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19 nov

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Sainte Barbe et les mineurs

19 nov

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   Plusieurs versions de la légende de sainte Barbe existent. Les seuls points communs à toutes sont que la sainte a vécu au troisième siècle, qu’elle était très jolie, très pieuse et qu’elle mourut décapitée par son père.

   Selon certains, l’histoire de sainte Barbe se déroule à Nicomédie en Asie Mineure (Izmit en Turquie aujourd’hui). D’autres affirment qu’elle a eu lieu à Héliopolis (Baalbeck aujourd’hui au Liban) sous le règne de l’empereur Maximien.

   Son véritable nom serait Barbara, ce que d’autres versions contestent et affirment que quand les chrétiens vinrent chercher le corps de la jeune martyre, ils ne purent la nommer que « la jeune barbare » expression qui, par extension, donna donc le nom de Barbara.

   Le père de la jeune fille, un homme riche un d’un naturel cruel du nom de Dioscore, voulut marier sa progéniture et le présenta à de puissants et riches seigneurs. Mais la demoiselle refusa toute union, préférant se consacrer à Dieu. Furieux, le père, pour la punir, l’enferma dans une haute tour à deux fenêtres avant de partir en voyage.

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   Mais il s’en passa des choses pendant son absence ! D’abord, la jeune femme reçut la visite d’un prêtre chrétien déguisé en médecin qui procéda secrètement à son baptême. Puis elle perça une troisième fenêtre entre les deux autres afin de symboliser la Trinité.

  Dès son retour, apprenant que son enfant s’était converti au christianisme, Dioscore entra dans une rage folle, voulu l’immoler en incendiant la tour. On ne sait pas quel miracle la jeune fille réussit à s’échapper, à s’enfuir dans la montagne et à s’y cacher.

   Malheureusement, un berger découvrit l’endroit où elle se terrait et la dénonça à son père qui la saisit par les cheveux, la traîna jusqu’à la ville et l’enferma dans un donjon. Le lendemain, il la conduisit devant un magistrat.

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   Dans la version qui se passe à Nicomédie, la jouvencelle fut menée devant un juge nommé Marcien (qui se convertira lui-même plus tard au catholicisme et sera condamné à être brûlé vif sous l’empereur Dèce lors de la persécution des chrétiens vers l’an 250).

  La demoiselle fut condamnée à subir d’affreux supplices pendant lesquels elle continuait à prier le Christ. Elle fut d’abord torturée : on lui brûla certaines parties du corps et on lui arracha les seins avec des peignes de fer, la brûla avec des lames rougies puis elle fut fouettée mais refusa toujours d’abjurer sa foi car elle ne ressentait pas la douleur. Alors qu’elle était promenée nue à travers le pays, tirée par un cheval, un ange descendit du ciel et vint cacher sa nudité en la couvrant d’un vêtement lumineux.

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   Le gouverneur ordonna alors à son père de lui trancher la tête. La condamnée fut conduite en haut d’une montagne où Dioscore accomplit son geste funèbre. Aussitôt il fut frappé par la foudre, brûlé et mourut sur place. Quant au berger qui avait dénoncée la jeune femme, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles.

  Une version ajoute que le corps de Barbe s’éleva vers le ciel dans une boule de feu. Une autre affirme que des chrétiens vinrent récupérer le corps de la jeune martyre qui devint quelque temps plus tard « sainte Barbe ». Enfin, selon une troisième version, la jeune femme se serait enfuie après s’être déguisée et qu’elle se serait cachée dans un champ de blé.

  La jeune femme aurait été canonisée dans la première moitié du 16ème siècle mais son culte se serait popularisé dès le 13ème siècle en Occident. Son corps fut exhumé solennellement et ses reliques transportées au fil des siècles dans différents pays. On en trouverait aujourd’hui à Constantinople, à Venise. D’autres, qui auraient été conservées dans une église orthodoxe du Caire sont de nos jours vénérées dans la cathédrale Saint Vladimir de Kiev en Ukraine.

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   Sainte Barbe protège contre la foudre et la mort subite, donc contre le tristement célèbre coup de grisou hantise des mineurs, et les explosions dans les galeries. Elle fut donc désignée patronne des mineurs de fond puis par extension, du monde de la mine dans son ensemble. Dès le 18ème siècle, elle fut fêtée dans les mines à ciel ouvert du centre de l’Europe. Au 19ème siècle, avec le début de l’exploitation de la houille, le culte de sainte Barbe se développa dans les compagnies minières du Nord et du Pas-de-Calais.

   La très catholique Société des mines de Lens entreprit dès sa création de vénérer sainte Barbe. Dès leur construction, chaque cité était placée sous la protection d’un saint et élevée au rang de paroisse. Des chapelles y furent construites. A la fin du 19ème siècle, elles furent remplacées par des églises. La première fut construite par la compagnie lensoise dans la cité du Moulin à proximité de la fosse 4, une cité où les corons étaient habités par environ 5000 personnes. Cette église, ouverte le 19 avril 1897, fut placée sous le vocable de Sainte-Barbe.

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   Sainte Barbe est fêtée le 4 décembre. Cette journée devint rapidement dans les cités minières un jour de dévotions et de festivités. Pour se rendre dans les estaminets ou pour offrir quelque présent à sa famille, le mineur, qui ne touchait qu’un maigre salaire, devait travailler plus durement et plus rapidement les jours précédents la fête, c’était la période des « longues coupes ». L’augmentation de sa productivité lui permettait d’obtenir quelques primes de rendement qui s’ajoutaient au montant de sa maigre « quinzaine » car le mineur était payé toutes les deux semaines. C’était dans la période du 15 au 30 novembre que le rythme était le plus élevé au détriment parfois de la sécurité ou des règles sociales. Ceci explique que la Société des mines de Lens encourageait les mineurs à participer à la « quinzaine Sainte-Barbe » contre l’avis des syndicats.

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   En 1878, le rapport mensuel du mois de décembre de la compagnie signalait que « l’extraction a beaucoup baissé en raison de la fête de Sainte-Barbe toujours largement et longuement fêtée par les ouvriers et les mineurs qui ont beaucoup dansé et peu travaillé. » En 1891, les fêtes de Sainte-Barbe n’eurent pas lieu : dans le Bassin minier, 30 000 mineurs étaient en grève et deux ans plus tard dans les mines de Lens, les syndicats obtinrent la suppression de la « quinzaine Sainte-Barbe ».

  Cependant la tradition fut rétablie dès l’année suivante à la demande des mineurs de fond. Toutefois, certaines règles furent imposées aux compagnies : les galibots, les enfants de 13 à 16 ans (que la loi interdisait de travailler plus de 8 heures au fond) et les jeunes ouvriers (dont le temps de travail ne devait pas être supérieur à 10 heures par jour) étaient tenus lors de la quinzaine Sainte-Barbe à ne pas dépasser les 15 heures de présence dans les galeries.

  En 1905, la Société des mines de Lens décida que tout mineur titulaire de la médaille d’honneur recevra le jour de la Sainte-Barbe une prime égale au revenu d’une action de la compagnie soit environ 45 francs. 96 mineurs touchèrent la prime cette année-là.

   En 1906, quelques mois après la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières, la production de la compagnie minière lensoise pendant la quinzaine Sainte-Barbe était de 250 000 contre 114 000 lors d’une quinzaine ordinaire. En 1913, la Société récompensa par une prime de 300 francs le mineur qui avait été désigné le plus productif. Plus tard, Félix Bollaert décida que les employés et ouvriers ayant plus de 30 ans de service recevraient une action de la compagnie et les 100 plus anciens ouvriers une prime de 100 francs.

  Le samedi 8 décembre 1919, dans un Lens dévasté par les exactions de la première guerre mondiale et alors que les puits de la compagnie sont encore inexploitables, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Ernest Cuvelette déclare devant une berline vide : « Bientôt, elle sera de nouveau remplie de charbon ». Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

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  Sainte Barbe était partout dans les cités minières. Dans de nombreux puits, une statue de la sainte était présente dans les galeries, près des cages de descente.

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   Pourtant la sainte n’a pas toujours protégé les mineurs. En février 1877 à Boussargues dans l’Hérault, 42 mineurs perdirent la vie après un coup de grisou dans les galeries d’une fosse pourtant nommée « puits Sainte-Barbe ». Un an plus tard, dans le bassin de la Loire, à Martoret, c’est dans un autre puits Sainte-Barbe qu’on releva 11 cadavres. Le 5 décembre 1891, dans le puits de la Pompe, à Saint-Étienne, les mineurs redescendirent au fond après la fête de la veille. 71 d’entre eux ne remontèrent pas, la sainte n’avait pas pu les protéger d’un violent coup de grisou.

  Lens devint rapidement la capitale du Pays minier, la Sainte-Barbe n’était pas fêtée que dans les fosses. Dès le début du 20ème siècle, la municipalité d’Emile Basly donna congé à ses employés. En ville, sur la place Verte, avait lieu pendant trois semaines la foire Saint-Barbe avec sa fête foraine, ses concerts et ses bals.

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   Au début de l’exploitation charbonnière, le 4 décembre n’était pas un jour chômé mais les journées étaient exceptionnellement moins longues. Ce jour-là, le briquet était gargantuesque et partagé entre tous, du porion au galibot. Certains mineurs descendaient avec leur bistouille (mélange de café et de gnole) pour la boire entre copains, d’autres avec des gâteaux ou des brioches confectionnés par leur femme qu’ils se partageaient avant parfois de danser entre Gueules Noires. Cette épouse qui avait fait brûler une chandelle au fond de sa cave pendant la quinzaine Sainte-Barbe pour protéger son mari des accidents.

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  Plus tard, le jour de Sainte-Barbe devint une journée chômée mais non payée (elle ne sera payée qu’après la nationalisation en 1946). Seuls les indispensables restaient au fond tel les gardes de chevaux, le responsable d’extraction ou de la ventilation. Dans certaines fosses, la veille de la Sainte-Barbe, les mineurs travaillaient jusqu’à l’extinction d’une chandelle. Dès la fin de service, les estaminets et cafés du coin se trouvaient rapidement envahis de mineurs, l’alcool coulait à flot et les esprits s’échauffaient vite. Les chants retentissaient dans les rues dont le plus courant :

« Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Car alle vit, car alle vit

Car alle vir incor’ » »

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   Puis c’était le retour à la maison : l’épouse et les enfants souhaitaient alors une bonne fête au papa mineur et lui offrait quelques présents : cigares, pipes, tabac … Ce soir-là, il y avait exceptionnellement du vin lors du souper pris en famille.

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   Après le repas, quelques mineurs retrouvaient au café du coin des collègues qui n’étaient pas encore rentrés chez eux. On buvait et chantait aux cris de « Vive sainte Barbe !».

   Pendant ce temps, dans les Grands Bureaux, la compagnie (puis les HBNPC) offrait à ses cadres et agents de maîtrise un grand banquet au cours duquel étaient remises les médailles du travail. Dans la semaine, les retraités et leurs épouses étaient conviés à une journée festive dans l’une des nombreuses salles des fêtes des houillères tandis que la direction remettait un colis en cadeau à tous les mineurs hospitalisés.

   Le 4 décembre, la journée commençait par la messe de Sainte-Barbe. Les mineurs et leur famille, endimanchés, se rendaient à l’église. Celle-ci était pleine car parfois même les non-pratiquants étaient présents, manifestant ainsi leur attachement à leur sainte patronne. Une procession était organisée, emmenée par la fanfare ou l’harmonie de la cité. Les plus anciens mineurs avaient le privilège de porter la statue de la sainte jusqu’à l’autel.

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   La messe durait au moins 2 heures. Elle était payée par la compagnie et l’harmonie des mines jouaient les airs religieux chantés par une chorale paroissiale. Le sermon était bien sur consacré uniquement à sainte Barbe et à la reconnaissance du travail laborieux mais courageux des mineurs.

   Après la messe, les cafés du quartier étaient de nouveau assaillis : les hommes s’y retrouvaient de nouveau pour boire quelques verres de vin, fumer un cigare ou une pipe tout en chantant quelques chansons paillardes jusque tard dans l’après midi. Les chants étaient de plus en plus forts et les danses de plus en plus vacillantes.

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   Puis c’était le retour à la maison où la ménagère avait préparé le repas de Sainte-Barbe, arrosé par le reste de la bouteille de vin de la veille. Parfois, on se regroupait autour de la table entre voisins et amis.

    Le repas terminé, on se rendait en famille à la foire Sainte-Barbe. Après avoir tourné sur les manèges, les enfants ne revenaient jamais sans la « queuche » de pain d’épice ou le sucre d’orge. Le soir, un bal était organisé dans les cités. C’était souvent pour les jeunes filles des corons qui avaient fêté sainte Catherine quelques jours plus tôt, l’occasion de faire leur « bal des débutantes ».

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   C’est dans les Houillères du bassin de Lorraine, dans la mine de La Houve sur la commune de Creutzwald que sainte Barbe est remontée pour la dernière fois du fond des galeries. Le 23 avril 2004, cette remonte des mineurs et de la statue de leur sainte mit un terme définitif à l’exploitation du charbon en France. Le rideau se baissait alors une ultime fois. C’en était fini de plus de deux siècles d’exploitation de la houille sur le territoire national.

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   Dès lors, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

   Avec la fin de l’exploitation du charbon, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

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   Cette année, l’agglomération de Lens-Liévin en entente avec les communes et des associations renoue avec la tradition de la Sainte-Barbe au travers de temps forts culturels, festifs et fédérateurs sur des lieux emblématiques du patrimoine minier.

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Le courage d’Octavie

7 nov

   Exceptionnellement aujourd’hui, le Lensois-normand est plus normand que lensois. En ces temps de commémorations de l’armistice de la Première Guerre mondiale, je reviens sur un fait très peu connu : la seule bataille (en fait, elle s’est déroulée en deux épisodes) de la Grande Guerre qui s’est déroulée sur les terres de la Normandie. Elle fit quatre morts côté Français et deux chez les Allemands.

   Début septembre 1914, sitôt l’envahissement du nord-est de la France, le commandement allemand décide d’envoyer des expéditions militaires motorisées derrière les lignes franco-anglaises. Leur objectif est couper les voies de communications pour paralyser le déplacement des troupes et leur ravitaillement.

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   Un commando de treize soldats allemands commandés par le capitaine Walther Tiling voyage dans trois automobiles avec plus de 500 kilos d’explosifs. Ils ont pour mission de faire sauter le pont métallique d’Oissel sur la Seine, à 15 kilomètres au sud de Rouen. Un des véhicules, tombé en panne près de Beauvais, est abandonné sur place avec ses hommes.

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  Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1914, les deux autres voitures font halte pour bivouaquer dans la forêt de Lyons, près du village de Neuf-Marché.

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   Le 16 septembre, vers 8h30 du matin, Octavie Delacour, une brave paysanne âgée de 56 ans, quitte sa demeure sur la commune de Martagny, près des Andelys dans l’Eure pour se rendre à Ferrières-en-Bray.

   Arrivée près du hameau des Flamants du village de Neuf-Marché, elle tombe nez à nez avec un soldat qui, baïonnette à la main, lui fait signe de s’arrêter. Pour elle, ce ne peut être qu’un Allemand qu’elle identifie à la couleur de l’uniforme identique à celle qu’elle a connu lors de la guerre de 1870. Octavie aperçoit également deux autres sentinelles cachées dans les buissons. Elle s’enfuie vers Neuf-Marché où elle avertit le maire Couverchel de la présence de ces soldats prussiens. Le garde-champêtre, envoyé sur place, revient en déclarant n’avoir rien vu.

   Têtue, Octavie Delacour se rend alors, toujours à pied, à Gournay-en-Bray, sept kilomètre plus loin où elle s’arrête à la gendarmerie. Là, elle réitère ses informations. Le maréchal des logis chef Jules Crosnier, âgé de 47 ans, décide de se rendre sur place. Il appelle ses collègues de Mainneville et leur demande de le rejoindre sur les lieux. Il réquisitionne une automobile conduite par le jeune René Allée, fils du garagiste qui emmène avec lui Adrien Blacher, son oncle arrivé au village la veille pour suppléer le garagiste mobilisé. Jules Crosnier est accompagné par les gendarmes Eugène Praets, un gendarme réserviste de 61 ans arrivé à Gournay depuis 10 jours et Eugène Lebas âgé de 43 ans qui s’est engagé pour la durée de la guerre. L’instituteur de Gournay et garde-civil Edouard Noiret, qui parle l’allemand, les rejoint.

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  Arrivés au hameau de la Rougemare en début d’après-midi, le sous-officier apprend par les habitants que les Allemands se trouvent cachés à 200m environ de la lisière de la forêt. En se dirigeant vers eux, le groupe aperçoit une sentinelle ennemie qui s’enfuie. Au moment de lui intimer l’ordre de s’arrêter, une salve tirée de derrière les broussailles tue le gendarme Praets. Jules Crosnier et Eugène Lebas ripostent et abattent la sentinelle allemande Erich Krampitz mais ne peuvent éviter une seconde salve. Les deux gendarmes sont tués à leur tour. Adrien Blachet est mortellement blessé au ventre. Il succombera dans la nuit suivante. Le jeune instituteur peut s’enfuir dans la voiture de René Allée pour donner l’alerte. En chemin, il rencontre les gendarmes de Mainneville retardés par une crevaison d’un de leurs vélos.

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   Les Allemands reprennent alors leurs voitures et s’élancent sur les routes de Normandie, traversant à vive allure plusieurs villages.

   La nuit suivante, ils sont dans les environs d’Oissel. L’alerte a été donnée aux garde-voies en charge de la surveillance des ponts sur la Seine. A 21 heures 30, les deux voitures sont localisées à Tourville-la-Rivière et se dirigent vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf. La voiture est repérée vers 22 heures 30 aux environs du pont d’Oissel.
Vers une heure du matin, les gendarmes et les gardes-civil conduits par le sergent Alphonse Leroy montent une embuscade près du poste d’aiguillages de la gare de Tourville-la-Rivière.

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   Au passage du convoi ennemi, une fusillade envoie la première voiture s’enliser dans un champ. En sort, l’officier allemand Walther Tiling blessé au bras et à la cuisse. Il se rend ainsi que les cinq autres occupants. Tous sont conduits sous bonne escorte à la gare d’Oissel où ils sont enfermés dans la salle d’attente.

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  Une heure plus tard, le second véhicule est retrouvé à Igoville, à sept kilomètres d’Oissel. Sous une bâche, un blessé grave qui est aussi transporté à la gare d’Oissel où il décèdera. Mais pas de traces des trois autres occupants qui se sont évanouis dans la nature. Des battues sont organisées, un sous-officier est retrouvé le 17 au matin dans un champ près de Tourville. Les deux autres soldats se rendront dans la nuit du 21 au 22 septembre. Ils erraient dans la campagne, mourant de faim.

  Certaines sources affirment que le commando a été renseigné et dirigé par un industriel allemand Ernst Benary qui connaissait la Normandie pour y être venu souvent chasser.

  Aujourd’hui, au hameau de la Rougemare se dresse une stèle, pour que l’on se souvienne du sacrifice des trois gendarmes et du civil de Gournay-en-Bray. Elle a remplacé le 29 septembre 1929, un premier mémorial fait d’une croix en chêne.

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   René Allée sera mobilisé, caporal au 276ème régiment d’infanterie, il trouvera la mort le 14 octobre 1915 devant Notre-Dame de Lorette.

   Après la guerre, Octavie Delacour fut citée à l’ordre du 3ème corps de Gendarmerie et décorée de la Croix de Guerre. Elle décéda le 20 mars 1937. Le maréchal des logis Jules Crosnier fut décoré de la Croix de guerre avec palme le 31 août 1915 puis reçu le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 6 décembre 1921. Les gendarmes Eugène Praëts et Eugène Lebas reçurent également la Croix de Guerre et le Sergent Alphonse Leroy fut élevé au grade d’adjudant et décoré de la Médaille militaire le 13 mars 1915.

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    Quant au pont d’Oissel, la seconde guerre mondiale lui fut fatale. Lors de la débâcle en 1940, pour contrer l’avancée de l’armée allemande, les soldats français firent sauter l’ouvrage métallique.

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C’était un 4 octobre à Lens, il y a juste 100 ans

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   Le 4 octobre 1918 en tout début de journée, des soldats britanniques entre dans Lens par la rue d’Avion. La reprise de Lens ne sera accompagnée d’aucun coup de feu, d’aucun tir d’artillerie ; les Allemands ont abandonné ce qu’il reste de la ville, laissant derrière eux armes et munitions mais aussi ruines et désolations…..

   Les soldats alliés parcourent les rues de la cité, ou plutôt recherchent leur emplacement entre les tas de pierres qui furent un jour des maisons. Aucun être vivant, aucune âme …. Les premières photographies arrivent dans les rédactions et démontrent les atrocités de cette guerre.

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   A la Chambre des députés, Emile Basly, le maire de Lens, est avisé par des journalistes de la libération de sa ville. Il affirme : « Nous remettrons, quels que soient les dégâts, en très peu de temps, tout en bon état. »

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La presse nationale, dès ses éditions du soir, annonce la nouvelle.

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Le premier reporter qui entrera dans la ville le lendemain, Albert Londres, titrera son article : « Plus rien, c’est Lens… ».

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Les hôtels de ville de Lens

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   L’Hôtel de Ville de Lens a toujours été situé au même endroit, à quelques mètres de l’église Saint Leger. Au début du 13ème siècle, Lens devient officiellement une commune. Les échevins et celui qu’ils ont élu comme maïeur (maire) se réunissent trois fois par semaine dans la Maison de Ville.

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    Sur un plan de Lens du 13ème siècle, on trouve la Maison de ville située entre l’église Saint-Léger et la porte d’Arras.

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   C’est à cet emplacement que la commune de Lens et son maire Pierre-Philippe Lebrun décident en 1822 de la construction d’un hôtel de ville.

   De style napoléonien venu de la capitale comme le démontre la symétrie du bâtiment, les arcs en plein-cintre des ouvertures, les pilastres enchâssés dans les murs ou encore le haut-relief représentant le blason de la ville de Lens, il est coiffé d’un clocheton qui permet d’alerter la population. Le bâtiment comportait deux niveaux et un grenier.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le rapide essor de la ville du au développement de l’exploitation charbonnière entraînant l’augmentation de la population, il est décidé, pour héberger les services municipaux et de l’état civil, d’agrandir l’hôtel de ville en annexant les locaux de la ferme Roussel mitoyenne.

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   Le 29 août 1908, l’escalier du perron est remplacé par un autre en granit de Soignies avec une grande balustrade. Pour cela, Emile Basly, qui a été élu maire de Lens en 1900, fait appel à un jeune architecte douaisien de 25 ans : Jean Goniaux.

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   En 1912, dans une ville de Lens devenue la capitale du pays minier, Basly décide de doter la commune d’un nouvel hôtel de ville. Tout en répondant aux besoins d’une population de plus de 30 000 âmes, il tient à affirmer avec cette construction l’importante influence  du peuple et de ses élus face à la puissance Société des Mines de Lens dont les Grands Bureaux viennent d’être agrandis.

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   L’hôtel de ville, fait de briques rouges et de pierres blanches, est plus beaucoup grand et d’une grande richesse architecturale de style flamand. Emile Basly en a dressé lui-même les plans avec l’architecte Jean Goniaux. La première pierre a été posée le 27 mai 1913. Pendant ce temps, les services municipaux sont transférés dans le presbytère de la paroisse Saint-Léger, rue Diderot. Très peu de documents existent sur cet édifice d’avant guerre. Il semble que seul ce dessin du à Jean Goniaux nous informe sur la construction.

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   Un an plus tard, alors que l’hôtel de ville n’était pas tout à fait terminé, la guerre est déclarée et le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront 4 ans jour pour jour. Lens est peu à peu détruit pour n’être que désolation en 1918. Du superbe hôtel de ville, il ne reste que quelques briques s’élevant au milieu de gravats.

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   Evacué en Belgique mais revenu en France via la Suisse en 1917, Emile Basly a entre-temps installé la mairie provisoire de Lens à Paris, dans un immeuble de la rue de Hanovre.

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    Après la Libération, en août 1919, les services municipaux et le maire s’installent dans une construction provisoire en bois sur la place du Cantin. La priorité pour Emile Basly, est de reloger les lensois revenus d’exode. Il faut attendre le 3 août 1921 pour que la reconstruction d’un hôtel de ville soit décidée et confiée, comme avant guerre, à Jean Goniaux.

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   Reconstruit quasiment à l’identique, il entre en service pendant l’été 1926 lorsque s’y tint le premier conseil municipal le 6 août.

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   Il n’est inauguré qu’un an plus tard, le le 14 août 1927 en même temps que la nouvelle gare ferroviaire. C’est là une occasion d’organiser à Lens une grande fête populaire telle que Basly les aimaient avant la guerre.

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   A l’extérieur, il ne diffère du précédent que par son imposant clocheton. Les statues représentant un ouvrier et une trieuse qui entourent l’horloge de la façade ainsi que les cariatides représentant l’union et la force qui dominent les deux balcons latéraux sont dues à Augustin Lesieux qui sculptera aussi le monument aux morts.

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   A l’intérieur, les magnifiques vitraux représentant le monde du travail : la mine, l’agriculture, le transport ferroviaire sont réalisés par le maître-verrier lillois Alfred Labille.

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   Dans la grande salle d’honneur où sont célébrés les mariages, des peintures murales honorent le monde de la mine. Derrière un bureau posé sur une estrade, une fresque représente des jeunes danseuses entourant la muse des mineurs de 1913, Maria Godart.

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   Mais il est dit que ces constructions de Jean Goniaux ne resteront pas dans l’histoire. Douze ans après sa mise en service, l’hôtel de ville est de nouveau bombardé, par l’aviation alliée cette fois. Après le raid du 11 août 1944, l’hôtel de ville est fortement endommagé. Le corps central est inutilisable. Les différents services municipaux sont provisoirement déménagés à l’école Berthelot.

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   Dès 1949, Ernest Schaffner, maire de Lens depuis deux ans, fait présenter lors d’une séance du conseil municipal un avant-projet de reconstruction de l’hôtel de ville. L’architecte parisien Jean de Mailly (connu pour avoir reconstruit les villes de Toulon et de Sedan et qui participera plus tard à l’aménagement du quartier d’affaires de La Défense) travaille sur le projet avec l’architecte de la ville Henri Pantigny. Différentes études sont présentées (dont une prévoit de conserver le style de l’édifice d’avant-guerre en utilisant une partie de ses vestiges) mais ne convainquent ni la Préfecture, ni les architectes des Bâtiments de France. Un accord est trouvé en 1955 pour un hôtel de ville sobre et fonctionnel, reconstruit sur les bases de l’ancien et dont l’architecture rappelle quelque peu l’œuvre de Jean Goniaux.

   Pour faire place au nouvel édifice, les restes de l’ancien sont rasés en 1956. Les services municipaux sont hébergés et voyagent entre différents endroits de la ville (local provisoire dans l’avenue Van Pelt, gare Ste Elisabeth ou dans les locaux de la Société Générale place Jean Jaurès).

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   Un grave accident vient retarder les travaux : le 9 novembre 1956, un ouvrier chargé des travaux de déblaiement est tué sur le chantier.

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   Mais cette fois, ce sont les HBNPC qui s’opposent au projet. Le sol sur lequel reposerait l’édifice se situe au dessus d’une veine de charbon qu’elles ne pourraient exploiter, se privant ainsi de 400 000 tonnes de charbon. Les échanges sont vifs entre Ernest Schaffner et les services des Houillères, nécessitant l’intervention du ministre de la Reconstruction et de celui de l’Industrie. Le 14 novembre 1956, l’ingénieur en chef du contrôle des mines déclare : « Nous pensons que ce projet doit être modifié afin de réduire les dimensions de l’hôtel de ville à celles d’un immeuble ordinaire de deux ou trois étages ».

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   En janvier 1959, un nouveau projet est présenté. L’idée de conserver une partie su style du précédent bâtiment est complètement abandonnée pour répondre aux exigences des HBNPC. L’édifice, de style contemporain, est moins lourd et composé de quatre bâtiments différents mais les Houillères s’opposent de nouveau.

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    C’est un énième projet, proposé par Jean de Mailly en février 1960 qui est enfin accepté par les mines de Lens en mai 1961 : un édifice de forme cubique d’une hauteur de 30 mètres dont la façade est couverte de multiples vitres rectangulaires. Cinq années de perdues pour 400 000 tonnes de charbon alors que la production annuelle du groupe Lens-Liévin des HBNPC est de 7 millions de tonnes ! En 1962 que le Conseil municipal adjuge les travaux au Génie Civil de Lens. Enfin, la première pierre est posée le 10 novembre 1962 et les travaux peuvent commencer.

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   Un peu plus de quatre ans plus tard, le 14 février 1965, Ernest Schaffner, en compagnie du préfet du Pas de Calais Jean Tomasi et de Madame Victoire Lampin inaugure le nouvel hôtel de ville.

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Les lensois l’attendaient depuis plus de vingt ans.

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Témoignages sur les bombardements de la centrale électrique de Vendin

22 août

La centrale électrique des mines de Lens à Vendin-le-Vieil a été bombardée à plusieurs reprises au cours de la Seconde Guerre mondiale. D’abord en mai 1940 par l’aviation allemande et à partir d’à peine quelques mois plus tard par la flotte aérienne alliée. Pendant toute la guerre, on comptera 21 bombardements à Vendin qui coûteront la vie à 29 personnes.

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Printemps 1940 : depuis le 10 mai, les armées allemandes effectuent une offensive générale en Belgique, au Luxembourg et dans le nord-est de la France.

Vendin est plutôt calme, l’activité y est intense là où la Société des Mines de Lens possède de nombreuses installations : un grand réseau de voies ferrées, des quais de manutention, un lavoir, des fours à coke, une usine à briquettes, les fosses 8 – 8 bis et 10 – 10 bis, cette dernière se trouvant au centre des installations de la grande centrale thermique dont la construction remonte au début du siècle.

Le dimanche 19 mai semble n’être qu’un dimanche comme les autres dans une des maisons de la compagnie minière de la rue de l’Enclos, aux portes de la centrale électrique. Là sont présents la maman Yvonne, ses quatre enfants Yvette, Simone, Roland et Rolande.

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Le père n’est pas là, il est du service du matin à son poste de machiniste à la centrale.

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La suite, laissons Roland (11 ans à l’époque) nous la narrer : « Nous habitons presque dans la cour de la centrale, point stratégique ciblé par l’aviation allemande mais pas trop pour préserver l’avenir. Je quitte la maison pour aller chez mon copain Charles lui rendre un petit illustré qu’il m’avait prêté. Je m’arrête sur le pas de la porte et aperçois un avion en rase-motte qui semble menaçant…

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L’instinct de survie peut-être ? Je fais demi-tour et donne l’alerte : « Vite ! A la cave ! ». Bien m’en a pris car l’un des avions qui suivait celui que j’avais vu largue une bombe qui éclate, écrase notre maison et la table autour de laquelle nous étions installés. Notre mère qui couvrait notre fuite vers la cave reçoit dans le dos casseroles et autres ustensiles de cuisine. On a souvent pensé à ce qu’a pu ressentir notre père lorsqu’il a vu à travers la petite lucarne de la salle des machines que notre maison n’était plus que ruines.

La suite, c’est la solidarité (entre les gens de la mine) et la générosité des habitants de Vendin jusqu’au moment de l’exode sur les routes de l’évacuation…. C’était il a presque 80 ans ! ».

Ce jour là, Adrien Bocquet, un habitant de Pont-à-Vendin, affecté spécial aux usines des mines de Lens, fut tué lors du bombardement alors qu’il se trouvait dans la centrale.

Quelques jours plus tard, l’armée allemande occupe toute la région ; le Nord-Pas de Calais est sous le joug germanique mais déjà un début de résistance tente de s’organiser.

En 1941, employé aux ateliers centraux des Mines de Lens à Wingles, André Pezé entre dans la Résistance au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP). Arrêté le 20 août 1942 par les autorités allemandes, il sera fusillé le 5 novembre 1942 à la citadelle d’Arras. Un jeune lensois de 15 ans, Joseph Laurent, apprenti aux ateliers, se joint au réseau créé par André Pezé. Ce gamin habite la cité 11 de Lens, au numéro 8 de la rue du Saint Esprit.

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Maintenant, c’est au tour des alliés de vouloir anéantir la production d’électricité. Le 30 juin 1941, vers 18h30, environ 90 bombardiers britanniques survolent Vendin et lâchent leurs projectiles sur la centrale et ses abords immédiats. Dans la rue de l’Enclos, la maison voisine de celle de notre famille ci-dessus est à son tour rasée. D’autres habitations de la compagnie minière sont détruites dans les rues adjacentes.

Dans la centrale, les dégâts sont considérables. Un incendie s’est déclaré dans le magasin à huile, les lignes électriques sont inutilisables. Dès la fin de l’attaque, les ouvriers de la centrale sont chargés du déblaiement.

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Joseph Laurent reçoit l’ordre de retranscrire les dégâts et de comptabiliser le plus juste possible les impacts des bombes. Il établi un plan destiné aux services anglais.

Lorsque le réseau est démantelé et André Pezé arrêté, Joseph Laurent se met au vert, termine cependant son travail et cache le plan chez lui entre les pages d’un livre. C’est ce plan que son fils Michel retrouvera par hasard bien des années plus tard. Il nous en a fait parvenir une copie.

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Joseph continuera ses actions dans la Résistance, rejoindra la 2ème compagnie de FTP créée à Harnes en juillet 1943 puis en voulant rejoindre le maquis des Ardennes, il se retrouve dans les villages d’Aisonville-et-Bernoville et de Vadencourt-et-Boheries (actuellement connu sous le seul nom de Vadencourt) dans l’Aisne où il participe à de violents accrochages avec les soldats allemands. Revenu dans la Pas-de-Calais en train, il participe aux combats de la Libération notamment à Pont-à-Vendin et Annay. Il s’engage ensuite pour la durée de la guerre dans la 1re armée française (surnommée Rhin et Danube en raison de ses victoires remportées sur le Rhin et le Danube en 1945) avec laquelle il ira jusqu’au lac de Constance.

Pour ses exploits, Joseph Laurent sera plusieurs fois médaillé en tant que Résistant, combattant et engagé volontaire.

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 Témoignages de MM. Roland Duhoux (le petit garçon de 11 ans) et Michel Laurent (Fils de Joseph Laurent).

La Maison des Projets

6 août

   La communauté d’agglomération Lens-Liévin, la ville de Lens et le Centre hospitalier de Lens ont créé une « maison des projets » dont les thèmes sont le Nouvel Hôpital et la rénovation urbaine des cités 12/14. Cette maison, située rue Cook, présente les deux projets et leurs liens. L’accès est libre.

   Un petit espace m’a été réservé : quelques étagères sur lesquelles sont disposés des cadres-photos relatant l’histoire de l’hôpital de Lens et l’évolution des cités minières lensoises depuis leur création au milieu du 19ème siècle.

   Cet espace ne pouvant accueillir qu’un dizaine de photos et autant de textes, il a fallu faire un choix. C’est pourquoi je diffuse aujourd’hui sur le blog l’intégralité des collections que j’ai mises à la disposition de la Maison des Projets.

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L’histoire des hôpitaux de Lens.

   Au 13ème siècle, un certain Eustache Gambier fonde à Lens l’hôpital de bourg dont le fonctionnement est assuré par des dons de bienfaiteurs. Détruit à plusieurs reprises au cours des siècles, il fut reconstruit en 1700 et devient ‘Hospice du Bourg’. Sur cette gravure du 17ème siècle, l’hôpital du Bourg (marqué d’une flèche) se trouve entre l’église Saint Léger et la Maison de ville.

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   Le 7 octobre 1900, le ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes Alexandre Millerand inaugure le bâtiment situé à l’angle de la rue de Lille. En 1910, l’hospice est agrandi et un autre projet d’agrandissement est émis en 1912. mais ne verra jamais le jour.

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   Pendant la Première Guerre mondiale, l’hospice reçoit des soldats français et allemands, mais aussi de nombreux civils. Le 7 avril 1917, les trente-deux derniers malades et blessés ont été évacués vers la gare de Billy-Montigny. A la libération, l’hospice, comme le reste de la ville, n’est plus que ruines.

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   Après la 1ère guerre, la Croix Rouge procède, grâce à des fonds offerts par le gouvernement hollandais, à l’implantation de baraquements provisoires à l’emplacement de l’ancien hospice. Ils contiennent soixante lits. Entre 1919 et 1930, près de dix mille malades et blessés sont soignés dans les baraquements. On y compte aussi 439 naissances.

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   Le 11 octobre 1922 le conseil municipal présidé par Emile Basly décide de construire Route de La Bassée, sur un terrain acheté à la Société des mines de Lens, un hôpital répondant aux besoins de la population. Mais ce n’est que huit ans plus tard, le 22 novembre 1930 que commence le transfert des malades des baraquements provisoires de la rue de l’Hospice vers le nouvel hôpital.

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   Après bien des reports, le nouvel hôpital est enfin inauguré le 23 octobre 1932 par le Président du Conseil Edouard Herriot et Alfred Maës. En même temps est posée la première pierre d’une extension comprenant un pavillon des spécialités et une maison de retraite qui sont inaugurés le 11 octobre 1938. Une stèle dans la cour des anciens bâtiments rappellent les deux événements.

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   Le Docteur Ernest Schaffner est alors le médecin en chef de l’hôpital. Il y ouvre les premiers services d’étude de la silicose afin d’étudier les méfaits sur les mineurs de cette maladie. Comme le matériel de radiologie ne protège pas les médecins des effets néfastes des rayons, le « médecin des Gueules noires » est vite atteint de la radiodermite. Il sera finalement amputé des deux mains dans l’hôpital qui portera son nom après son décès en 1966.

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   Depuis le 16ème siècle, ce sont les religieuses franciscaines issues de la communauté de Calais qui officient à l’hôpital de Lens. Elles sont appelées ‘Sœurs grises’ ou ‘Grisonnes’ du fait de la couleur de leurs robes. Les sœurs franciscaines resteront à Lens jusque dans les années 1970.

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   Dès les années 50, le Centre hospitalier de Lens ne cesse de s’équiper et de s’embellir. Au cœur des cités minières, le Docteur Ernest Schaffner et son équipe prennent en compte le bien-être des malades : disparition des chambres communes au profit des chambres à deux ou quatre lits ou même individuelles, amélioration des services d’accueil et de soins, embellissement de l’aspect extérieur par la mise en place de parterres bien fleuris, d’une aire de jeu pour les enfants avec mini golf, etc.

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   Puis est construite une maison de retraite à proximité de l’hôpital. Pour cela, la municipalité acquiert auprès des Houillères des terrains qui servaient de jardins ouvriers. Située juste à côté de l’hôpital, elle ouvre ses portes le 30 juin 1964 et peut accueillir 200 personnes. A ceux qui lui reprochent le luxe des chambres et des pièces communes, Ernest Schaffner répond :  »La plupart des gens qui viennent finir leur vie ici ont vécu dans la simplicité des corons, voire dans la misère pour certains. Ne croyez vous pas qu’ils méritent un peu plus de confort pour leurs vieux jours ? ».

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   Depuis, le Centre Hospitalier Ernest Schaffner n’a cessé de s’agrandir. Il s’étend aujourd’hui sur plus de 12 hectares en plein cœur de la ville, soit près de 100 000 m2 entièrement dédiés aux soins. Près de 3000 personnes y travaillent, dont 2600 personnels paramédicaux, administratifs et techniques et 400 médecins. Il propose 774 lits d’hospitalisation et 144 places d’accueil de jour. Il est aussi l’établissement support du Groupement Hospitalier du Territoire de l’Artois.

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   Dans quelques années, l’hôpital de la route de La Bassée aura vécu. Un nouveau complexe sera construit sur les terrains situés entre Lens et Loos-en-Gohelle. Il sera constitué d’un bâtiment unique et de quelques petits bâtiments satellites (radiothérapie, …) construits sur une surface au sol de 20 hectares.

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Les cités minières de Lens

   Désirant regrouper autour des puits un maximum de mineurs afin de pouvoir compter sur une main d’œuvre disponible à tous moments, la Société des mines de Lens, dès sa création, construit autour de chaque fosse une cité ouvrière. En 1913, elle compte 7684 maisons réparties en 15 corons.

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   Pendant la première guerre mondiale, la ville de Lens est totalement détruite. Il ne reste plus une seule maison débout. Les cités minières sont anéanties.

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   A la fin de la guerre, la priorité est donnée à la remise en service des puits, les ouvriers sont logés dans des habitations de fortune mises à disposition par le gouvernement américain.

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   En 1929, près de 10 000 logements sont reconstruits. La compagnie minière lensoise lensoise est fière d’annoncer qu’ils sont tous pourvus de l’électricité.

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   En 1946, les mines de charbon sont nationalisées. Dans la région, les HBNPC (Houillères du Bassin du Nord-Pas de Calais) prennent en charge la gestion du patrimoine locatif mais il y a peu d’évolution dans le confort (WC à l’extérieur, pas de salle de bain, pas d’eau chaude …)

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  Dans les années 60, c’est le début de la récession de l’exploitation charbonnière. Les houillères n’entretiennent plus les cités et les maisons qui se délabrent.

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   Vers 1970, il y a de moins en moins de mineurs. Afin de pouvoir louer à des familles d’autres corporations, les HBNPC créent une filiale, la Société Immobilière de l’Artois dont le rôle est de rénover les habitations minières qui enfin possèdent des toilettes à l’intérieur et une salle de bains avec production d’eau chaude.

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   Fin du 20ème siècle, au fur et à mesure de la disparition des anciens mineurs, les corons se vident. Beaucoup de maisons sont délabrées, certaines tombent en ruine ou sont si dangereuses qu’il faut grillager leurs issues.

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   En 1991, la SOGINORPA, filiale des Charbonnages de France entreprend la rénovation des 70 000 maisons dont elle a la charge. C’est aujourd’hui à ‘Maisons et Cités’ que revient le rôle de rendre les cités minières plus agréables.

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   Par là, certaines maisons sont rénovées et équipées de tout le confort moderne.

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  Par ici, elles sont abattues et remplacées par des habitations qui donnent à la cité entière un look totalement différent.

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