et de l’autre par l’immense garage automobile Lallain.

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  Ensuite, l’artère passe sous le pont Césarine….

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…. nommé ainsi (jamais officiellement il faut le dire) en mémoire de la tenancière d’un estaminet appelé « A l’arrêt du Tramway ».

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    Les nombreux voyageurs se désaltéraient au bar de Césarine Hennebois en attendant de prendre le Tortillard qui pouvait les emmener jusque Frévent en longeant au début de son parcours l’avenue de Liévin.

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   La rue de la Bataille, comme tout le secteur, est réduite à l’état de ruines lors de la Première Guerre mondiale.

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   Après la libération, c’est à partir de 1920 que les corons sont reconstruits.

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   Le pont Césarine est reconstruit et élargi pour supporter des voies du triage de la SNCF.

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   Un autre pont en béton armé supporte les voies du chemin de fer des mines de Lens. Il est détruit en 1992.

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   Un peu plus loin se dresse majestueusement la statue d’Emile Basly. Après le décès du maire de Lens en 1928, une souscription est ouverte pour faire ériger un monument en son honneur. Quelques années plus tard, une statue sculptée par Augustin Lesieux représentant Emile Basly dans sa célèbre posture est installée au carrefour Bollaert. Démontée et cachée des vautours allemands qui voulaient en faire fondre le bronze pendant la Seconde Guerre, elle est ensuite déplacée à la jonction de l’avenue de Liévin et la route d’Arras.

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    Pendant plusieurs centaines de mètres, l’avenue longe ces longues barres de corons.

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   Mais certaines habitations provisoires datant de l’après Seconde Guerre, de véritables taudis, perdureront jusqu’au début des années 60.

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   Beaucoup se souviennent que l’avenue a frôlé pendant des décennies les installations de la fosse 9 des mines de Lens et du stade-vélodrome Maurice Garin aujourd’hui disparus dans le cadre de l’arrivée du Louvre-Lens.

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   L’avenue Alfred Maës continue ensuite son chemin vers Liévin en jetant un coup d’œil à la jolie devanture art-déco du temple de l’église évangélique baptiste et en passant devant les écoles privées Sainte-Thérése et du Sacré-Cœur.

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   Juste avant d’arriver à Liévin, l’avenue flirte avec les petites maisons Camus de la cité du 9bis. A la fin des années 50, pour répondre à la pénurie de logements, les Houillères construisent pour les retraités ces maisonnettes selon le procédé « Camus » du nom de l’ingénieur qui a créé le principe. Les « Camus » dits bas comme celles de cette cité sont construites à partir de 1959.

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   Aujourd’hui, l’avenue Alfred Maës est empruntée autant pas les habitués que par les nombreux touristes qui viennent à Lens visiter le musée du Louvre-Lens.

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La rue Edouard Bollaert

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   La rue Edouard Bollaert reçu ce nom après le décès du tout premier agent général de la Société des mines de Lens. Edouard Jacques François Bollaert, né le 26 décembre 1813 à Bailleul (59), est le gendre d’Amé Tilloy et le neveu de Jules Castelyn, de riches industriels lillois co-fondateurs et actionnaires de la compagnie minière lensoise.

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   En 1856, quatre ans après la constitution de l’entreprise, il est nommé agent général, c’est-à-dire directeur de la société. Edouard Bollaert fait beaucoup pour la prospérité de la société minière : sous sa gouvernance, la compagnie passera de 299 ouvriers pour une production de 62 000 tonnes en 1856 à plus de 10 000 ouvriers et 2 700 000 tonnes de houilles en 1896.

   Mais il est aussi celui qui réprime les grèves et punit les meneurs avec une grande sévérité en faisant appel à la troupe, en licenciant sur le champ les grévistes et en les chassant ainsi que leur famille de leur logement : après la grève de 1893, ce ne sont pas moins de 600 familles qui sont expulsées des corons.

   Edouard Bollaert décède d’une congestion pulmonaire le 7 janvier 1898 à l’âge de 85 ans alors qu’il est toujours en activité.

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   Le maire de Lens Eugène Courtin qui est aussi son ami et actionnaire de la compagnie houillère de Liévin, approuve la proposition de la Société des mines de Lens de donner son nom à la rue où se trouvent les bureaux centraux des mines.

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   Cette rue est tracée sur une partie qui, au 18ème siècle, s’appelait le Grand chemin d’Arras à Lille. Faisant partie du Faubourg Saint-Laurent, elle était limitée au nord à la jonction des chemins de Béthune et de La Bassée et au sud par le croisement avec le Grand chemin d’Arras et le Chemin de Lens à Liévin. Sur cette carte, on remarque (en vert) la construction qui abritait les tous premiers bureaux de la compagnie minière, un ancien relais-poste.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, les mines de Lens deviennent propriétaires de tout le secteur. Au nord, on y perce la fosse 1 Sainte-Elisabeth. Au sud, la fosse 4 sera mise en service en 1864.

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   Le relais-poste étant trop étroit pour une entreprise se développant aussi rapidement, des grands bureaux sont construits au nord de la rue.

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   Ils seront agrandis dès le début du 20ème siècle. Deux étages et le doublement de la surface au sol en font un bâtiment remarquable. L’ancien relais poste deviendra la demeure du l’Agent général, donc d’Edouard Bollaert.

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   Plus tard, la grande propriété laissera place aux pépinières de la compagnie puis, après la seconde guerre, au jardin public (appelé un temps les jardins de la Pépinière).

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   Lors des grèves de 1906 qui ont fait suite à la catastrophe des mines de Courrières, c’est dans cette maison que l’épouse et la bonne d’Elie Reumaux, successeur d’Edouard Bollaert comme directeur de la Société, ont été agressées par les anarchistes sympathisants de Benoit Brouchoux.

   Derrière les nouveaux Grands bureaux sont installés les ateliers de la compagnie qui emploie de nombreux ouvriers et ouvrières.

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  La rue est traversée par deux voies ferrées. Au nord, celle de la ligne Lens-Violaines (exploitée dès 1853 mais qui ne sera ouverte au transport des voyageurs que le 29 juillet 1883) nécessite la construction près de la fosse 1 d’un dépôt des machines puis plus tard d’une gare pour les voyageurs. Au sud, la voie qui traverse la rue permet de rejoindre e réseau ferré minier à la gare de Lens des chemins de fer du Nord.

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   En janvier 1915, un obus tombe et explose dans la salle des archives des Grands bureaux déclenchant un incendie qui détruira le bâtiment. Les bombardements qui suivirent jusqu’en 1918 achevèrent de rendre le secteur à l’état de ruines.

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   Avant la première guerre, la route d’Arras est dans le prolongement direct de la rue Bollaert.

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    Lors de la reconstruction, certains itinéraires sont modifiés après un accord entre la ville et la compagnie minière. Afin de laisser la place à l’agrandissement du triage de la SNCF, l’origine de la route d’Arras est déviée vers l’ouest et la route de Liévin. Dans le même accord, les passages à niveau sont supprimés. C’est ainsi que naissent le pont Césarine sur l’avenue de Liévin et celui de la rue Bollaert.

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   A la fin des années 1920, les Grands Bureaux seront reconstruits plus au nord de la rue Edouard Bollaert, sur la côte Saint-Laurent.

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   A l’emplacement des anciens grands bureaux et des ateliers sont édifiées des habitations pour les directeurs et ingénieurs dans un secteur que les mineurs nommeront « la vallée des rois ».

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   En 1926 sera construite la nouvelle gare Sainte-Elisabeth : une magnifique architecture à colombages bien dans le style art-déco des années 20.

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   Cette gare a un temps abrité des services de la mairie de Lens en attendant la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Elle disparaîtra en 1984 après que Charbonnages de France l’ai vendue à une société immobilière qui la fera abattre pour construire à sa place des immeubles.

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   Dans la rue Bollaert se trouvaient le magasin principal de la coopérative des mines de Lens. Lors du bombardement du 11 août 1944, le personnel de ce commerce, en tentant de rejoindre un abri, fut fauché par une bombe. 18 employés dont 16 jeunes femmes périrent ce jour là.

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   Aujourd’hui, la rue Bollaert, encadrée par le carrefour des Grands Bureaux et le rond-point Bollaert n’est plus qu’un axe de circulation desservi par peu de commerces. Elle ne retrouve un peu d’animation que lorsque des matches de football sont organisés au stade qui porta le nom de Félix Bollaert (le fils d’Edouard) avant de devenir depuis quelques années le stade Bollaert-Delelis.

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L’avenue du 4 Septembre

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   C’est au tout début du 20ème que cette rue qui faisait partie du Faubourg de Lille prit le nom d’Avenue du 4 Septembre en souvenir de la proclamation de la 3ème République par Léon Gambetta en 1870. Cette artère était tracée à l’emplacement d’un chemin qui, du temps où Lens était entourée de remparts, permettait de rejoindre les directions d’Arras, Liévin ou Béthune d’un côté à celle de Lille de l’autre sans pénétrer dans la ville.

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   Au début du 19ème siècle, aucune habitation ne semblait construite dans ce chemin. Les paysans venaient surtout s’y procurer de l’eau à l’une des trois fontaines se trouvant sur l’itinéraire.

  Avec le début de l’exploitation charbonnière, la commune s’agrandit vers les plaines de Lens dont celle située au nord. Dès le début de la seconde moitié du 19ème siècle, avec la mise en service de la fosse 2 du Grand-Condé, des commerces se créèrent sur la place du Cantin et aux alentours.

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   L’avenue du 4 septembre faisait partie du secteur appelé le Faubourg de Lille. C’est au début du 20ème siècle que la municipalité dirigée par Emile Basly décida de renommer certaines rues de Lens où le nombre d’habitations avait explosé en quelques années. Ainsi, le secteur du Faubourg de Lille fut découpé et chaque artère, dont l’Avenue du 4 septembre, reçu un nom.

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  A cette époque, l’avenue avait son origine au niveau de la place du Cantin et se terminait à la jonction de la rue Decrombecques.

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   A son extrémité du côté est se trouvait l’usine à gaz qui depuis 1862 fournissait l’éclairage aux lieux publics, aux rues et aux commerces de la commune.

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C’est aussi vers les années 1905 que l’avenue du 4 Septembre fut pavée.

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   Chaque semaine, en même temps que le grand marché de la place du Cantin s’y déroulait le « petit marché » réservé aux producteurs et artisans de la région.

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   Pendant la Première Guerre mondiale, l’avenue du 4 septembre, comme le reste de la ville, fut détruite à 100 %. On y compta de nombreuses victimes comme lors du bombardement du 16 février 1917 qui anéanti l’usine à gaz et de nombreuses maisons de l’avenue en faisant 18 morts.

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   Aussitôt la Libération, des logements provisoires, des demi-lunes de taule sont installés. Ils permettent d’abriter les lensois revenus en ville de leur déportation et les ouvriers chargés de la reconstruction. L’avenue est rouverte à la circulation en 1923.

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   Un accord entre la Société des Mines de Lens et la municipalité permet de prolonger l’avenue jusqu’à la jonction des routes de Béthune et de La Bassée (carrefour des Grands Bureaux). Cette portion portera quelques années plus tard le nom d’avenue Elie Reumaux en hommage au président du Conseil d’administration de la compagnie minière décédé le 28 octobre 1922.

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   Les deux portions étaient séparées par le carrefour Notre-Dame appelé ainsi en souvenir de la chapelle Notre-Dame de Bonsecours qui se trouvait avant la Première guerre à l’emplacement repéré plus tard par une sculpture en plâtre.

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   A l’emplacement de l’usine à gaz (qui fut rédifiée rue de Londres), fut construite l’école Sadi Carnot. Avant le conflit, elle se trouvait à l’angle de la rue de Lille (rue Lanoy aujourd’hui) et la rue Bayard.

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   Au dessus du porche, une belle structure représentant le savoir et l’instruction avec cette phrase : « Exercer à penser », un adage loin d’être toujours appliqué de nos jours à l’heure des réseaux sociaux !

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   A la jonction de l’avenue du 4 septembre et de la rue de Lille fut implanté en 1925 le monument aux Morts qui sera déplacé au rond-point Van Pelt en 1972.

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   Ce n’est que dans les années 70 que l’avenue du 4 septembre fut débarrassée de ses pavés.

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   Aujourd’hui, l’avenue du 4 septembre, tout en restant une artère commerçante, permet de traverser le nord de la ville en évitant le centre. La création de l’avenue André Delelis permet maintenant par cet itinéraire de rejoindre directement le musée du Louvre-Lens.

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L’histoire des Mines de Lens

12 déc

   A l’occasion de l’exposition sur les lampes et objets de la mines qui a eu lieu début décembre à la Maison Syndicale de Lens, les organisateurs m’avaient demandé de réaliser des tableaux sue l’histoire des mines de Lens.

   Malheureusement, par manque de place, ils n’ont pas pu être présentés au public à cette occasion. Pour que ce travail soit vu par tous, j’ai décidé de vous les offrir en les publiant sur ce blog.

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Sainte Barbe et les mineurs

19 nov

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   Plusieurs versions de la légende de sainte Barbe existent. Les seuls points communs à toutes sont que la sainte a vécu au troisième siècle, qu’elle était très jolie, très pieuse et qu’elle mourut décapitée par son père.

   Selon certains, l’histoire de sainte Barbe se déroule à Nicomédie en Asie Mineure (Izmit en Turquie aujourd’hui). D’autres affirment qu’elle a eu lieu à Héliopolis (Baalbeck aujourd’hui au Liban) sous le règne de l’empereur Maximien.

   Son véritable nom serait Barbara, ce que d’autres versions contestent et affirment que quand les chrétiens vinrent chercher le corps de la jeune martyre, ils ne purent la nommer que « la jeune barbare » expression qui, par extension, donna donc le nom de Barbara.

   Le père de la jeune fille, un homme riche un d’un naturel cruel du nom de Dioscore, voulut marier sa progéniture et le présenta à de puissants et riches seigneurs. Mais la demoiselle refusa toute union, préférant se consacrer à Dieu. Furieux, le père, pour la punir, l’enferma dans une haute tour à deux fenêtres avant de partir en voyage.

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   Mais il s’en passa des choses pendant son absence ! D’abord, la jeune femme reçut la visite d’un prêtre chrétien déguisé en médecin qui procéda secrètement à son baptême. Puis elle perça une troisième fenêtre entre les deux autres afin de symboliser la Trinité.

  Dès son retour, apprenant que son enfant s’était converti au christianisme, Dioscore entra dans une rage folle, voulu l’immoler en incendiant la tour. On ne sait pas quel miracle la jeune fille réussit à s’échapper, à s’enfuir dans la montagne et à s’y cacher.

   Malheureusement, un berger découvrit l’endroit où elle se terrait et la dénonça à son père qui la saisit par les cheveux, la traîna jusqu’à la ville et l’enferma dans un donjon. Le lendemain, il la conduisit devant un magistrat.

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   Dans la version qui se passe à Nicomédie, la jouvencelle fut menée devant un juge nommé Marcien (qui se convertira lui-même plus tard au catholicisme et sera condamné à être brûlé vif sous l’empereur Dèce lors de la persécution des chrétiens vers l’an 250).

  La demoiselle fut condamnée à subir d’affreux supplices pendant lesquels elle continuait à prier le Christ. Elle fut d’abord torturée : on lui brûla certaines parties du corps et on lui arracha les seins avec des peignes de fer, la brûla avec des lames rougies puis elle fut fouettée mais refusa toujours d’abjurer sa foi car elle ne ressentait pas la douleur. Alors qu’elle était promenée nue à travers le pays, tirée par un cheval, un ange descendit du ciel et vint cacher sa nudité en la couvrant d’un vêtement lumineux.

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   Le gouverneur ordonna alors à son père de lui trancher la tête. La condamnée fut conduite en haut d’une montagne où Dioscore accomplit son geste funèbre. Aussitôt il fut frappé par la foudre, brûlé et mourut sur place. Quant au berger qui avait dénoncée la jeune femme, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles.

  Une version ajoute que le corps de Barbe s’éleva vers le ciel dans une boule de feu. Une autre affirme que des chrétiens vinrent récupérer le corps de la jeune martyre qui devint quelque temps plus tard « sainte Barbe ». Enfin, selon une troisième version, la jeune femme se serait enfuie après s’être déguisée et qu’elle se serait cachée dans un champ de blé.

  La jeune femme aurait été canonisée dans la première moitié du 16ème siècle mais son culte se serait popularisé dès le 13ème siècle en Occident. Son corps fut exhumé solennellement et ses reliques transportées au fil des siècles dans différents pays. On en trouverait aujourd’hui à Constantinople, à Venise. D’autres, qui auraient été conservées dans une église orthodoxe du Caire sont de nos jours vénérées dans la cathédrale Saint Vladimir de Kiev en Ukraine.

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   Sainte Barbe protège contre la foudre et la mort subite, donc contre le tristement célèbre coup de grisou hantise des mineurs, et les explosions dans les galeries. Elle fut donc désignée patronne des mineurs de fond puis par extension, du monde de la mine dans son ensemble. Dès le 18ème siècle, elle fut fêtée dans les mines à ciel ouvert du centre de l’Europe. Au 19ème siècle, avec le début de l’exploitation de la houille, le culte de sainte Barbe se développa dans les compagnies minières du Nord et du Pas-de-Calais.

   La très catholique Société des mines de Lens entreprit dès sa création de vénérer sainte Barbe. Dès leur construction, chaque cité était placée sous la protection d’un saint et élevée au rang de paroisse. Des chapelles y furent construites. A la fin du 19ème siècle, elles furent remplacées par des églises. La première fut construite par la compagnie lensoise dans la cité du Moulin à proximité de la fosse 4, une cité où les corons étaient habités par environ 5000 personnes. Cette église, ouverte le 19 avril 1897, fut placée sous le vocable de Sainte-Barbe.

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   Sainte Barbe est fêtée le 4 décembre. Cette journée devint rapidement dans les cités minières un jour de dévotions et de festivités. Pour se rendre dans les estaminets ou pour offrir quelque présent à sa famille, le mineur, qui ne touchait qu’un maigre salaire, devait travailler plus durement et plus rapidement les jours précédents la fête, c’était la période des « longues coupes ». L’augmentation de sa productivité lui permettait d’obtenir quelques primes de rendement qui s’ajoutaient au montant de sa maigre « quinzaine » car le mineur était payé toutes les deux semaines. C’était dans la période du 15 au 30 novembre que le rythme était le plus élevé au détriment parfois de la sécurité ou des règles sociales. Ceci explique que la Société des mines de Lens encourageait les mineurs à participer à la « quinzaine Sainte-Barbe » contre l’avis des syndicats.

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   En 1878, le rapport mensuel du mois de décembre de la compagnie signalait que « l’extraction a beaucoup baissé en raison de la fête de Sainte-Barbe toujours largement et longuement fêtée par les ouvriers et les mineurs qui ont beaucoup dansé et peu travaillé. » En 1891, les fêtes de Sainte-Barbe n’eurent pas lieu : dans le Bassin minier, 30 000 mineurs étaient en grève et deux ans plus tard dans les mines de Lens, les syndicats obtinrent la suppression de la « quinzaine Sainte-Barbe ».

  Cependant la tradition fut rétablie dès l’année suivante à la demande des mineurs de fond. Toutefois, certaines règles furent imposées aux compagnies : les galibots, les enfants de 13 à 16 ans (que la loi interdisait de travailler plus de 8 heures au fond) et les jeunes ouvriers (dont le temps de travail ne devait pas être supérieur à 10 heures par jour) étaient tenus lors de la quinzaine Sainte-Barbe à ne pas dépasser les 15 heures de présence dans les galeries.

  En 1905, la Société des mines de Lens décida que tout mineur titulaire de la médaille d’honneur recevra le jour de la Sainte-Barbe une prime égale au revenu d’une action de la compagnie soit environ 45 francs. 96 mineurs touchèrent la prime cette année-là.

   En 1906, quelques mois après la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières, la production de la compagnie minière lensoise pendant la quinzaine Sainte-Barbe était de 250 000 contre 114 000 lors d’une quinzaine ordinaire. En 1913, la Société récompensa par une prime de 300 francs le mineur qui avait été désigné le plus productif. Plus tard, Félix Bollaert décida que les employés et ouvriers ayant plus de 30 ans de service recevraient une action de la compagnie et les 100 plus anciens ouvriers une prime de 100 francs.

  Le samedi 8 décembre 1919, dans un Lens dévasté par les exactions de la première guerre mondiale et alors que les puits de la compagnie sont encore inexploitables, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Ernest Cuvelette déclare devant une berline vide : « Bientôt, elle sera de nouveau remplie de charbon ». Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

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  Sainte Barbe était partout dans les cités minières. Dans de nombreux puits, une statue de la sainte était présente dans les galeries, près des cages de descente.

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   Pourtant la sainte n’a pas toujours protégé les mineurs. En février 1877 à Boussargues dans l’Hérault, 42 mineurs perdirent la vie après un coup de grisou dans les galeries d’une fosse pourtant nommée « puits Sainte-Barbe ». Un an plus tard, dans le bassin de la Loire, à Martoret, c’est dans un autre puits Sainte-Barbe qu’on releva 11 cadavres. Le 5 décembre 1891, dans le puits de la Pompe, à Saint-Étienne, les mineurs redescendirent au fond après la fête de la veille. 71 d’entre eux ne remontèrent pas, la sainte n’avait pas pu les protéger d’un violent coup de grisou.

  Lens devint rapidement la capitale du Pays minier, la Sainte-Barbe n’était pas fêtée que dans les fosses. Dès le début du 20ème siècle, la municipalité d’Emile Basly donna congé à ses employés. En ville, sur la place Verte, avait lieu pendant trois semaines la foire Saint-Barbe avec sa fête foraine, ses concerts et ses bals.

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   Au début de l’exploitation charbonnière, le 4 décembre n’était pas un jour chômé mais les journées étaient exceptionnellement moins longues. Ce jour-là, le briquet était gargantuesque et partagé entre tous, du porion au galibot. Certains mineurs descendaient avec leur bistouille (mélange de café et de gnole) pour la boire entre copains, d’autres avec des gâteaux ou des brioches confectionnés par leur femme qu’ils se partageaient avant parfois de danser entre Gueules Noires. Cette épouse qui avait fait brûler une chandelle au fond de sa cave pendant la quinzaine Sainte-Barbe pour protéger son mari des accidents.

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  Plus tard, le jour de Sainte-Barbe devint une journée chômée mais non payée (elle ne sera payée qu’après la nationalisation en 1946). Seuls les indispensables restaient au fond tel les gardes de chevaux, le responsable d’extraction ou de la ventilation. Dans certaines fosses, la veille de la Sainte-Barbe, les mineurs travaillaient jusqu’à l’extinction d’une chandelle. Dès la fin de service, les estaminets et cafés du coin se trouvaient rapidement envahis de mineurs, l’alcool coulait à flot et les esprits s’échauffaient vite. Les chants retentissaient dans les rues dont le plus courant :

« Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Car alle vit, car alle vit

Car alle vir incor’ » »

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   Puis c’était le retour à la maison : l’épouse et les enfants souhaitaient alors une bonne fête au papa mineur et lui offrait quelques présents : cigares, pipes, tabac … Ce soir-là, il y avait exceptionnellement du vin lors du souper pris en famille.

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   Après le repas, quelques mineurs retrouvaient au café du coin des collègues qui n’étaient pas encore rentrés chez eux. On buvait et chantait aux cris de « Vive sainte Barbe !».

   Pendant ce temps, dans les Grands Bureaux, la compagnie (puis les HBNPC) offrait à ses cadres et agents de maîtrise un grand banquet au cours duquel étaient remises les médailles du travail. Dans la semaine, les retraités et leurs épouses étaient conviés à une journée festive dans l’une des nombreuses salles des fêtes des houillères tandis que la direction remettait un colis en cadeau à tous les mineurs hospitalisés.

   Le 4 décembre, la journée commençait par la messe de Sainte-Barbe. Les mineurs et leur famille, endimanchés, se rendaient à l’église. Celle-ci était pleine car parfois même les non-pratiquants étaient présents, manifestant ainsi leur attachement à leur sainte patronne. Une procession était organisée, emmenée par la fanfare ou l’harmonie de la cité. Les plus anciens mineurs avaient le privilège de porter la statue de la sainte jusqu’à l’autel.

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   La messe durait au moins 2 heures. Elle était payée par la compagnie et l’harmonie des mines jouaient les airs religieux chantés par une chorale paroissiale. Le sermon était bien sur consacré uniquement à sainte Barbe et à la reconnaissance du travail laborieux mais courageux des mineurs.

   Après la messe, les cafés du quartier étaient de nouveau assaillis : les hommes s’y retrouvaient de nouveau pour boire quelques verres de vin, fumer un cigare ou une pipe tout en chantant quelques chansons paillardes jusque tard dans l’après midi. Les chants étaient de plus en plus forts et les danses de plus en plus vacillantes.

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   Puis c’était le retour à la maison où la ménagère avait préparé le repas de Sainte-Barbe, arrosé par le reste de la bouteille de vin de la veille. Parfois, on se regroupait autour de la table entre voisins et amis.

    Le repas terminé, on se rendait en famille à la foire Sainte-Barbe. Après avoir tourné sur les manèges, les enfants ne revenaient jamais sans la « queuche » de pain d’épice ou le sucre d’orge. Le soir, un bal était organisé dans les cités. C’était souvent pour les jeunes filles des corons qui avaient fêté sainte Catherine quelques jours plus tôt, l’occasion de faire leur « bal des débutantes ».

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   C’est dans les Houillères du bassin de Lorraine, dans la mine de La Houve sur la commune de Creutzwald que sainte Barbe est remontée pour la dernière fois du fond des galeries. Le 23 avril 2004, cette remonte des mineurs et de la statue de leur sainte mit un terme définitif à l’exploitation du charbon en France. Le rideau se baissait alors une ultime fois. C’en était fini de plus de deux siècles d’exploitation de la houille sur le territoire national.

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   Dès lors, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

   Avec la fin de l’exploitation du charbon, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

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   Cette année, l’agglomération de Lens-Liévin en entente avec les communes et des associations renoue avec la tradition de la Sainte-Barbe au travers de temps forts culturels, festifs et fédérateurs sur des lieux emblématiques du patrimoine minier.

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Le courage d’Octavie

7 nov

   Exceptionnellement aujourd’hui, le Lensois-normand est plus normand que lensois. En ces temps de commémorations de l’armistice de la Première Guerre mondiale, je reviens sur un fait très peu connu : la seule bataille (en fait, elle s’est déroulée en deux épisodes) de la Grande Guerre qui s’est déroulée sur les terres de la Normandie. Elle fit quatre morts côté Français et deux chez les Allemands.

   Début septembre 1914, sitôt l’envahissement du nord-est de la France, le commandement allemand décide d’envoyer des expéditions militaires motorisées derrière les lignes franco-anglaises. Leur objectif est couper les voies de communications pour paralyser le déplacement des troupes et leur ravitaillement.

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   Un commando de treize soldats allemands commandés par le capitaine Walther Tiling voyage dans trois automobiles avec plus de 500 kilos d’explosifs. Ils ont pour mission de faire sauter le pont métallique d’Oissel sur la Seine, à 15 kilomètres au sud de Rouen. Un des véhicules, tombé en panne près de Beauvais, est abandonné sur place avec ses hommes.

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  Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1914, les deux autres voitures font halte pour bivouaquer dans la forêt de Lyons, près du village de Neuf-Marché.

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   Le 16 septembre, vers 8h30 du matin, Octavie Delacour, une brave paysanne âgée de 56 ans, quitte sa demeure sur la commune de Martagny, près des Andelys dans l’Eure pour se rendre à Ferrières-en-Bray.

   Arrivée près du hameau des Flamants du village de Neuf-Marché, elle tombe nez à nez avec un soldat qui, baïonnette à la main, lui fait signe de s’arrêter. Pour elle, ce ne peut être qu’un Allemand qu’elle identifie à la couleur de l’uniforme identique à celle qu’elle a connu lors de la guerre de 1870. Octavie aperçoit également deux autres sentinelles cachées dans les buissons. Elle s’enfuie vers Neuf-Marché où elle avertit le maire Couverchel de la présence de ces soldats prussiens. Le garde-champêtre, envoyé sur place, revient en déclarant n’avoir rien vu.

   Têtue, Octavie Delacour se rend alors, toujours à pied, à Gournay-en-Bray, sept kilomètre plus loin où elle s’arrête à la gendarmerie. Là, elle réitère ses informations. Le maréchal des logis chef Jules Crosnier, âgé de 47 ans, décide de se rendre sur place. Il appelle ses collègues de Mainneville et leur demande de le rejoindre sur les lieux. Il réquisitionne une automobile conduite par le jeune René Allée, fils du garagiste qui emmène avec lui Adrien Blacher, son oncle arrivé au village la veille pour suppléer le garagiste mobilisé. Jules Crosnier est accompagné par les gendarmes Eugène Praets, un gendarme réserviste de 61 ans arrivé à Gournay depuis 10 jours et Eugène Lebas âgé de 43 ans qui s’est engagé pour la durée de la guerre. L’instituteur de Gournay et garde-civil Edouard Noiret, qui parle l’allemand, les rejoint.

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  Arrivés au hameau de la Rougemare en début d’après-midi, le sous-officier apprend par les habitants que les Allemands se trouvent cachés à 200m environ de la lisière de la forêt. En se dirigeant vers eux, le groupe aperçoit une sentinelle ennemie qui s’enfuie. Au moment de lui intimer l’ordre de s’arrêter, une salve tirée de derrière les broussailles tue le gendarme Praets. Jules Crosnier et Eugène Lebas ripostent et abattent la sentinelle allemande Erich Krampitz mais ne peuvent éviter une seconde salve. Les deux gendarmes sont tués à leur tour. Adrien Blachet est mortellement blessé au ventre. Il succombera dans la nuit suivante. Le jeune instituteur peut s’enfuir dans la voiture de René Allée pour donner l’alerte. En chemin, il rencontre les gendarmes de Mainneville retardés par une crevaison d’un de leurs vélos.

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   Les Allemands reprennent alors leurs voitures et s’élancent sur les routes de Normandie, traversant à vive allure plusieurs villages.

   La nuit suivante, ils sont dans les environs d’Oissel. L’alerte a été donnée aux garde-voies en charge de la surveillance des ponts sur la Seine. A 21 heures 30, les deux voitures sont localisées à Tourville-la-Rivière et se dirigent vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf. La voiture est repérée vers 22 heures 30 aux environs du pont d’Oissel.
Vers une heure du matin, les gendarmes et les gardes-civil conduits par le sergent Alphonse Leroy montent une embuscade près du poste d’aiguillages de la gare de Tourville-la-Rivière.

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   Au passage du convoi ennemi, une fusillade envoie la première voiture s’enliser dans un champ. En sort, l’officier allemand Walther Tiling blessé au bras et à la cuisse. Il se rend ainsi que les cinq autres occupants. Tous sont conduits sous bonne escorte à la gare d’Oissel où ils sont enfermés dans la salle d’attente.

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  Une heure plus tard, le second véhicule est retrouvé à Igoville, à sept kilomètres d’Oissel. Sous une bâche, un blessé grave qui est aussi transporté à la gare d’Oissel où il décèdera. Mais pas de traces des trois autres occupants qui se sont évanouis dans la nature. Des battues sont organisées, un sous-officier est retrouvé le 17 au matin dans un champ près de Tourville. Les deux autres soldats se rendront dans la nuit du 21 au 22 septembre. Ils erraient dans la campagne, mourant de faim.

  Certaines sources affirment que le commando a été renseigné et dirigé par un industriel allemand Ernst Benary qui connaissait la Normandie pour y être venu souvent chasser.

  Aujourd’hui, au hameau de la Rougemare se dresse une stèle, pour que l’on se souvienne du sacrifice des trois gendarmes et du civil de Gournay-en-Bray. Elle a remplacé le 29 septembre 1929, un premier mémorial fait d’une croix en chêne.

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   René Allée sera mobilisé, caporal au 276ème régiment d’infanterie, il trouvera la mort le 14 octobre 1915 devant Notre-Dame de Lorette.

   Après la guerre, Octavie Delacour fut citée à l’ordre du 3ème corps de Gendarmerie et décorée de la Croix de Guerre. Elle décéda le 20 mars 1937. Le maréchal des logis Jules Crosnier fut décoré de la Croix de guerre avec palme le 31 août 1915 puis reçu le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 6 décembre 1921. Les gendarmes Eugène Praëts et Eugène Lebas reçurent également la Croix de Guerre et le Sergent Alphonse Leroy fut élevé au grade d’adjudant et décoré de la Médaille militaire le 13 mars 1915.

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    Quant au pont d’Oissel, la seconde guerre mondiale lui fut fatale. Lors de la débâcle en 1940, pour contrer l’avancée de l’armée allemande, les soldats français firent sauter l’ouvrage métallique.

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C’était un 4 octobre à Lens, il y a juste 100 ans

3 oct

   Le 4 octobre 1918 en tout début de journée, des soldats britanniques entre dans Lens par la rue d’Avion. La reprise de Lens ne sera accompagnée d’aucun coup de feu, d’aucun tir d’artillerie ; les Allemands ont abandonné ce qu’il reste de la ville, laissant derrière eux armes et munitions mais aussi ruines et désolations…..

   Les soldats alliés parcourent les rues de la cité, ou plutôt recherchent leur emplacement entre les tas de pierres qui furent un jour des maisons. Aucun être vivant, aucune âme …. Les premières photographies arrivent dans les rédactions et démontrent les atrocités de cette guerre.

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   A la Chambre des députés, Emile Basly, le maire de Lens, est avisé par des journalistes de la libération de sa ville. Il affirme : « Nous remettrons, quels que soient les dégâts, en très peu de temps, tout en bon état. »

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La presse nationale, dès ses éditions du soir, annonce la nouvelle.

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Le premier reporter qui entrera dans la ville le lendemain, Albert Londres, titrera son article : « Plus rien, c’est Lens… ».

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