Archive | juin 2019

Louis Delaville et ses terres cuites de Lens

28 juin

Texte réalisé d’après les revues Gauheria n° 12, 72 et 97, de documents trouvés sur Gallica (site Internet de la Bibliothèque de France) et avec l’aide du service des Archives de la ville de Lens.

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   Le quidam qui emprunte cette petite rue de la cité 12 entre le Grand chemin de Loos et la rue Auguste Lefebvre sait-il bien pourquoi elle porte le nom de Louis Delaville ?

   Louis Delaville naît à Jouy-sous-Thelle dans l’Oise le 20 août 1763. Son père, Quentin, est « laboureur » selon l’acte de naissance, c’est-à-dire qu’il était propriétaire d’une exploitation agricole.

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   Louis Delaville entre dès son plus jeune âge dans l’atelier du sculpteur Louis Boizot à Paris où il apprend l’art de la terre cuite. En l’an VII du calendrier républicain (1798), il reçoit un premier prix de sculpture lors du Grand Prix de Rome pour son œuvre intitulée « Marcellus faisant embarquer tous les monuments d’art de Syracuse ». La situation politique ne lui permet pas d’aller poursuivre ses études à la Villa Médicis en Italie comme le prévoyait le règlement du Grand Prix.

   Delaville travaille dans la capitale chez un potier qui le loge dans une mansarde rue Mazarine. Le soir, il confectionne ses statuettes de terre cuite qu’il vend pour se faire un peu d’argent.

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  Il rencontre à Paris un couple de lensois, Alexandre Boiron et son épouse Jeanne-Marie. En l’an IX (1800), Il les accompagne souvent à Lens ce qui lui permet d’exposer dans le salon des Beaux-arts de Lille puis d’être médaillé à l’exposition de Douai en 1807.

   Le 26 juin 1809, un peu plus d’un an  après le décès de son ami Alexandre, il épouse Jeanne-Marie, devenue veuve et se fixe définitivement à Lens. Il partage sa passion de la terre cuite avec les artistes nordistes Charles-Henri Corbet et Philippe-Laurent Roland. Il trouve facilement de quoi réaliser ses œuvres (terre glaise, four) auprès de son beau-fils Louis Boiron, fabricant de tuiles.

   C’est vers 1810 qu’il se consacre exclusivement à la réalisation des « Terres cuites de Lens » appelées aussi vulgairement des « Delaville ». Dans un ouvrage paru en 1889, l’artiste courriérois Jules Breton décrit ainsi ses œuvres : « De 1810 à 1835, Delaville créa tout un monde, antique et moderne, dieux et demi-dieux, héros de la fable et de l’histoire, gens de la noblesse et du commun, bourgeois, soldats, paysans et manants, groupes, statuettes, médaillons, connus sous le nom de terres cuites de Lens. Delaville en fit un grand nombre avec des variantes, des inventions les plus amusantes, notamment le bon et le mauvais ménage qui comportent, chacun, deux pendants. »

   Quelques unes de ses réalisations :

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   Parmi ses nombreuses œuvres connues, certaines ont été ou sont encore exposées dans les musées nationaux (Au Louvre-Lens bien sur mais aussi à la Piscine à Roubaix, à Troyes, Saint-Omer, Lille ou encore Douai), d’autres enrichissent toujours les collections personnelles et familiales.

   De celles qu’il avait laissées à Lens il ne reste rien, les dégâts provoqués par la Grande Guerre y sont certainement pour beaucoup. Le maitre chocolatier-pâtissier lensois Jean Claude Jansson a acquis trois statuettes de Louis Delaville qu’il avait exposées il y a quelques temps dans son salon de thé.

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   Parallèlement à son art, Louis Delaville était également très actif à Lens. Économe à l’hospice, il participa en 1822 à la restauration de l’église Saint-Léger abimée par la grêle et fit partie de la commission pour l’embellissement de l’hôtel de ville en 1824. C’est à Lens qu’il décède le 1er janvier 1841 à l’âge de 77 ans. Il fut certainement enterré au cimetière communal qui se situait alors près de l’hospice. Plus tard, les tombes de ce cimetière furent transférées dans celui de la route de Douai mais on n’y trouve aucune trace de la sépulture de Louis Delaville.

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   A Lens, il ne reste donc en sa mémoire que cette petite rue de la cité 12, bien petit hommage pour un grand artiste.

   A noter que son petit-fils par alliance, un descendant de son épouse, Alexandre Boiron (1859-1889) fut un grand artiste-peintre, élève apprécié de Jules Breton.

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Fernand Bourguignon, peintre lensois de talent

7 juin

   Il existe à Lens une école de dessin et de peinture Fernand Bourguignon installée dans l’ancien centre médico-scolaire de la rue Arthur Lamendin.

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   Mais qui était ce Fernand Bourguignon ? Sur Internet, très peu de documents nous renseignent sur cet artiste qui a pourtant laissé son nom pour la postérité.

   C’est en me procurant un ancien numéro de GAUHERIA publié en 1989 que j’ai enfin pu découvrir qui était Fernand Bourguignon.

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   Né en Belgique en 1912, il suivit son père qui travaillait dans la réfection des églises pour le diocèse de Lille. Fernand fut très jeune passionné par le dessin et suivi des cours aux Beaux-Arts de Lille. Diplôme de dessinateur en poche, il travailla dans plusieurs bureaux d’étude

   Après son service militaire, il se fit embaucher comme dessinateur par la Société des Mines de Lens où il travailla jusqu’à sa retraite en 1968. Il habitait au numéro 85 de la route de Béthune.

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  C’est surtout pendant les grèves sanglantes de 1947 que son talent fut découvert. Bourguignon dessinait les mineurs, leur famille, leur environnement …

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   En 1950, il était membre du Groupement des Artistes Indépendants de Lens lorsque fut créée l’école de dessin et de peinture. Quatre ans plus tard, Fernand Bourguignon commença à enseigner son art dans cette école, rôle qu’il joua jusqu’en 1984. Puis il devint sociétaire des salons de l’école française et des artistes français ce qui lui permit d’exposer ses œuvres plusieurs fois à Paris.

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   Les vieilles rues de Lille où il passa son enfance, les beaux paysages de la Cote d’Opale, les villages alpestres, les portraits de mineurs et bien d’autres sujets encore nous rappellent aujourd’hui le talent de ce grand artiste.

   En 1967, Fernand Bourguignon envoya au général De Gaulle un dessin représentant la façade de sa maison natale lilloise et reçut une lettre de remerciements du président de la République.

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   Le 6 juin 1985, Fernand Bourguignon décédait à Lens après un malaise cardiaque. Le 15 novembre de la même année, André Delelis et la municipalité décidaient de donner son nom à l’école municipale de dessin et de peinture.

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(Document Archives municipales de Lens)

   A la suite de cet article, le service des archives de Lens communique :  » Un particulier dont le père était ami avec Fernand BOURGUIGNON a fait don à l’école de dessin de 3 œuvres de Fernand BOURGUIGNON qui sont désormais accrochées sur les murs de l’école. »

   Voici ces trois superbes tableaux :

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