Archive | septembre 2018

Les hôtels de ville de Lens

1 sept

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   L’Hôtel de Ville de Lens a toujours été situé au même endroit, à quelques mètres de l’église Saint Leger. Au début du 13ème siècle, Lens devient officiellement une commune. Les échevins et celui qu’ils ont élu comme maïeur (maire) se réunissent trois fois par semaine dans la Maison de Ville.

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    Sur un plan de Lens du 13ème siècle, on trouve la Maison de ville située entre l’église Saint-Léger et la porte d’Arras.

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   C’est à cet emplacement que la commune de Lens et son maire Pierre-Philippe Lebrun décident en 1822 de la construction d’un hôtel de ville.

   De style napoléonien venu de la capitale comme le démontre la symétrie du bâtiment, les arcs en plein-cintre des ouvertures, les pilastres enchâssés dans les murs ou encore le haut-relief représentant le blason de la ville de Lens, il est coiffé d’un clocheton qui permet d’alerter la population. Le bâtiment comportait deux niveaux et un grenier.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le rapide essor de la ville du au développement de l’exploitation charbonnière entraînant l’augmentation de la population, il est décidé, pour héberger les services municipaux et de l’état civil, d’agrandir l’hôtel de ville en annexant les locaux de la ferme Roussel mitoyenne.

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   Le 29 août 1908, l’escalier du perron est remplacé par un autre en granit de Soignies avec une grande balustrade. Pour cela, Emile Basly, qui a été élu maire de Lens en 1900, fait appel à un jeune architecte douaisien de 25 ans : Jean Goniaux.

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   En 1912, dans une ville de Lens devenue la capitale du pays minier, Basly décide de doter la commune d’un nouvel hôtel de ville. Tout en répondant aux besoins d’une population de plus de 30 000 âmes, il tient à affirmer avec cette construction l’importante influence  du peuple et de ses élus face à la puissance Société des Mines de Lens dont les Grands Bureaux viennent d’être agrandis.

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   L’hôtel de ville, fait de briques rouges et de pierres blanches, est plus beaucoup grand et d’une grande richesse architecturale de style flamand. Emile Basly en a dressé lui-même les plans avec l’architecte Jean Goniaux. La première pierre a été posée le 27 mai 1913. Pendant ce temps, les services municipaux sont transférés dans le presbytère de la paroisse Saint-Léger, rue Diderot. Très peu de documents existent sur cet édifice d’avant guerre. Il semble que seul ce dessin du à Jean Goniaux nous informe sur la construction.

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   Un an plus tard, alors que l’hôtel de ville n’était pas tout à fait terminé, la guerre est déclarée et le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront 4 ans jour pour jour. Lens est peu à peu détruit pour n’être que désolation en 1918. Du superbe hôtel de ville, il ne reste que quelques briques s’élevant au milieu de gravats.

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   Evacué en Belgique mais revenu en France via la Suisse en 1917, Emile Basly a entre-temps installé la mairie provisoire de Lens à Paris, dans un immeuble de la rue de Hanovre.

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    Après la Libération, en août 1919, les services municipaux et le maire s’installent dans une construction provisoire en bois sur la place du Cantin. La priorité pour Emile Basly, est de reloger les lensois revenus d’exode. Il faut attendre le 3 août 1921 pour que la reconstruction d’un hôtel de ville soit décidée et confiée, comme avant guerre, à Jean Goniaux.

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   Reconstruit quasiment à l’identique, il entre en service pendant l’été 1926 lorsque s’y tint le premier conseil municipal le 6 août.

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   Il n’est inauguré qu’un an plus tard, le le 14 août 1927 en même temps que la nouvelle gare ferroviaire. C’est là une occasion d’organiser à Lens une grande fête populaire telle que Basly les aimaient avant la guerre.

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   A l’extérieur, il ne diffère du précédent que par son imposant clocheton. Les statues représentant un ouvrier et une trieuse qui entourent l’horloge de la façade ainsi que les cariatides représentant l’union et la force qui dominent les deux balcons latéraux sont dues à Augustin Lesieux qui sculptera aussi le monument aux morts.

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   A l’intérieur, les magnifiques vitraux représentant le monde du travail : la mine, l’agriculture, le transport ferroviaire sont réalisés par le maître-verrier lillois Alfred Labille.

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   Dans la grande salle d’honneur où sont célébrés les mariages, des peintures murales honorent le monde de la mine. Derrière un bureau posé sur une estrade, une fresque représente des jeunes danseuses entourant la muse des mineurs de 1913, Maria Godart.

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   Mais il est dit que ces constructions de Jean Goniaux ne resteront pas dans l’histoire. Douze ans après sa mise en service, l’hôtel de ville est de nouveau bombardé, par l’aviation alliée cette fois. Après le raid du 11 août 1944, l’hôtel de ville est fortement endommagé. Le corps central est inutilisable. Les différents services municipaux sont provisoirement déménagés à l’école Berthelot.

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   Dès 1949, Ernest Schaffner, maire de Lens depuis deux ans, fait présenter lors d’une séance du conseil municipal un avant-projet de reconstruction de l’hôtel de ville. L’architecte parisien Jean de Mailly (connu pour avoir reconstruit les villes de Toulon et de Sedan et qui participera plus tard à l’aménagement du quartier d’affaires de La Défense) travaille sur le projet avec l’architecte de la ville Henri Pantigny. Différentes études sont présentées (dont une prévoit de conserver le style de l’édifice d’avant-guerre en utilisant une partie de ses vestiges) mais ne convainquent ni la Préfecture, ni les architectes des Bâtiments de France. Un accord est trouvé en 1955 pour un hôtel de ville sobre et fonctionnel, reconstruit sur les bases de l’ancien et dont l’architecture rappelle quelque peu l’œuvre de Jean Goniaux.

   Pour faire place au nouvel édifice, les restes de l’ancien sont rasés en 1956. Les services municipaux sont hébergés et voyagent entre différents endroits de la ville (local provisoire dans l’avenue Van Pelt, gare Ste Elisabeth ou dans les locaux de la Société Générale place Jean Jaurès).

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   Un grave accident vient retarder les travaux : le 9 novembre 1956, un ouvrier chargé des travaux de déblaiement est tué sur le chantier.

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   Mais cette fois, ce sont les HBNPC qui s’opposent au projet. Le sol sur lequel reposerait l’édifice se situe au dessus d’une veine de charbon qu’elles ne pourraient exploiter, se privant ainsi de 400 000 tonnes de charbon. Les échanges sont vifs entre Ernest Schaffner et les services des Houillères, nécessitant l’intervention du ministre de la Reconstruction et de celui de l’Industrie. Le 14 novembre 1956, l’ingénieur en chef du contrôle des mines déclare : « Nous pensons que ce projet doit être modifié afin de réduire les dimensions de l’hôtel de ville à celles d’un immeuble ordinaire de deux ou trois étages ».

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   En janvier 1959, un nouveau projet est présenté. L’idée de conserver une partie su style du précédent bâtiment est complètement abandonnée pour répondre aux exigences des HBNPC. L’édifice, de style contemporain, est moins lourd et composé de quatre bâtiments différents mais les Houillères s’opposent de nouveau.

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    C’est un énième projet, proposé par Jean de Mailly en février 1960 qui est enfin accepté par les mines de Lens en mai 1961 : un édifice de forme cubique d’une hauteur de 30 mètres dont la façade est couverte de multiples vitres rectangulaires. Cinq années de perdues pour 400 000 tonnes de charbon alors que la production annuelle du groupe Lens-Liévin des HBNPC est de 7 millions de tonnes ! En 1962 que le Conseil municipal adjuge les travaux au Génie Civil de Lens. Enfin, la première pierre est posée le 10 novembre 1962 et les travaux peuvent commencer.

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   Un peu plus de quatre ans plus tard, le 14 février 1965, Ernest Schaffner, en compagnie du préfet du Pas de Calais Jean Tomasi et de Madame Victoire Lampin inaugure le nouvel hôtel de ville.

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Les lensois l’attendaient depuis plus de vingt ans.

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