AVERTISSEMENT :

13 fév

Suite à des abus, je suis désolé de préciser que les articles de ce blog ont été écrits après plusieurs semaines de recherches et de mise en page. Il ne peuvent donc être reproduits, que ce soit sur papier ou sur Internet, sans avoir obtenu au préalable l’autorisation de l’auteur et en citant clairement les sources. Toute utilisation commerciale est strictement interdite.

De même, les photos, images et documents insérés dans les articles ne peuvent être reproduits sur Internet et dans les réseaux sociaux qu’à la seule condition d’indiquer qu’ils proviennent de ce blog.

Pour retrouver les tomes précédents, cliquez sur l’image correspondante :

tome6 1  tome6 2  tome6 3  tome6 4  tome6 5

Amis du lensois normand, deux ouvrages à lire (cliquez sur l’image pour accéder au site des éditeurs) :

lienlivre1      lienlivre2

L’histoire peu ordinaire de l’église Notre-Dame des Mines de Lens.

13 fév

Merci à Anne Petit et Jean Claude Desprez pour l’aide apportée à la réalisation de ce texte

 texte01

   Avant la Première Guerre mondiale, la cité de la fosse 2 dite du Grand-Condé située le long de la route de Lille à Lens, était l’une des rares cités minières à ne pas posséder d’église.

   La cité du Grand Condé, comme tout le reste de la ville, n’est plus que ruines à la fin de la Grande Guerre. Lors de la reconstruction, la Société des Mines de Lens décide de la doter d’une chapelle dépendante de la paroisse Saint-Léger.

   La chapelle, placée sous le vocable de Saint-Wulgan, est inaugurée le 1er novembre 1921,

texte02

   Saint Wulgan, archevêque de Cantorbery, était un évangélisateur Anglais du VIIe siècle qui aurait traversé la Manche pour « semer la bonne parole » dans le nord de la France. Traversant les villages de l’Artois, il arrive à Lens où son zèle pour la population et les malades fut souligné, puis il se retira à Arras où il mourut vers 570. Son corps fut transporté à Lens dans la Collégiale Notre Dame. La ville et le Chapitre de Lens choisirent Saint Wulgan pour patron tutélaire. Sa statue côtoie celle de Notre-Dame des mines dans l’église.

texte03

   La chapelle est construite dans un ensemble comprenant un dispensaire, une salle de patronage et des logements pour les sœurs de la communauté franciscaine. Elle comprend deux petites ailes surmontées d’un étage couvert de plaques de fibrociment.

texte04

   Entre les deux ailes se dresse le clocher à la base carrée qui part du sol. Chaque face est ornée d’un relief en forme de treillage.La chambre des cloches hexagonale aux ouvertures en bois est surmontée d’une pointe munie de quatre petites lucarnes. À l’extrémité de la flèche, la croix est au centre d’une rose des vents.

texte05 

   Saint Wulgan deviendra une paroisse en 1932. C’est à cette époque que l’abbé Logez a l’idée de créer une revue mensuelle qu’il appelle « Le messager de Notre-Dame des Mines » qui est vendue 50 centimes.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

   En 1935, Marc Montaigne, un ingénieur au service des plans aux mines de Lens et également sculpteur, offre à la paroisse une statue de Notre-Dame des Mines, réplique de celle surplombant le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien des Causses, près d’Alès. Montaigne a ajouté sur le socle de la statue des bas-reliefs représentant les mineurs de fond au travail.

 texte07

   Chaque année, lors des processions, des mineurs portent la statue de Notre-Dame des Mines dans les rues de la cité du Grand-Condé.

 texte08

   La chapelle ne cessera d’accueillir de plus en plus de fidèles à tel point qu’à la fin des années 50, elle est trop exiguë pour le nombre de pratiquants. De plus, elle s’abîme depuis que les HBNPC ont cessé de l’entretenir. Alors, en mars 1959, les familles de mineurs de la cité prennent l’affaire en main ! Une soixantaine de Gueules Noires se prennent en charge et entreprennent des travaux pour démolir la chapelle et, sur ses fondations, construire une nouvelle église.

   Une souscription est ouverte, des dons affluent de partout : de Lourdes, d’Annecy, de la côte d’Azur, de Bretagne, et même de Tahiti. Le Général De Gaulle lui-même, parrain d’une petite Yvonne née dans les corons, participe au financement. Les mineurs ont une autre idée : vendre des « briques », qui sont en fait des dessins réalisé par Maurice Bienfait comportant l’inscription « Aidez les mineurs de la fosse 2 de Lens pour la construction de l’église de Notre-Dame-des-Mines ».

 texte09

   C’est à l’architecte diocésain, l’abbé Fernand Pentel, que l’on demande de dessiner les plans. Il réalise « un édifice circulaire pour rassembler une communauté rapprochée du chœur en un même mouvement ». Lorsque la maquette est rendue publique, on est étonné de l’audace de la construction dont l’architecture très moderne contraste avec les autres églises de Lens.

 texte10

   Alors peuvent débuter les travaux. Après une dernière messe de Noël célébrée le 24 décembre 1960, la chapelle est livrée à la démolition début janvier 1961. La première pierre de la nouvelle église est posée le 26 mars 1961 par Monseigneur Perrin, évèque d’Arras.

 texte11 

   Les mineurs participent à la construction. Ils sont aidés par les entreprises locales qui apportent gracieusement leur savoir-faire et leur matériel. On peut citer entre-autres les noms de la maçonnerie Crépel, le Génie Civil de Lens, la métallerie Jacquemart ou encore les entreprises Graillier et Dumortier.

   L’architecture d’avant-garde n’est pas la seule particularité de cette église. Des vitraux faits de dalles de verre coloré réunis par du ciment ont été réalisés par le père Pierre Cholewska (1922-2012), un moine bénédictin de l’abbaye de Wisques d’origine polonaise. Ses oeuvres aux couleurs vives agrémentent l’architecture d’une cinquantaine d’églises dont celles de Marles-les-Mines, Calonne-Ricouart ou encore du Saint-Curé-d’Ars à Arras ou Saint-Luc à Sainte-Foy-les-Lyon.

 texte12

   Treize vitraux ornent les parois des fonds baptismaux et 36 autres les murs de la nef. Un large vitrail circulaire installé au plafond offre une lumière splendide lorsque le soleil illumine le chœur.

 texte130

   La nouvelle église de la cité du Grand-Condé est bénie le 11 mars 1962 par Monseigneur Parenty.

   En mars 1987, la paroisse Saint-Wulgan célèbre le 25e anniversaire de son église. L’abbé Edouard Fremy célèbre la messe après une procession dans les rues de la cité.

texte14

   Au cours de cette procession, comme leurs parents il y a près de 50 ans, des mineurs en tenue de travail présentent la statue de Notre-Dame-des-Mines qui aujourd’hui encore est présente dans le chœur de « l’église ronde ».

texte15

Drame de l’adultère à Lens

25 jan

 titre

   Lorsque le 28 octobre 1878 dans une maison du chemin de la Bistade à Sainte-Marie-Kerque, madame Adeline Vanhoutte met au monde son deuxième fils Raphaël, elle ne se doute pas qu’elle est là à l’origine de l’un des faits divers les plus atroces qui se soient déroulés à Lens.

   Adeline et son mari Wilfried possèdent une petite exploitation agricole qui ne permet pas de nourrir toute la famille surtout que trois nouvelles naissances vont vite venir agrandir la fratrie. Le jeune Raphaël grandit donc dans la ferme où règne la misère.

   Quelques mois avant sa naissance, à quelques kilomètres de là, dans la petite commune de Watten était venu au monde le 5 novembre 1877 Victor Auguste Emile Rousselle. La famille de Victor n’est pas plus fortunée que celle de Raphaël. Sa mère n’a pas d’emploi et s’occupe de la maison et des trois enfants. Son père est « manouvrier ». Contrairement au journalier qui chemine de ferme en ferme, le manouvrier ne travaille que pour un seul fermier à qui il loue une petite maison et un lopin de terre.

watten3

   C’est le cas également pour le père de la jeune Léonie Courtin qui, le 8 mars 1881, a vu le jour à quelques centaines de mètres de la famille Vanhoutte. Léon et Marie, ses parents, élèvent Léonie et ses trois frères à Sainte-Marie-Kerque, une commune rurale de 1400 habitants.

   Après un an passé dans l’armée au lieu des trois habituels à cette époque (il est considéré comme soutien de famille), Victor Rousselle est libéré le 24 septembre 1901. Il rencontre Léonie Courtin et le 19 juillet 1902, le couple se marie en la mairie de Sainte-Marie-Kerque et s’installe dans le village. Quelques mois plus tard, Isabelle arrive au monde et l’année suivante, la famille s’agrandit avec la naissance de Marius. Il faut nourrir tout ce monde. Victor, comme son père est manouvrier. Il travaille souvent plus de 14 heures par jour, mais son salaire journalier de 3,50 francs ne suffit pas à assurer la subsistance de sa famille quand le pain coûte 30 centimes.

sainte marie kerque

   De plus en plus, les ouvriers agricoles quittent les campagnes pour les régions industrialisées. Dans le bassin minier, la Société des mines de Lens recherche de la main-d’oeuvre. Plus de 10 000 ouvriers et ouvrières y travaillent déjà, surtout des mineurs de fond. De plus, la compagnie propose un logement à ses salariés. Le couple Rouselle n’hésite pas. En février 1905, Victor se fait embaucher à la fosse 4 de Lens. La famille emménage à Avion, dans les corons de la rue Sadi Carnot.

   Pendant ce temps, à Sainte-Marie-Kerque, Raphaël Vanhoutte vit misérablement et ses maigres revenus de journalier ne servent surtout qu’à apporter un peu plus de quoi vivoter à la famille. Le 14 novembre 1899, il est incorporé dans le huitième régiment d’infanterie de Saint-Omer. En tant que soutien de famille, il ne sert également qu’un an dans l’armée dont il est libéré le 23 septembre 1900 pour retourner à sa vie de misère.

   C’est certainement le besoin d’argent qui l’incite à commettre un vol de 1000 francs. Il se fait prendre et est condamné par le tribunal de Saint-Omer le 4 janvier 1905 à un an de prison avec sursis. Alors, un an plus tard, à l’instar du mari de son ancienne voisine, il décide d’aller aussi tenter sa chance dans les mines de Lens où il se fait également embauché le premier février.

   Étant célibataire, il ne peut lui être alloué de logement. Il est d’abord locataire au 47 rue Decrombecques à Lens.

rue decrombecque

   Le 13 mars 1905, Rousselle est appelé par l’armée pour effectuer une période de formation de 28 jours d’instruction. Raphaël qui rend souvent visite à Léonie devient alors son amant. Victor ne s’aperçoit de rien et, à son retour, continue de travailler consciencieusement. Courageux, il est très apprécié de ses supérieurs. Raphaël Vanhoutte, lui, est un garçon renfermé, influençable et même un peu fainéant.

   Le 6 juin, les Rousselle emménagent dans une maison au numéro 12 de la place Saint-Alfred, à deux pas de l’entrée du carreau de fosse 4. Léonie parvient à convaincre Victor de louer une chambre à Raphaël contre un petit loyer qui améliorera les ressources du couple. En juillet, Vanhoutte vient s’installer chez « ses amis ». Alors, on s’arrange. Le lit des enfants est descendu. Isabelle et Marius y dormiront près du lit des parents.

   Victor et Raphaël ne sont pas du même poste à la mine. Cela facilite les relations entre le jeune célibataire et sa maîtresse qui vont durer plus de trois ans sans éveiller le moindre doute chez le mari. Une nouvelle période militaire appelle Victor loin de chez lui en août 1907. Le couple adultère en profite et commence à germer dans les idées de Léonie une idée morbide.

fosse4

   Le hasard va aider à la concrétiser. Le mardi 21 avril 1908, Victor travaille à la journée. Il doit terminer son service à 18 heures mais le cesse plus tôt. Arrivant chez lui vers 16 heures, il ne voit personne au rez-de-chaussée. Il se rend dans la chambre de son locataire et y trouve celui-ci au lit avec son épouse. Sa réaction de colère n’entraîne aucune violence, il préfère quitter la maison et se rendre dans l’estaminet le plus proche « chez Mirza » tenu par Marie Legrand dont l’époux, Louis, est mineur comme lui.

   Pendant ce temps, Raphaël et Léonie conversent. Le retour inopiné de Victor va mettre en péril leur relation. Léonie demande à son amant de la protéger, car dit-elle, elle craint pour sa vie et celle de ses enfants. Il faut trouver une solution. C’est Léonie qui propose celle qui ne peut que convenir : éliminer le gêneur. La mort de Victor : ce n’est pas la première fois qu’elle évoque cette hypothèse, mais cette fois Raphaël, homme de faible personnalité, se laisse convaincre.

   Il ne sert plus rien d’attendre maintenant que Victor est au courant de leur relation. C’est décidé, le mari gênant passera de vie à trépas cette nuit ! Léonie insiste : « Il y a une hache à la cave. Tue-le, mais ne le fait pas trop souffrir ».

   Lorsque Victor rentre au bercail vers 20 heures, il a une discussion avec son épouse infidèle. « Il n’est plus question, lui dit-elle, que nous couchions ensemble ». Elle passera la nuit dans le grand lit avec sa fille Isabelle et lui s’allongera dans l’autre avec Marius. Raphaël, lui, est monté se coucher de bonne heure, n’osant pas affronter le regard de Victor. Auparavant, il a pris la précaution d’aller chercher la hache dans la cave et de la cacher dans sa chambre.

   Vers minuit, il descend sans faire de bruit et se rend dans la chambre commune où il réveille doucement Léonie qui dort du sommeil du juste. Après lui avoir confirmé ses intentions, elle indique à son amant le côté du lit où est couché son mari et lui demande de prendre des précautions pour ne pas blesser son fils !

   Vanhoutte se dirige vers le lit de Victor, lui touche le visage pour être certain de ne pas se tromper. Cela réveille l’infortuné, mais avant qu’il ne réagisse, il reçoit en pleine tête un violent coup asséné avec la lame de la hache.

hache

   Pendant que Raphaël traîne sa victime inconsciente jusque dans la cuisine, Léonie se lève, va chercher son fils réveillé par le bruit, le couche avec sa sœur et le berce jusqu’à ce qu’il se rendorme.

   Puis elle rejoint son amant. Vanhoutte s’assure de la mort de sa victime en lui donnant quelques coups de hache supplémentaires. S’apercevant que feu Victor perd beaucoup de sang, il va chercher un sac au grenier pour lui envelopper la tête. Il l’habille ensuite puis le traîne dans la rue et l’abandonne près de l’estaminet des Legrand. S’apercevant que le cadavre est nu-pieds, il retourne chercher ses godillots puis revient les déposer à côté du corps.

   Pendant ce temps, Léonie, dans la chambre, nettoie consciencieusement le sol et le bois de lit. Elle retire les draps et couverture souillés et les remplace par ceux qu’elle va chercher dans la chambre de Raphaël.

   De retour à la maison, son amant jette dans la fosse d’aisance le sac qui avait servi à entourer la tête, essuie la hache et la remet à sa place dans la cave. Il aide ensuite Léonie à nettoyer le sol de la cuisine puis le couple va se coucher ensemble dans le lit occupé quelques minutes avant par le mari assassiné et, comble de l’ignominie, y ont une relation intime !

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière l’estaminet des Legrand. Dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Pensant à un sac, il se baisse pour le ramasser et découvre l’horreur : un corps humain, la tête ensanglantée et les pieds nus. Le corps est si abîmé qu’il est méconnaissable.

   Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée. Les gendarmes envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flots. Cependant, les pieds nus et les traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là, mais a été traîné.

rousselle mort

   Dès le lever du jour, les gendarmes suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Rousselle, au n° 12 de la place Saint-Alfred. Ils entrent dans la maison et découvrent un sol bien lavé et encore humide. Les enfants sont à table, Léonie est en train de leur préparer le petit-déjeuner. Raphaël descend de l’étage, il est à peine habillé et enfile ses vêtements de mineur comme pour se rendre au travail.

   Les gendarmes demandent à la femme où se trouve son mari. Elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme. Cependant, des voisins que le spectacle a attiré en nombre devant la maison, affirment que Victor a quitté l’estaminet vers 20 heures pour rentrer chez lui. Les représentants de l’ordre décident alors de visiter la maison. Dans la chambre du rez-de-chaussée, ils découvrent des traces de sang sur les boiseries de l’un des lits et sur le sol. Dans la chambre de Vanhoutte, ils soulèvent la couverture du lit et trouvent les draps ensanglantés.

   Les gendarmes poursuivent leur inspection : sur le sol pourtant bien lavé de la cuisine, il y a aussi quelques traces de sang. Ils en découvrent également sur la lame et le manche de la hache qu’ils trouvent dans la cave. Le brigadier-chef se tourne alors vers Léonie et Raphaël et leur crie : « C’est vous les assassins ! ». Il fait venir son supérieur. Le lieutenant Coine arrive et confirme ; les preuves sont irréfutables, Victor Rousselle a été assassiné ici !

   Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Il les fait conduire à la gendarmerie de Lens sous bonne escorte, car la maison est toujours assiégée par les mineurs qui veulent lyncher Vanhoutte. Ils lui jettent des pierres et hurlent « À mort, tu as tué l’un des nôtres ! ». L’homme est prostré, honteux. Sa maîtresse semble totalement indifférente.

gendarmerie de lens

   À la gendarmerie, Léonie prétend qu’elle a agi pour ne plus subir les violences de son mari et protéger ses enfants. Vanhoutte déclare avoir été influencé par sa maîtresse : « Un crime pour refaire leur vie ensemble » lui avait-elle promis.

   Les amants terribles sont transférés le jour même à la prison de Béthune par le train de 15 h 40. La foule, qui a envahi la gare les accueille aux cris de « A mort les assassins ! ». Les dix gendarmes qui escortent le couple ont bien du mal à le protéger et le hisser dans la voiture. La même scène se reproduit à Béthune où plus de cent personnes les encerclent de la gare à la prison. L’air arrogant de Léonie excite encore plus les manifestants.

   La justice ne traîne pas, le 22 juillet les « amants terribles » sont jugés par la cour d’assise du Pas-de-Calais à Saint-Omer sous la présidence de Maître Thuillier, conseiller à la Cour d’appel de Douai.

palais st omer

   Léonie continue de prétendre qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Les témoins, collègues de travail, supérieurs hiérarchiques et voisins de Rousselle la contredisent. Victor n’était pas violent et jamais aucun cri, aucune dispute provenant du 12 cité Saint-Alfred n’ont été entendus. Même Léonie était considérée comme une bonne ménagère, s’occupant bien de ses enfants et de sa maison.

   Raphaël Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   Le médecin légiste qui a autopsié le corps rapporte que la victime portait au front une plaie de cinq centimètres profonde de plus d’un centimètre faite avec le tranchant de la lame. Ce premier coup fut mortel. Quatre autres plaies derrière la tête ont occasionné de multiples fractures et un enfoncement de la boite crânienne prouvant l’acharnement de Vanhoutte.

    Le procès est expéditif. Dès le lendemain, le verdict est prononcé. Après un sévère réquisitoire de Maître Mouron, procureur de la République, viennent les plaidoiries des défenseurs, Maître Lefebvre du Prey pour Vanhoutte et Maître Leblanc pour Léonie. Le jury se retire, la délibération ne dure pas plus de vingt minutes. Le président annonce le verdict : la Cour, estimant que la veuve Rousselle pouvait avoir quelques circonstances atténuantes, la condamne aux travaux forcés à perpétuité. Quant à Raphaël Vanhoutte, il est jugé coupable de meurtre avec préméditation. Pour lui, ce sera la peine de mort.

guillotine

   Dans la salle qui retenait son souffle, un seul bruit : l’un des frères de Raphaël applaudit et crie « Bravo ! ». Alors que les deux condamnés montent dans le fourgon de police, ce même homme hurle vers son frère : « Adieu crapule. C’est ton frère qui te le dit ».

   Vanhoutte est écroué à la prison de Béthune où il rejoint d’autres condamnés à mort « célèbres » pour leurs méfaits dans la région, les criminels de la bande à Pollet. Léonie Rousselle est incarcérée à la prison du Bon Pasteur à Saint-Omer. Il semble que personne ne se soit aperçu que son ventre s’est arrondi.

   L’appel de Maître Lefebvre du Prey en faveur de Raphaël Vanhoutte est rejeté le 28 août par la Chambre criminelle de la Cour de cassation de Lille

verdict2

   L’assassin conserve néanmoins un petit espoir de ne pas voir sa tête tomber dans le panier au pied de la guillotine. À Paris, Aristide Briand, garde des Sceaux, soumet à l’Assemblée nationale un projet de loi visant à supprimer la peine de mort en France. L’unique argument : éviter le retour d’erreurs judiciaires comme cela s’est déjà produit plusieurs fois. Mais la grâce présidentielle accordée récemment à l’auteur d’un crime horrible : le viol suivi d’assassinat d’une fillette de 11 ans, a suscité la colère de la population. Le 8 décembre, par 330 voix contre 201, la Chambre des députés repousse le texte.

peine de mort

   À la suite de ce vote, le président Armand Fallières, pourtant abolitionniste convaincu (il a gracié les 62 hommes condamnés à mort depuis le début de son mandat.), hésite à affronter l’opinion publique. En ce début d’année 1909, il y a 28 détenus voués à la guillotine en France. Le vendredi 8 janvier, il en gracie six dont Raphaël Vanhoutte. Il annonce avoir pris ces décisions après un examen minutieux de chaque dossier et en fonction de la nature des crimes, des antécédents, âges et état mental et physique des condamnés.

  Le lendemain à 4 heures 30 à la maison d’arrêt de Béthune, tandis qu’il entend de sa cellule le bourreau Anatole Deibler s’activer aux préparatifs des exécutions de la bande à Pollet, Raphaël Vanhoutte reçoit la visite du directeur de la prison qui lui annonce la décision du président de la République.

grace

   Le mercredi 13 janvier, Vanhoutte quitte Béthune pour se rendre à Douai où lui sera notifié officiellement sa grâce et annoncé que sa peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

   Il change de train à Lens où il est reconnu. Un journaliste de l’Écho du Nord assiste à la scène. « Mercredi, du train arrivant en gare de Lens à une heure 29 est descendu Raphaël Vanhoutte. Reconnu immédiatement par les voyageurs, l’assassin de Lens suscita une vive curiosité… Vanhoutte, qui n’était pas d’une santé robuste, nous a semblé très déprimé, il était dans un état de prostration compléte. Il jetait çà et là autour de lui des regards où se mêlaient l’inconscience et la crainte… Néanmoins, aujourd’hui, aucun cri hostile ne fut poussé. La fureur du premier moment a fait place à la pitié. »

   Le condamné parle au journaliste : « Je ne me suis pas rendu compte de la monstruosité de mon crime. Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais tué le mari de mon amie alors qu’il m’eut été si facile de tenir ménage avec l’épouse infidèle. Je n’ai aucune nouvelle de la femme Rousselle. Je ne sais où elle est ni ce qu’elle fait. Au bagne, je m’inquiéterai d’elle et demanderai à entrer en correspondance avec elle. Je me conduirai bien là-bas, je me montrerai docile et discipliné ».

   L’article se poursuit ainsi : « A une heure 40, le forçat prenait place dans un wagon de seconde classe à destination de Douai. Bien pénible fut le passage du jeune gracié. À son départ de Lens, la pitié, plus que la haine l’accompagna car Vanhoutte passe pour un esprit simple poussé à la haine par la passion. »

  Le condamné rejoint ensuite sa nouvelle cellule à la prison de la rue de Cuincy à Douai. Le 25 janvier à 11 heures 45, il est convoqué avec un autre condamné gracié, Joseph Philippart, dans la salle du parlement de Flandre du Palais de Justice où doit leur être notifier leur nouvelle peine.

douai

   « Le cérémonial est aussi pompeux en sa sévérité qu’en sa brièveté, lira t’on dans la presse. Le procureur a donné lecture des actes de grâce devant la Cour. Les gendarmes au garde-à-vous mirent l’arme sur l’épaule, baïonnette au canon et la reposèrent, la cérémonie terminée, avec une correction parfaite. Et ce fut tout. »

   L’article précise ensuite que l’état de santé de Vanhoutte est des plus précaires et qu’il se pourrai bien qu’il ne fasse pas de vieux os au bagne.

    Avant d’atteindre la Guyane, le condamné est transféré dans un wagon cellulaire de chemin de fer vers le point d’embarquement à Saint-Martin-de-Ré. Vanhoutte y arrive le 10 février 1909.

   L’homme ne sera alors plus qu’un matricule, le numéro 6055. Il restera plusieurs mois les pieds enchaînés dans une grande cellule au milieu d’autres bagnards, Le 9 juillet, après avoir été tondu, il embarque à bord du navire « La Loire », un bateau spécialement aménagé pour le transport des condamnés, à destination du bagne de Saint-Laurent-Maroni. En 1909, ces bateaux de la Société Nantaise de Navigation achemineront vers la Guyane 435 condamnés aux travaux forcés que l’administration appelle des « transportés ».

transport

   Le bagne de Saint-Laurent-Maroni n’est qu’un dépôt temporaire. La plupart des bagnards sont envoyés dans les autres camps et pénitenciers. Seul un petit nombre reste à Saint-Laurent, les hommes considérés peu dangereux qui ne tenteront pas de s’évader. Ils sont employés dans l’administration (jardiniers, peintres, cuisiniers…). Raphaël Vanhoutte en fait partie.,

bagnards st laurent

   Sur l’imprimé de dépôt des condamnés aux travaux forcés le concernant, il sera écrit : « Conduite bonne ». Mais les dernières personnes à avoir l’avoir vu en métropole avaient raison. Sa faible constitution et la maladie auront rapidement raison de lui. Le 4 juillet 1911, l’assassin de Lens décède à l’hôpital de Saint-Laurent-Maroni. Il avait 33 ans.

   Ce jour-là, son dossier de bagnard sera simplement barré en croix. Ainsi se termine pour l’administration « l’affaire Vanhoutte ».

bagne dossier

   A Saint-Laurent, il n’y a pas de cérémonie pour un bagnard décédé. Le corps de Vanhoutte est emmené en charrette « aux Bambous », nom donné à la partie réservée aux bagnards du cimetière communal. Il est enterré dans l’une des nombreuses fosses communes.

charette st laurent

   Le 7 janvier 1909, à la mairie de Saint-Omer, un certain Louis Berthe, comptable à la prison du Bon-Pasteur, vient déclarer la naissance de Léon Rousselle, fils légitime de Léonie Rousselle née Courtin et de feu son mari Victor Rousselle. Nous sommes là un peu moins de neuf mois après l’assassinat du mineur lensois….

   Léonie abandonnera l’enfant et sera ensuite transférée à la prison centrale pour femmes de Rennes. Elle y finira ses jours le 20 février 1946 à l’âge de 65 ans.

prison rennes

   Quant aux enfants présents le soir du crime, ils retournèrent à Sainte-Marie-Kerque où ils furent recueillis et éduqués par les parents de Léonie. Isabelle épousera en 1924 Jules Bertier un cordonnier du village, Marius sera, comme son père et son grand-père, manouvrier dans les fermes. Il épousera en 1931, une fille d’Eperlecques.

   La famille de Raphaël Vanhoutte quitta définitivement Sainte-Marie-Kerque. Avec le décès à Helfaut, le 16 août 1985 de Léon, le troisième enfant de Léonie, se ferme définitivement le livre sur l’histoire des assassins de Lens.

arrestation 1000 pixels

28 décembre 1919, la ville de Lens est honorée

28 déc

   Il y a 100 ans jour pour jour, la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre étaient attribuées à la ville de Lens. Revivons ces moments à la manière des journalistes de l’époque (Le Grand Echo du Nord et le Petit Parisien).

   Ce 28 décembre, le Président Poincaré a remis la Légion d’Honneur à quatre villes martyres lors de son voyage dans le Pas-de-Calais.

004

   LENS : pauvre ville atrocement assassinée, elle n’est plus rien que poussière, poussière sur poussière. Nulle part, la dévastation n’a été aussi féroce.

   Plus une maison : 3500 cahutes et 7000 âmes, un hôpital moderne de 90 lits. Une équipe de locomotives minuscules qui emporte sans cesse la ville dans des wagonnets. On voit paraître ça et là le terrain que couvrait la cité défunte et que recouvrira la cité nouvelle.

001

   La ville de Lens a eu hier son jour de gloire. M. Poincaré y est arrivé vers 10 h 00 par la route de Béthune sous la brume que le soleil d’hiver tentait de percer. Le 13ème chasseurs à pied, avec des tirailleurs marocains, formait la haie sur son passage. Une salve de 21 éclats d’obus saluait le chef de l’Etat.

002

   Le président, accompagné du Maréchal Pétain et de messieurs Ribot et Jonnart, sénateurs, se rendit à la mairie place du Cantin où M. Basly, député-maire, lui présenta son conseil, les maires du canton et les hautes personnalités des mines de Lens. Des sociétés locales et des environs étaient massées près d’une estrade sur laquelle se déroula la cérémonie.

   Les habitants revenus, les femmes, les enfants étaient là, pressés autour de l’estrade. Ils chantaient et ils tendaient des fleurs. Ils les lançaient aux pieds du Président en l’acclamant à grands cris ! Deux fillettes présentèrent des fleurs à M. Poincaré qui les embrassa.

   Parmi les assistantes, nous avons remarqué Madame Lemaire, la vaillante lensoise qui fut condamnée à 10 ans de bagne par les boches et ne fut libérée qu’à l’armistice. Elle avait caché un soldat français. Cette brave ménagère reçut la Légion d’Honneur.

003

Le discours du Président

   Après une rapide visite des ruines de Lens en compagnie de monsieur Basly, le Président monta sur l’estrade et prononça un discours dont nous extrayons les passages suivants : « Lorsque je suis venu l’an passé peu de jours après la retraite de l’ennemi, visiter la malheureuse ville de Lens, je n’avais trouvé devant moi qu’une immense solitude et un monceau de poussières.

005

   Nulle part, ni à Verdun, ni à Reims, ni à Arras, ni ailleurs, je n’avais vu dévastation plus complète, ni plus lamentable chaos. Le boulevard des Ecoles où jadis à l’entrée et la sortie des classes, allaient et venaient tant de petits garçons et fillettes, où se pressait journellement la foule de nos concitoyens, où circulaient à des heures régulières les mineurs remontant des fosses, les ouvriers sortant des ateliers, les employés revenant de leur magasin, ce long boulevard, si plein de vie et d’activité, n’était plus qu’une monotone et sinistre rangée de pierres en éclats et de briques en poudre ».

   Le Président décrit ensuite la ruine des mines inondées et en face de ce désastre, il dresse le vigoureux tableau de Lens renaissant.

   « En violant la neutralité de la Belgique, l’ennemi ne perdait pas de vue l’occupation de nos mines du nord. Dès le 31 août 1914, il entrait dans Lens, avec tout l’appareil de la victoire et de l’arrogance ; et si la bataille de la Marne le contraignait, le 7 septembre, à s’éloigner d’ici, il revenait moins d’un mois plus tard, le 4 octobre et il restait dans votre ville infortunée jusqu’à la veille de l’armistice.

   Combien de fois, du haut des collines où les troupes françaises avaient installé des observatoires, combien de fois n’ai-je pas contemplé avec mélancolie le riant tableau de votre plaine égayé par les toits rouges des corons. Je voyais au loin les cheminées et les élévateurs de vos usines. »

   Le Président retrace l’histoire de notre ville avant la guerre et pendant la guerre ; il montre la population laborieuse tout à coup saisie par les progressions de l’invasion ; ses quartiers touchés bien à regret par l’artillerie française ; la déportation de ses habitants par l’occupant.

1917

   Ce n’est qu’aux premiers jours d’octobre 1918 que les Allemands, chassés par le bombardement des Anglais, commencent à se replier vers le canal de la Haute-Deûle, derrière les inondations et les marais. Le 3 octobre, ce qui subsiste de Lens, un large espace couvert de briques émiettées, est enfin réoccupé par nos vaillants alliés.

   Depuis lors, 15 mois ne se sont pas écoulés, et par un prodige de volonté, de courage et de travail, vous avez déjà, messieurs, fait sortir votre ville du sépulcre où elle était ensevelie. Vous allez maintenant, avec l’aide nécessaire des pouvoirs publics, reconstituer se fortune et sa puissance industrielle. En souvenir des souffrances qu’elle a enduré, et de la patriotique énergie qu’elle a montrée, je lui remets, au nom du gouvernement de la République, la Croix de la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre. »

   M. Poincaré épingle alors, sur un coussin de velours rouge aux armes de la ville, la Croix de la Légion d’Honneur et la croix de Guerre. Sous le soleil revenu, il n’y eu qu’une clameur sortie de milliers de poitrine : « Vive Poincaré. Vive la France ! ».

006

Discours de M. Basly, maire de Lens

   « Il y a 5 ans, à pareil époque, l’armée allemande entrait dans Lens et ce n’est pas sans émotion que j’évoque les souvenirs de ces jours d’angoisse et de deuil, ou un ennemi qui, depuis des années, méditait et préparait l’agression, se ruait sur la France pacifique ».

   Puis, ayant tracé le tableau de l’héroïsme et des souffrances de la ville, il ajoute : « Quant à nous, nous avons su faire notre devoir, nous continuerons à le faire. Lens renaitra, tous sont animés de la volonté de le voir revivre.

    Aujourd’hui, ils sont 7000, plein d’ardeur et de travail. Pourtant, les conditions d’existence y sont rudes. Voici venir l’hiver, menaçant pour les gens qui n’ont d’autre abri que des baraques ouvertes aux intempéries. Et c’est en présence de cette menace que nous vous disons : « Monsieur le Président de la République, voyez ce que nous avons fait, voyez ce que nous voulons faire. Aidez-nous ! »

    Et il conclut :

    « La population de Lens a pour vous, Monsieur le Président, la plus vive gratitude et conservera toujours vivant le souvenir de votre visite et des distinctions que vous venez de lui remettre. Elle en est fière et elle en est digne. En son nom, je vous en remercie. »

discours Basly

   La chorale de Sallaumines chanta « le Rhin allemand » puis le Président se rendit à l’hôpital de Lens où M. le docteur Brulant et les dames de la Croix Rouge lui firent visiter l’installation. Il eut des mots d’encouragement pour les malades.

008

   Pour les indigents, le Président à laissé 3000 francs à la ville de Lens. Le Président et sa suite remontèrent en auto, regagnèrent le train spécial qui s’arrêta un peu plus tard à Farbus où eut lieu le déjeuner avant l’arrivée à Arras.

 007

   Le décret du Journal Officiel daté du 28 décembre 1919 :

Journal_officiel.

Cinquante-six ans avant la cagnotte pour les grévistes de la SNCF, retour sur l’incroyable élan de solidarité pour les mineurs de 1963

23 déc

    L’article suivant a été écrit par un journaliste de France-Info, Pierre Godon. Il a été réalisé  avec des témoignages de membres du groupe du Lensois-Normand de Facebook. Je remercie Pierre Godon et France-Info d’avoir accepté que je le mette en ligne sur ce blog. 

1963 2

   Alors que la grève des conducteurs à la SNCF et à la RATP est entrée dans sa troisième semaine, retour sur un des plus importants conflits sociaux du XXe siècle dans l’Hexagone. A l’époque, cette grève des mineurs avait provoqué une vague de dons sans précédent.

   « Cette grève, on ne l’a pas gagnée tous seuls, les mineurs. Sans tous les gens qui nous ont aidés, jamais on aurait tenu 34 jours, jamais on aurait fait plier De Gaulle. » L’homme qui parle, c’est Martial Ansart, ancien mineur de fond à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais). Il a 17 ans le 1er mars 1963, premier jour d’un des conflits sociaux les plus importants du XXe siècle en France et objet de l’élan de générosité le plus spectaculaire jamais constaté dans le pays. De quoi vous faire regarder d’une autre façon les cagnottes ouvertes en 2019 pour soutenir les grévistes opposés à la réforme des retraites.

1963 8

   L’adage syndical dit qu’il faut savoir terminer une grève. Faire preuve de ruse pour bien la commencer, c’est bien aussi. Louis Bembenek, 24 ans en 1963, et mineur à la fosse Delloye de Lewarde (Nord) raconte : « L’hiver 1962-63 avait été terrible. La CFTC voulait lancer un mouvement de grève dès début janvier, mais on [la CGT, majoritaire chez les mineurs] a dit non. Tout simplement parce que ça allait pénaliser les gens. Tout le monde se chauffait au charbon à l’époque. Pour ne pas braquer d’entrée l’opinion publique, on a débuté le mouvement en mars. » Principale revendication des gueules noires : une augmentation des salaires alors que l’inflation s’envole et que les autres professions obtiennent des rallonges.

1963 11

Quand De Gaulle dégaine « la bombe atomique »

   Le contexte leur est favorable, souligne l’historien Stéphane Sirot, spécialiste de l’histoire des mineurs : « En 1963, l’après-guerre n’est pas si loin, et chacun a en mémoire la bataille du charbon [en 1945, quand les mineurs ont mis les bouchées doubles pour aider à redresser le pays]. La puissance du Parti communiste français (PCF), qui a construit son image adossée à celle du mineur, est au plus haut, et numériquement, avec 200 000 mineurs, c’est une des professions les plus importantes de France. » Sans compter que le pouvoir, pas encore habitué à mettre les mains dans le cambouis social après la longue séquence algérienne, commet une bourde majeure dès le début du conflit.

   Dès le 2 mars, de Gaulle signe un ordre de réquisition des mineurs depuis sa maison de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), un samedi soir. « Rien moins que la bombe atomique en matière de relations sociales », commente Stéphane Sirot. La Lorraine puis le Nord-Pas-de Calais refusent l’oukaze du général. Lundi 4 mars, le « Grand Charles » se retrouve avec 200 000 grévistes résolus en face de lui.

1963 4

De l’aide venue du bloc communiste

   « Je me souviens des miracles que faisaient les mamans pour remplir les assiettes », raconte Jean-Pierre Hainaut, 11 ans à l’époque et un père mineur à la fosse 21 à Harnes (Pas-de-Calais). Pourtant, ce n’est pas grâce à leurs potagers que les mineurs survivent. A part quelques poireaux et quelques carottes, en mars, ils n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les mécanismes traditionnels de solidarité du bassin minier se mettent en place : les commerçants font crédit, les maires offrent des repas gratuits pour les enfants dans les cantines scolaires…

1963 3

   « Le syndicat des mineurs nous distribuait du lait et des sardines qu’il mettait sur la pierre de notre porte, se souvient Horia, fille de mineur âgée de 12 ans à l’époque. Il fallait surveiller pour ne pas se les faire chiper. Dans le jardin, on avait des bêtes, des moutons, des poules et des lapins. On a fini par y ajouter un chien, car la nuit, on essayait de nous voler. On a finalement trouvé le coupable grâce aux plumes. C’était le voisin. Après une bonne explication façon boxeur, on est finalement devenus les meilleurs amis du monde. »

1963 7

   Mais les choses basculent rapidement dans une autre dimension. Très vite, l’URSS, la Tchécoslovaquie et la Pologne débloquent des fonds. Rien de très surprenant de la part de pays communistes du bloc de l’Est. Mais de l’argent arrive aussi en provenance du Vietnam, du Pérou ou du Chili… « C’était marginal, mais hautement symbolique », souligne Stéphane Sirot. Il n’y a pas que des fonds qui arrivent. « Un midi, on frappe à la porte, raconte Daniel, à l’époque adolescent, qui vit avec ses cinq frères et sœurs et sa mère célibataire dans un logement modeste. On ouvre. Sur le seuil, des gens qui ne parlaient pas très bien français. C’étaient des Hollandais qui nous apportaient du pain. »

Lens, centre du monde

Des camions avec des plaques étrangères, on en a vu un paquet dans le bassin minier en ce printemps. Selon la légende, un camion belge ou polonais rempli jusqu’à la gueule n’arrivait plus à repasser le porche de la maison syndicale de Lens une fois déchargé. C’est à Lens qu’étaient centralisés les vivres, répartis ensuite dans les différentes communes. « Et après, on passait avec un mégaphone dans les rues pour appeler les gens à se rendre place de la mairie avec leur livret de famille », raconte l’ancien mineur Martial Ansart. 

1963 5

   Les Français des autres régions ne restent pas les bras croisés. Ils découvrent dans la presse des témoignages effarants, comme celui de ce « vieillard de 40 ans » rencontré par un journaliste de L’Aurore : « Dans ma famille, on était douze à la mine. Onze sont morts avant 50 ans et moi, je suis silicosé à 45%. (…) Même les Allemands, tu m’entends, même les Allemands, sous l’Occupation, ils ne nous ont pas réquisitionnés. » Autre point significatif pour l’opinion : les mineurs organisent des défilés colossaux, mais contrairement à d’habitude, le conflit social ne dégénère pas en conflit tout court. « Lors de la plus grosse manifestation à Lens, on était 80 000, il n’y a pas eu une ampoule de cassée », souligne l’un d’eux. Cela permet à beaucoup de se sentir solidaires. Et nombreux sont ceux qui contribuent avec un petit billet glissé aux quêteurs envoyés par le PCF et la « Cégette » un peu partout en France.

1963 10

   Quand il bat le pavé en banlieue parisienne, le mineur cégétiste de Lewarde Louis Bembenek tient dans sa main droite un panier, dans l’autre sa fiche de paye. « Mon épouse avait un oncle, huissier au Sénat, qui refusait de croire qu’on gagnait si peu que ça. Alors je montrais mon salaire à qui voulait voir ! » Quelques kilomètres plus loin, Martial Ansart se retrouve sur le marché de Nanterre (Hauts-de-Seine), épicentre de ce qu’on appelait alors la « ceinture rouge » de Paris. « D’un seul coup, une vieille dame, originaire d’Hersin, qui devait me connaître de vue, se plante devant moi et me tend une tarte à la crème. ‘Tiens min tchiot, t’as faim’ ["tiens mon garçon, tu as faim", en patois ch'ti]. Un gars de la Seita m’a aussi donné une cartouche de cigarettes, j’ai aussi récolté beaucoup d’argent… J’ai tout partagé, bien sûr, sauf la tarte. »

Johnny offre le cachet d’un concert

Dans la famille Ansart, le père, bouffeur de curé convaincu, se voit assigner le point stratégique… de la sortie de la messe. Le premier à se précipiter pour lui tendre quelques billets, c’est l’homme en soutane en personne. « Ce qu’il a pu se faire chambrer après ça ! » sourit le fiston. Par la voix des archevêques de Cambrai et d’Arras, l’Eglise catholique prend publiquement position en faveur des mineurs : « Cette grève nous concerne tous. Nous devons nous sentir solidaires de toutes les souffrances. » Louis Bembenek, à la CGT, se retrouve lors d’une quête à Cambrai invité dans les locaux de l’archevêché. « C’est vrai qu’une telle rencontre peut surprendre… J’ai encore la photo ! » sourit-il. Au total, les sommes récoltées dépassent les 2 millions d’euros au cours actuel. Le plus gros donateur est peut-être un certain Johnny Hallyday, qui offre le cachet de son concert (estimé à 7 500 euros) à Decazeville, dans l’Aveyron, aux grévistes. « Cette somme constitue un record, à ma connaissance, assure l’historien Stéphane Sirot. Mais rapportez-la au nombre de grévistes : à peine 10 euros par tête. »

Au début de la quatrième semaine de grève, pour soulager les familles, le Parti communiste lance un appel pour accueillir les enfants du bassin minier dans des familles d’accueil pendant les vacances de Pâques. Ce ne sont pas moins de 23 000 enfants qui s’extraient de l’angoisse de l’assiette vide pendant deux semaines. Pour Daniel Doutrelon, 14 ans, direction le « 10-12 rue Epoigny à Fontenay-sous-Bois, téléphone Tremblay 13-27. Je m’en rappellerai toute ma vie. » Il tombe chez un négociant en matériaux de construction marié à une secrétaire. Leur fils unique a quitté le nid et laisse à l’enfant de la fosse 9 « une chambre immense, une salle de bains et même un transistor ! » Le couple du Val-de-Marne voulait bien accueillir un enfant du bassin minier, mais plutôt âgé. « Et pour cause, raconte Daniel. Ils m’ont prêté un vélo, me donnaient de l’argent le matin, et me disaient ‘Va donc jouer au bowling’ ou ‘Va visiter le Sacré-Cœur !’ »

1963 9

   C’est parti pour quinze jours de liberté, gravés dans sa mémoire. « Comme mes frères et sœurs plus jeunes avaient été placés à Vincennes, pendant ce temps-là, ma mère était soulagée. » Cette colonie de vacances aussi massive qu’improvisée donnera lieu à un très beau documentaire, Grève des mineurs de 1963, merci Papa ! Les Bernard, Daniel les a revus, une fois. « Ils étaient montés jusqu’à Lens en juillet pour me proposer une place dans leur entreprise familiale. » Sa maman a dit non. Sur le coup, le fils n’a pas moufté. Aujourd’hui, il en conçoit une pointe de regret. Surtout que la prochaine rencontre n’aura jamais lieu. « C’était en 1974 ou en 1975, j’étais dans le secteur, je suis retourné les voir. C’était un samedi. J’arrive, les volets sont fermés. Je demande à un voisin. ‘Monsieur Bernard ? On l’enterre aujourd’hui’, m’a-t-il répondu. »

Quand les enfants reviennent au bercail, les mineurs ont gagné sur toute la ligne : +10 % de salaire, une semaine annuelle de congés payés supplémentaire… Quelques mois plus tard, l’heure est aux remerciements. C’est à l’avant d’un camion rempli de charbon que Martial Ansart reprend la route de Nanterre. Accroché en haut du prise-brise, un calicot sur lequel est écrit ‘Les mineurs remercient’. « On avait choisi le jour du banquet des aînés. On arrive dans une grande salle, sur un tapis rouge. En face de nous, une grande table en U. Et d’un seul coup, tous les anciens se sont levés et ont entonné à pleins poumons L’Internationale. Quelle communion ! Je n’ai jamais vécu ça de nouveau. Jamais. »

1963 6 

Edmond BUYCK, lensois, coureur à pied et poilu de la Grande Guerre

10 nov

   Edmond Buyck est né à Roubaix le 26 octobre 1889 10 heures. Il est le fils d’Edmond Buck, menuisier dans cette ville, rue Pierre de Roubaix et d’Emmerie Tytgat, ménagère.

acte naissance

   Au début du 20ème siècle, on retrouve la famille à Lens, rue Bayard.

rue bayard

La rue Bayard à Lens au début du 20ème siècle

   Edmond fils s’intéresse à la course à pied. Il fait ses débuts dans le Club pédestre lensois créé par Jules Van den Weghe (qui fut par la suite le premier président du Racing Club lensois).

   Spécialiste du cross-country et des épreuves longue distance, Edmond Buyck obtient d’excellents résultats régionaux. Ce coureur d’un mètre 63 pour 55 kilos passe alors sous le giron de François Descamps, le professeur de gymnastique qui découvrit Georges Carpentier.

débuts

   Son nom est cité dans la presse régionale. Il se fait remarquer au tout début du siècle dans la course Lille-Roubaix-Lille où il termine second derrière Rohart, le grand champion roubaisien de l’époque puis remporte ou se signale dans les courses pédestres comme à Avion ou Béthune.

1911

   A cette époque, aucun championnat n’était organisé dans le Pas de Calais et chaque coureur pouvait se déclarer champion départemental. François Descamps qui n’était pas à court d’idées, décida de lancer un défi aux autres coureurs dans une course Lens-Arras et retour. Ainsi, Edmond Buyck, en remportant cette épreuve, pouvait s’enorgueillir d’être le meilleur crossman du département.

défi02

   C’est avec ce titre qu’il se présente en 1909 au « Tour de Paris » organisé par le journal l’Auto ». Cette épreuve, créée deux ans plus tôt est le véritable championnat de France de marathon puisqu’elle se déroule sur 42, 194 kilomètres. Le départ et l’arrivée ont lieu avenue de Suffren au pied de la grande roue (construite en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris).

tour de paris01

   Pour sa première participation, il termine 5ème. Les journalistes sportifs de l’époque lui prévoient un bel avenir dans la course à pied.

1908tour de paris02

   En 1909, il termine au pied du podium, ce qui l’encourage à se réinscrire l’année suivante. Cette fois, il n’est que septième bien qu’ayant réussi à parcourir l’épreuve dans un temps inférieur de 4 minutes par rapport à l’année précédente.

283_001

   Mais l’homme semble têtu et continue de lancer des défis comme celui qu’il propose à Jean Missant pour le titre de champion du Pas-de-Calais. Buyck est battu et perd son titre. Les résultats ne sont plus ceux escomptés. En 1911, il descend de la catégorie « Elite » en première catégorie. On le voit de moins en moins sur les parcours pédestres et ne il dispute plus que quelques courses locales.

1912

   Il faut dire que le 3 août 1911, Edmond Buyck est appelé sous les drapeaux. Il est affecté au 13ème régiment d’artillerie à Vincennes. La compétition, c’est terminé pour lui. Libéré le 26 septembre 1912 avec un certificat de bonne conduite, il est rappelé lors de la mobilisation générale du 1er août 1914. Il fait alors partie du 13ème régiment d’artillerie basé à Issoire qui prend position à Raon-l’Etape.

   Il sera décoré de la Croix de Guerre, étoile de bronze pour acte de bravoure avec cette citation : « Excellent soldat… sous un violent bombardement le 1er mai 1916, a continué à faire tirer sa pièce avec la plus grande précision ».

   Le 3 juin 1916, il est promu brigadier puis maréchal des logis le 10 mars 1917. En juin, il est mis en sursis aux mines de Blanzy (Saône-et-Loire). C’est la loi Dalbiez qui visait à rendre des bras à l’économie du pays, qui permit à certains soldats d’être affectés à l’industrie. Ils étaient placés en sursis d’appel mais toujours rattachés à leur régiment.

fichemilitaire

   Le 28 avril 1919, Buyck est libéré et, on ne sait pour quelle raison, se retire à Ticapampa, un centre minier du Pérou. En juillet 1922, il revient en France et s’installe dans la région parisienne.

   Le 2 juin 1925, il se marie à Paris avec Célestine Borgne. On n’entendra plus parlé d’Edmond Buyck jusqu’à son décès le 24 décembre 1970 à l’âge de 81 ans.

buyck paris

La naissance du Racing club lensois

6 oct

   Beaucoup ne savent pas que si les Belges n’étaient pas venus en nombre dans le bassin minier à la fin du 19ème siècle, le RCL ne serait peut-être pas ce qu’il est aujourd’hui. La Belgique, où le football est devenu très populaire dès 1870, a été l’un des tous premiers en Europe à organiser un championnat national en 1895.

RCL001

   L’homme à qui les supporters d’aujourd’hui doivent le plus se nomme Jules VAN DEN WEGHE. Il est né à Lendelede, dans la Flandre occidentale de la Belgique le 23 octobre 1863. Il décèdera à Tourcoing le 14 avril 1920. Vers la fin du 19ème siècle, comme de nombreux Belges, il vient s’installer à Lens, attiré par le développement de l’activité charbonnière.

   Propriétaire de commerces à Bruxelles et à Lille, il crée une fabrique de meubles de cuisine à Sallaumines mais habite rue Berthelot, tout près de la place Verte (place de la République aujourd’hui).

   Ses fils Hector et Jules jouent avec quelques autres enfants de notables lensois à ce sport venu d’Angleterre que l’on appelle le football. Ils l’ont découvert dans les lycées qu’ils fréquentent à Arras ou Béthune où il est devenu l’un des jeux préféré des jeunes garçons.

   Leur terrain : la place Verte d’où ils se font parfois expulser par des riverains fâchés de voir leurs vitres voler en éclat suite à quelques dégagements manqués !

RCL002

   Jules Van den Weghe est ami avec Carlos Douterlungne, un autre ressortissant belge. Ensemble, ils créent à la fin du 19ème siècle le Club Cyclo-Pedestre Lensois, une association omnisports affiliée à l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques créée en 1887 et qui a vocation à gérer l’ensemble du sport français mais pas encore le football à cette époque.

   En cette fin de siècle, les clubs fleurissent alors aux quatre coins du pays et des sections football sont créées dans des clubs sportifs existants ; le football devient un phénomène national. L’ USFSA ajoute alors le football à ses sections en 1894.

RCL003

   De nombreux clubs voient le jour au sein des milieux scolaires de la région où un championnat universitaire se déroule dès 1902. Afin de ne pas voir leurs enfants lensois s’éparpiller aux quatre coins de la région, en 1903 Van den Weghe et Douterlungne ajoute au Club-pédestre lensois une section « football ».

   Trois ans plus tard, la section football se détache de l’association et est un club de football est créé. De ce sport venu d’outre-Manche sont arrivés également des mots anglophones donnés aux nouvelles associations : « sporting », « athletic club », « united sport ». A Lens ce sera le « Racing Club » selon certains en référence au Racing Club de France qui vient de remporter le titre de champion de France. Jules Van Den Weghe en devient le président. Le siège social se trouve alors dans l’estaminet d’Henri Douterlungne, un des fils de Carlos au numéro 30 du boulevard des Ecoles.

RCL004

   Le temps d’organiser tout ça et pendant que les joueurs disputent leurs rencontres dans la pâture Mercier située dans le secteur du marais, les statuts du club sont écrits par Justin Guilbert, le fils du juge de paix de Lens et déposés en sous-préfecture de Béthune le 18 octobre 1907, date qui est donc officiellement celle de la création du club. L’article 1 indique que l’association est composée d’un groupe d’amis dont le but est le développement et l’organisation de fêtes liées au sport. Le 28 janvier 1908 parait au Journal Officiel la validation de la création du club datée du 31 décembre 1907.

RCL005

   A cette époque, le club n’est pas un argument social. La pratique du football est encore perçue comme une forme de privilège. Dans les corons, les mineurs ne s’intéressent pas à cette association qui ne rassemble que des « fils de riches ». Dans les cités minières, on pratique la gymnastique, la boxe, la course à pied, le tir à l’arc ou encore la colombophilie mais le football n’arrivera que bien plus tard. Le premier club « minier » sera vraisemblablement l’Association Saint-Edouard de Lens qui verra le jour vers 1910.

   Le rôle de président du Racing club lensois est confié à Arthur Lotin, également de nationalité belge, qui tient un salon de coiffure dans la rue de la Gare. Le club est affilié à l’ USFSA en 1908 alors que vient d’être créée une fédération dissidente, le Comité français interfédéral de football amateur précurseur de la FFF.

RCL006

   L’équipe première du RCL dispute le championnat de promotion du district de l’Artois. Les rencontres à domicile se disputent maintenant sur un terrain prêté par la société des mines de Lens sur la route de Béthune, près de la fosse 12bis. Certainement là où se trouvent aujourd’hui l’IUT et la cité des Fleurs.

   Après un an de présidence, Arthur Lotin quitte son poste et Jules Van Den Weghe reprend les rênes du club.

RCL006bis

   C’est en cette année 1908 que le tout jeune club organise son premier tournoi appelé la « Coupe Basly » du nom du maire de Lens de l’époque. Le règlement spécifie que, contre une participation de trois francs, chaque équipe disputera une rencontre contre le RC lensois. Le vainqueur sera celui qui parviendra à marquer le plus de buts contre l’équipe organisatrice !

RCL007

   C’est en 1913 que le premier titre fut attribué au RCL, a l’issue de la saison 1912-1913, le club est sacré champion de l’Artois et accède au championnat de promotion régional.

RCL008

   En octobre de la même année, alors que Jules Van den Weghe a quitté le club et qu’un autre Douterlungne prénommé Charles en est devenu le président, le Racing club lensois fusionne avec l’Union sportive lensoise et devient le « Club sportif de Lens ».

RCL009

   L’Union sportive de Lens était un club omnisport créé au début de l’année 1913 basé surtout sur l’athlétisme et la boxe. Son président est Alfred Basin, encore un Belge originaire de Louviers, qui tient un bureau de change dans la rue de Lille.

   Le siège social du nouveau club change de café pour s’installer chez le président « Au cheval noir », rue Berthelot.

RCL010

   L’un des buts recherchés par cette fusion est certainement d’obtenir le droit d’utiliser le terrain de sports de l’USL qui se trouve dans la cité minière de la fosse 5 à Avion près de la passerelle qui surplombe les marais. Un superbe terrain de trois hectares loué par la ville de Lens à la Société des mines de Lens muni d’une piste d’athlétisme, de zones de saut et de lancers et d’un terrain de football mais aussi de portiques de gymnastique, d’un cours de tennis et d’un … enclos pour élevage de chiens de défense.

RCL011

   Le jour de la reprise du championnat, pour le premier match sur leur nouveau terrain appelé « le terrain de la passerelle » ou « le stade des marais », les joueurs du Club sportif lensois écrasent ceux du Sporting club de Tourcoing six buts à zéro.

RCL012

Puis vint la guerre…. A la Libération le football est relancé à Lens par des militaires sous le nom de l’Union Foyer Franco-américain et redevint officiellement le Racing club lensois en 1920 sous la présidence de Marcel Pierron.

1920

Louis Delaville et ses terres cuites de Lens

28 juin

Texte réalisé d’après les revues Gauheria n° 12, 72 et 97, de documents trouvés sur Gallica (site Internet de la Bibliothèque de France) et avec l’aide du service des Archives de la ville de Lens.

Del001

   Le quidam qui emprunte cette petite rue de la cité 12 entre le Grand chemin de Loos et la rue Auguste Lefebvre sait-il bien pourquoi elle porte le nom de Louis Delaville ?

   Louis Delaville naît à Jouy-sous-Thelle dans l’Oise le 20 août 1763. Son père, Quentin, est « laboureur » selon l’acte de naissance, c’est-à-dire qu’il était propriétaire d’une exploitation agricole.

Del002

   Louis Delaville entre dès son plus jeune âge dans l’atelier du sculpteur Louis Boizot à Paris où il apprend l’art de la terre cuite. En l’an VII du calendrier républicain (1798), il reçoit un premier prix de sculpture lors du Grand Prix de Rome pour son œuvre intitulée « Marcellus faisant embarquer tous les monuments d’art de Syracuse ». La situation politique ne lui permet pas d’aller poursuivre ses études à la Villa Médicis en Italie comme le prévoyait le règlement du Grand Prix.

   Delaville travaille dans la capitale chez un potier qui le loge dans une mansarde rue Mazarine. Le soir, il confectionne ses statuettes de terre cuite qu’il vend pour se faire un peu d’argent.

del003

  Il rencontre à Paris un couple de lensois, Alexandre Boiron et son épouse Jeanne-Marie. En l’an IX (1800), Il les accompagne souvent à Lens ce qui lui permet d’exposer dans le salon des Beaux-arts de Lille puis d’être médaillé à l’exposition de Douai en 1807.

   Le 26 juin 1809, un peu plus d’un an  après le décès de son ami Alexandre, il épouse Jeanne-Marie, devenue veuve et se fixe définitivement à Lens. Il partage sa passion de la terre cuite avec les artistes nordistes Charles-Henri Corbet et Philippe-Laurent Roland. Il trouve facilement de quoi réaliser ses œuvres (terre glaise, four) auprès de son beau-fils Louis Boiron, fabricant de tuiles.

   C’est vers 1810 qu’il se consacre exclusivement à la réalisation des « Terres cuites de Lens » appelées aussi vulgairement des « Delaville ». Dans un ouvrage paru en 1889, l’artiste courriérois Jules Breton décrit ainsi ses œuvres : « De 1810 à 1835, Delaville créa tout un monde, antique et moderne, dieux et demi-dieux, héros de la fable et de l’histoire, gens de la noblesse et du commun, bourgeois, soldats, paysans et manants, groupes, statuettes, médaillons, connus sous le nom de terres cuites de Lens. Delaville en fit un grand nombre avec des variantes, des inventions les plus amusantes, notamment le bon et le mauvais ménage qui comportent, chacun, deux pendants. »

   Quelques unes de ses réalisations :

del010

del006

del005

del004

   Parmi ses nombreuses œuvres connues, certaines ont été ou sont encore exposées dans les musées nationaux (Au Louvre-Lens bien sur mais aussi à la Piscine à Roubaix, à Troyes, Saint-Omer, Lille ou encore Douai), d’autres enrichissent toujours les collections personnelles et familiales.

   De celles qu’il avait laissées à Lens il ne reste rien, les dégâts provoqués par la Grande Guerre y sont certainement pour beaucoup. Le maitre chocolatier-pâtissier lensois Jean Claude Jansson a acquis trois statuettes de Louis Delaville qu’il avait exposées il y a quelques temps dans son salon de thé.

del007

   Parallèlement à son art, Louis Delaville était également très actif à Lens. Économe à l’hospice, il participa en 1822 à la restauration de l’église Saint-Léger abimée par la grêle et fit partie de la commission pour l’embellissement de l’hôtel de ville en 1824. C’est à Lens qu’il décède le 1er janvier 1841 à l’âge de 77 ans. Il fut certainement enterré au cimetière communal qui se situait alors près de l’hospice. Plus tard, les tombes de ce cimetière furent transférées dans celui de la route de Douai mais on n’y trouve aucune trace de la sépulture de Louis Delaville.

del011

   A Lens, il ne reste donc en sa mémoire que cette petite rue de la cité 12, bien petit hommage pour un grand artiste.

   A noter que son petit-fils par alliance, un descendant de son épouse, Alexandre Boiron (1859-1889) fut un grand artiste-peintre, élève apprécié de Jules Breton.

boiron2

Fernand Bourguignon, peintre lensois de talent

7 juin

   Il existe à Lens une école de dessin et de peinture Fernand Bourguignon installée dans l’ancien centre médico-scolaire de la rue Arthur Lamendin.

FB001

   Mais qui était ce Fernand Bourguignon ? Sur Internet, très peu de documents nous renseignent sur cet artiste qui a pourtant laissé son nom pour la postérité.

   C’est en me procurant un ancien numéro de GAUHERIA publié en 1989 que j’ai enfin pu découvrir qui était Fernand Bourguignon.

FB002

   Né en Belgique en 1912, il suivit son père qui travaillait dans la réfection des églises pour le diocèse de Lille. Fernand fut très jeune passionné par le dessin et suivi des cours aux Beaux-Arts de Lille. Diplôme de dessinateur en poche, il travailla dans plusieurs bureaux d’étude

   Après son service militaire, il se fit embaucher comme dessinateur par la Société des Mines de Lens où il travailla jusqu’à sa retraite en 1968. Il habitait au numéro 85 de la route de Béthune.

FB003

  C’est surtout pendant les grèves sanglantes de 1947 que son talent fut découvert. Bourguignon dessinait les mineurs, leur famille, leur environnement …

FB004

   En 1950, il était membre du Groupement des Artistes Indépendants de Lens lorsque fut créée l’école de dessin et de peinture. Quatre ans plus tard, Fernand Bourguignon commença à enseigner son art dans cette école, rôle qu’il joua jusqu’en 1984. Puis il devint sociétaire des salons de l’école française et des artistes français ce qui lui permit d’exposer ses œuvres plusieurs fois à Paris.

FB005

   Les vieilles rues de Lille où il passa son enfance, les beaux paysages de la Cote d’Opale, les villages alpestres, les portraits de mineurs et bien d’autres sujets encore nous rappellent aujourd’hui le talent de ce grand artiste.

   En 1967, Fernand Bourguignon envoya au général De Gaulle un dessin représentant la façade de sa maison natale lilloise et reçut une lettre de remerciements du président de la République.

FB006

   Le 6 juin 1985, Fernand Bourguignon décédait à Lens après un malaise cardiaque. Le 15 novembre de la même année, André Delelis et la municipalité décidaient de donner son nom à l’école municipale de dessin et de peinture.

FB007

(Document Archives municipales de Lens)

   A la suite de cet article, le service des archives de Lens communique :  » Un particulier dont le père était ami avec Fernand BOURGUIGNON a fait don à l’école de dessin de 3 œuvres de Fernand BOURGUIGNON qui sont désormais accrochées sur les murs de l’école. »

   Voici ces trois superbes tableaux :

IMG_8422

IMG_8421

IMG_8423

Une piscine art-déco à Lens

12 mai

facebook01

   Beaucoup d’agitations actuellement sur la prochaine piscine de Lens, l’occasion de revenir sur la première piscine municipale.

   Si l’on veut voir à quoi elle ressemblait, il suffit d’aller voir celle de Bruay, c’était exactement le même.

facebook02

  C’est en effet au même architecte qu’Alfred Maës, maire de Lens et Henri Cadot, celui de Bruay ont confié la réalisation de cet espace de loisirs au tout début des années 1930 pour une population encore sous le coup des affres de la Première Guerre mondiale.

   Paul Hanote, l’architecte bruaysien, propose que cette piscine rappelle par son style les grands transatlantiques d’avant guerre dans un style art-déco, très en vogue à cette époque.

facebook06

  Sur la route de Douai, tout près du pont du même nom débute en 1932 la construction d’un espace où les larges allées de promenades ombragées entourent une belle piscine de plein-air mais protégée des vents du nord et d’ouest. Sur cette vue aérienne d’aujourd’hui, l’emplacement de la piscine.

facebook10

  L’établissement comportait trois vastes bassins dont un de forme circulaire profond de 50 centimètres pour les petits enfants. Les deux autres de 33,33 mètres sur 12,50 étaient réservés, l’un profond de deux mètres 40 aux sportifs, l’autre d’une profondeur de 95 centimètres aux cours natation.

facebook03

  De part et d’autres, des gradins pouvant accueillir 800 spectateurs, 130 cabines individuelles et quatre vestiaires permettant de recevoir jusque 300 personnes. Deux salles de réunion et deux solariums sur les terrasses complètent la construction.

facebook04

   La piscine est équipée d’un plongeoir avec trois plateformes à trois, cinq et dix mètres et de deux grandes salles de douches.

facebook05

   Mille mètres cubes d’eau sont filtrés et désinfectés chaque jour pour renouveler l’eau des bassins maintenue en permanence à 20° pour le plaisir des baigneurs lensois.

facebook07

   Malheureusement, cet ensemble, inauguré en 1934, ne durera que 10 ans. Le 11 août 1944, l’aviation anglaise bombarde Lens dans le but d’anéantir les installations ferroviaires. La piscine, pourtant située à bonne distance de l’objectif est détruite. Sur la photo de la fin des années 1940 ci-dessous, les ruines de la piscine entre les rangées de peupliers.

facebook11

   Seule, la maison servant de logement de fonction au directeur est restée intacte.

facebook12

   A la Libération, la reconstruction des équipements sportifs n’entre pas dans les priorités du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, créé fin 1944. Le 4 juillet 1952, le Docteur Schaffner présent au MRU un projet de reconstruction d’une piscine sur le même site que la précédente mais l’Etat se refuse à le financer dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre.

 Après bien des hésitations dues au financement et aux risques d’affaissements miniers, ce n’est que le 15 mai 1966 qu’est inaugurée la piscine olympique près de la Grande Résidence. En avril 2018, la piscine, dégradée et dangereuse, est définitivement fermée.

facebook15

  Un projet de construction d’un nouvel établissement situe la prochaine piscine de Lens du côté du stade Bollaert-Delelis. Il est peu vraisemblable qu’elle rappelle le style art-déco de la première.

 

123

Radiopoilu |
Sarcophage, une tragédie de... |
Carnetdelecture5erenato |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Histoires du Maquis
| Histoire à Nieuil l'Es...
| quochuy01