Archive | mai 2020

Alfred Van Pelt, ce n’est pas qu’une avenue

26 mai

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   Alfred Van Pelt est né à Lens le 23 février 1867 dans la rue de la Porte d’Arras. Son père Jean-Henry est un immigré belge venu travailler dans les mines de Lens.

   Contrairement à la majorité des fils de mineurs à l’époque, Alfred ne travaillera jamais à la mine. Il suit ses études à l’école Condorcet de Lens et devient clerc de notaire. Il se fait embaucher dans l’étude de Maître Le Gentil.

   Le 6 octobre 1889 naît sa fille Alice qu’il a eu avec la demoiselle Maria Caquant qu’il épouse le 30 juin 1890.

   Quelques mois plus tard, il est incorporé au régiment d’Infanterie de Maubeuge dont il est libéré en juillet 1891 après la naissance de sa deuxième fille Andrée.

   En 1899, il prend la présidence de l’Amicale des Anciens Élèves de l’école Condorcet de Lens.

   En 1889, après la Seconde Internationale Socialiste, il rejoint Emile Basly avec qui il se fait élire le 7 mai 1900 conseiller municipal sur une liste qui devance celle d’Eugène Courtin, le maire sortant conservateur. Il amorce sa carrière d’élu municipal qui durera 31 ans.

   En 1903, Alfred Van Pelt s’installe route d’Arras où il ouvre un estaminet au nom de son épouse. En tant que membre de la commission des fêtes, il organise par exemple la ducasse annuelle de la cité de la fosse 4 et notamment les concours de tir à l’arc.

   Membre également de la commission des finances municipales, il s’oppose néanmoins à Emile Basly sur certains points. Ainsi, il vote contre le projet de la municipalité de supprimer les processions religieuses en ville et aussi contre celui de n’accorder une subvention qu’à la seule Fanfare Ouvrière municipale alors qu’il existe à Lens une autre fanfare, celle des Enfants de la Plaine créée par la municipalité précédente.

   Ces différents n’alternent en rien ses relations amicales avec Emile Basly qui fait de lui l’un de ses adjoints dès 1908. Il occupera jusqu’à sa mort le poste d’adjoint aux finances.

   En 1914, Van Pelt est mobilisé et rejoint le ministère des armées à Paris. Ce qui lui sauvera la vie, car le 12 octobre 1915, un obus tombe sur l’estaminet de la route d’Arras, son épouse et sa belle-mère sont tuées.

   En 1917, il retrouve Basly rentré de son exode à Paris et fait partie du Conseil municipal provisoire de Lens qui se réunit rue de Hanovre.

   Dès la Libération de Lens en 1918, Van Pelt revient dans sa ville. Il reprend son métier de clerc de notaire dans le cabinet Cavet et Cambier. Le 13 août 1921, il épouse en secondes noces Louise Petit.

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Van Pelt, Maës et Basly lors de l’inauguration de la gare de Lens en 1927

   Très actif dans la vie municipale, il assure en plus les missions d’administrateur de l’hôpital, de juge de paix suppléant. Après la Première Guerre, il est le directeur du contentieux général municipal. À ce titre, il gère avec les propriétaires les modifications au cadastre dans le cadre du nouveau plan d’urbanisme lors de la reconstruction de la ville.

   Après le décès d’Emile Basly en 1928, Van Pelt conserve son poste d’adjoint au maire auprès d’Alfred Maës.

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Lors de l’enterrement d’Emile Basly, Van Pelt et Maës auprès du cercueil

   En 1929, il est réélu au Conseil municipal. Ce sera son dernier mandat. Il décède le 6 août 1931 à l’âge de 64 ans. Il repose au cimetière de la route de Douai.

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   Quelques mois plus tard, la municipalité d’Alfred Maës décide de débaptiser la rue de la Gare prolongée pour lui donner le nom d’avenue Alfred Van Pelt.

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Jean Wattiau, un lensois champion de France.

7 mai

   Le 2 novembre 1968, la ville de Lens invitait les habitants à assister à l’inauguration d’un nouveau complexe sportif dans la cité du 11, le stade Jean Wattiau.

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   Mais qui était ce fameux Jean Wattiau ?

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   Il m’a été impossible de retrouver traces de sa naissance, je pense qu’il est né pendant la Première Guerre mondiale. A Lens, il y avait au moins une famille du nom de Wattiau avant la conflit mais rien ne dit qu’il en faisait partie.

   Jean Wattiau est licencié au club des Cheminots de Lens dans la section Athlétisme. Il remporte de nombreuses courses régionales et est plusieurs fois sacré champion du Nord tant sur piste qu’en cross-country.

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   En 1935, les Championnats de France ont eu lieu les 6 et 7 juillet au Stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes.

   Wattiau s’aligne sur le 10 000 mètres. A mi-course, cinq coureurs sont détachés du reste du groupe. Au 7ème kilomètre, Wattiau se hisse en tête et accélère le rythme. 1000 mètres plus loin, ils ne sont plus que deux. Le rythme imposé par le Lensois est si soutenu que son adversaire, un dénommé Rérolle abandonne.

   Wattiau remporte la course en 32 minutes et 26 secondes devant le Marseillais Marius Jatteaux (à plus de 10 secondes) et le Parisien Eugène Lamarque.

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   A la suite de cette victoire, il est sélectionné dans l’équipe de France pour les Championnat d’Europe de Londres où, aligné sur le 3 miles qui n’est pas sa spécialité, il termine quatrième.

   La victoire de 1935 sera son seul titre de champion de France. En 1937, il est deuxième du 10 000 mètres derrière le Rochelais André Sicard.

   Wattiau se spécialise dans le cross-country. Dans cette spécialité, il remporte de nombreuses épreuves et fait partie des tous meilleurs crossmen français.

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   Il est sélectionné à de nombreuses reprises dans l’équipe de France pour laquelle il termine cinquième en 1938 à Belfast.Il sera aussi dans celle qui sera championne d’Europe par équipes le 1er avril 1939 à Cardiff mais son abandon le privera du titre.

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   En 1938, Wattiau se marie, il quitte le club des Cheminots de Lens pour Lambersart. Sous ses nouvelles couleurs, il est troisième des championnat de France de cross en 1938 et deuxième de la zone occupée en 1940.

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J. Wattiau sous ses nouvelles couleurs de Lambersart

   Ce sera sa dernière course. Dès le début de la Seconde Guerre, le coureur est mobilisé puis fait prisonnier et déporté en Allemagne.

   En 1945, il est libéré et revient à Roubaix où il ne retrouve pas sa maison détruite par les bombardements. La dépression le gagne et à la fin du mois d’octobre, l’ancien champion Lensois se suicide en s’asphyxiant au gaz.

   Dans la seconde moitié des années 60, la municipalité lensoise emmenée par André Delelis décide de la création d’un nouveau complexe sportif dans la cité du 11. Il portera le nom du seul Lensois  encore à ce jour sacré un jour champion de France d’athlétisme.

   Le stade Jean Wattiau lors de sa construction : 

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11 ET 12 JUIN 1905, LENS EST EN FÊTE

3 mai

   Le dimanche 11 juin, Lens se prépare à deux jours de festivités voulus par Emile Basly, maire de puis 5 ans.

   L’un de vœux de Basly est que les mineurs et leur famille puissent apprécier des moments de bonheur après des jours et des jours de labeur et de misère.

   En ces deux jours de Pentecôte, il a décidé d’organiser une grande fête pour tous en regroupant un festival de gymnastique et les inaugurations de la Maison des Associations et du monument à la gloire de Guislain Decrombecque, ancien maire de Lens et cultivateur mondialement reconnu.

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   Au petit matin du dimanche 11 juin, le ciel ne semble pas vouloir faire la fête avec les Lensois. Des ondées viennent balayer les rues de la ville pavoisées de drapeaux tricolores.

   A la gare arrivent de nombreux voyageurs de toute la région et pour lesquels la Compagnie des Chemins de fer du Nord a offert des billets à moitié prix. On attend près de 100 000 personnes dans les rues de Lens.

   Dans la rue de la Gare, un arc de triomphe a été dressé à la gloire des ministres de l’Agriculture et de l’Instruction civique attendus demain lundi.

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   Sur la place de la République, les concours de la seizième fête fédérale de ma Gymnastique sont organisés sous des trombes d’eau. Les athlètes participent aux épreuves sur des estrades rendues glissantes. La pluie a finalement raison des épreuves : les spectateurs quittent les tribunes et se réfugient dans les bars et estaminets où les boissons chaudes sont les bienvenues. Les gymnastes rentrent dans les vestiaires installés dans les écoles pour se réchauffer et faire sécher leurs tenues en vue du défilé de l’après-midi.

   A midi le soleil revient. Les terrasses des cafés se remplissent. Quelques camelots apostrophent les clients et leur proposent quelque marchandises.

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   A trois heures de l’après midi, trompettes et clairons résonnent un peu partout pour appeler au rassemblement des athlètes pour le grand défilé des sociétés de gymnastique.

   Emmenés par la Fanfare Ouvrière Municipale, celle de la cité d’Avion et l’Harmonie des Enfants de la Plaine, le défilé part de la rue de Douai puis arpente la rue Diderot, la Grande-Place, le boulevard des Écoles et revient par la rue Thiers jusqu’à la place de la Gare. Les gymnastes défilent entre une double haies de spectateurs massés tout le long du parcours. Ils sont plus de 2000 à être venus de tout le Nord-Pas-de-Calais mais aussi de Belgique.

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   A quatre heures, tous ces athlètes se retrouvent sue la place de la République où, cette fois devant un nombreux public, ils exécutèrent des mouvements d’ensemble parfaitement exécutés.

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   Ensuite, Monsieur Mesplomb, président de l’association de Gymnastique lensoise « La Génératrice », dirige la présentation des drapeaux des sociétés.

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  Après un court discours d’Émile Basly, on repris là où ils en étaient les concours qui n’avaient pu se terminer le matin à cause de la pluie. La place fut animée jusque sept heures du soir puisque les spectateurs pouvaient écouter les concerts interprétés sur le kiosque tout près.

  Le temps de dîner et les lensois se retrouvent sur la Grande-Place où à neuf heures commence la fête de nuit avec concours de ballets, présentation de tableaux vivants et concerts de chorales présentés par une cinquantaine de troupes.

   Le lundi, dès 6h30, le sportifs ont rendez-vous sur la place de la République. Les lèves-tôt pourront assister à des épreuves sportives : courses, présentation artistique, lutte et saut à la perche.

  Avant 11h00, la foule et les autorités, Émile Basly en tête se rassemblent sur la place de la Gare. La place est surveillée par la gendarmerie car un groupuscule anarchiste a menacé de perturber les cérémonies pour protester contre l’inauguration du monument à la gloire de Guislain Decrombecque qu’il décrit comme un exploiteur du peuple et du monde du travail.

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   Mais aucun trouble ne se produit à l’arrivée des ministres par le train de 11h00. Accueillis par la municipalité au complet, Messieurs Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction Civile et Ruau pour l’Agriculture suivent le cortège qui se rend à pied à l’Hôtel de Ville au milieu d’une haie d’honneur constituée des sportifs des sociétés de gymnastique. Devant eux, les gendarmes à cheval et les sociétés musicales de la commune et les sapeurs-pompiers.

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   A la mairie, les autorités se rangent dans la tribune officielle pour assister au défilé de 65 sociétés locales.

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   Puis tout ce beau monde se rend sur la place du Cantin. Là, Joseph Ruau procède à l’inauguration du monument Decrombecque, œuvre du sculpteur anzinois Corneille Theunissen sur des croquis de l’architecte Prosper Bobin de Montigny-en-Artois.

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   Un ménestrel, M. Guillement accompagné de 800 exécutants interprète une cantate en l’honneur du « Défricheur de la plaine de Lens » avant les traditionnels discours du ministre et du maire de Lens.

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  Le cortège reprend ensuite le chemin de l’Hôtel de Ville où les ministres reçoivent les fonctionnaires et corps constitués avant de remettre nombre de médailles et décorations. Une manifestation qui est rapidement expédiée puisqu’à 14h00 précises, on se retrouve sur le boulevard des Écoles pour l’inauguration de la Maison des Associations.

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  Le programme est encore chargé pour les ministres et leur suite. Après un banquet de 450 convives offert aux membres du gouvernement, les autorités se rendent dès 16h00 à la Caisse d’Épargne sur la place de la République où Eugène Courtin, ancien maire de Lens et président de la Caisse d’Épargne fait visiter les installations.

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   Étant sur place, les ministres assistent à quelques démonstrations de gymnastique.

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   Malgré le temps toujours très humide, les tribunes sont mieux garnies que la veille.

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   A 17h30, le groupe ministériel se remet en route pour trois visites express : l’hospice de Lens, les installations de la ferme Decrombecque où ils sont accueillis par Monsieur Hugo, gendre du grand cultivateur. Leur journée continuent avec une visite dans les corons des fosse 11 et 12 commentée par M. Léonard Danel, président du Conseil d’administration de la Société des Mines de Lens. Les ministres sont ensuite reconduits à la gare où ils reprennent l’express de 19h00 pour Paris.

   Pendant ce temps, la fête continue. Les Lensois peuvent écouter un concert joué sur la Grande-Place par les fanfares des mines de Noeux, de Courrières de Liévin et la Grande Fanfare des Mines de Lens.

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   Puis, à la Maison des Associations, Émile Basly et ses adjoints remettent les récompenses aux lauréats du concours de gymnastique. La fête se terminera le soir à partir de neuf heures avec un autre concert gratuit donné sur le kiosque de la place de la République.

   Deux jours de fête dont se souviendrons longtemps les Lensoises et les Lensois.

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