Archive | août 2018

Témoignages sur les bombardements de la centrale électrique de Vendin

22 août

La centrale électrique des mines de Lens à Vendin-le-Vieil a été bombardée à plusieurs reprises au cours de la Seconde Guerre mondiale. D’abord en mai 1940 par l’aviation allemande et à partir d’à peine quelques mois plus tard par la flotte aérienne alliée. Pendant toute la guerre, on comptera 21 bombardements à Vendin qui coûteront la vie à 29 personnes.

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Printemps 1940 : depuis le 10 mai, les armées allemandes effectuent une offensive générale en Belgique, au Luxembourg et dans le nord-est de la France.

Vendin est plutôt calme, l’activité y est intense là où la Société des Mines de Lens possède de nombreuses installations : un grand réseau de voies ferrées, des quais de manutention, un lavoir, des fours à coke, une usine à briquettes, les fosses 8 – 8 bis et 10 – 10 bis, cette dernière se trouvant au centre des installations de la grande centrale thermique dont la construction remonte au début du siècle.

Le dimanche 19 mai semble n’être qu’un dimanche comme les autres dans une des maisons de la compagnie minière de la rue de l’Enclos, aux portes de la centrale électrique. Là sont présents la maman Yvonne, ses quatre enfants Yvette, Simone, Roland et Rolande.

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Le père n’est pas là, il est du service du matin à son poste de machiniste à la centrale.

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La suite, laissons Roland (11 ans à l’époque) nous la narrer : « Nous habitons presque dans la cour de la centrale, point stratégique ciblé par l’aviation allemande mais pas trop pour préserver l’avenir. Je quitte la maison pour aller chez mon copain Charles lui rendre un petit illustré qu’il m’avait prêté. Je m’arrête sur le pas de la porte et aperçois un avion en rase-motte qui semble menaçant…

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L’instinct de survie peut-être ? Je fais demi-tour et donne l’alerte : « Vite ! A la cave ! ». Bien m’en a pris car l’un des avions qui suivait celui que j’avais vu largue une bombe qui éclate, écrase notre maison et la table autour de laquelle nous étions installés. Notre mère qui couvrait notre fuite vers la cave reçoit dans le dos casseroles et autres ustensiles de cuisine. On a souvent pensé à ce qu’a pu ressentir notre père lorsqu’il a vu à travers la petite lucarne de la salle des machines que notre maison n’était plus que ruines.

La suite, c’est la solidarité (entre les gens de la mine) et la générosité des habitants de Vendin jusqu’au moment de l’exode sur les routes de l’évacuation…. C’était il a presque 80 ans ! ».

Ce jour là, Adrien Bocquet, un habitant de Pont-à-Vendin, affecté spécial aux usines des mines de Lens, fut tué lors du bombardement alors qu’il se trouvait dans la centrale.

Quelques jours plus tard, l’armée allemande occupe toute la région ; le Nord-Pas de Calais est sous le joug germanique mais déjà un début de résistance tente de s’organiser.

En 1941, employé aux ateliers centraux des Mines de Lens à Wingles, André Pezé entre dans la Résistance au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP). Arrêté le 20 août 1942 par les autorités allemandes, il sera fusillé le 5 novembre 1942 à la citadelle d’Arras. Un jeune lensois de 15 ans, Joseph Laurent, apprenti aux ateliers, se joint au réseau créé par André Pezé. Ce gamin habite la cité 11 de Lens, au numéro 8 de la rue du Saint Esprit.

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Maintenant, c’est au tour des alliés de vouloir anéantir la production d’électricité. Le 30 juin 1941, vers 18h30, environ 90 bombardiers britanniques survolent Vendin et lâchent leurs projectiles sur la centrale et ses abords immédiats. Dans la rue de l’Enclos, la maison voisine de celle de notre famille ci-dessus est à son tour rasée. D’autres habitations de la compagnie minière sont détruites dans les rues adjacentes.

Dans la centrale, les dégâts sont considérables. Un incendie s’est déclaré dans le magasin à huile, les lignes électriques sont inutilisables. Dès la fin de l’attaque, les ouvriers de la centrale sont chargés du déblaiement.

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Joseph Laurent reçoit l’ordre de retranscrire les dégâts et de comptabiliser le plus juste possible les impacts des bombes. Il établi un plan destiné aux services anglais.

Lorsque le réseau est démantelé et André Pezé arrêté, Joseph Laurent se met au vert, termine cependant son travail et cache le plan chez lui entre les pages d’un livre. C’est ce plan que son fils Michel retrouvera par hasard bien des années plus tard. Il nous en a fait parvenir une copie.

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Joseph continuera ses actions dans la Résistance, rejoindra la 2ème compagnie de FTP créée à Harnes en juillet 1943 puis en voulant rejoindre le maquis des Ardennes, il se retrouve dans les villages d’Aisonville-et-Bernoville et de Vadencourt-et-Boheries (actuellement connu sous le seul nom de Vadencourt) dans l’Aisne où il participe à de violents accrochages avec les soldats allemands. Revenu dans la Pas-de-Calais en train, il participe aux combats de la Libération notamment à Pont-à-Vendin et Annay. Il s’engage ensuite pour la durée de la guerre dans la 1re armée française (surnommée Rhin et Danube en raison de ses victoires remportées sur le Rhin et le Danube en 1945) avec laquelle il ira jusqu’au lac de Constance.

Pour ses exploits, Joseph Laurent sera plusieurs fois médaillé en tant que Résistant, combattant et engagé volontaire.

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 Témoignages de MM. Roland Duhoux (le petit garçon de 11 ans) et Michel Laurent (Fils de Joseph Laurent).

La Maison des Projets

6 août

   La communauté d’agglomération Lens-Liévin, la ville de Lens et le Centre hospitalier de Lens ont créé une « maison des projets » dont les thèmes sont le Nouvel Hôpital et la rénovation urbaine des cités 12/14. Cette maison, située rue Cook, présente les deux projets et leurs liens. L’accès est libre.

   Un petit espace m’a été réservé : quelques étagères sur lesquelles sont disposés des cadres-photos relatant l’histoire de l’hôpital de Lens et l’évolution des cités minières lensoises depuis leur création au milieu du 19ème siècle.

   Cet espace ne pouvant accueillir qu’un dizaine de photos et autant de textes, il a fallu faire un choix. C’est pourquoi je diffuse aujourd’hui sur le blog l’intégralité des collections que j’ai mises à la disposition de la Maison des Projets.

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L’histoire des hôpitaux de Lens.

   Au 13ème siècle, un certain Eustache Gambier fonde à Lens l’hôpital de bourg dont le fonctionnement est assuré par des dons de bienfaiteurs. Détruit à plusieurs reprises au cours des siècles, il fut reconstruit en 1700 et devient ‘Hospice du Bourg’. Sur cette gravure du 17ème siècle, l’hôpital du Bourg (marqué d’une flèche) se trouve entre l’église Saint Léger et la Maison de ville.

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   Le 7 octobre 1900, le ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes Alexandre Millerand inaugure le bâtiment situé à l’angle de la rue de Lille. En 1910, l’hospice est agrandi et un autre projet d’agrandissement est émis en 1912. mais ne verra jamais le jour.

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   Pendant la Première Guerre mondiale, l’hospice reçoit des soldats français et allemands, mais aussi de nombreux civils. Le 7 avril 1917, les trente-deux derniers malades et blessés ont été évacués vers la gare de Billy-Montigny. A la libération, l’hospice, comme le reste de la ville, n’est plus que ruines.

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   Après la 1ère guerre, la Croix Rouge procède, grâce à des fonds offerts par le gouvernement hollandais, à l’implantation de baraquements provisoires à l’emplacement de l’ancien hospice. Ils contiennent soixante lits. Entre 1919 et 1930, près de dix mille malades et blessés sont soignés dans les baraquements. On y compte aussi 439 naissances.

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   Le 11 octobre 1922 le conseil municipal présidé par Emile Basly décide de construire Route de La Bassée, sur un terrain acheté à la Société des mines de Lens, un hôpital répondant aux besoins de la population. Mais ce n’est que huit ans plus tard, le 22 novembre 1930 que commence le transfert des malades des baraquements provisoires de la rue de l’Hospice vers le nouvel hôpital.

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   Après bien des reports, le nouvel hôpital est enfin inauguré le 23 octobre 1932 par le Président du Conseil Edouard Herriot et Alfred Maës. En même temps est posée la première pierre d’une extension comprenant un pavillon des spécialités et une maison de retraite qui sont inaugurés le 11 octobre 1938. Une stèle dans la cour des anciens bâtiments rappellent les deux événements.

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   Le Docteur Ernest Schaffner est alors le médecin en chef de l’hôpital. Il y ouvre les premiers services d’étude de la silicose afin d’étudier les méfaits sur les mineurs de cette maladie. Comme le matériel de radiologie ne protège pas les médecins des effets néfastes des rayons, le « médecin des Gueules noires » est vite atteint de la radiodermite. Il sera finalement amputé des deux mains dans l’hôpital qui portera son nom après son décès en 1966.

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   Depuis le 16ème siècle, ce sont les religieuses franciscaines issues de la communauté de Calais qui officient à l’hôpital de Lens. Elles sont appelées ‘Sœurs grises’ ou ‘Grisonnes’ du fait de la couleur de leurs robes. Les sœurs franciscaines resteront à Lens jusque dans les années 1970.

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   Dès les années 50, le Centre hospitalier de Lens ne cesse de s’équiper et de s’embellir. Au cœur des cités minières, le Docteur Ernest Schaffner et son équipe prennent en compte le bien-être des malades : disparition des chambres communes au profit des chambres à deux ou quatre lits ou même individuelles, amélioration des services d’accueil et de soins, embellissement de l’aspect extérieur par la mise en place de parterres bien fleuris, d’une aire de jeu pour les enfants avec mini golf, etc.

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   Puis est construite une maison de retraite à proximité de l’hôpital. Pour cela, la municipalité acquiert auprès des Houillères des terrains qui servaient de jardins ouvriers. Située juste à côté de l’hôpital, elle ouvre ses portes le 30 juin 1964 et peut accueillir 200 personnes. A ceux qui lui reprochent le luxe des chambres et des pièces communes, Ernest Schaffner répond :  »La plupart des gens qui viennent finir leur vie ici ont vécu dans la simplicité des corons, voire dans la misère pour certains. Ne croyez vous pas qu’ils méritent un peu plus de confort pour leurs vieux jours ? ».

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   Depuis, le Centre Hospitalier Ernest Schaffner n’a cessé de s’agrandir. Il s’étend aujourd’hui sur plus de 12 hectares en plein cœur de la ville, soit près de 100 000 m2 entièrement dédiés aux soins. Près de 3000 personnes y travaillent, dont 2600 personnels paramédicaux, administratifs et techniques et 400 médecins. Il propose 774 lits d’hospitalisation et 144 places d’accueil de jour. Il est aussi l’établissement support du Groupement Hospitalier du Territoire de l’Artois.

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   Dans quelques années, l’hôpital de la route de La Bassée aura vécu. Un nouveau complexe sera construit sur les terrains situés entre Lens et Loos-en-Gohelle. Il sera constitué d’un bâtiment unique et de quelques petits bâtiments satellites (radiothérapie, …) construits sur une surface au sol de 20 hectares.

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Les cités minières de Lens

   Désirant regrouper autour des puits un maximum de mineurs afin de pouvoir compter sur une main d’œuvre disponible à tous moments, la Société des mines de Lens, dès sa création, construit autour de chaque fosse une cité ouvrière. En 1913, elle compte 7684 maisons réparties en 15 corons.

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   Pendant la première guerre mondiale, la ville de Lens est totalement détruite. Il ne reste plus une seule maison débout. Les cités minières sont anéanties.

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   A la fin de la guerre, la priorité est donnée à la remise en service des puits, les ouvriers sont logés dans des habitations de fortune mises à disposition par le gouvernement américain.

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   En 1929, près de 10 000 logements sont reconstruits. La compagnie minière lensoise lensoise est fière d’annoncer qu’ils sont tous pourvus de l’électricité.

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   En 1946, les mines de charbon sont nationalisées. Dans la région, les HBNPC (Houillères du Bassin du Nord-Pas de Calais) prennent en charge la gestion du patrimoine locatif mais il y a peu d’évolution dans le confort (WC à l’extérieur, pas de salle de bain, pas d’eau chaude …)

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  Dans les années 60, c’est le début de la récession de l’exploitation charbonnière. Les houillères n’entretiennent plus les cités et les maisons qui se délabrent.

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   Vers 1970, il y a de moins en moins de mineurs. Afin de pouvoir louer à des familles d’autres corporations, les HBNPC créent une filiale, la Société Immobilière de l’Artois dont le rôle est de rénover les habitations minières qui enfin possèdent des toilettes à l’intérieur et une salle de bains avec production d’eau chaude.

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   Fin du 20ème siècle, au fur et à mesure de la disparition des anciens mineurs, les corons se vident. Beaucoup de maisons sont délabrées, certaines tombent en ruine ou sont si dangereuses qu’il faut grillager leurs issues.

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   En 1991, la SOGINORPA, filiale des Charbonnages de France entreprend la rénovation des 70 000 maisons dont elle a la charge. C’est aujourd’hui à ‘Maisons et Cités’ que revient le rôle de rendre les cités minières plus agréables.

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   Par là, certaines maisons sont rénovées et équipées de tout le confort moderne.

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  Par ici, elles sont abattues et remplacées par des habitations qui donnent à la cité entière un look totalement différent.

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