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L’avenue du 4 Septembre

8 jan

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   C’est au tout début du 20ème que cette rue qui faisait partie du Faubourg de Lille prit le nom d’Avenue du 4 Septembre en souvenir de la proclamation de la 3ème République par Léon Gambetta en 1870. Cette artère était tracée à l’emplacement d’un chemin qui, du temps où Lens était entourée de remparts, permettait de rejoindre les directions d’Arras, Liévin ou Béthune d’un côté à celle de Lille de l’autre sans pénétrer dans la ville.

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   Au début du 19ème siècle, aucune habitation ne semblait construite dans ce chemin. Les paysans venaient surtout s’y procurer de l’eau à l’une des trois fontaines se trouvant sur l’itinéraire.

  Avec le début de l’exploitation charbonnière, la commune s’agrandit vers les plaines de Lens dont celle située au nord. Dès le début de la seconde moitié du 19ème siècle, avec la mise en service de la fosse 2 du Grand-Condé, des commerces se créèrent sur la place du Cantin et aux alentours.

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   L’avenue du 4 septembre faisait partie du secteur appelé le Faubourg de Lille. C’est au début du 20ème siècle que la municipalité dirigée par Emile Basly décida de renommer certaines rues de Lens où le nombre d’habitations avait explosé en quelques années. Ainsi, le secteur du Faubourg de Lille fut découpé et chaque artère, dont l’Avenue du 4 septembre, reçu un nom.

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  A cette époque, l’avenue avait son origine au niveau de la place du Cantin et se terminait à la jonction de la rue Decrombecques.

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   A son extrémité du côté est se trouvait l’usine à gaz qui depuis 1862 fournissait l’éclairage aux lieux publics, aux rues et aux commerces de la commune.

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C’est aussi vers les années 1905 que l’avenue du 4 Septembre fut pavée.

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   Chaque semaine, en même temps que le grand marché de la place du Cantin s’y déroulait le « petit marché » réservé aux producteurs et artisans de la région.

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   Pendant la Première Guerre mondiale, l’avenue du 4 septembre, comme le reste de la ville, fut détruite à 100 %. On y compta de nombreuses victimes comme lors du bombardement du 16 février 1917 qui anéanti l’usine à gaz et de nombreuses maisons de l’avenue en faisant 18 morts.

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   Aussitôt la Libération, des logements provisoires, des demi-lunes de taule sont installés. Ils permettent d’abriter les lensois revenus en ville de leur déportation et les ouvriers chargés de la reconstruction. L’avenue est rouverte à la circulation en 1923.

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   Un accord entre la Société des Mines de Lens et la municipalité permet de prolonger l’avenue jusqu’à la jonction des routes de Béthune et de La Bassée (carrefour des Grands Bureaux). Cette portion portera quelques années plus tard le nom d’avenue Elie Reumaux en hommage au président du Conseil d’administration de la compagnie minière décédé le 28 octobre 1922.

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   Les deux portions étaient séparées par le carrefour Notre-Dame appelé ainsi en souvenir de la chapelle Notre-Dame de Bonsecours qui se trouvait avant la Première guerre à l’emplacement repéré plus tard par une sculpture en plâtre.

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   A l’emplacement de l’usine à gaz (qui fut rédifiée rue de Londres), fut construite l’école Sadi Carnot. Avant le conflit, elle se trouvait à l’angle de la rue de Lille (rue Lanoy aujourd’hui) et la rue Bayard.

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   Au dessus du porche, une belle structure représentant le savoir et l’instruction avec cette phrase : « Exercer à penser », un adage loin d’être toujours appliqué de nos jours à l’heure des réseaux sociaux !

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   A la jonction de l’avenue du 4 septembre et de la rue de Lille fut implanté en 1925 le monument aux Morts qui sera déplacé au rond-point Van Pelt en 1972.

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   Ce n’est que dans les années 70 que l’avenue du 4 septembre fut débarrassée de ses pavés.

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   Aujourd’hui, l’avenue du 4 septembre, tout en restant une artère commerçante, permet de traverser le nord de la ville en évitant le centre. La création de l’avenue André Delelis permet maintenant par cet itinéraire de rejoindre directement le musée du Louvre-Lens.

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L’histoire des Mines de Lens

12 déc

   A l’occasion de l’exposition sur les lampes et objets de la mines qui a eu lieu début décembre à la Maison Syndicale de Lens, les organisateurs m’avaient demandé de réaliser des tableaux sue l’histoire des mines de Lens.

   Malheureusement, par manque de place, ils n’ont pas pu être présentés au public à cette occasion. Pour que ce travail soit vu par tous, j’ai décidé de vous les offrir en les publiant sur ce blog.

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Sainte Barbe et les mineurs

19 nov

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   Plusieurs versions de la légende de sainte Barbe existent. Les seuls points communs à toutes sont que la sainte a vécu au troisième siècle, qu’elle était très jolie, très pieuse et qu’elle mourut décapitée par son père.

   Selon certains, l’histoire de sainte Barbe se déroule à Nicomédie en Asie Mineure (Izmit en Turquie aujourd’hui). D’autres affirment qu’elle a eu lieu à Héliopolis (Baalbeck aujourd’hui au Liban) sous le règne de l’empereur Maximien.

   Son véritable nom serait Barbara, ce que d’autres versions contestent et affirment que quand les chrétiens vinrent chercher le corps de la jeune martyre, ils ne purent la nommer que « la jeune barbare » expression qui, par extension, donna donc le nom de Barbara.

   Le père de la jeune fille, un homme riche un d’un naturel cruel du nom de Dioscore, voulut marier sa progéniture et le présenta à de puissants et riches seigneurs. Mais la demoiselle refusa toute union, préférant se consacrer à Dieu. Furieux, le père, pour la punir, l’enferma dans une haute tour à deux fenêtres avant de partir en voyage.

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   Mais il s’en passa des choses pendant son absence ! D’abord, la jeune femme reçut la visite d’un prêtre chrétien déguisé en médecin qui procéda secrètement à son baptême. Puis elle perça une troisième fenêtre entre les deux autres afin de symboliser la Trinité.

  Dès son retour, apprenant que son enfant s’était converti au christianisme, Dioscore entra dans une rage folle, voulu l’immoler en incendiant la tour. On ne sait pas quel miracle la jeune fille réussit à s’échapper, à s’enfuir dans la montagne et à s’y cacher.

   Malheureusement, un berger découvrit l’endroit où elle se terrait et la dénonça à son père qui la saisit par les cheveux, la traîna jusqu’à la ville et l’enferma dans un donjon. Le lendemain, il la conduisit devant un magistrat.

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   Dans la version qui se passe à Nicomédie, la jouvencelle fut menée devant un juge nommé Marcien (qui se convertira lui-même plus tard au catholicisme et sera condamné à être brûlé vif sous l’empereur Dèce lors de la persécution des chrétiens vers l’an 250).

  La demoiselle fut condamnée à subir d’affreux supplices pendant lesquels elle continuait à prier le Christ. Elle fut d’abord torturée : on lui brûla certaines parties du corps et on lui arracha les seins avec des peignes de fer, la brûla avec des lames rougies puis elle fut fouettée mais refusa toujours d’abjurer sa foi car elle ne ressentait pas la douleur. Alors qu’elle était promenée nue à travers le pays, tirée par un cheval, un ange descendit du ciel et vint cacher sa nudité en la couvrant d’un vêtement lumineux.

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   Le gouverneur ordonna alors à son père de lui trancher la tête. La condamnée fut conduite en haut d’une montagne où Dioscore accomplit son geste funèbre. Aussitôt il fut frappé par la foudre, brûlé et mourut sur place. Quant au berger qui avait dénoncée la jeune femme, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles.

  Une version ajoute que le corps de Barbe s’éleva vers le ciel dans une boule de feu. Une autre affirme que des chrétiens vinrent récupérer le corps de la jeune martyre qui devint quelque temps plus tard « sainte Barbe ». Enfin, selon une troisième version, la jeune femme se serait enfuie après s’être déguisée et qu’elle se serait cachée dans un champ de blé.

  La jeune femme aurait été canonisée dans la première moitié du 16ème siècle mais son culte se serait popularisé dès le 13ème siècle en Occident. Son corps fut exhumé solennellement et ses reliques transportées au fil des siècles dans différents pays. On en trouverait aujourd’hui à Constantinople, à Venise. D’autres, qui auraient été conservées dans une église orthodoxe du Caire sont de nos jours vénérées dans la cathédrale Saint Vladimir de Kiev en Ukraine.

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   Sainte Barbe protège contre la foudre et la mort subite, donc contre le tristement célèbre coup de grisou hantise des mineurs, et les explosions dans les galeries. Elle fut donc désignée patronne des mineurs de fond puis par extension, du monde de la mine dans son ensemble. Dès le 18ème siècle, elle fut fêtée dans les mines à ciel ouvert du centre de l’Europe. Au 19ème siècle, avec le début de l’exploitation de la houille, le culte de sainte Barbe se développa dans les compagnies minières du Nord et du Pas-de-Calais.

   La très catholique Société des mines de Lens entreprit dès sa création de vénérer sainte Barbe. Dès leur construction, chaque cité était placée sous la protection d’un saint et élevée au rang de paroisse. Des chapelles y furent construites. A la fin du 19ème siècle, elles furent remplacées par des églises. La première fut construite par la compagnie lensoise dans la cité du Moulin à proximité de la fosse 4, une cité où les corons étaient habités par environ 5000 personnes. Cette église, ouverte le 19 avril 1897, fut placée sous le vocable de Sainte-Barbe.

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   Sainte Barbe est fêtée le 4 décembre. Cette journée devint rapidement dans les cités minières un jour de dévotions et de festivités. Pour se rendre dans les estaminets ou pour offrir quelque présent à sa famille, le mineur, qui ne touchait qu’un maigre salaire, devait travailler plus durement et plus rapidement les jours précédents la fête, c’était la période des « longues coupes ». L’augmentation de sa productivité lui permettait d’obtenir quelques primes de rendement qui s’ajoutaient au montant de sa maigre « quinzaine » car le mineur était payé toutes les deux semaines. C’était dans la période du 15 au 30 novembre que le rythme était le plus élevé au détriment parfois de la sécurité ou des règles sociales. Ceci explique que la Société des mines de Lens encourageait les mineurs à participer à la « quinzaine Sainte-Barbe » contre l’avis des syndicats.

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   En 1878, le rapport mensuel du mois de décembre de la compagnie signalait que « l’extraction a beaucoup baissé en raison de la fête de Sainte-Barbe toujours largement et longuement fêtée par les ouvriers et les mineurs qui ont beaucoup dansé et peu travaillé. » En 1891, les fêtes de Sainte-Barbe n’eurent pas lieu : dans le Bassin minier, 30 000 mineurs étaient en grève et deux ans plus tard dans les mines de Lens, les syndicats obtinrent la suppression de la « quinzaine Sainte-Barbe ».

  Cependant la tradition fut rétablie dès l’année suivante à la demande des mineurs de fond. Toutefois, certaines règles furent imposées aux compagnies : les galibots, les enfants de 13 à 16 ans (que la loi interdisait de travailler plus de 8 heures au fond) et les jeunes ouvriers (dont le temps de travail ne devait pas être supérieur à 10 heures par jour) étaient tenus lors de la quinzaine Sainte-Barbe à ne pas dépasser les 15 heures de présence dans les galeries.

  En 1905, la Société des mines de Lens décida que tout mineur titulaire de la médaille d’honneur recevra le jour de la Sainte-Barbe une prime égale au revenu d’une action de la compagnie soit environ 45 francs. 96 mineurs touchèrent la prime cette année-là.

   En 1906, quelques mois après la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières, la production de la compagnie minière lensoise pendant la quinzaine Sainte-Barbe était de 250 000 contre 114 000 lors d’une quinzaine ordinaire. En 1913, la Société récompensa par une prime de 300 francs le mineur qui avait été désigné le plus productif. Plus tard, Félix Bollaert décida que les employés et ouvriers ayant plus de 30 ans de service recevraient une action de la compagnie et les 100 plus anciens ouvriers une prime de 100 francs.

  Le samedi 8 décembre 1919, dans un Lens dévasté par les exactions de la première guerre mondiale et alors que les puits de la compagnie sont encore inexploitables, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Ernest Cuvelette déclare devant une berline vide : « Bientôt, elle sera de nouveau remplie de charbon ». Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

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  Sainte Barbe était partout dans les cités minières. Dans de nombreux puits, une statue de la sainte était présente dans les galeries, près des cages de descente.

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   Pourtant la sainte n’a pas toujours protégé les mineurs. En février 1877 à Boussargues dans l’Hérault, 42 mineurs perdirent la vie après un coup de grisou dans les galeries d’une fosse pourtant nommée « puits Sainte-Barbe ». Un an plus tard, dans le bassin de la Loire, à Martoret, c’est dans un autre puits Sainte-Barbe qu’on releva 11 cadavres. Le 5 décembre 1891, dans le puits de la Pompe, à Saint-Étienne, les mineurs redescendirent au fond après la fête de la veille. 71 d’entre eux ne remontèrent pas, la sainte n’avait pas pu les protéger d’un violent coup de grisou.

  Lens devint rapidement la capitale du Pays minier, la Sainte-Barbe n’était pas fêtée que dans les fosses. Dès le début du 20ème siècle, la municipalité d’Emile Basly donna congé à ses employés. En ville, sur la place Verte, avait lieu pendant trois semaines la foire Saint-Barbe avec sa fête foraine, ses concerts et ses bals.

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   Au début de l’exploitation charbonnière, le 4 décembre n’était pas un jour chômé mais les journées étaient exceptionnellement moins longues. Ce jour-là, le briquet était gargantuesque et partagé entre tous, du porion au galibot. Certains mineurs descendaient avec leur bistouille (mélange de café et de gnole) pour la boire entre copains, d’autres avec des gâteaux ou des brioches confectionnés par leur femme qu’ils se partageaient avant parfois de danser entre Gueules Noires. Cette épouse qui avait fait brûler une chandelle au fond de sa cave pendant la quinzaine Sainte-Barbe pour protéger son mari des accidents.

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  Plus tard, le jour de Sainte-Barbe devint une journée chômée mais non payée (elle ne sera payée qu’après la nationalisation en 1946). Seuls les indispensables restaient au fond tel les gardes de chevaux, le responsable d’extraction ou de la ventilation. Dans certaines fosses, la veille de la Sainte-Barbe, les mineurs travaillaient jusqu’à l’extinction d’une chandelle. Dès la fin de service, les estaminets et cafés du coin se trouvaient rapidement envahis de mineurs, l’alcool coulait à flot et les esprits s’échauffaient vite. Les chants retentissaient dans les rues dont le plus courant :

« Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Car alle vit, car alle vit

Car alle vir incor’ » »

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   Puis c’était le retour à la maison : l’épouse et les enfants souhaitaient alors une bonne fête au papa mineur et lui offrait quelques présents : cigares, pipes, tabac … Ce soir-là, il y avait exceptionnellement du vin lors du souper pris en famille.

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   Après le repas, quelques mineurs retrouvaient au café du coin des collègues qui n’étaient pas encore rentrés chez eux. On buvait et chantait aux cris de « Vive sainte Barbe !».

   Pendant ce temps, dans les Grands Bureaux, la compagnie (puis les HBNPC) offrait à ses cadres et agents de maîtrise un grand banquet au cours duquel étaient remises les médailles du travail. Dans la semaine, les retraités et leurs épouses étaient conviés à une journée festive dans l’une des nombreuses salles des fêtes des houillères tandis que la direction remettait un colis en cadeau à tous les mineurs hospitalisés.

   Le 4 décembre, la journée commençait par la messe de Sainte-Barbe. Les mineurs et leur famille, endimanchés, se rendaient à l’église. Celle-ci était pleine car parfois même les non-pratiquants étaient présents, manifestant ainsi leur attachement à leur sainte patronne. Une procession était organisée, emmenée par la fanfare ou l’harmonie de la cité. Les plus anciens mineurs avaient le privilège de porter la statue de la sainte jusqu’à l’autel.

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   La messe durait au moins 2 heures. Elle était payée par la compagnie et l’harmonie des mines jouaient les airs religieux chantés par une chorale paroissiale. Le sermon était bien sur consacré uniquement à sainte Barbe et à la reconnaissance du travail laborieux mais courageux des mineurs.

   Après la messe, les cafés du quartier étaient de nouveau assaillis : les hommes s’y retrouvaient de nouveau pour boire quelques verres de vin, fumer un cigare ou une pipe tout en chantant quelques chansons paillardes jusque tard dans l’après midi. Les chants étaient de plus en plus forts et les danses de plus en plus vacillantes.

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   Puis c’était le retour à la maison où la ménagère avait préparé le repas de Sainte-Barbe, arrosé par le reste de la bouteille de vin de la veille. Parfois, on se regroupait autour de la table entre voisins et amis.

    Le repas terminé, on se rendait en famille à la foire Sainte-Barbe. Après avoir tourné sur les manèges, les enfants ne revenaient jamais sans la « queuche » de pain d’épice ou le sucre d’orge. Le soir, un bal était organisé dans les cités. C’était souvent pour les jeunes filles des corons qui avaient fêté sainte Catherine quelques jours plus tôt, l’occasion de faire leur « bal des débutantes ».

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   C’est dans les Houillères du bassin de Lorraine, dans la mine de La Houve sur la commune de Creutzwald que sainte Barbe est remontée pour la dernière fois du fond des galeries. Le 23 avril 2004, cette remonte des mineurs et de la statue de leur sainte mit un terme définitif à l’exploitation du charbon en France. Le rideau se baissait alors une ultime fois. C’en était fini de plus de deux siècles d’exploitation de la houille sur le territoire national.

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   Dès lors, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

   Avec la fin de l’exploitation du charbon, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

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   Cette année, l’agglomération de Lens-Liévin en entente avec les communes et des associations renoue avec la tradition de la Sainte-Barbe au travers de temps forts culturels, festifs et fédérateurs sur des lieux emblématiques du patrimoine minier.

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C’était un 4 octobre à Lens, il y a juste 100 ans

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   Le 4 octobre 1918 en tout début de journée, des soldats britanniques entre dans Lens par la rue d’Avion. La reprise de Lens ne sera accompagnée d’aucun coup de feu, d’aucun tir d’artillerie ; les Allemands ont abandonné ce qu’il reste de la ville, laissant derrière eux armes et munitions mais aussi ruines et désolations…..

   Les soldats alliés parcourent les rues de la cité, ou plutôt recherchent leur emplacement entre les tas de pierres qui furent un jour des maisons. Aucun être vivant, aucune âme …. Les premières photographies arrivent dans les rédactions et démontrent les atrocités de cette guerre.

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   A la Chambre des députés, Emile Basly, le maire de Lens, est avisé par des journalistes de la libération de sa ville. Il affirme : « Nous remettrons, quels que soient les dégâts, en très peu de temps, tout en bon état. »

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La presse nationale, dès ses éditions du soir, annonce la nouvelle.

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Le premier reporter qui entrera dans la ville le lendemain, Albert Londres, titrera son article : « Plus rien, c’est Lens… ».

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Les hôtels de ville de Lens

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   L’Hôtel de Ville de Lens a toujours été situé au même endroit, à quelques mètres de l’église Saint Leger. Au début du 13ème siècle, Lens devient officiellement une commune. Les échevins et celui qu’ils ont élu comme maïeur (maire) se réunissent trois fois par semaine dans la Maison de Ville.

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    Sur un plan de Lens du 13ème siècle, on trouve la Maison de ville située entre l’église Saint-Léger et la porte d’Arras.

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   C’est à cet emplacement que la commune de Lens et son maire Pierre-Philippe Lebrun décident en 1822 de la construction d’un hôtel de ville.

   De style napoléonien venu de la capitale comme le démontre la symétrie du bâtiment, les arcs en plein-cintre des ouvertures, les pilastres enchâssés dans les murs ou encore le haut-relief représentant le blason de la ville de Lens, il est coiffé d’un clocheton qui permet d’alerter la population. Le bâtiment comportait deux niveaux et un grenier.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le rapide essor de la ville du au développement de l’exploitation charbonnière entraînant l’augmentation de la population, il est décidé, pour héberger les services municipaux et de l’état civil, d’agrandir l’hôtel de ville en annexant les locaux de la ferme Roussel mitoyenne.

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   Le 29 août 1908, l’escalier du perron est remplacé par un autre en granit de Soignies avec une grande balustrade. Pour cela, Emile Basly, qui a été élu maire de Lens en 1900, fait appel à un jeune architecte douaisien de 25 ans : Jean Goniaux.

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   En 1912, dans une ville de Lens devenue la capitale du pays minier, Basly décide de doter la commune d’un nouvel hôtel de ville. Tout en répondant aux besoins d’une population de plus de 30 000 âmes, il tient à affirmer avec cette construction l’importante influence  du peuple et de ses élus face à la puissance Société des Mines de Lens dont les Grands Bureaux viennent d’être agrandis.

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   L’hôtel de ville, fait de briques rouges et de pierres blanches, est plus beaucoup grand et d’une grande richesse architecturale de style flamand. Emile Basly en a dressé lui-même les plans avec l’architecte Jean Goniaux. La première pierre a été posée le 27 mai 1913. Pendant ce temps, les services municipaux sont transférés dans le presbytère de la paroisse Saint-Léger, rue Diderot. Très peu de documents existent sur cet édifice d’avant guerre. Il semble que seul ce dessin du à Jean Goniaux nous informe sur la construction.

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   Un an plus tard, alors que l’hôtel de ville n’était pas tout à fait terminé, la guerre est déclarée et le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront 4 ans jour pour jour. Lens est peu à peu détruit pour n’être que désolation en 1918. Du superbe hôtel de ville, il ne reste que quelques briques s’élevant au milieu de gravats.

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   Evacué en Belgique mais revenu en France via la Suisse en 1917, Emile Basly a entre-temps installé la mairie provisoire de Lens à Paris, dans un immeuble de la rue de Hanovre.

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    Après la Libération, en août 1919, les services municipaux et le maire s’installent dans une construction provisoire en bois sur la place du Cantin. La priorité pour Emile Basly, est de reloger les lensois revenus d’exode. Il faut attendre le 3 août 1921 pour que la reconstruction d’un hôtel de ville soit décidée et confiée, comme avant guerre, à Jean Goniaux.

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   Reconstruit quasiment à l’identique, il entre en service pendant l’été 1926 lorsque s’y tint le premier conseil municipal le 6 août.

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   Il n’est inauguré qu’un an plus tard, le le 14 août 1927 en même temps que la nouvelle gare ferroviaire. C’est là une occasion d’organiser à Lens une grande fête populaire telle que Basly les aimaient avant la guerre.

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   A l’extérieur, il ne diffère du précédent que par son imposant clocheton. Les statues représentant un ouvrier et une trieuse qui entourent l’horloge de la façade ainsi que les cariatides représentant l’union et la force qui dominent les deux balcons latéraux sont dues à Augustin Lesieux qui sculptera aussi le monument aux morts.

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   A l’intérieur, les magnifiques vitraux représentant le monde du travail : la mine, l’agriculture, le transport ferroviaire sont réalisés par le maître-verrier lillois Alfred Labille.

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   Dans la grande salle d’honneur où sont célébrés les mariages, des peintures murales honorent le monde de la mine. Derrière un bureau posé sur une estrade, une fresque représente des jeunes danseuses entourant la muse des mineurs de 1913, Maria Godart.

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   Mais il est dit que ces constructions de Jean Goniaux ne resteront pas dans l’histoire. Douze ans après sa mise en service, l’hôtel de ville est de nouveau bombardé, par l’aviation alliée cette fois. Après le raid du 11 août 1944, l’hôtel de ville est fortement endommagé. Le corps central est inutilisable. Les différents services municipaux sont provisoirement déménagés à l’école Berthelot.

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   Dès 1949, Ernest Schaffner, maire de Lens depuis deux ans, fait présenter lors d’une séance du conseil municipal un avant-projet de reconstruction de l’hôtel de ville. L’architecte parisien Jean de Mailly (connu pour avoir reconstruit les villes de Toulon et de Sedan et qui participera plus tard à l’aménagement du quartier d’affaires de La Défense) travaille sur le projet avec l’architecte de la ville Henri Pantigny. Différentes études sont présentées (dont une prévoit de conserver le style de l’édifice d’avant-guerre en utilisant une partie de ses vestiges) mais ne convainquent ni la Préfecture, ni les architectes des Bâtiments de France. Un accord est trouvé en 1955 pour un hôtel de ville sobre et fonctionnel, reconstruit sur les bases de l’ancien et dont l’architecture rappelle quelque peu l’œuvre de Jean Goniaux.

   Pour faire place au nouvel édifice, les restes de l’ancien sont rasés en 1956. Les services municipaux sont hébergés et voyagent entre différents endroits de la ville (local provisoire dans l’avenue Van Pelt, gare Ste Elisabeth ou dans les locaux de la Société Générale place Jean Jaurès).

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   Un grave accident vient retarder les travaux : le 9 novembre 1956, un ouvrier chargé des travaux de déblaiement est tué sur le chantier.

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   Mais cette fois, ce sont les HBNPC qui s’opposent au projet. Le sol sur lequel reposerait l’édifice se situe au dessus d’une veine de charbon qu’elles ne pourraient exploiter, se privant ainsi de 400 000 tonnes de charbon. Les échanges sont vifs entre Ernest Schaffner et les services des Houillères, nécessitant l’intervention du ministre de la Reconstruction et de celui de l’Industrie. Le 14 novembre 1956, l’ingénieur en chef du contrôle des mines déclare : « Nous pensons que ce projet doit être modifié afin de réduire les dimensions de l’hôtel de ville à celles d’un immeuble ordinaire de deux ou trois étages ».

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   En janvier 1959, un nouveau projet est présenté. L’idée de conserver une partie su style du précédent bâtiment est complètement abandonnée pour répondre aux exigences des HBNPC. L’édifice, de style contemporain, est moins lourd et composé de quatre bâtiments différents mais les Houillères s’opposent de nouveau.

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    C’est un énième projet, proposé par Jean de Mailly en février 1960 qui est enfin accepté par les mines de Lens en mai 1961 : un édifice de forme cubique d’une hauteur de 30 mètres dont la façade est couverte de multiples vitres rectangulaires. Cinq années de perdues pour 400 000 tonnes de charbon alors que la production annuelle du groupe Lens-Liévin des HBNPC est de 7 millions de tonnes ! En 1962 que le Conseil municipal adjuge les travaux au Génie Civil de Lens. Enfin, la première pierre est posée le 10 novembre 1962 et les travaux peuvent commencer.

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   Un peu plus de quatre ans plus tard, le 14 février 1965, Ernest Schaffner, en compagnie du préfet du Pas de Calais Jean Tomasi et de Madame Victoire Lampin inaugure le nouvel hôtel de ville.

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Les lensois l’attendaient depuis plus de vingt ans.

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