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LE GANG DES CAGOULES DE LENS

16 juin

    Depuis le début de l’année 1925, de nombreux vols sont commis à Lens et dans la région. Simples chapardages au départ, ces délits ont pris des proportions plus importantes par la suite avec effractions et menaces à l’aide d’armes à feu.

   À Lens, dans la nuit du 4 au 5 avril 1926, les gendarmes De Grave et Chevalier se rendent chez des ouvriers-mineurs de la fosse 12 qui viennent d’être victimes de ces vols à mains armés par trois hommes cagoulés.

   Au croisement du Grand Chemin de Loos et de la rue François Coppée, ils aperçoivent deux individus suspects chaussés d’espadrilles et coiffés de bonnets. Les gendarmes les somment de s’arrêter et de décliner leur identité.

   Feignant ne pas comprendre, les deux hommes semblent vouloir s’éloigner. Lorsque les représentants de la marée-chaussée tentent de les suivre, ils sont victimes de tirs nourris auxquels ils ripostent.

  Dans cet échange de coups de feu, seul le gendarme De Grave est blessé au genou. Pendant que son collègue lui porte secours, les deux individus s’enfuient vers la route de Béthune. De Grave sera transporté à l’hôpital d’Arras et mis en arrêt de travail pour un mois.

  Ainsi débute l’histoire du « gang des cagoules de Lens ».

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   Le lendemain matin, le Maréchal des Logis chef Seyra de la gendarmerie de Lens décide d’une sortie en masse pour retrouver les malfrats. De nombreux habitants de la cité sont interrogés. L’un d’eux déclare que cette nuit vers deux heures du matin, un homme paraissant affolé est venu frapper à sa porte. Après avoir ouvert, l’homme s’excusa en disant s’être trompé de maison. Le témoin affirme avoir reconnu là un de ses voisins qu’il désigne comme étant Jean Polspoël.

   Une quinzaine de gendarmes, arme au poing, cernent la maison du voleur rue Alfred de Musset. Ce dernier tente de fuir par le jardin, mais est vite attrapé.

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La rue Alfred de Musset aujourd’hui 

   L’individu désigne aussitôt son voisin Henri Deruwez comme complice. Les gendarmes se rendent ce dernier. Aussitôt, il se met à table et avoue plusieurs vols. Puis il désigne un troisième larron : Arthur Vermeulen que les gendarmes vont aussitôt chercher au Petit Chemin de Loos en emmène tout ce beau monde à la gendarmerie.

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   Fouillant les maisons, les gendarmes trouvent qu’elles sont devenues de véritables cavernes d’Ali Baba. Beaucoup d’objets de valeur sont cachés sous le carrelage des cuisines qui a été descellé ou derrière des planches fixées aux murs.

   Deruwez, qui semble le chef de bande, Polspoël et Vermeulen sont des mineurs de fond travaillant à la fosse 1 de la Société des Mines de Lens. L’enquête dira qu’ils sont plutôt bien appréciés de leurs supérieurs. Les trois épouses sont également arrêtées et accusées de recel : Léonie Deruwez, Yvonne Polspoël et Rosalie Vermeulen. Présentés au juge Dutilleul, les six protagonistes sont inculpés (vols et recels) et incarcérés à la prison de Béthune.

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   Poursuivant leur enquête, les gendarmes découvrent dans les greniers l’attirail parfait du cambrioleur : trousseau de clés, pince monseigneur, gants, masques, quatre revolvers et trois cagoules.

   L’enquête permet de retracer le parcours des trois bandits lensois. Depuis1925, ils possèdent à leur tableau de chasse :vol d’argent et de linges chez les époux Debruyne rue Coppée ; vol de pigeons chez M. Flament, rue Poincaré et de lapins chez M. Duquesnoy, Petit Chemin de Loos ; chez la famille Caron, route de Béthune, du linge ; des bijoux chez M. Laurent et chemin Chevalier, un vélo au café Cochard.

   Ils ont aussi visité les ateliers de la fosse 12 d’où ils ont ramené des outils ainsi que plusieurs dépendances des ménages polonais pour y emporter des lapins et des poules.

   Pour ces vols qualifiés de simples, ils sont jugés au tribunal correctionnel de Béthune le 30 septembre 1926. Deruwez est condamné à 18 mois de prison ; Vermeulen à un an et Polspoël à six mois. Les trois voleurs sont également punis de 25 francs d’amende chacun. Les épouses, jugées pour recel, bénéficient d’un non-lieu.

   Nos loustics du « Gang des cagoules de Lens » tel que les surnomme la presse locale n’en n’ont pas pour autant fini à la justice. Le 16 décembre, ils se présentent devant la Cour d’Assises de Saint-Omer où leur sont reprochés des délits plus graves : vols avec circonstances aggravantes, vols avec armes à feu, violences sur autrui en bande organisée ainsi que l’usage d’armes à feu sur personnes dépositaire de l’autorité publique et coups et blessure sur le gendarme De Grave. Selon la loi, les accusés risquent la peine de mort.

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   A 12 heures précises, l’audience est ouverte. Le Président de la Cour appelle à la barre le docteur Halberstadt, directeur de l’asile de Saint-Venant. Le témoin déclare qu’à la demande de son avocat, il a effectué une expertise mentale sur Henri Deruwez à la suite de laquelle il peut affirmer que l’accusé est pleinement responsable de ses actes.

   Puis se suivent à la barre pas moins de 63 témoins pour finir par le Maréchal des Logis chef Seyra qui relate en détail l’enquête et les faits reprochés aux voyous :

   Le 25 janvier 1926 : vol de 3 000 francs chez les époux Debruyne de Lens. Poussant le cynisme au maximum, les auteurs sont retournés ensuite chez leurs victimes en tant que voisins pour les « réconforter ».

      – Le 21 mars 1926 : vol à la coopérative de Mazingarbe avec arme à feu et menaces sur Madame Rombeau la gérante, sa fille et sa mère. Devant le sang-froid et le courage de Mme Rombeau,, les voleurs ont pris la fuite avec seulement 150 francs

      – Dans la même nuit, les trois énergumènes se sont rendu chez M. Duquesnoy, négociant en vin à Lens où ils ont emporté des bouteilles de vin et de liqueur d’une valeur de 4 500 francs.

   On en arrive à cette nuit du 4 au 5 avril 1926, les trois hommes cagoulés pénètrent dans les maisons des mineurs Lambert puis Lefebvre. Sous la menace d’armes, ils emportent divers objets pour une valeur totale de 23 000 francs. Parmi ces objets, il y a deux machines à coudre. C’est ce qui va causer leur perte !

   De retour chez Derumez, ils se partagent le butin en présence de leurs épouses. L’une d’elles se plaint de ne pas avoir de machine à coudre. Nos hommes décident alors de repartir à la chasse. C’est lors de cette nouvelle escapade qu’ils croisent les gendarmes. Polspoël réussit à s’esquiver alors Deruwez et Vermeulen participent à l’échange de tirs qui finira par les amener à leur perte.

   Au tribunal, le jury se retire à 19 h 00. Deux heures plus tard, les jurés sont de retour et annonce, à la surprise générale, avoir trouvé des circonstances atténuantes aux trois bandits ce qui leur évite la peine de mort.

   Henri Deruwez, désigné le chef de bande écope de 20 ans de travaux forcés ; Arthur Vermeulen de 15 ans tandis que Jean Polspoël effectuera une peine de 10 ans de prison.

   Ainsi se termine l’histoire du « gang des cagoules de Lens » et la cité de la fosse 12 retrouve son calme.

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Alfred Van Pelt, ce n’est pas qu’une avenue

26 mai

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   Alfred Van Pelt est né à Lens le 23 février 1867 dans la rue de la Porte d’Arras. Son père Jean-Henry est un immigré belge venu travailler dans les mines de Lens.

   Contrairement à la majorité des fils de mineurs à l’époque, Alfred ne travaillera jamais à la mine. Il suit ses études à l’école Condorcet de Lens et devient clerc de notaire. Il se fait embaucher dans l’étude de Maître Le Gentil.

   Le 6 octobre 1889 naît sa fille Alice qu’il a eu avec la demoiselle Maria Caquant qu’il épouse le 30 juin 1890.

   Quelques mois plus tard, il est incorporé au régiment d’Infanterie de Maubeuge dont il est libéré en juillet 1891 après la naissance de sa deuxième fille Andrée.

   En 1899, il prend la présidence de l’Amicale des Anciens Élèves de l’école Condorcet de Lens.

   En 1889, après la Seconde Internationale Socialiste, il rejoint Emile Basly avec qui il se fait élire le 7 mai 1900 conseiller municipal sur une liste qui devance celle d’Eugène Courtin, le maire sortant conservateur. Il amorce sa carrière d’élu municipal qui durera 31 ans.

   En 1903, Alfred Van Pelt s’installe route d’Arras où il ouvre un estaminet au nom de son épouse. En tant que membre de la commission des fêtes, il organise par exemple la ducasse annuelle de la cité de la fosse 4 et notamment les concours de tir à l’arc.

   Membre également de la commission des finances municipales, il s’oppose néanmoins à Emile Basly sur certains points. Ainsi, il vote contre le projet de la municipalité de supprimer les processions religieuses en ville et aussi contre celui de n’accorder une subvention qu’à la seule Fanfare Ouvrière municipale alors qu’il existe à Lens une autre fanfare, celle des Enfants de la Plaine créée par la municipalité précédente.

   Ces différents n’alternent en rien ses relations amicales avec Emile Basly qui fait de lui l’un de ses adjoints dès 1908. Il occupera jusqu’à sa mort le poste d’adjoint aux finances.

   En 1914, Van Pelt est mobilisé et rejoint le ministère des armées à Paris. Ce qui lui sauvera la vie, car le 12 octobre 1915, un obus tombe sur l’estaminet de la route d’Arras, son épouse et sa belle-mère sont tuées.

   En 1917, il retrouve Basly rentré de son exode à Paris et fait partie du Conseil municipal provisoire de Lens qui se réunit rue de Hanovre.

   Dès la Libération de Lens en 1918, Van Pelt revient dans sa ville. Il reprend son métier de clerc de notaire dans le cabinet Cavet et Cambier. Le 13 août 1921, il épouse en secondes noces Louise Petit.

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Van Pelt, Maës et Basly lors de l’inauguration de la gare de Lens en 1927

   Très actif dans la vie municipale, il assure en plus les missions d’administrateur de l’hôpital, de juge de paix suppléant. Après la Première Guerre, il est le directeur du contentieux général municipal. À ce titre, il gère avec les propriétaires les modifications au cadastre dans le cadre du nouveau plan d’urbanisme lors de la reconstruction de la ville.

   Après le décès d’Emile Basly en 1928, Van Pelt conserve son poste d’adjoint au maire auprès d’Alfred Maës.

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Lors de l’enterrement d’Emile Basly, Van Pelt et Maës auprès du cercueil

   En 1929, il est réélu au Conseil municipal. Ce sera son dernier mandat. Il décède le 6 août 1931 à l’âge de 64 ans. Il repose au cimetière de la route de Douai.

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   Quelques mois plus tard, la municipalité d’Alfred Maës décide de débaptiser la rue de la Gare prolongée pour lui donner le nom d’avenue Alfred Van Pelt.

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Jean Wattiau, un lensois champion de France.

7 mai

   Le 2 novembre 1968, la ville de Lens invitait les habitants à assister à l’inauguration d’un nouveau complexe sportif dans la cité du 11, le stade Jean Wattiau.

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   Mais qui était ce fameux Jean Wattiau ?

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   Il m’a été impossible de retrouver traces de sa naissance, je pense qu’il est né pendant la Première Guerre mondiale. A Lens, il y avait au moins une famille du nom de Wattiau avant la conflit mais rien ne dit qu’il en faisait partie.

   Jean Wattiau est licencié au club des Cheminots de Lens dans la section Athlétisme. Il remporte de nombreuses courses régionales et est plusieurs fois sacré champion du Nord tant sur piste qu’en cross-country.

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   En 1935, les Championnats de France ont eu lieu les 6 et 7 juillet au Stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes.

   Wattiau s’aligne sur le 10 000 mètres. A mi-course, cinq coureurs sont détachés du reste du groupe. Au 7ème kilomètre, Wattiau se hisse en tête et accélère le rythme. 1000 mètres plus loin, ils ne sont plus que deux. Le rythme imposé par le Lensois est si soutenu que son adversaire, un dénommé Rérolle abandonne.

   Wattiau remporte la course en 32 minutes et 26 secondes devant le Marseillais Marius Jatteaux (à plus de 10 secondes) et le Parisien Eugène Lamarque.

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   A la suite de cette victoire, il est sélectionné dans l’équipe de France pour les Championnat d’Europe de Londres où, aligné sur le 3 miles qui n’est pas sa spécialité, il termine quatrième.

   La victoire de 1935 sera son seul titre de champion de France. En 1937, il est deuxième du 10 000 mètres derrière le Rochelais André Sicard.

   Wattiau se spécialise dans le cross-country. Dans cette spécialité, il remporte de nombreuses épreuves et fait partie des tous meilleurs crossmen français.

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   Il est sélectionné à de nombreuses reprises dans l’équipe de France pour laquelle il termine cinquième en 1938 à Belfast.Il sera aussi dans celle qui sera championne d’Europe par équipes le 1er avril 1939 à Cardiff mais son abandon le privera du titre.

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   En 1938, Wattiau se marie, il quitte le club des Cheminots de Lens pour Lambersart. Sous ses nouvelles couleurs, il est troisième des championnat de France de cross en 1938 et deuxième de la zone occupée en 1940.

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J. Wattiau sous ses nouvelles couleurs de Lambersart

   Ce sera sa dernière course. Dès le début de la Seconde Guerre, le coureur est mobilisé puis fait prisonnier et déporté en Allemagne.

   En 1945, il est libéré et revient à Roubaix où il ne retrouve pas sa maison détruite par les bombardements. La dépression le gagne et à la fin du mois d’octobre, l’ancien champion Lensois se suicide en s’asphyxiant au gaz.

   Dans la seconde moitié des années 60, la municipalité lensoise emmenée par André Delelis décide de la création d’un nouveau complexe sportif dans la cité du 11. Il portera le nom du seul Lensois  encore à ce jour sacré un jour champion de France d’athlétisme.

   Le stade Jean Wattiau lors de sa construction : 

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11 ET 12 JUIN 1905, LENS EST EN FÊTE

3 mai

   Le dimanche 11 juin, Lens se prépare à deux jours de festivités voulus par Emile Basly, maire de puis 5 ans.

   L’un de vœux de Basly est que les mineurs et leur famille puissent apprécier des moments de bonheur après des jours et des jours de labeur et de misère.

   En ces deux jours de Pentecôte, il a décidé d’organiser une grande fête pour tous en regroupant un festival de gymnastique et les inaugurations de la Maison des Associations et du monument à la gloire de Guislain Decrombecque, ancien maire de Lens et cultivateur mondialement reconnu.

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   Au petit matin du dimanche 11 juin, le ciel ne semble pas vouloir faire la fête avec les Lensois. Des ondées viennent balayer les rues de la ville pavoisées de drapeaux tricolores.

   A la gare arrivent de nombreux voyageurs de toute la région et pour lesquels la Compagnie des Chemins de fer du Nord a offert des billets à moitié prix. On attend près de 100 000 personnes dans les rues de Lens.

   Dans la rue de la Gare, un arc de triomphe a été dressé à la gloire des ministres de l’Agriculture et de l’Instruction civique attendus demain lundi.

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   Sur la place de la République, les concours de la seizième fête fédérale de ma Gymnastique sont organisés sous des trombes d’eau. Les athlètes participent aux épreuves sur des estrades rendues glissantes. La pluie a finalement raison des épreuves : les spectateurs quittent les tribunes et se réfugient dans les bars et estaminets où les boissons chaudes sont les bienvenues. Les gymnastes rentrent dans les vestiaires installés dans les écoles pour se réchauffer et faire sécher leurs tenues en vue du défilé de l’après-midi.

   A midi le soleil revient. Les terrasses des cafés se remplissent. Quelques camelots apostrophent les clients et leur proposent quelque marchandises.

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   A trois heures de l’après midi, trompettes et clairons résonnent un peu partout pour appeler au rassemblement des athlètes pour le grand défilé des sociétés de gymnastique.

   Emmenés par la Fanfare Ouvrière Municipale, celle de la cité d’Avion et l’Harmonie des Enfants de la Plaine, le défilé part de la rue de Douai puis arpente la rue Diderot, la Grande-Place, le boulevard des Écoles et revient par la rue Thiers jusqu’à la place de la Gare. Les gymnastes défilent entre une double haies de spectateurs massés tout le long du parcours. Ils sont plus de 2000 à être venus de tout le Nord-Pas-de-Calais mais aussi de Belgique.

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   A quatre heures, tous ces athlètes se retrouvent sue la place de la République où, cette fois devant un nombreux public, ils exécutèrent des mouvements d’ensemble parfaitement exécutés.

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   Ensuite, Monsieur Mesplomb, président de l’association de Gymnastique lensoise « La Génératrice », dirige la présentation des drapeaux des sociétés.

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  Après un court discours d’Émile Basly, on repris là où ils en étaient les concours qui n’avaient pu se terminer le matin à cause de la pluie. La place fut animée jusque sept heures du soir puisque les spectateurs pouvaient écouter les concerts interprétés sur le kiosque tout près.

  Le temps de dîner et les lensois se retrouvent sur la Grande-Place où à neuf heures commence la fête de nuit avec concours de ballets, présentation de tableaux vivants et concerts de chorales présentés par une cinquantaine de troupes.

   Le lundi, dès 6h30, le sportifs ont rendez-vous sur la place de la République. Les lèves-tôt pourront assister à des épreuves sportives : courses, présentation artistique, lutte et saut à la perche.

  Avant 11h00, la foule et les autorités, Émile Basly en tête se rassemblent sur la place de la Gare. La place est surveillée par la gendarmerie car un groupuscule anarchiste a menacé de perturber les cérémonies pour protester contre l’inauguration du monument à la gloire de Guislain Decrombecque qu’il décrit comme un exploiteur du peuple et du monde du travail.

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   Mais aucun trouble ne se produit à l’arrivée des ministres par le train de 11h00. Accueillis par la municipalité au complet, Messieurs Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction Civile et Ruau pour l’Agriculture suivent le cortège qui se rend à pied à l’Hôtel de Ville au milieu d’une haie d’honneur constituée des sportifs des sociétés de gymnastique. Devant eux, les gendarmes à cheval et les sociétés musicales de la commune et les sapeurs-pompiers.

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   A la mairie, les autorités se rangent dans la tribune officielle pour assister au défilé de 65 sociétés locales.

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   Puis tout ce beau monde se rend sur la place du Cantin. Là, Joseph Ruau procède à l’inauguration du monument Decrombecque, œuvre du sculpteur anzinois Corneille Theunissen sur des croquis de l’architecte Prosper Bobin de Montigny-en-Artois.

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   Un ménestrel, M. Guillement accompagné de 800 exécutants interprète une cantate en l’honneur du « Défricheur de la plaine de Lens » avant les traditionnels discours du ministre et du maire de Lens.

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  Le cortège reprend ensuite le chemin de l’Hôtel de Ville où les ministres reçoivent les fonctionnaires et corps constitués avant de remettre nombre de médailles et décorations. Une manifestation qui est rapidement expédiée puisqu’à 14h00 précises, on se retrouve sur le boulevard des Écoles pour l’inauguration de la Maison des Associations.

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  Le programme est encore chargé pour les ministres et leur suite. Après un banquet de 450 convives offert aux membres du gouvernement, les autorités se rendent dès 16h00 à la Caisse d’Épargne sur la place de la République où Eugène Courtin, ancien maire de Lens et président de la Caisse d’Épargne fait visiter les installations.

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   Étant sur place, les ministres assistent à quelques démonstrations de gymnastique.

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   Malgré le temps toujours très humide, les tribunes sont mieux garnies que la veille.

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   A 17h30, le groupe ministériel se remet en route pour trois visites express : l’hospice de Lens, les installations de la ferme Decrombecque où ils sont accueillis par Monsieur Hugo, gendre du grand cultivateur. Leur journée continuent avec une visite dans les corons des fosse 11 et 12 commentée par M. Léonard Danel, président du Conseil d’administration de la Société des Mines de Lens. Les ministres sont ensuite reconduits à la gare où ils reprennent l’express de 19h00 pour Paris.

   Pendant ce temps, la fête continue. Les Lensois peuvent écouter un concert joué sur la Grande-Place par les fanfares des mines de Noeux, de Courrières de Liévin et la Grande Fanfare des Mines de Lens.

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   Puis, à la Maison des Associations, Émile Basly et ses adjoints remettent les récompenses aux lauréats du concours de gymnastique. La fête se terminera le soir à partir de neuf heures avec un autre concert gratuit donné sur le kiosque de la place de la République.

   Deux jours de fête dont se souviendrons longtemps les Lensoises et les Lensois.

Il y a 63 ans, un Lens-Reims sous la pandémie.

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Il y a 63 ans, un Lens-Reims sous la pandémie.

   En 1957, le monde vivait sa première pandémie de l’ère moderne. Appelée grippe asiatique, l’épidémie est partie de Chine (déjà !) en février puis a parcouru le monde avant de frapper l’Europe et la France au début de l’été.

   En septembre, un Français sur cinq a la grippe. La majorité des victimes sont des adolescents. La maladie tuera des milliers de personnes en France (certaines sources indiquent 100 000 décès).

   Et pourtant, le football continue comme si rien n’était.

   Le 13 octobre 1957. au stade Félix Bollaert, le Racing Club de Lens reçoit le Stade de Reims pour le compte de la huitième journée du championnat de France de première division. Les deux équipes avaient terminé deuxième et troisième du précédent championnat et avant ce match, les Sang et Or sont leaders et invaincus.

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   L’équipe rémoise est décimée par la grippe asiatique, cinq de ses titulaires sont malades du virus qui sévit surtout dans l’est de la France ! L’entraîneur Albert Batteux les remplace par des amateurs de l’équipe réserve.

   Malgré cela et le départ en début de saison de Raymond Kopa pour le Réal de Madrid, les Rémois présentent une belle équipe avec les internationaux Colonna, Joncquet, Vincent et Fontaine. Les Sang et Or sont au complet, il semble que le virus n’ai pas encore atteint le nord de la France.

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   Il n’y a pas de confinement : 22133 spectateurs assistent à la rencontre entre les deux premiers du championnat de France. L’organisation a « agrandi » le stade en rajoutant des places aux pieds de la tribune des Secondes derrière une barrière provisoire en bois.

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   Le match est équilibré mais à la 59ème minute Claude Dubaele lance en profondeur Just Fontaine qui décale le jeune Edmond Biernat. Le gamin de 18 ans trompe Arnold Sowinski et inscrit son premier et unique but pour cette équipe professionnelle avec laquelle il ne jouera aucun autre match cette saison là.

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  A l’issu de la rencontre, le Stade de Reims reprend la tête du championnat avec un point d’avance sur Lens et Sochaux. Ce club sera sacré champion de France (et réalisera le doublé Coupe-Championnat) et le Racing terminera à une décevante onzième place, loin des ambitions de début de saison.

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   A noter la présence d’un pur lensois dans l’équipe rémoise, le joueur Claude Dubaele est né à Lens le 19 janvier 1940 mais n’a jamais joué pour les Sang et Or.

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   Le lendemain la presse titrera : « Vive la grippe et les remplaçants ».

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   L’entraîneur lensois Karel MichlowskiI alignait : Arnold Sowinski – Raymond Fiori, Henri Kowal, Kassen Hassouna, Stéphane Ziemczak, Joseph Carlier – René Dereuddre, Théo Skudlapski – Maryan Wiesniewski, Jean Marie Courtin, Michel Stiévenard.

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AVERTISSEMENT :

5 mar

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Amis du lensois normand, deux ouvrages à lire (cliquez sur l’image pour accéder au site des éditeurs) :

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Le stade Bollaert de 1933 à aujourd’hui

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Le PARIS-LENS cycliste

22 fév

   Ce texte a été réalisé avec la collaboration du Service des Archives de la ville de Lens.

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   Dans les années 1920, Florentin Allavoine, marchand de cycles sur la route de La Bassée est la véritable cheville ouvrière du Vélo-club lensois dont le président est Marcel Navilly. Il a créé après la Première Guerre, le Grand prix Allavoine, course qui a lieu pendant la ducasse de la cité de la fosse 14, ouverte à tous les jeunes coureurs débutants du bassin minier.

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   Le Vélo-club lensois est très actif et organise de nombreuses épreuves dans et autour de la capitale du bassin minier : les 100 kilomètres de Lens, le Grand Prix de la ducasse de Lens, la course de la côte de Vimy, le Grand prix Carpentier Sports… L’association existe depuis longtemps déjà puisqu’on trouve dans un article de presse la victoire d’un certain M. Hersin du Vélo-club de Lens dans une course de vétérans en 1892.

   Voyant le succès populaire que provoquaient ces nombreuses petites courses locales, en 1927 les dirigeants du club dont le président Marcel Navilly envisagent de voir plus grand. Leur réflexion donne naissance à une course entre Paris et Lens. Cette année-là, il n’est pas envisagé que l’épreuve devienne annuelle, les finances du club ne le permettent pas. Un comité d’organisation est créé et reçoit l’adhésion de 66 lensois.

   Les nombreuses difficultés matérielles et administratives ne freinent pas l’ardeur de ces passionnés. Dans un Lens qui achève sa reconstruction d’après-guerre, le maire Emile Basly voit avec ce projet une autre manière de braquer les projecteurs sur la capitale du bassin minier. Le Conseil municipal décide d’une subvention de 1500 francs.

   La course est ouverte à tous les coureurs licenciés en France et à l’étranger, « sauf amateurs et professionnels » précisent les organisateurs. Les primes sont intéressantes : 1200 francs au vainqueur, 800 au deuxième et 150 francs et une bicyclette au troisième. Le premier « débutant » gagnera 150 francs. Les inscriptions sont prises au commerce de F. Allavoine, route de La Bassée, siège du Vélo-club. C’est ainsi que le dimanche 21 août 1927, une cinquantaine de cyclistes s’élancent de Saint-Denis au nord de Paris pour la première édition du Paris-Lens cycliste.

   Le temps exécrable, les pavés : tout est réuni pour que cette épreuve ressemble à une classique belge. Ce sont d’ailleurs les coureurs de ce pays qui réalisent un doublé sur la ligne d’arrivée tracée sur la place Jean Jaurès. Jérôme Declercq (qui participa par la suite à trois tours de France) l’emporte en solitaire avec 3 minutes et 4 secondes d’avance sur Rémy Verschatse, également belge certes, mais habitant Hénin-Liétard.

1927

   Quelques semaines après la course, Marcel Navilly laisse la place de président à Florentin Allavoine. Le succès sportif et populaire de cette course engage les organisateurs à en faire une épreuve annuelle inscrite au calendrier officiel de l’Union vélocipédique de France (ancêtre de la Fédération française de cyclisme).

   Pour cette deuxième édition, la municipalité (maintenant dirigée par Alfred Maës depuis le décès d’Emile Basly) a doublé sa subvention et de nombreux bienfaiteurs (entreprises, commerçants…) apportent leur soutien au comité d’organisation ce qui permet de mettre en jeu 6 500 francs de primes.

   Le dimanche 29 juillet 1928, ils sont 55 à s’élancer de Saint-Denis. La course est palpitante. En bas du boulevard des Écoles (Bd Basly aujourd’hui) Jérôme Declercq, le vainqueur de la première édition, après une chasse de plus de 120 kilomètres, rejoint Joseph Vanderhaeghen qui l’avait distancé de plus de trois minutes sur un incident matériel. La victoire se décide au sprint pour un nouveau doublé belge. Vanderhaeghen inscrit son nom au palmarès. Le premier coureur lensois se nomme François Dooghe, il termine sixième. Cette seconde édition est un véritable succès. Du boulevard des Écoles à la ligne d’arrivée sur la place Jean Jaurès, plus de 15 000 Lensois ont ovationné les coureurs.

1928

   Le troisième Paris-Lens se déroule le dimanche 4 août 1929. Malheureusement, F. Allavoine ne verra pas cette troisième édition, il décède en février. Les inscriptions sont maintenant prises au nouveau siège du club, le café « La cantinière », place Jean Jaurès. Le départ est donné à 11 h 00 par Marcel Navilly, qui a repris la présidence, à la soixantaine de coureurs. Après un départ calme, une échappée de six hommes se produit vers le soixantième kilomètre.

   A l’arrivée, c’est encore un belge, Félicien Vervaecke qui l’emporte d’une bonne longueur devant le Français Emile Decroix. Parmi les coureurs, le vétéran lensois René Place au palmarès régional bien fourni. Place dispute là la dernière course de sa carrière pour faire plaisir, dira-t’il, à ses amis dirigeants du Vélo-Club lensois. Après 100 kilomètres, l’ancien champion lensois sera lâché par le peloton et abandonnera quelques kilomètres plus loin.

1929

   Le Paris-Lens devient de plus en plus populaire. Pour sa quatrième édition en 1930, plus de 80 inscriptions sont arrivées au siège du club. Si populaire que les organisateurs diffusent des consignes de sécurité strictes. Un coup de sirène annonce le passage des cyclistes dans les villes traversées. Les clairons signalent leur arrivée entre le pont d’Eleu et la place Jean Jaurès. La sécurité est assurée par la gendarmerie et la police municipale afin de maintenir la nombreuse foule sur les trottoirs jusqu’à la place Jean Jaurès.

   Cette année voit sur le podium un triplé belge. Derrière Gustave Becker (licencié au Vélo-club tourquennois) l’emporte, André Vanderdonck et Joseph Vanderhaeghen (le vainqueur de 1928) prennent les places d’honneur. Beckert avait réussi l’exploit de s’échapper à Amiens et de parcourir les 80 derniers kilomètres en solitaire.

1930

   En 1931, le Vélo-Club précise dans son annonce que la course est ouverte aux aspirants, indépendants et débutants de toutes catégories, que le prix de l’engagement est de cinq francs (plus cinq francs pour le transport en voiture des effets personnels), que le prix décerné au vainqueur est de 1000 francs. La course partira à 8 h 00 de Saint-Denis et rejoindra Lens 210 kilomètres plus loin après avoir traversé Saint-Just en Chaussée, Amiens et Arras.

   Le vainqueur cette année-là se nomme Alfons Ghesquière, encore un Belge ! À la suite de ce succès Ghesquière passera professionnel dans l’équipe Alcyon-Dunlop où il côtoiera les André Leducq, Speicher ou les frères Maës.

1931

   Le 7 août 1932 vit enfin la première victoire d’un coureur français, Raymond Debruyckere qui bat au sprint son coéquipier Léon Robitail et le Parisien Jean Driancourt. Cette année, la course est partie du barrage de Pierrefitte à Sarcelles et le vainqueur, qui faisait partie d’une échappée de huit coureurs, a parcouru les 210 kilomètres en 6 heures et 10 minutes.

  Marcel Hanotel, adjoint au maire, est devenu président du Vélo-Club, toujours organisateur de l’épreuve sous le patronage du journal « l’Intransigeant ». Mais c’est surtout au travail du secrétaire Jules Hurtevent que cette édition doit son succès. Grace aux partenaires de plus en plus nombreux, le montant des primes est porté à 8 000 francs dont 200 sont réservés aux seuls coureurs du VCL. En attendant l’arrivée des coureurs, les spectateurs lensois patienteront sur la place Jean Jaurès en écoutant un concert de la Fanfare ouvrière municipale puis pourront se rendre après la course à la ducasse de la rue de Douai.

   Dimanche 6 août 1933 : l’arrivée de l’épreuve se juge maintenant sur le tout nouveau stade vélodrome de l’avenue de Liévin mis à la disposition des organisateurs par la municipalité d’Alfred Maës. En attendant de voir les premiers coureurs, une réunion sur piste est organisée avec une course par élimination, un match omnium et une individuelle de 40 kilomètres. Entre chaque épreuve, la Fanfare ouvrière municipale distrait les spectateurs. Le prix d’entrée est fixé à deux francs.

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   La course est désormais réservée aux seuls coureurs Français et étrangers licenciés à l’Union vélocipédique de France. À Amiens, sur une chaleur caniculaire, quatre hommes s’échappent et dans les faubourgs de Lens, l’Avionais François Blin s’extirpe du groupe pour entrer seul sur la piste et franchir en vainqueur la ligne d’arrivée. Il a couvert les 222 kilomètres en six heures et 41 minutes. Les Belges Albertin Disseaux et Rémy Verschatse complètent le podium.

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   François Blin récidive l’année suivante lors de la huitième édition qui a lieu le dimanche 12 août 1934. Henri Mailly a succédé à Hanotel comme président du VCL. Il est bien secondé par messieurs Deverrewaere, Guilbaut et Fourmentin. C’est toujours au stade vélodrome qu’est jugée l’arrivée. Cette fois, c’est un véritable triomphe pour l’Avionnais qui franchit seul la ligne avec près de cinq minutes d’avance sur le deuxième. C’est sur les pavés de la côte de Doullens qu’il a construit sa victoire. Après avoir rejoint le Parisien Pionnier parti depuis le départ, Blin s’enfuit seul et vole jusque Lens.

  Au stade, les spectateurs sont avisés du déroulement de la course par des hauts-parleurs. Pour les faire patienter, outre les traditionnels courses sur piste et concert de la Fanfare ouvrière municipale, ils assistent cette fois à l’arrivée d’un 20 kilomètres marche organisé par l’Union Sportive des Cheminots de Lens.

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   Le Vélo-club lensois commence à souffrir de la concurrence d’autres clubs locaux : l’Union sportive ouvrière lensoise (USOL) soutenue activement par la municipalité et l’Union des Sociétés sportives et gymniques du Pas-de-Calais créée par le Parti communiste. Cette dernière écrit au maire de Lens, Alfred Maës afin d’obtenir son soutien dans l’organisation d’un Paris-Lens cycliste « travailliste ». Le maire de Lens, tout en apportant son soutien à l’USOL, préfère en rester à l’organisation actuelle du Vélo-Club lensois.

   Surtout que le 11 août 1935 à 9 h 50 à Sarcelles, ils sont encore 110 coureurs à participer au neuvième Paris-Lens cycliste. À Saint-Nicolas-les-Arras, le jeune Belge Jules Pynckett, licencié au VC Tourquennois, s’échappe d’un groupe de 12 coureurs. Dans le groupe de chasse, son coéquipier Rémy Decroix tente de freiner la poursuite. C’est un véritable triomphe qui accueille Pynckett lorsqu’il traverse Lens par le pont de Douai, la place Jean Jaurès, le boulevard Basly et l’avenue de Liévin où il pénêtre sur la piste du vélodrome municipal sous les ovations des nombreux spectateurs. Le triomphe du Vélo-Club Tourquennois est total puisque Rémy Decroix a lâché ses compagnons et franchit seul la ligne d’arrivée pour la deuxième place. Cette année encore, trois Belges sont sur le podium puisque la troisième place revient à Marcel Kint, un coureur indépendant encore inconnu, mais qui en 1938 sera sacré champion du monde de course en ligne et remportera 77 victoires lors de sa carrière professionnelle.

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   En 1936, le Paris-Lens fête son dixième anniversaire. Les organisateurs regrettent que l’on ait inscrit au calendrier le même jour le Tour du Nord, privant ainsi leur course des principales vedettes amateurs de l’époque. Mais ce contretemps va permettre de découvrir de jeunes talents inscrits parmi les « aspirants, indépendants, débutants et vétérans ». C’est le premier vainqueur du tour de France et lensois Maurice Garin qui donne le départ de l’épreuve au barrage de Pierrefitte à Sarcelles.

   La course n’en est pas moins disputée. C’est le jeune Roubaisien de 20 ans, licencié à Marchiennes, Roger Schoon qui l’emporte en battant celui qui fut le grand animateur de la course R. Thain qui avait pensé avoir course gagnée lors du premier passage sur la ligne alors qu’il restait un tour de piste à effectuer. Arrive à la troisième place le Suisse Werner Buchwalder, licencié au Vélo-Club lensois.

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   C’est un futur grand coureur qui remporte en 1937 le onzième Paris-Lens. César Marcellak (dont le nom s’écrira Marcelak lors de sa naturalisation), licencié au CV Béthune est arrivé en France en 1922 lors de l’immigration polonaise. Il deviendra professionnel par la suite, disputant deux tours de France dont un avec sur le dos le maillot tricolore de champion de France, titre acquis en 1948. Lors de sa longue carrière professionnelle de 1933 à 1958, il remportera 350 victoires.

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   Mais revenons à ce Paris-Lens 1937. Les organisateurs ont choisi de modifier l’itinéraire. Après Doullens, au lieu de se diriger vers Arras, les coureurs prennent la route de Frévent puis de Saint-Pol-sur-Ternoise. Puis ils traversent les villes minières de Bruay-en-Artois, Noeux-les-Mines et Bully les Mines (où habite César Marcellak) avant d’arriver à Lens par la route de Béthune. Ils rejoignent le stade vélodrome municipal après une boucle qui les fait emprunter l’avenue du 4 Septembre, la rue de Lille, la place Jean Jaurès, le boulevard Basly et l’avenue de Liévin. Le stade est ouvert dès 13 h 30 pour les nombreux spectateurs qui veulent assister aux courses d’attente sur la piste du vélodrome où une nouvelle épreuve est inscrite au programme : une course individuelle de 80 kilomètres ouverte à tous, coureurs licenciés ou non.

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   Ce Paris-Lens se déroule sous une accablante chaleur qui entraîne de nombreux abandons. Aux environs de Saint-Pol-sur-Ternoise, ils sont sept coureurs en tête avec 6 minutes d’avance sur ce qu’il reste du peloton réduit à une quinzaine d’hommes. C’est ensemble qu’ils pénétreront sur la piste du vélodrome où Marcellak réglera ses compagnons d’échappée au sprint. Le Valenciennois Maurice Samyn prend la seconde place devant le jeune lensois Henri Decoopman.

   L’année suivante, Marcellak est le favori logique de l’épreuve, mais doit déclarer forfait au moment du départ. C’est un jeune inconnu du Vélo-Club de Tourcoing, Victor Codron, qui remporte l’épreuve en battant au sprint Gaston Grimbert, vainqueur récent du tour de Picardie.

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   Mais la concurrence des autres courses fait de l’ombre au Paris-Lens qui perd de l’intérêt parmi les coureurs. Chaque ville du nord de la France veut sa course au départ de la capitale ; Patis-Lille, Paris-Arras, Paris-Douai et même Paris-Avion ! Cette année, ils n’étaient que 35 cyclistes au départ de Sarcelles.

   En février 1939, le président de l’USOL interpelle Alfred Maës sur le fait que le Vélo-Club lensois qui organise chaque année le Paris-Lens est une association libre dont forcement contre le sport ouvrier que représente l’USOL. Dans un courrier adressé au maire de Lens le 15 février, le VCL est décrit comme « un groupement qui lutte avec âpreté contre les institutions ouvrières et donc contre la FSGT ». L’USOL n’obtiendra pas le Paris-Lens, mais organisera une semaine avant la date prévue le Grand Prix de la ville de Lens, une course qui se déroule sur deux jours.

   De plus, un autre club cycliste vient d’être créé dans la même ville, le Cyclo-club lensois, soutenu entre autres par Maurice Garin. Il compte dans ses rangs le champion du monde de cyclo-cross Charles Vaast. Les cyclistes lensois adhèrent rapidement à cette nouvelle association. Florentin Allavoine, fils du fondateur et dirigeant du VCL, la rejoint également. Le Vélo-Club finira par disparaître et avec lui la course Paris-Lens. Codron restera le dernier vainqueur, le Lens-Paris 1939 n’aura pas lieu.

   Puis vient la guerre… et la Libération. Le 23 avril 1945, le communiste Auguste Lecoeur est élu maire de Lens. On peut penser qu’il fut l’un des initiateurs de la nouvelle formule du Paris-Lens.

   La course a lieu le premier mai 1946. Cette fois, l’épreuve ne fait plus partie du calendrier de la Fédération française de Cyclisme (qui a succédé à l’Union vélocipédique de France en 1940) mais est affilée à la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) créée par les syndicats CGT et CGTU en 1934. La course est organisée par la Vie Ouvrière, organe de presse de la CGT. Appelée également la course de la Paix en hommage aux mineurs du Nord-Pas-de-Calais qui ont osé se mettre en grève contre l’occupant en 1941, la course est remportée de nouveau par César Marcellak, alors licencié à l’USO Lens et champion de France FSGT l’année précédente.

1946

   L’édition de 1948 appelée officiellement « le deuxième Paris-Lens FSGT » est remporté par Robert Renonce, originaire de l’Eure et Loir et qui vient tout juste d’abandonner une carrière professionnelle et redescendre dans la catégorie « amateur FSGT ».

   Au début des années 1950, une sciscion est opérée au sein de la FSGT jugée trop dépendante du Parti communiste et de la CGT. Les sportifs soutenus par la SFIO créent l’Union sportive travailliste. Comme au niveau national et dans beaucoup d’autres communes, la municipalité n’accorde plus d’aide à la FSGT. De plus, plus de stade vélodrome ni de centre-ville pour le Paris-Lens travailliste (tel que l’appelle aussi le journal l’Humanité), la ligne d’arrivée est tracée dans la rue de l’Ecluse.

   En 1952, le Paris-Lens FSGT est patronnée par la CCPM (Coopérative Centrale du Personnel des Mines créée par Auguste Lecoeur). Le vainqueur est un coureur belge âgé de 21 ans nommé René Van Mennen devant l’écossais Steel et le Lyonnais Audemard. Mais il semble que ce soit la dernière fois que l’on trouve un article de presse sur le Paris-Lens.

   Si on ajoute les deux formules, libre et FSGT, la course cycliste Paris-Lens aurait été courue à dix-neuf reprises.

 1947

L’histoire peu ordinaire de l’église Notre-Dame des Mines de Lens.

13 fév

Merci à Anne Petit et Jean Claude Desprez pour l’aide apportée à la réalisation de ce texte

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   Avant la Première Guerre mondiale, la cité de la fosse 2 dite du Grand-Condé située le long de la route de Lille à Lens, était l’une des rares cités minières à ne pas posséder d’église.

   La cité du Grand Condé, comme tout le reste de la ville, n’est plus que ruines à la fin de la Grande Guerre. Lors de la reconstruction, la Société des Mines de Lens décide de la doter d’une chapelle dépendante de la paroisse Saint-Léger.

   La chapelle, placée sous le vocable de Saint-Wulgan, est inaugurée le 1er novembre 1921,

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   Saint Wulgan, archevêque de Cantorbery, était un évangélisateur Anglais du VIIe siècle qui aurait traversé la Manche pour « semer la bonne parole » dans le nord de la France. Traversant les villages de l’Artois, il arrive à Lens où son zèle pour la population et les malades fut souligné, puis il se retira à Arras où il mourut vers 570. Son corps fut transporté à Lens dans la Collégiale Notre Dame. La ville et le Chapitre de Lens choisirent Saint Wulgan pour patron tutélaire. Sa statue côtoie celle de Notre-Dame des mines dans l’église.

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   La chapelle est construite dans un ensemble comprenant un dispensaire, une salle de patronage et des logements pour les sœurs de la communauté franciscaine. Elle comprend deux petites ailes surmontées d’un étage couvert de plaques de fibrociment.

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   Entre les deux ailes se dresse le clocher à la base carrée qui part du sol. Chaque face est ornée d’un relief en forme de treillage.La chambre des cloches hexagonale aux ouvertures en bois est surmontée d’une pointe munie de quatre petites lucarnes. À l’extrémité de la flèche, la croix est au centre d’une rose des vents.

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   Saint Wulgan deviendra une paroisse en 1932. C’est à cette époque que l’abbé Logez a l’idée de créer une revue mensuelle qu’il appelle « Le messager de Notre-Dame des Mines » qui est vendue 50 centimes.

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   En 1935, Marc Montaigne, un ingénieur au service des plans aux mines de Lens et également sculpteur, offre à la paroisse une statue de Notre-Dame des Mines, réplique de celle surplombant le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien des Causses, près d’Alès. Montaigne a ajouté sur le socle de la statue des bas-reliefs représentant les mineurs de fond au travail.

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   Chaque année, lors des processions, des mineurs portent la statue de Notre-Dame des Mines dans les rues de la cité du Grand-Condé.

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   La chapelle ne cessera d’accueillir de plus en plus de fidèles à tel point qu’à la fin des années 50, elle est trop exiguë pour le nombre de pratiquants. De plus, elle s’abîme depuis que les HBNPC ont cessé de l’entretenir. Alors, en mars 1959, les familles de mineurs de la cité prennent l’affaire en main ! Une soixantaine de Gueules Noires se prennent en charge et entreprennent des travaux pour démolir la chapelle et, sur ses fondations, construire une nouvelle église.

   Une souscription est ouverte, des dons affluent de partout : de Lourdes, d’Annecy, de la côte d’Azur, de Bretagne, et même de Tahiti. Le Général De Gaulle lui-même, parrain d’une petite Yvonne née dans les corons, participe au financement. Les mineurs ont une autre idée : vendre des « briques », qui sont en fait des dessins réalisé par Maurice Bienfait comportant l’inscription « Aidez les mineurs de la fosse 2 de Lens pour la construction de l’église de Notre-Dame-des-Mines ».

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   C’est à l’architecte diocésain, l’abbé Fernand Pentel, que l’on demande de dessiner les plans. Il réalise « un édifice circulaire pour rassembler une communauté rapprochée du chœur en un même mouvement ». Lorsque la maquette est rendue publique, on est étonné de l’audace de la construction dont l’architecture très moderne contraste avec les autres églises de Lens.

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   Alors peuvent débuter les travaux. Après une dernière messe de Noël célébrée le 24 décembre 1960, la chapelle est livrée à la démolition début janvier 1961. La première pierre de la nouvelle église est posée le 26 mars 1961 par Monseigneur Perrin, évèque d’Arras.

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   Les mineurs participent à la construction. Ils sont aidés par les entreprises locales qui apportent gracieusement leur savoir-faire et leur matériel. On peut citer entre-autres les noms de la maçonnerie Crépel, le Génie Civil de Lens, la métallerie Jacquemart ou encore les entreprises Graillier et Dumortier.

   L’architecture d’avant-garde n’est pas la seule particularité de cette église. Des vitraux faits de dalles de verre coloré réunis par du ciment ont été réalisés par le père Pierre Cholewska (1922-2012), un moine bénédictin de l’abbaye de Wisques d’origine polonaise. Ses oeuvres aux couleurs vives agrémentent l’architecture d’une cinquantaine d’églises dont celles de Marles-les-Mines, Calonne-Ricouart ou encore du Saint-Curé-d’Ars à Arras ou Saint-Luc à Sainte-Foy-les-Lyon.

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   Treize vitraux ornent les parois des fonds baptismaux et 36 autres les murs de la nef. Un large vitrail circulaire installé au plafond offre une lumière splendide lorsque le soleil illumine le chœur.

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   La nouvelle église de la cité du Grand-Condé est bénie le 11 mars 1962 par Monseigneur Parenty.

   En mars 1987, la paroisse Saint-Wulgan célèbre le 25e anniversaire de son église. L’abbé Edouard Fremy célèbre la messe après une procession dans les rues de la cité.

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   Au cours de cette procession, comme leurs parents il y a près de 50 ans, des mineurs en tenue de travail présentent la statue de Notre-Dame-des-Mines qui aujourd’hui encore est présente dans le chœur de « l’église ronde ».

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Drame de l’adultère à Lens

25 jan

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   Lorsque le 28 octobre 1878 dans une maison du chemin de la Bistade à Sainte-Marie-Kerque, madame Adeline Vanhoutte met au monde son deuxième fils Raphaël, elle ne se doute pas qu’elle est là à l’origine de l’un des faits divers les plus atroces qui se soient déroulés à Lens.

   Adeline et son mari Wilfried possèdent une petite exploitation agricole qui ne permet pas de nourrir toute la famille surtout que trois nouvelles naissances vont vite venir agrandir la fratrie. Le jeune Raphaël grandit donc dans la ferme où règne la misère.

   Quelques mois avant sa naissance, à quelques kilomètres de là, dans la petite commune de Watten était venu au monde le 5 novembre 1877 Victor Auguste Emile Rousselle. La famille de Victor n’est pas plus fortunée que celle de Raphaël. Sa mère n’a pas d’emploi et s’occupe de la maison et des trois enfants. Son père est « manouvrier ». Contrairement au journalier qui chemine de ferme en ferme, le manouvrier ne travaille que pour un seul fermier à qui il loue une petite maison et un lopin de terre.

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   C’est le cas également pour le père de la jeune Léonie Courtin qui, le 8 mars 1881, a vu le jour à quelques centaines de mètres de la famille Vanhoutte. Léon et Marie, ses parents, élèvent Léonie et ses trois frères à Sainte-Marie-Kerque, une commune rurale de 1400 habitants.

   Après un an passé dans l’armée au lieu des trois habituels à cette époque (il est considéré comme soutien de famille), Victor Rousselle est libéré le 24 septembre 1901. Il rencontre Léonie Courtin et le 19 juillet 1902, le couple se marie en la mairie de Sainte-Marie-Kerque et s’installe dans le village. Quelques mois plus tard, Isabelle arrive au monde et l’année suivante, la famille s’agrandit avec la naissance de Marius. Il faut nourrir tout ce monde. Victor, comme son père est manouvrier. Il travaille souvent plus de 14 heures par jour, mais son salaire journalier de 3,50 francs ne suffit pas à assurer la subsistance de sa famille quand le pain coûte 30 centimes.

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   De plus en plus, les ouvriers agricoles quittent les campagnes pour les régions industrialisées. Dans le bassin minier, la Société des mines de Lens recherche de la main-d’oeuvre. Plus de 10 000 ouvriers et ouvrières y travaillent déjà, surtout des mineurs de fond. De plus, la compagnie propose un logement à ses salariés. Le couple Rouselle n’hésite pas. En février 1905, Victor se fait embaucher à la fosse 4 de Lens. La famille emménage à Avion, dans les corons de la rue Sadi Carnot.

   Pendant ce temps, à Sainte-Marie-Kerque, Raphaël Vanhoutte vit misérablement et ses maigres revenus de journalier ne servent surtout qu’à apporter un peu plus de quoi vivoter à la famille. Le 14 novembre 1899, il est incorporé dans le huitième régiment d’infanterie de Saint-Omer. En tant que soutien de famille, il ne sert également qu’un an dans l’armée dont il est libéré le 23 septembre 1900 pour retourner à sa vie de misère.

   C’est certainement le besoin d’argent qui l’incite à commettre un vol de 1000 francs. Il se fait prendre et est condamné par le tribunal de Saint-Omer le 4 janvier 1905 à un an de prison avec sursis. Alors, un an plus tard, à l’instar du mari de son ancienne voisine, il décide d’aller aussi tenter sa chance dans les mines de Lens où il se fait également embauché le premier février.

   Étant célibataire, il ne peut lui être alloué de logement. Il est d’abord locataire au 47 rue Decrombecques à Lens.

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   Le 13 mars 1905, Rousselle est appelé par l’armée pour effectuer une période de formation de 28 jours d’instruction. Raphaël qui rend souvent visite à Léonie devient alors son amant. Victor ne s’aperçoit de rien et, à son retour, continue de travailler consciencieusement. Courageux, il est très apprécié de ses supérieurs. Raphaël Vanhoutte, lui, est un garçon renfermé, influençable et même un peu fainéant.

   Le 6 juin, les Rousselle emménagent dans une maison au numéro 12 de la place Saint-Alfred, à deux pas de l’entrée du carreau de fosse 4. Léonie parvient à convaincre Victor de louer une chambre à Raphaël contre un petit loyer qui améliorera les ressources du couple. En juillet, Vanhoutte vient s’installer chez « ses amis ». Alors, on s’arrange. Le lit des enfants est descendu. Isabelle et Marius y dormiront près du lit des parents.

   Victor et Raphaël ne sont pas du même poste à la mine. Cela facilite les relations entre le jeune célibataire et sa maîtresse qui vont durer plus de trois ans sans éveiller le moindre doute chez le mari. Une nouvelle période militaire appelle Victor loin de chez lui en août 1907. Le couple adultère en profite et commence à germer dans les idées de Léonie une idée morbide.

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   Le hasard va aider à la concrétiser. Le mardi 21 avril 1908, Victor travaille à la journée. Il doit terminer son service à 18 heures mais le cesse plus tôt. Arrivant chez lui vers 16 heures, il ne voit personne au rez-de-chaussée. Il se rend dans la chambre de son locataire et y trouve celui-ci au lit avec son épouse. Sa réaction de colère n’entraîne aucune violence, il préfère quitter la maison et se rendre dans l’estaminet le plus proche « chez Mirza » tenu par Marie Legrand dont l’époux, Louis, est mineur comme lui.

   Pendant ce temps, Raphaël et Léonie conversent. Le retour inopiné de Victor va mettre en péril leur relation. Léonie demande à son amant de la protéger, car dit-elle, elle craint pour sa vie et celle de ses enfants. Il faut trouver une solution. C’est Léonie qui propose celle qui ne peut que convenir : éliminer le gêneur. La mort de Victor : ce n’est pas la première fois qu’elle évoque cette hypothèse, mais cette fois Raphaël, homme de faible personnalité, se laisse convaincre.

   Il ne sert plus rien d’attendre maintenant que Victor est au courant de leur relation. C’est décidé, le mari gênant passera de vie à trépas cette nuit ! Léonie insiste : « Il y a une hache à la cave. Tue-le, mais ne le fait pas trop souffrir ».

   Lorsque Victor rentre au bercail vers 20 heures, il a une discussion avec son épouse infidèle. « Il n’est plus question, lui dit-elle, que nous couchions ensemble ». Elle passera la nuit dans le grand lit avec sa fille Isabelle et lui s’allongera dans l’autre avec Marius. Raphaël, lui, est monté se coucher de bonne heure, n’osant pas affronter le regard de Victor. Auparavant, il a pris la précaution d’aller chercher la hache dans la cave et de la cacher dans sa chambre.

   Vers minuit, il descend sans faire de bruit et se rend dans la chambre commune où il réveille doucement Léonie qui dort du sommeil du juste. Après lui avoir confirmé ses intentions, elle indique à son amant le côté du lit où est couché son mari et lui demande de prendre des précautions pour ne pas blesser son fils !

   Vanhoutte se dirige vers le lit de Victor, lui touche le visage pour être certain de ne pas se tromper. Cela réveille l’infortuné, mais avant qu’il ne réagisse, il reçoit en pleine tête un violent coup asséné avec la lame de la hache.

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   Pendant que Raphaël traîne sa victime inconsciente jusque dans la cuisine, Léonie se lève, va chercher son fils réveillé par le bruit, le couche avec sa sœur et le berce jusqu’à ce qu’il se rendorme.

   Puis elle rejoint son amant. Vanhoutte s’assure de la mort de sa victime en lui donnant quelques coups de hache supplémentaires. S’apercevant que feu Victor perd beaucoup de sang, il va chercher un sac au grenier pour lui envelopper la tête. Il l’habille ensuite puis le traîne dans la rue et l’abandonne près de l’estaminet des Legrand. S’apercevant que le cadavre est nu-pieds, il retourne chercher ses godillots puis revient les déposer à côté du corps.

   Pendant ce temps, Léonie, dans la chambre, nettoie consciencieusement le sol et le bois de lit. Elle retire les draps et couverture souillés et les remplace par ceux qu’elle va chercher dans la chambre de Raphaël.

   De retour à la maison, son amant jette dans la fosse d’aisance le sac qui avait servi à entourer la tête, essuie la hache et la remet à sa place dans la cave. Il aide ensuite Léonie à nettoyer le sol de la cuisine puis le couple va se coucher ensemble dans le lit occupé quelques minutes avant par le mari assassiné et, comble de l’ignominie, y ont une relation intime !

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière l’estaminet des Legrand. Dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Pensant à un sac, il se baisse pour le ramasser et découvre l’horreur : un corps humain, la tête ensanglantée et les pieds nus. Le corps est si abîmé qu’il est méconnaissable.

   Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée. Les gendarmes envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flots. Cependant, les pieds nus et les traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là, mais a été traîné.

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   Dès le lever du jour, les gendarmes suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Rousselle, au n° 12 de la place Saint-Alfred. Ils entrent dans la maison et découvrent un sol bien lavé et encore humide. Les enfants sont à table, Léonie est en train de leur préparer le petit-déjeuner. Raphaël descend de l’étage, il est à peine habillé et enfile ses vêtements de mineur comme pour se rendre au travail.

   Les gendarmes demandent à la femme où se trouve son mari. Elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme. Cependant, des voisins que le spectacle a attiré en nombre devant la maison, affirment que Victor a quitté l’estaminet vers 20 heures pour rentrer chez lui. Les représentants de l’ordre décident alors de visiter la maison. Dans la chambre du rez-de-chaussée, ils découvrent des traces de sang sur les boiseries de l’un des lits et sur le sol. Dans la chambre de Vanhoutte, ils soulèvent la couverture du lit et trouvent les draps ensanglantés.

   Les gendarmes poursuivent leur inspection : sur le sol pourtant bien lavé de la cuisine, il y a aussi quelques traces de sang. Ils en découvrent également sur la lame et le manche de la hache qu’ils trouvent dans la cave. Le brigadier-chef se tourne alors vers Léonie et Raphaël et leur crie : « C’est vous les assassins ! ». Il fait venir son supérieur. Le lieutenant Coine arrive et confirme ; les preuves sont irréfutables, Victor Rousselle a été assassiné ici !

   Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Il les fait conduire à la gendarmerie de Lens sous bonne escorte, car la maison est toujours assiégée par les mineurs qui veulent lyncher Vanhoutte. Ils lui jettent des pierres et hurlent « À mort, tu as tué l’un des nôtres ! ». L’homme est prostré, honteux. Sa maîtresse semble totalement indifférente.

gendarmerie de lens

   À la gendarmerie, Léonie prétend qu’elle a agi pour ne plus subir les violences de son mari et protéger ses enfants. Vanhoutte déclare avoir été influencé par sa maîtresse : « Un crime pour refaire leur vie ensemble » lui avait-elle promis.

   Les amants terribles sont transférés le jour même à la prison de Béthune par le train de 15 h 40. La foule, qui a envahi la gare les accueille aux cris de « A mort les assassins ! ». Les dix gendarmes qui escortent le couple ont bien du mal à le protéger et le hisser dans la voiture. La même scène se reproduit à Béthune où plus de cent personnes les encerclent de la gare à la prison. L’air arrogant de Léonie excite encore plus les manifestants.

   La justice ne traîne pas, le 22 juillet les « amants terribles » sont jugés par la cour d’assise du Pas-de-Calais à Saint-Omer sous la présidence de Maître Thuillier, conseiller à la Cour d’appel de Douai.

palais st omer

   Léonie continue de prétendre qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Les témoins, collègues de travail, supérieurs hiérarchiques et voisins de Rousselle la contredisent. Victor n’était pas violent et jamais aucun cri, aucune dispute provenant du 12 cité Saint-Alfred n’ont été entendus. Même Léonie était considérée comme une bonne ménagère, s’occupant bien de ses enfants et de sa maison.

   Raphaël Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   Le médecin légiste qui a autopsié le corps rapporte que la victime portait au front une plaie de cinq centimètres profonde de plus d’un centimètre faite avec le tranchant de la lame. Ce premier coup fut mortel. Quatre autres plaies derrière la tête ont occasionné de multiples fractures et un enfoncement de la boite crânienne prouvant l’acharnement de Vanhoutte.

    Le procès est expéditif. Dès le lendemain, le verdict est prononcé. Après un sévère réquisitoire de Maître Mouron, procureur de la République, viennent les plaidoiries des défenseurs, Maître Lefebvre du Prey pour Vanhoutte et Maître Leblanc pour Léonie. Le jury se retire, la délibération ne dure pas plus de vingt minutes. Le président annonce le verdict : la Cour, estimant que la veuve Rousselle pouvait avoir quelques circonstances atténuantes, la condamne aux travaux forcés à perpétuité. Quant à Raphaël Vanhoutte, il est jugé coupable de meurtre avec préméditation. Pour lui, ce sera la peine de mort.

guillotine

   Dans la salle qui retenait son souffle, un seul bruit : l’un des frères de Raphaël applaudit et crie « Bravo ! ». Alors que les deux condamnés montent dans le fourgon de police, ce même homme hurle vers son frère : « Adieu crapule. C’est ton frère qui te le dit ».

   Vanhoutte est écroué à la prison de Béthune où il rejoint d’autres condamnés à mort « célèbres » pour leurs méfaits dans la région, les criminels de la bande à Pollet. Léonie Rousselle est incarcérée à la prison du Bon Pasteur à Saint-Omer. Il semble que personne ne se soit aperçu que son ventre s’est arrondi.

   L’appel de Maître Lefebvre du Prey en faveur de Raphaël Vanhoutte est rejeté le 28 août par la Chambre criminelle de la Cour de cassation de Lille

verdict2

   L’assassin conserve néanmoins un petit espoir de ne pas voir sa tête tomber dans le panier au pied de la guillotine. À Paris, Aristide Briand, garde des Sceaux, soumet à l’Assemblée nationale un projet de loi visant à supprimer la peine de mort en France. L’unique argument : éviter le retour d’erreurs judiciaires comme cela s’est déjà produit plusieurs fois. Mais la grâce présidentielle accordée récemment à l’auteur d’un crime horrible : le viol suivi d’assassinat d’une fillette de 11 ans, a suscité la colère de la population. Le 8 décembre, par 330 voix contre 201, la Chambre des députés repousse le texte.

peine de mort

   À la suite de ce vote, le président Armand Fallières, pourtant abolitionniste convaincu (il a gracié les 62 hommes condamnés à mort depuis le début de son mandat.), hésite à affronter l’opinion publique. En ce début d’année 1909, il y a 28 détenus voués à la guillotine en France. Le vendredi 8 janvier, il en gracie six dont Raphaël Vanhoutte. Il annonce avoir pris ces décisions après un examen minutieux de chaque dossier et en fonction de la nature des crimes, des antécédents, âges et état mental et physique des condamnés.

  Le lendemain à 4 heures 30 à la maison d’arrêt de Béthune, tandis qu’il entend de sa cellule le bourreau Anatole Deibler s’activer aux préparatifs des exécutions de la bande à Pollet, Raphaël Vanhoutte reçoit la visite du directeur de la prison qui lui annonce la décision du président de la République.

grace

   Le mercredi 13 janvier, Vanhoutte quitte Béthune pour se rendre à Douai où lui sera notifié officiellement sa grâce et annoncé que sa peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

   Il change de train à Lens où il est reconnu. Un journaliste de l’Écho du Nord assiste à la scène. « Mercredi, du train arrivant en gare de Lens à une heure 29 est descendu Raphaël Vanhoutte. Reconnu immédiatement par les voyageurs, l’assassin de Lens suscita une vive curiosité… Vanhoutte, qui n’était pas d’une santé robuste, nous a semblé très déprimé, il était dans un état de prostration compléte. Il jetait çà et là autour de lui des regards où se mêlaient l’inconscience et la crainte… Néanmoins, aujourd’hui, aucun cri hostile ne fut poussé. La fureur du premier moment a fait place à la pitié. »

   Le condamné parle au journaliste : « Je ne me suis pas rendu compte de la monstruosité de mon crime. Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais tué le mari de mon amie alors qu’il m’eut été si facile de tenir ménage avec l’épouse infidèle. Je n’ai aucune nouvelle de la femme Rousselle. Je ne sais où elle est ni ce qu’elle fait. Au bagne, je m’inquiéterai d’elle et demanderai à entrer en correspondance avec elle. Je me conduirai bien là-bas, je me montrerai docile et discipliné ».

   L’article se poursuit ainsi : « A une heure 40, le forçat prenait place dans un wagon de seconde classe à destination de Douai. Bien pénible fut le passage du jeune gracié. À son départ de Lens, la pitié, plus que la haine l’accompagna car Vanhoutte passe pour un esprit simple poussé à la haine par la passion. »

  Le condamné rejoint ensuite sa nouvelle cellule à la prison de la rue de Cuincy à Douai. Le 25 janvier à 11 heures 45, il est convoqué avec un autre condamné gracié, Joseph Philippart, dans la salle du parlement de Flandre du Palais de Justice où doit leur être notifier leur nouvelle peine.

douai

   « Le cérémonial est aussi pompeux en sa sévérité qu’en sa brièveté, lira t’on dans la presse. Le procureur a donné lecture des actes de grâce devant la Cour. Les gendarmes au garde-à-vous mirent l’arme sur l’épaule, baïonnette au canon et la reposèrent, la cérémonie terminée, avec une correction parfaite. Et ce fut tout. »

   L’article précise ensuite que l’état de santé de Vanhoutte est des plus précaires et qu’il se pourrai bien qu’il ne fasse pas de vieux os au bagne.

    Avant d’atteindre la Guyane, le condamné est transféré dans un wagon cellulaire de chemin de fer vers le point d’embarquement à Saint-Martin-de-Ré. Vanhoutte y arrive le 10 février 1909.

   L’homme ne sera alors plus qu’un matricule, le numéro 6055. Il restera plusieurs mois les pieds enchaînés dans une grande cellule au milieu d’autres bagnards, Le 9 juillet, après avoir été tondu, il embarque à bord du navire « La Loire », un bateau spécialement aménagé pour le transport des condamnés, à destination du bagne de Saint-Laurent-Maroni. En 1909, ces bateaux de la Société Nantaise de Navigation achemineront vers la Guyane 435 condamnés aux travaux forcés que l’administration appelle des « transportés ».

transport

   Le bagne de Saint-Laurent-Maroni n’est qu’un dépôt temporaire. La plupart des bagnards sont envoyés dans les autres camps et pénitenciers. Seul un petit nombre reste à Saint-Laurent, les hommes considérés peu dangereux qui ne tenteront pas de s’évader. Ils sont employés dans l’administration (jardiniers, peintres, cuisiniers…). Raphaël Vanhoutte en fait partie.,

bagnards st laurent

   Sur l’imprimé de dépôt des condamnés aux travaux forcés le concernant, il sera écrit : « Conduite bonne ». Mais les dernières personnes à avoir l’avoir vu en métropole avaient raison. Sa faible constitution et la maladie auront rapidement raison de lui. Le 4 juillet 1911, l’assassin de Lens décède à l’hôpital de Saint-Laurent-Maroni. Il avait 33 ans.

   Ce jour-là, son dossier de bagnard sera simplement barré en croix. Ainsi se termine pour l’administration « l’affaire Vanhoutte ».

bagne dossier

   A Saint-Laurent, il n’y a pas de cérémonie pour un bagnard décédé. Le corps de Vanhoutte est emmené en charrette « aux Bambous », nom donné à la partie réservée aux bagnards du cimetière communal. Il est enterré dans l’une des nombreuses fosses communes.

charette st laurent

   Le 7 janvier 1909, à la mairie de Saint-Omer, un certain Louis Berthe, comptable à la prison du Bon-Pasteur, vient déclarer la naissance de Léon Rousselle, fils légitime de Léonie Rousselle née Courtin et de feu son mari Victor Rousselle. Nous sommes là un peu moins de neuf mois après l’assassinat du mineur lensois….

   Léonie abandonnera l’enfant et sera ensuite transférée à la prison centrale pour femmes de Rennes. Elle y finira ses jours le 20 février 1946 à l’âge de 65 ans.

prison rennes

   Quant aux enfants présents le soir du crime, ils retournèrent à Sainte-Marie-Kerque où ils furent recueillis et éduqués par les parents de Léonie. Isabelle épousera en 1924 Jules Bertier un cordonnier du village, Marius sera, comme son père et son grand-père, manouvrier dans les fermes. Il épousera en 1931, une fille d’Eperlecques.

   La famille de Raphaël Vanhoutte quitta définitivement Sainte-Marie-Kerque. Avec le décès à Helfaut, le 16 août 1985 de Léon, le troisième enfant de Léonie, se ferme définitivement le livre sur l’histoire des assassins de Lens.

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