Archive | janvier 2019

L’avenue Alfred Maës

20 jan

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   Le 28 janvier 1942, le Préfet du Pas-de-Calais approuve la décision du Conseil municipal lensois de donner à l’avenue de Liévin le nom d’avenue « Alfred Maës ».

   Né à Saint Omer le 15 juillet 1875, Jacques Alfred Wilfrand MAËS est orphelin très jeune. A 13 ans, il part travailler aux mines de Lens où il est embauché à la fosse 2 d’abord puis à la fosse 11. Après son service militaire, il est réembauché à la fosse 1 « Saint Elisabeth ». Il adhère aussitôt au Vieux Syndicat d’Emile Basly et Arthur Lamendin. Il en deviendra rapidement un des leaders, délégué à la sécurité puis responsable du contentieux.

   Devenu conseiller municipal dès 1904, il est élu maire de Lens puis député du Pas-de-Calais en 1928 après le décès d’Emile Basly.

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   On retient surtout du maire de Lens la construction de l’hôpital de la route de La Bassée en 1930 et du responsable syndical la création du dispensaire de la caisse de secours des mineurs sur le boulevard Basly.

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   Maintenu maire au début de la seconde guerre mondiale, ses fonctions lui permettent de réaliser des actes de résistance, notamment falsifier avec son ami Ernest Schaffner, directeur de l’hôpital, des cartes d’identité pour les malades et blessés juifs hospitalisés.

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   Maës connait sa dernière grande grève en juin 1941 : pour protester contre les décisions des Allemands, 80% des mineurs du bassin cessent le travail. Ce sera le dernier grand événement qu’il aura vécu : il décède à Lens le 17 août 1941 après une grave maladie dans sa maison familiale, rue Anatole France. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de la route de Douai.

   Au moyen âge, à l’emplacement de l’avenue Alfred Maës se trouvait le Grand chemin de Liévin à Lens (en opposition au Petit chemin de Liévin à Lens plus au sud où se trouve aujourd’hui la rue Notre-Dame de Lorette).

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   C’est en 1872 que l’ont voit apparaître le nom de « Route de Liévin » sur les fiches de recensement de la ville de Lens. Elle est composée quasiment en totalité de maisons de mineurs. Depuis une dizaine d’années, elle est traversée aux abords de Lens par la « ligne des houillères », une voie de chemin de fer qui relie Arras à Hazebrouck. Le passage à niveau est gardé par un certain Jean-Baptiste Hugot. Vers la fin du 19ème siècle, le passage à niveau est remplacé par un pont.

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   Au début du 20ème siècle, faisant partie du « Grand chemin n°58 », elle prend le nom sur le territoire de Lens de rue de la Bataille (ou rue du coron de la Bataille) en souvenir de la victoire de Condé. Ce serait en effet par cet axe que les troupes espagnoles se seraient enfuies après leur défaite en 1648 contre le prince de Condé.

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   Après la première guerre mondiale, l’artère est nommée Avenue de Liévin. Ce nom lui restera donc jusqu’en 1942.

   L’avenue Alfred Maës débute au carrefour Bollaert. Son point de départ était marqué d’un côté par le jardin public appelé aujourd’hui square Chochoy et de l’autre par l’immense garage automobile Lallain.

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  Ensuite, l’artère passe sous le pont Césarine….

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…. nommé ainsi (jamais officiellement il faut le dire) en mémoire de la tenancière d’un estaminet appelé « A l’arrêt du Tramway ».

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    Les nombreux voyageurs se désaltéraient au bar de Césarine Hennebois en attendant de prendre le Tortillard qui pouvait les emmener jusque Frévent en longeant au début de son parcours l’avenue de Liévin.

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   La rue de la Bataille, comme tout le secteur, est réduite à l’état de ruines lors de la Première Guerre mondiale.

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   Après la libération, c’est à partir de 1920 que les corons sont reconstruits.

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   Le pont Césarine est reconstruit et élargi pour supporter des voies du triage de la SNCF.

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   Un autre pont en béton armé supporte les voies du chemin de fer des mines de Lens. Il est détruit en 1992.

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   Un peu plus loin se dresse majestueusement la statue d’Emile Basly. Après le décès du maire de Lens en 1928, une souscription est ouverte pour faire ériger un monument en son honneur. Quelques années plus tard, une statue sculptée par Augustin Lesieux représentant Emile Basly dans sa célèbre posture est installée au carrefour Bollaert. Démontée et cachée des vautours allemands qui voulaient en faire fondre le bronze pendant la Seconde Guerre, elle est ensuite déplacée à la jonction de l’avenue de Liévin et la route d’Arras.

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    Pendant plusieurs centaines de mètres, l’avenue longe ces longues barres de corons.

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   Mais certaines habitations provisoires datant de l’après Seconde Guerre, de véritables taudis, perdureront jusqu’au début des années 60.

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   Beaucoup se souviennent que l’avenue a frôlé pendant des décennies les installations de la fosse 9 des mines de Lens et du stade-vélodrome Maurice Garin aujourd’hui disparus dans le cadre de l’arrivée du Louvre-Lens.

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   L’avenue Alfred Maës continue ensuite son chemin vers Liévin en jetant un coup d’œil à la jolie devanture art-déco du temple de l’église évangélique baptiste et en passant devant les écoles privées Sainte-Thérése et du Sacré-Cœur.

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   Juste avant d’arriver à Liévin, l’avenue flirte avec les petites maisons Camus de la cité du 9bis. A la fin des années 50, pour répondre à la pénurie de logements, les Houillères construisent pour les retraités ces maisonnettes selon le procédé « Camus » du nom de l’ingénieur qui a créé le principe. Les « Camus » dits bas comme celles de cette cité sont construites à partir de 1959.

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   Aujourd’hui, l’avenue Alfred Maës est empruntée autant pas les habitués que par les nombreux touristes qui viennent à Lens visiter le musée du Louvre-Lens.

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La rue Edouard Bollaert

14 jan

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   La rue Edouard Bollaert reçu ce nom après le décès du tout premier agent général de la Société des mines de Lens. Edouard Jacques François Bollaert, né le 26 décembre 1813 à Bailleul (59), est le gendre d’Amé Tilloy et le neveu de Jules Castelyn, de riches industriels lillois co-fondateurs et actionnaires de la compagnie minière lensoise.

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   En 1856, quatre ans après la constitution de l’entreprise, il est nommé agent général, c’est-à-dire directeur de la société. Edouard Bollaert fait beaucoup pour la prospérité de la société minière : sous sa gouvernance, la compagnie passera de 299 ouvriers pour une production de 62 000 tonnes en 1856 à plus de 10 000 ouvriers et 2 700 000 tonnes de houilles en 1896.

   Mais il est aussi celui qui réprime les grèves et punit les meneurs avec une grande sévérité en faisant appel à la troupe, en licenciant sur le champ les grévistes et en les chassant ainsi que leur famille de leur logement : après la grève de 1893, ce ne sont pas moins de 600 familles qui sont expulsées des corons.

   Edouard Bollaert décède d’une congestion pulmonaire le 7 janvier 1898 à l’âge de 85 ans alors qu’il est toujours en activité.

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   Le maire de Lens Eugène Courtin qui est aussi son ami et actionnaire de la compagnie houillère de Liévin, approuve la proposition de la Société des mines de Lens de donner son nom à la rue où se trouvent les bureaux centraux des mines.

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   Cette rue est tracée sur une partie qui, au 18ème siècle, s’appelait le Grand chemin d’Arras à Lille. Faisant partie du Faubourg Saint-Laurent, elle était limitée au nord à la jonction des chemins de Béthune et de La Bassée et au sud par le croisement avec le Grand chemin d’Arras et le Chemin de Lens à Liévin. Sur cette carte, on remarque (en vert) la construction qui abritait les tous premiers bureaux de la compagnie minière, un ancien relais-poste.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, les mines de Lens deviennent propriétaires de tout le secteur. Au nord, on y perce la fosse 1 Sainte-Elisabeth. Au sud, la fosse 4 sera mise en service en 1864.

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   Le relais-poste étant trop étroit pour une entreprise se développant aussi rapidement, des grands bureaux sont construits au nord de la rue.

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   Ils seront agrandis dès le début du 20ème siècle. Deux étages et le doublement de la surface au sol en font un bâtiment remarquable. L’ancien relais poste deviendra la demeure du l’Agent général, donc d’Edouard Bollaert.

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   Plus tard, la grande propriété laissera place aux pépinières de la compagnie puis, après la seconde guerre, au jardin public (appelé un temps les jardins de la Pépinière).

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   Lors des grèves de 1906 qui ont fait suite à la catastrophe des mines de Courrières, c’est dans cette maison que l’épouse et la bonne d’Elie Reumaux, successeur d’Edouard Bollaert comme directeur de la Société, ont été agressées par les anarchistes sympathisants de Benoit Brouchoux.

   Derrière les nouveaux Grands bureaux sont installés les ateliers de la compagnie qui emploie de nombreux ouvriers et ouvrières.

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  La rue est traversée par deux voies ferrées. Au nord, celle de la ligne Lens-Violaines (exploitée dès 1853 mais qui ne sera ouverte au transport des voyageurs que le 29 juillet 1883) nécessite la construction près de la fosse 1 d’un dépôt des machines puis plus tard d’une gare pour les voyageurs. Au sud, la voie qui traverse la rue permet de rejoindre e réseau ferré minier à la gare de Lens des chemins de fer du Nord.

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   En janvier 1915, un obus tombe et explose dans la salle des archives des Grands bureaux déclenchant un incendie qui détruira le bâtiment. Les bombardements qui suivirent jusqu’en 1918 achevèrent de rendre le secteur à l’état de ruines.

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   Avant la première guerre, la route d’Arras est dans le prolongement direct de la rue Bollaert.

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    Lors de la reconstruction, certains itinéraires sont modifiés après un accord entre la ville et la compagnie minière. Afin de laisser la place à l’agrandissement du triage de la SNCF, l’origine de la route d’Arras est déviée vers l’ouest et la route de Liévin. Dans le même accord, les passages à niveau sont supprimés. C’est ainsi que naissent le pont Césarine sur l’avenue de Liévin et celui de la rue Bollaert.

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   A la fin des années 1920, les Grands Bureaux seront reconstruits plus au nord de la rue Edouard Bollaert, sur la côte Saint-Laurent.

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   A l’emplacement des anciens grands bureaux et des ateliers sont édifiées des habitations pour les directeurs et ingénieurs dans un secteur que les mineurs nommeront « la vallée des rois ».

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   En 1926 sera construite la nouvelle gare Sainte-Elisabeth : une magnifique architecture à colombages bien dans le style art-déco des années 20.

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   Cette gare a un temps abrité des services de la mairie de Lens en attendant la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Elle disparaîtra en 1984 après que Charbonnages de France l’ai vendue à une société immobilière qui la fera abattre pour construire à sa place des immeubles.

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   Dans la rue Bollaert se trouvaient le magasin principal de la coopérative des mines de Lens. Lors du bombardement du 11 août 1944, le personnel de ce commerce, en tentant de rejoindre un abri, fut fauché par une bombe. 18 employés dont 16 jeunes femmes périrent ce jour là.

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   Aujourd’hui, la rue Bollaert, encadrée par le carrefour des Grands Bureaux et le rond-point Bollaert n’est plus qu’un axe de circulation desservi par peu de commerces. Elle ne retrouve un peu d’animation que lorsque des matches de football sont organisés au stade qui porta le nom de Félix Bollaert (le fils d’Edouard) avant de devenir depuis quelques années le stade Bollaert-Delelis.

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L’avenue du 4 Septembre

8 jan

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   C’est au tout début du 20ème que cette rue qui faisait partie du Faubourg de Lille prit le nom d’Avenue du 4 Septembre en souvenir de la proclamation de la 3ème République par Léon Gambetta en 1870. Cette artère était tracée à l’emplacement d’un chemin qui, du temps où Lens était entourée de remparts, permettait de rejoindre les directions d’Arras, Liévin ou Béthune d’un côté à celle de Lille de l’autre sans pénétrer dans la ville.

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   Au début du 19ème siècle, aucune habitation ne semblait construite dans ce chemin. Les paysans venaient surtout s’y procurer de l’eau à l’une des trois fontaines se trouvant sur l’itinéraire.

  Avec le début de l’exploitation charbonnière, la commune s’agrandit vers les plaines de Lens dont celle située au nord. Dès le début de la seconde moitié du 19ème siècle, avec la mise en service de la fosse 2 du Grand-Condé, des commerces se créèrent sur la place du Cantin et aux alentours.

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   L’avenue du 4 septembre faisait partie du secteur appelé le Faubourg de Lille. C’est au début du 20ème siècle que la municipalité dirigée par Emile Basly décida de renommer certaines rues de Lens où le nombre d’habitations avait explosé en quelques années. Ainsi, le secteur du Faubourg de Lille fut découpé et chaque artère, dont l’Avenue du 4 septembre, reçu un nom.

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  A cette époque, l’avenue avait son origine au niveau de la place du Cantin et se terminait à la jonction de la rue Decrombecques.

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   A son extrémité du côté est se trouvait l’usine à gaz qui depuis 1862 fournissait l’éclairage aux lieux publics, aux rues et aux commerces de la commune.

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C’est aussi vers les années 1905 que l’avenue du 4 Septembre fut pavée.

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   Chaque semaine, en même temps que le grand marché de la place du Cantin s’y déroulait le « petit marché » réservé aux producteurs et artisans de la région.

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   Pendant la Première Guerre mondiale, l’avenue du 4 septembre, comme le reste de la ville, fut détruite à 100 %. On y compta de nombreuses victimes comme lors du bombardement du 16 février 1917 qui anéanti l’usine à gaz et de nombreuses maisons de l’avenue en faisant 18 morts.

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   Aussitôt la Libération, des logements provisoires, des demi-lunes de taule sont installés. Ils permettent d’abriter les lensois revenus en ville de leur déportation et les ouvriers chargés de la reconstruction. L’avenue est rouverte à la circulation en 1923.

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   Un accord entre la Société des Mines de Lens et la municipalité permet de prolonger l’avenue jusqu’à la jonction des routes de Béthune et de La Bassée (carrefour des Grands Bureaux). Cette portion portera quelques années plus tard le nom d’avenue Elie Reumaux en hommage au président du Conseil d’administration de la compagnie minière décédé le 28 octobre 1922.

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   Les deux portions étaient séparées par le carrefour Notre-Dame appelé ainsi en souvenir de la chapelle Notre-Dame de Bonsecours qui se trouvait avant la Première guerre à l’emplacement repéré plus tard par une sculpture en plâtre.

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   A l’emplacement de l’usine à gaz (qui fut rédifiée rue de Londres), fut construite l’école Sadi Carnot. Avant le conflit, elle se trouvait à l’angle de la rue de Lille (rue Lanoy aujourd’hui) et la rue Bayard.

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   Au dessus du porche, une belle structure représentant le savoir et l’instruction avec cette phrase : « Exercer à penser », un adage loin d’être toujours appliqué de nos jours à l’heure des réseaux sociaux !

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   A la jonction de l’avenue du 4 septembre et de la rue de Lille fut implanté en 1925 le monument aux Morts qui sera déplacé au rond-point Van Pelt en 1972.

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   Ce n’est que dans les années 70 que l’avenue du 4 septembre fut débarrassée de ses pavés.

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   Aujourd’hui, l’avenue du 4 septembre, tout en restant une artère commerçante, permet de traverser le nord de la ville en évitant le centre. La création de l’avenue André Delelis permet maintenant par cet itinéraire de rejoindre directement le musée du Louvre-Lens.

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