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LE GANG DES CAGOULES DE LENS

16 juin

    Depuis le début de l’année 1925, de nombreux vols sont commis à Lens et dans la région. Simples chapardages au départ, ces délits ont pris des proportions plus importantes par la suite avec effractions et menaces à l’aide d’armes à feu.

   À Lens, dans la nuit du 4 au 5 avril 1926, les gendarmes De Grave et Chevalier se rendent chez des ouvriers-mineurs de la fosse 12 qui viennent d’être victimes de ces vols à mains armés par trois hommes cagoulés.

   Au croisement du Grand Chemin de Loos et de la rue François Coppée, ils aperçoivent deux individus suspects chaussés d’espadrilles et coiffés de bonnets. Les gendarmes les somment de s’arrêter et de décliner leur identité.

   Feignant ne pas comprendre, les deux hommes semblent vouloir s’éloigner. Lorsque les représentants de la marée-chaussée tentent de les suivre, ils sont victimes de tirs nourris auxquels ils ripostent.

  Dans cet échange de coups de feu, seul le gendarme De Grave est blessé au genou. Pendant que son collègue lui porte secours, les deux individus s’enfuient vers la route de Béthune. De Grave sera transporté à l’hôpital d’Arras et mis en arrêt de travail pour un mois.

  Ainsi débute l’histoire du « gang des cagoules de Lens ».

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   Le lendemain matin, le Maréchal des Logis chef Seyra de la gendarmerie de Lens décide d’une sortie en masse pour retrouver les malfrats. De nombreux habitants de la cité sont interrogés. L’un d’eux déclare que cette nuit vers deux heures du matin, un homme paraissant affolé est venu frapper à sa porte. Après avoir ouvert, l’homme s’excusa en disant s’être trompé de maison. Le témoin affirme avoir reconnu là un de ses voisins qu’il désigne comme étant Jean Polspoël.

   Une quinzaine de gendarmes, arme au poing, cernent la maison du voleur rue Alfred de Musset. Ce dernier tente de fuir par le jardin, mais est vite attrapé.

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La rue Alfred de Musset aujourd’hui 

   L’individu désigne aussitôt son voisin Henri Deruwez comme complice. Les gendarmes se rendent ce dernier. Aussitôt, il se met à table et avoue plusieurs vols. Puis il désigne un troisième larron : Arthur Vermeulen que les gendarmes vont aussitôt chercher au Petit Chemin de Loos en emmène tout ce beau monde à la gendarmerie.

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   Fouillant les maisons, les gendarmes trouvent qu’elles sont devenues de véritables cavernes d’Ali Baba. Beaucoup d’objets de valeur sont cachés sous le carrelage des cuisines qui a été descellé ou derrière des planches fixées aux murs.

   Deruwez, qui semble le chef de bande, Polspoël et Vermeulen sont des mineurs de fond travaillant à la fosse 1 de la Société des Mines de Lens. L’enquête dira qu’ils sont plutôt bien appréciés de leurs supérieurs. Les trois épouses sont également arrêtées et accusées de recel : Léonie Deruwez, Yvonne Polspoël et Rosalie Vermeulen. Présentés au juge Dutilleul, les six protagonistes sont inculpés (vols et recels) et incarcérés à la prison de Béthune.

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   Poursuivant leur enquête, les gendarmes découvrent dans les greniers l’attirail parfait du cambrioleur : trousseau de clés, pince monseigneur, gants, masques, quatre revolvers et trois cagoules.

   L’enquête permet de retracer le parcours des trois bandits lensois. Depuis1925, ils possèdent à leur tableau de chasse :vol d’argent et de linges chez les époux Debruyne rue Coppée ; vol de pigeons chez M. Flament, rue Poincaré et de lapins chez M. Duquesnoy, Petit Chemin de Loos ; chez la famille Caron, route de Béthune, du linge ; des bijoux chez M. Laurent et chemin Chevalier, un vélo au café Cochard.

   Ils ont aussi visité les ateliers de la fosse 12 d’où ils ont ramené des outils ainsi que plusieurs dépendances des ménages polonais pour y emporter des lapins et des poules.

   Pour ces vols qualifiés de simples, ils sont jugés au tribunal correctionnel de Béthune le 30 septembre 1926. Deruwez est condamné à 18 mois de prison ; Vermeulen à un an et Polspoël à six mois. Les trois voleurs sont également punis de 25 francs d’amende chacun. Les épouses, jugées pour recel, bénéficient d’un non-lieu.

   Nos loustics du « Gang des cagoules de Lens » tel que les surnomme la presse locale n’en n’ont pas pour autant fini à la justice. Le 16 décembre, ils se présentent devant la Cour d’Assises de Saint-Omer où leur sont reprochés des délits plus graves : vols avec circonstances aggravantes, vols avec armes à feu, violences sur autrui en bande organisée ainsi que l’usage d’armes à feu sur personnes dépositaire de l’autorité publique et coups et blessure sur le gendarme De Grave. Selon la loi, les accusés risquent la peine de mort.

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   A 12 heures précises, l’audience est ouverte. Le Président de la Cour appelle à la barre le docteur Halberstadt, directeur de l’asile de Saint-Venant. Le témoin déclare qu’à la demande de son avocat, il a effectué une expertise mentale sur Henri Deruwez à la suite de laquelle il peut affirmer que l’accusé est pleinement responsable de ses actes.

   Puis se suivent à la barre pas moins de 63 témoins pour finir par le Maréchal des Logis chef Seyra qui relate en détail l’enquête et les faits reprochés aux voyous :

   Le 25 janvier 1926 : vol de 3 000 francs chez les époux Debruyne de Lens. Poussant le cynisme au maximum, les auteurs sont retournés ensuite chez leurs victimes en tant que voisins pour les « réconforter ».

      – Le 21 mars 1926 : vol à la coopérative de Mazingarbe avec arme à feu et menaces sur Madame Rombeau la gérante, sa fille et sa mère. Devant le sang-froid et le courage de Mme Rombeau,, les voleurs ont pris la fuite avec seulement 150 francs

      – Dans la même nuit, les trois énergumènes se sont rendu chez M. Duquesnoy, négociant en vin à Lens où ils ont emporté des bouteilles de vin et de liqueur d’une valeur de 4 500 francs.

   On en arrive à cette nuit du 4 au 5 avril 1926, les trois hommes cagoulés pénètrent dans les maisons des mineurs Lambert puis Lefebvre. Sous la menace d’armes, ils emportent divers objets pour une valeur totale de 23 000 francs. Parmi ces objets, il y a deux machines à coudre. C’est ce qui va causer leur perte !

   De retour chez Derumez, ils se partagent le butin en présence de leurs épouses. L’une d’elles se plaint de ne pas avoir de machine à coudre. Nos hommes décident alors de repartir à la chasse. C’est lors de cette nouvelle escapade qu’ils croisent les gendarmes. Polspoël réussit à s’esquiver alors Deruwez et Vermeulen participent à l’échange de tirs qui finira par les amener à leur perte.

   Au tribunal, le jury se retire à 19 h 00. Deux heures plus tard, les jurés sont de retour et annonce, à la surprise générale, avoir trouvé des circonstances atténuantes aux trois bandits ce qui leur évite la peine de mort.

   Henri Deruwez, désigné le chef de bande écope de 20 ans de travaux forcés ; Arthur Vermeulen de 15 ans tandis que Jean Polspoël effectuera une peine de 10 ans de prison.

   Ainsi se termine l’histoire du « gang des cagoules de Lens » et la cité de la fosse 12 retrouve son calme.

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L’histoire peu ordinaire de l’église Notre-Dame des Mines de Lens.

13 fév

Merci à Anne Petit et Jean Claude Desprez pour l’aide apportée à la réalisation de ce texte

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   Avant la Première Guerre mondiale, la cité de la fosse 2 dite du Grand-Condé située le long de la route de Lille à Lens, était l’une des rares cités minières à ne pas posséder d’église.

   La cité du Grand Condé, comme tout le reste de la ville, n’est plus que ruines à la fin de la Grande Guerre. Lors de la reconstruction, la Société des Mines de Lens décide de la doter d’une chapelle dépendante de la paroisse Saint-Léger.

   La chapelle, placée sous le vocable de Saint-Wulgan, est inaugurée le 1er novembre 1921,

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   Saint Wulgan, archevêque de Cantorbery, était un évangélisateur Anglais du VIIe siècle qui aurait traversé la Manche pour « semer la bonne parole » dans le nord de la France. Traversant les villages de l’Artois, il arrive à Lens où son zèle pour la population et les malades fut souligné, puis il se retira à Arras où il mourut vers 570. Son corps fut transporté à Lens dans la Collégiale Notre Dame. La ville et le Chapitre de Lens choisirent Saint Wulgan pour patron tutélaire. Sa statue côtoie celle de Notre-Dame des mines dans l’église.

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   La chapelle est construite dans un ensemble comprenant un dispensaire, une salle de patronage et des logements pour les sœurs de la communauté franciscaine. Elle comprend deux petites ailes surmontées d’un étage couvert de plaques de fibrociment.

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   Entre les deux ailes se dresse le clocher à la base carrée qui part du sol. Chaque face est ornée d’un relief en forme de treillage.La chambre des cloches hexagonale aux ouvertures en bois est surmontée d’une pointe munie de quatre petites lucarnes. À l’extrémité de la flèche, la croix est au centre d’une rose des vents.

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   Saint Wulgan deviendra une paroisse en 1932. C’est à cette époque que l’abbé Logez a l’idée de créer une revue mensuelle qu’il appelle « Le messager de Notre-Dame des Mines » qui est vendue 50 centimes.

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   En 1935, Marc Montaigne, un ingénieur au service des plans aux mines de Lens et également sculpteur, offre à la paroisse une statue de Notre-Dame des Mines, réplique de celle surplombant le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien des Causses, près d’Alès. Montaigne a ajouté sur le socle de la statue des bas-reliefs représentant les mineurs de fond au travail.

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   Chaque année, lors des processions, des mineurs portent la statue de Notre-Dame des Mines dans les rues de la cité du Grand-Condé.

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   La chapelle ne cessera d’accueillir de plus en plus de fidèles à tel point qu’à la fin des années 50, elle est trop exiguë pour le nombre de pratiquants. De plus, elle s’abîme depuis que les HBNPC ont cessé de l’entretenir. Alors, en mars 1959, les familles de mineurs de la cité prennent l’affaire en main ! Une soixantaine de Gueules Noires se prennent en charge et entreprennent des travaux pour démolir la chapelle et, sur ses fondations, construire une nouvelle église.

   Une souscription est ouverte, des dons affluent de partout : de Lourdes, d’Annecy, de la côte d’Azur, de Bretagne, et même de Tahiti. Le Général De Gaulle lui-même, parrain d’une petite Yvonne née dans les corons, participe au financement. Les mineurs ont une autre idée : vendre des « briques », qui sont en fait des dessins réalisé par Maurice Bienfait comportant l’inscription « Aidez les mineurs de la fosse 2 de Lens pour la construction de l’église de Notre-Dame-des-Mines ».

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   C’est à l’architecte diocésain, l’abbé Fernand Pentel, que l’on demande de dessiner les plans. Il réalise « un édifice circulaire pour rassembler une communauté rapprochée du chœur en un même mouvement ». Lorsque la maquette est rendue publique, on est étonné de l’audace de la construction dont l’architecture très moderne contraste avec les autres églises de Lens.

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   Alors peuvent débuter les travaux. Après une dernière messe de Noël célébrée le 24 décembre 1960, la chapelle est livrée à la démolition début janvier 1961. La première pierre de la nouvelle église est posée le 26 mars 1961 par Monseigneur Perrin, évèque d’Arras.

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   Les mineurs participent à la construction. Ils sont aidés par les entreprises locales qui apportent gracieusement leur savoir-faire et leur matériel. On peut citer entre-autres les noms de la maçonnerie Crépel, le Génie Civil de Lens, la métallerie Jacquemart ou encore les entreprises Graillier et Dumortier.

   L’architecture d’avant-garde n’est pas la seule particularité de cette église. Des vitraux faits de dalles de verre coloré réunis par du ciment ont été réalisés par le père Pierre Cholewska (1922-2012), un moine bénédictin de l’abbaye de Wisques d’origine polonaise. Ses oeuvres aux couleurs vives agrémentent l’architecture d’une cinquantaine d’églises dont celles de Marles-les-Mines, Calonne-Ricouart ou encore du Saint-Curé-d’Ars à Arras ou Saint-Luc à Sainte-Foy-les-Lyon.

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   Treize vitraux ornent les parois des fonds baptismaux et 36 autres les murs de la nef. Un large vitrail circulaire installé au plafond offre une lumière splendide lorsque le soleil illumine le chœur.

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   La nouvelle église de la cité du Grand-Condé est bénie le 11 mars 1962 par Monseigneur Parenty.

   En mars 1987, la paroisse Saint-Wulgan célèbre le 25e anniversaire de son église. L’abbé Edouard Fremy célèbre la messe après une procession dans les rues de la cité.

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   Au cours de cette procession, comme leurs parents il y a près de 50 ans, des mineurs en tenue de travail présentent la statue de Notre-Dame-des-Mines qui aujourd’hui encore est présente dans le chœur de « l’église ronde ».

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Drame de l’adultère à Lens

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   Lorsque le 28 octobre 1878 dans une maison du chemin de la Bistade à Sainte-Marie-Kerque, madame Adeline Vanhoutte met au monde son deuxième fils Raphaël, elle ne se doute pas qu’elle est là à l’origine de l’un des faits divers les plus atroces qui se soient déroulés à Lens.

   Adeline et son mari Wilfried possèdent une petite exploitation agricole qui ne permet pas de nourrir toute la famille surtout que trois nouvelles naissances vont vite venir agrandir la fratrie. Le jeune Raphaël grandit donc dans la ferme où règne la misère.

   Quelques mois avant sa naissance, à quelques kilomètres de là, dans la petite commune de Watten était venu au monde le 5 novembre 1877 Victor Auguste Emile Rousselle. La famille de Victor n’est pas plus fortunée que celle de Raphaël. Sa mère n’a pas d’emploi et s’occupe de la maison et des trois enfants. Son père est « manouvrier ». Contrairement au journalier qui chemine de ferme en ferme, le manouvrier ne travaille que pour un seul fermier à qui il loue une petite maison et un lopin de terre.

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   C’est le cas également pour le père de la jeune Léonie Courtin qui, le 8 mars 1881, a vu le jour à quelques centaines de mètres de la famille Vanhoutte. Léon et Marie, ses parents, élèvent Léonie et ses trois frères à Sainte-Marie-Kerque, une commune rurale de 1400 habitants.

   Après un an passé dans l’armée au lieu des trois habituels à cette époque (il est considéré comme soutien de famille), Victor Rousselle est libéré le 24 septembre 1901. Il rencontre Léonie Courtin et le 19 juillet 1902, le couple se marie en la mairie de Sainte-Marie-Kerque et s’installe dans le village. Quelques mois plus tard, Isabelle arrive au monde et l’année suivante, la famille s’agrandit avec la naissance de Marius. Il faut nourrir tout ce monde. Victor, comme son père est manouvrier. Il travaille souvent plus de 14 heures par jour, mais son salaire journalier de 3,50 francs ne suffit pas à assurer la subsistance de sa famille quand le pain coûte 30 centimes.

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   De plus en plus, les ouvriers agricoles quittent les campagnes pour les régions industrialisées. Dans le bassin minier, la Société des mines de Lens recherche de la main-d’oeuvre. Plus de 10 000 ouvriers et ouvrières y travaillent déjà, surtout des mineurs de fond. De plus, la compagnie propose un logement à ses salariés. Le couple Rouselle n’hésite pas. En février 1905, Victor se fait embaucher à la fosse 4 de Lens. La famille emménage à Avion, dans les corons de la rue Sadi Carnot.

   Pendant ce temps, à Sainte-Marie-Kerque, Raphaël Vanhoutte vit misérablement et ses maigres revenus de journalier ne servent surtout qu’à apporter un peu plus de quoi vivoter à la famille. Le 14 novembre 1899, il est incorporé dans le huitième régiment d’infanterie de Saint-Omer. En tant que soutien de famille, il ne sert également qu’un an dans l’armée dont il est libéré le 23 septembre 1900 pour retourner à sa vie de misère.

   C’est certainement le besoin d’argent qui l’incite à commettre un vol de 1000 francs. Il se fait prendre et est condamné par le tribunal de Saint-Omer le 4 janvier 1905 à un an de prison avec sursis. Alors, un an plus tard, à l’instar du mari de son ancienne voisine, il décide d’aller aussi tenter sa chance dans les mines de Lens où il se fait également embauché le premier février.

   Étant célibataire, il ne peut lui être alloué de logement. Il est d’abord locataire au 47 rue Decrombecques à Lens.

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   Le 13 mars 1905, Rousselle est appelé par l’armée pour effectuer une période de formation de 28 jours d’instruction. Raphaël qui rend souvent visite à Léonie devient alors son amant. Victor ne s’aperçoit de rien et, à son retour, continue de travailler consciencieusement. Courageux, il est très apprécié de ses supérieurs. Raphaël Vanhoutte, lui, est un garçon renfermé, influençable et même un peu fainéant.

   Le 6 juin, les Rousselle emménagent dans une maison au numéro 12 de la place Saint-Alfred, à deux pas de l’entrée du carreau de fosse 4. Léonie parvient à convaincre Victor de louer une chambre à Raphaël contre un petit loyer qui améliorera les ressources du couple. En juillet, Vanhoutte vient s’installer chez « ses amis ». Alors, on s’arrange. Le lit des enfants est descendu. Isabelle et Marius y dormiront près du lit des parents.

   Victor et Raphaël ne sont pas du même poste à la mine. Cela facilite les relations entre le jeune célibataire et sa maîtresse qui vont durer plus de trois ans sans éveiller le moindre doute chez le mari. Une nouvelle période militaire appelle Victor loin de chez lui en août 1907. Le couple adultère en profite et commence à germer dans les idées de Léonie une idée morbide.

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   Le hasard va aider à la concrétiser. Le mardi 21 avril 1908, Victor travaille à la journée. Il doit terminer son service à 18 heures mais le cesse plus tôt. Arrivant chez lui vers 16 heures, il ne voit personne au rez-de-chaussée. Il se rend dans la chambre de son locataire et y trouve celui-ci au lit avec son épouse. Sa réaction de colère n’entraîne aucune violence, il préfère quitter la maison et se rendre dans l’estaminet le plus proche « chez Mirza » tenu par Marie Legrand dont l’époux, Louis, est mineur comme lui.

   Pendant ce temps, Raphaël et Léonie conversent. Le retour inopiné de Victor va mettre en péril leur relation. Léonie demande à son amant de la protéger, car dit-elle, elle craint pour sa vie et celle de ses enfants. Il faut trouver une solution. C’est Léonie qui propose celle qui ne peut que convenir : éliminer le gêneur. La mort de Victor : ce n’est pas la première fois qu’elle évoque cette hypothèse, mais cette fois Raphaël, homme de faible personnalité, se laisse convaincre.

   Il ne sert plus rien d’attendre maintenant que Victor est au courant de leur relation. C’est décidé, le mari gênant passera de vie à trépas cette nuit ! Léonie insiste : « Il y a une hache à la cave. Tue-le, mais ne le fait pas trop souffrir ».

   Lorsque Victor rentre au bercail vers 20 heures, il a une discussion avec son épouse infidèle. « Il n’est plus question, lui dit-elle, que nous couchions ensemble ». Elle passera la nuit dans le grand lit avec sa fille Isabelle et lui s’allongera dans l’autre avec Marius. Raphaël, lui, est monté se coucher de bonne heure, n’osant pas affronter le regard de Victor. Auparavant, il a pris la précaution d’aller chercher la hache dans la cave et de la cacher dans sa chambre.

   Vers minuit, il descend sans faire de bruit et se rend dans la chambre commune où il réveille doucement Léonie qui dort du sommeil du juste. Après lui avoir confirmé ses intentions, elle indique à son amant le côté du lit où est couché son mari et lui demande de prendre des précautions pour ne pas blesser son fils !

   Vanhoutte se dirige vers le lit de Victor, lui touche le visage pour être certain de ne pas se tromper. Cela réveille l’infortuné, mais avant qu’il ne réagisse, il reçoit en pleine tête un violent coup asséné avec la lame de la hache.

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   Pendant que Raphaël traîne sa victime inconsciente jusque dans la cuisine, Léonie se lève, va chercher son fils réveillé par le bruit, le couche avec sa sœur et le berce jusqu’à ce qu’il se rendorme.

   Puis elle rejoint son amant. Vanhoutte s’assure de la mort de sa victime en lui donnant quelques coups de hache supplémentaires. S’apercevant que feu Victor perd beaucoup de sang, il va chercher un sac au grenier pour lui envelopper la tête. Il l’habille ensuite puis le traîne dans la rue et l’abandonne près de l’estaminet des Legrand. S’apercevant que le cadavre est nu-pieds, il retourne chercher ses godillots puis revient les déposer à côté du corps.

   Pendant ce temps, Léonie, dans la chambre, nettoie consciencieusement le sol et le bois de lit. Elle retire les draps et couverture souillés et les remplace par ceux qu’elle va chercher dans la chambre de Raphaël.

   De retour à la maison, son amant jette dans la fosse d’aisance le sac qui avait servi à entourer la tête, essuie la hache et la remet à sa place dans la cave. Il aide ensuite Léonie à nettoyer le sol de la cuisine puis le couple va se coucher ensemble dans le lit occupé quelques minutes avant par le mari assassiné et, comble de l’ignominie, y ont une relation intime !

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière l’estaminet des Legrand. Dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Pensant à un sac, il se baisse pour le ramasser et découvre l’horreur : un corps humain, la tête ensanglantée et les pieds nus. Le corps est si abîmé qu’il est méconnaissable.

   Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée. Les gendarmes envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flots. Cependant, les pieds nus et les traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là, mais a été traîné.

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   Dès le lever du jour, les gendarmes suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Rousselle, au n° 12 de la place Saint-Alfred. Ils entrent dans la maison et découvrent un sol bien lavé et encore humide. Les enfants sont à table, Léonie est en train de leur préparer le petit-déjeuner. Raphaël descend de l’étage, il est à peine habillé et enfile ses vêtements de mineur comme pour se rendre au travail.

   Les gendarmes demandent à la femme où se trouve son mari. Elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme. Cependant, des voisins que le spectacle a attiré en nombre devant la maison, affirment que Victor a quitté l’estaminet vers 20 heures pour rentrer chez lui. Les représentants de l’ordre décident alors de visiter la maison. Dans la chambre du rez-de-chaussée, ils découvrent des traces de sang sur les boiseries de l’un des lits et sur le sol. Dans la chambre de Vanhoutte, ils soulèvent la couverture du lit et trouvent les draps ensanglantés.

   Les gendarmes poursuivent leur inspection : sur le sol pourtant bien lavé de la cuisine, il y a aussi quelques traces de sang. Ils en découvrent également sur la lame et le manche de la hache qu’ils trouvent dans la cave. Le brigadier-chef se tourne alors vers Léonie et Raphaël et leur crie : « C’est vous les assassins ! ». Il fait venir son supérieur. Le lieutenant Coine arrive et confirme ; les preuves sont irréfutables, Victor Rousselle a été assassiné ici !

   Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Il les fait conduire à la gendarmerie de Lens sous bonne escorte, car la maison est toujours assiégée par les mineurs qui veulent lyncher Vanhoutte. Ils lui jettent des pierres et hurlent « À mort, tu as tué l’un des nôtres ! ». L’homme est prostré, honteux. Sa maîtresse semble totalement indifférente.

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   À la gendarmerie, Léonie prétend qu’elle a agi pour ne plus subir les violences de son mari et protéger ses enfants. Vanhoutte déclare avoir été influencé par sa maîtresse : « Un crime pour refaire leur vie ensemble » lui avait-elle promis.

   Les amants terribles sont transférés le jour même à la prison de Béthune par le train de 15 h 40. La foule, qui a envahi la gare les accueille aux cris de « A mort les assassins ! ». Les dix gendarmes qui escortent le couple ont bien du mal à le protéger et le hisser dans la voiture. La même scène se reproduit à Béthune où plus de cent personnes les encerclent de la gare à la prison. L’air arrogant de Léonie excite encore plus les manifestants.

   La justice ne traîne pas, le 22 juillet les « amants terribles » sont jugés par la cour d’assise du Pas-de-Calais à Saint-Omer sous la présidence de Maître Thuillier, conseiller à la Cour d’appel de Douai.

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   Léonie continue de prétendre qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Les témoins, collègues de travail, supérieurs hiérarchiques et voisins de Rousselle la contredisent. Victor n’était pas violent et jamais aucun cri, aucune dispute provenant du 12 cité Saint-Alfred n’ont été entendus. Même Léonie était considérée comme une bonne ménagère, s’occupant bien de ses enfants et de sa maison.

   Raphaël Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   Le médecin légiste qui a autopsié le corps rapporte que la victime portait au front une plaie de cinq centimètres profonde de plus d’un centimètre faite avec le tranchant de la lame. Ce premier coup fut mortel. Quatre autres plaies derrière la tête ont occasionné de multiples fractures et un enfoncement de la boite crânienne prouvant l’acharnement de Vanhoutte.

    Le procès est expéditif. Dès le lendemain, le verdict est prononcé. Après un sévère réquisitoire de Maître Mouron, procureur de la République, viennent les plaidoiries des défenseurs, Maître Lefebvre du Prey pour Vanhoutte et Maître Leblanc pour Léonie. Le jury se retire, la délibération ne dure pas plus de vingt minutes. Le président annonce le verdict : la Cour, estimant que la veuve Rousselle pouvait avoir quelques circonstances atténuantes, la condamne aux travaux forcés à perpétuité. Quant à Raphaël Vanhoutte, il est jugé coupable de meurtre avec préméditation. Pour lui, ce sera la peine de mort.

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   Dans la salle qui retenait son souffle, un seul bruit : l’un des frères de Raphaël applaudit et crie « Bravo ! ». Alors que les deux condamnés montent dans le fourgon de police, ce même homme hurle vers son frère : « Adieu crapule. C’est ton frère qui te le dit ».

   Vanhoutte est écroué à la prison de Béthune où il rejoint d’autres condamnés à mort « célèbres » pour leurs méfaits dans la région, les criminels de la bande à Pollet. Léonie Rousselle est incarcérée à la prison du Bon Pasteur à Saint-Omer. Il semble que personne ne se soit aperçu que son ventre s’est arrondi.

   L’appel de Maître Lefebvre du Prey en faveur de Raphaël Vanhoutte est rejeté le 28 août par la Chambre criminelle de la Cour de cassation de Lille

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   L’assassin conserve néanmoins un petit espoir de ne pas voir sa tête tomber dans le panier au pied de la guillotine. À Paris, Aristide Briand, garde des Sceaux, soumet à l’Assemblée nationale un projet de loi visant à supprimer la peine de mort en France. L’unique argument : éviter le retour d’erreurs judiciaires comme cela s’est déjà produit plusieurs fois. Mais la grâce présidentielle accordée récemment à l’auteur d’un crime horrible : le viol suivi d’assassinat d’une fillette de 11 ans, a suscité la colère de la population. Le 8 décembre, par 330 voix contre 201, la Chambre des députés repousse le texte.

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   À la suite de ce vote, le président Armand Fallières, pourtant abolitionniste convaincu (il a gracié les 62 hommes condamnés à mort depuis le début de son mandat.), hésite à affronter l’opinion publique. En ce début d’année 1909, il y a 28 détenus voués à la guillotine en France. Le vendredi 8 janvier, il en gracie six dont Raphaël Vanhoutte. Il annonce avoir pris ces décisions après un examen minutieux de chaque dossier et en fonction de la nature des crimes, des antécédents, âges et état mental et physique des condamnés.

  Le lendemain à 4 heures 30 à la maison d’arrêt de Béthune, tandis qu’il entend de sa cellule le bourreau Anatole Deibler s’activer aux préparatifs des exécutions de la bande à Pollet, Raphaël Vanhoutte reçoit la visite du directeur de la prison qui lui annonce la décision du président de la République.

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   Le mercredi 13 janvier, Vanhoutte quitte Béthune pour se rendre à Douai où lui sera notifié officiellement sa grâce et annoncé que sa peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

   Il change de train à Lens où il est reconnu. Un journaliste de l’Écho du Nord assiste à la scène. « Mercredi, du train arrivant en gare de Lens à une heure 29 est descendu Raphaël Vanhoutte. Reconnu immédiatement par les voyageurs, l’assassin de Lens suscita une vive curiosité… Vanhoutte, qui n’était pas d’une santé robuste, nous a semblé très déprimé, il était dans un état de prostration compléte. Il jetait çà et là autour de lui des regards où se mêlaient l’inconscience et la crainte… Néanmoins, aujourd’hui, aucun cri hostile ne fut poussé. La fureur du premier moment a fait place à la pitié. »

   Le condamné parle au journaliste : « Je ne me suis pas rendu compte de la monstruosité de mon crime. Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais tué le mari de mon amie alors qu’il m’eut été si facile de tenir ménage avec l’épouse infidèle. Je n’ai aucune nouvelle de la femme Rousselle. Je ne sais où elle est ni ce qu’elle fait. Au bagne, je m’inquiéterai d’elle et demanderai à entrer en correspondance avec elle. Je me conduirai bien là-bas, je me montrerai docile et discipliné ».

   L’article se poursuit ainsi : « A une heure 40, le forçat prenait place dans un wagon de seconde classe à destination de Douai. Bien pénible fut le passage du jeune gracié. À son départ de Lens, la pitié, plus que la haine l’accompagna car Vanhoutte passe pour un esprit simple poussé à la haine par la passion. »

  Le condamné rejoint ensuite sa nouvelle cellule à la prison de la rue de Cuincy à Douai. Le 25 janvier à 11 heures 45, il est convoqué avec un autre condamné gracié, Joseph Philippart, dans la salle du parlement de Flandre du Palais de Justice où doit leur être notifier leur nouvelle peine.

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   « Le cérémonial est aussi pompeux en sa sévérité qu’en sa brièveté, lira t’on dans la presse. Le procureur a donné lecture des actes de grâce devant la Cour. Les gendarmes au garde-à-vous mirent l’arme sur l’épaule, baïonnette au canon et la reposèrent, la cérémonie terminée, avec une correction parfaite. Et ce fut tout. »

   L’article précise ensuite que l’état de santé de Vanhoutte est des plus précaires et qu’il se pourrai bien qu’il ne fasse pas de vieux os au bagne.

    Avant d’atteindre la Guyane, le condamné est transféré dans un wagon cellulaire de chemin de fer vers le point d’embarquement à Saint-Martin-de-Ré. Vanhoutte y arrive le 10 février 1909.

   L’homme ne sera alors plus qu’un matricule, le numéro 6055. Il restera plusieurs mois les pieds enchaînés dans une grande cellule au milieu d’autres bagnards, Le 9 juillet, après avoir été tondu, il embarque à bord du navire « La Loire », un bateau spécialement aménagé pour le transport des condamnés, à destination du bagne de Saint-Laurent-Maroni. En 1909, ces bateaux de la Société Nantaise de Navigation achemineront vers la Guyane 435 condamnés aux travaux forcés que l’administration appelle des « transportés ».

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   Le bagne de Saint-Laurent-Maroni n’est qu’un dépôt temporaire. La plupart des bagnards sont envoyés dans les autres camps et pénitenciers. Seul un petit nombre reste à Saint-Laurent, les hommes considérés peu dangereux qui ne tenteront pas de s’évader. Ils sont employés dans l’administration (jardiniers, peintres, cuisiniers…). Raphaël Vanhoutte en fait partie.,

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   Sur l’imprimé de dépôt des condamnés aux travaux forcés le concernant, il sera écrit : « Conduite bonne ». Mais les dernières personnes à avoir l’avoir vu en métropole avaient raison. Sa faible constitution et la maladie auront rapidement raison de lui. Le 4 juillet 1911, l’assassin de Lens décède à l’hôpital de Saint-Laurent-Maroni. Il avait 33 ans.

   Ce jour-là, son dossier de bagnard sera simplement barré en croix. Ainsi se termine pour l’administration « l’affaire Vanhoutte ».

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   A Saint-Laurent, il n’y a pas de cérémonie pour un bagnard décédé. Le corps de Vanhoutte est emmené en charrette « aux Bambous », nom donné à la partie réservée aux bagnards du cimetière communal. Il est enterré dans l’une des nombreuses fosses communes.

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   Le 7 janvier 1909, à la mairie de Saint-Omer, un certain Louis Berthe, comptable à la prison du Bon-Pasteur, vient déclarer la naissance de Léon Rousselle, fils légitime de Léonie Rousselle née Courtin et de feu son mari Victor Rousselle. Nous sommes là un peu moins de neuf mois après l’assassinat du mineur lensois….

   Léonie abandonnera l’enfant et sera ensuite transférée à la prison centrale pour femmes de Rennes. Elle y finira ses jours le 20 février 1946 à l’âge de 65 ans.

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   Quant aux enfants présents le soir du crime, ils retournèrent à Sainte-Marie-Kerque où ils furent recueillis et éduqués par les parents de Léonie. Isabelle épousera en 1924 Jules Bertier un cordonnier du village, Marius sera, comme son père et son grand-père, manouvrier dans les fermes. Il épousera en 1931, une fille d’Eperlecques.

   La famille de Raphaël Vanhoutte quitta définitivement Sainte-Marie-Kerque. Avec le décès à Helfaut, le 16 août 1985 de Léon, le troisième enfant de Léonie, se ferme définitivement le livre sur l’histoire des assassins de Lens.

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Fernand Bourguignon, peintre lensois de talent

7 juin

   Il existe à Lens une école de dessin et de peinture Fernand Bourguignon installée dans l’ancien centre médico-scolaire de la rue Arthur Lamendin.

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   Mais qui était ce Fernand Bourguignon ? Sur Internet, très peu de documents nous renseignent sur cet artiste qui a pourtant laissé son nom pour la postérité.

   C’est en me procurant un ancien numéro de GAUHERIA publié en 1989 que j’ai enfin pu découvrir qui était Fernand Bourguignon.

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   Né en Belgique en 1912, il suivit son père qui travaillait dans la réfection des églises pour le diocèse de Lille. Fernand fut très jeune passionné par le dessin et suivi des cours aux Beaux-Arts de Lille. Diplôme de dessinateur en poche, il travailla dans plusieurs bureaux d’étude

   Après son service militaire, il se fit embaucher comme dessinateur par la Société des Mines de Lens où il travailla jusqu’à sa retraite en 1968. Il habitait au numéro 85 de la route de Béthune.

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  C’est surtout pendant les grèves sanglantes de 1947 que son talent fut découvert. Bourguignon dessinait les mineurs, leur famille, leur environnement …

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   En 1950, il était membre du Groupement des Artistes Indépendants de Lens lorsque fut créée l’école de dessin et de peinture. Quatre ans plus tard, Fernand Bourguignon commença à enseigner son art dans cette école, rôle qu’il joua jusqu’en 1984. Puis il devint sociétaire des salons de l’école française et des artistes français ce qui lui permit d’exposer ses œuvres plusieurs fois à Paris.

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   Les vieilles rues de Lille où il passa son enfance, les beaux paysages de la Cote d’Opale, les villages alpestres, les portraits de mineurs et bien d’autres sujets encore nous rappellent aujourd’hui le talent de ce grand artiste.

   En 1967, Fernand Bourguignon envoya au général De Gaulle un dessin représentant la façade de sa maison natale lilloise et reçut une lettre de remerciements du président de la République.

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   Le 6 juin 1985, Fernand Bourguignon décédait à Lens après un malaise cardiaque. Le 15 novembre de la même année, André Delelis et la municipalité décidaient de donner son nom à l’école municipale de dessin et de peinture.

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(Document Archives municipales de Lens)

   A la suite de cet article, le service des archives de Lens communique :  » Un particulier dont le père était ami avec Fernand BOURGUIGNON a fait don à l’école de dessin de 3 œuvres de Fernand BOURGUIGNON qui sont désormais accrochées sur les murs de l’école. »

   Voici ces trois superbes tableaux :

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Albert Lebrun dans les galeries de Lens

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   Fin novembre 1939, la guerre est déclarée entre la France et l’Allemagne depuis plus d’un mois et demi. Dans les mines, les effectifs sont en baisse, les plus jeunes ont été mobilisés. Certains sont certainement devant la ligne Maginot à attendre l’arrivée des troupes allemandes, c’est la « drôle de guerre ».

   Le président Albert Lebrun décide de se rendre dans la capitale du Pays minier afin de motiver les mineurs. Pour compenser la perte d’effectif, un allongement de la journée de travail et une diminution du nombre de repos ont été instaurés.

   Le mercredi 22 novembre, le président arrive à Lens en autorail, accompagné du ministre des travaux publics Anatole de Monzie et d’autres personnalités. Il est accueilli par Maxime Bucher, directeur de la Société des mines.

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   La troupe se rend à la fosse 2 où, à dix heures, tout le monde prend place dans la cage pour descendre dans les galeries. L’occasion pour le président de rappeler son passé d’ingénieur des mines de fer de Briey (Meurthe-et-Moselle).

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   Lorsque la cage s’arrête à 250 mètres sous terre et la délégation continue à pied pour rejoindre la veine Alfred à 320 mètres où l’attendent quelques mineurs de fond « triés sur le volet ».

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   Le scénario est bien huilé. Laissons Henri Danjou, un journaliste parisien nous narrer la suite :

     « C’est le dur chemin de la mine, les chantiers d’abattage commencent au fond du trou.

     – Reconnais-tu ton visiteur ? crie un ingénieur au premier des mineurs qui apparait dans la caverne.

     – Par exemple ! dit jovialement l’homme du fond, Monsieur Lebrun ! Jamais nous n’aurions pensé que le président de la République prendrait la peine de venir nous voir !

   Sa joie se répercute au lointain dans la veine. »

   La discussion est donc cordiale voire même amicale. Lebrun félicitant les ouvriers pour l’effort de productivité accompli depuis le début du conflit et les mineurs de fond remerciant la président de les honorer par sa visite.

   Remonté au jour vers midi, le président et sa suite entament une conversation à bâtons rompus avec un autre groupe de mineurs qui, en aucun cas, ne se plaignent de leurs conditions de travail. Lebrun en profite pour les inciter à accepter en plus de « longues coupes » (allongement de la journée de travail au fond) et remercier particulièrement les mineurs polonais venus travailler dans le bassin.

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    Après la traditionnelle photo « de famille », c’est aux Grands Bureaux que se rendent le président et ses accompagnateurs. Il y salue Alfred Maës, le maire de Lens. De nouveau, il souligne l’effort des gens de la mine : bien que le nombre de mineurs ait baissé de 248 000 à 207 000 avec la mobilisation, la production annuelle est restée identique à celle de 1938 avec 47,5 millions de tonnes. Le rendement du mineur a pendant cette période augmenté de 9%. Mais la production ne suffit pas en ces temps de guerre, le président veut la porter à 60 millions de tonnes.

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   Avant du quitter Lens pour Arras, le président Lebrun incite tous le personnel des mines, directeur, ingénieurs, porions et ouvriers à « répondre à l’appel de la France en vue d’une paix juste et durable par la victoire des armées des alliés ».

La route de Lille et le Grand-Condé

3 fév

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   Au Moyen-âge, le Chemin de Lille, sur lequel sera tracée la route de Lille bien plus tard, n’était pas raccordé directement au bourg de Lens. Il fallait sortir par la Porte d’Arras et prendre vers le nord.

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   Au 18ème siècle, la jonction est faite avec la construction de la porte de Lille que l’on pourrait situer aujourd’hui sur la rue Lanoy, au croisement des rues Eugène Bar et du 14 Juillet.

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   Avant la loi du 28 juillet 1824 qui institua les routes nationales, le tronçon allant de Lens à Loison-sous-Lens faisait partie de la Route Impériale n°28 allant du Havre à Lille. En 1824, elle intègre la route Nationale 25. Depuis le 1er janvier 2006, nous sommes sur la route Départementale n° 917.

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   La route de Lille débute officiellement dès les premiers corons, au niveau de la rue Etienne Dolet.

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   Depuis le 19ème siècle, elle s’appelait « Rue de Lille » depuis la place Jean Jaurès à la limite de Loison.

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   Puis elle fut scindée on donna le nom de « Route de Lille » au-delà de la place du Cantin. De là jusque sur la place Jean Jaurès, elle conserva le nom de rue de Lille jusqu’en 1947 lordqu’elle devint la rue René Lanoy.

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   Les recensements de la population nous indiquent que dès 1861, des mineurs se sont installés sur la route de Lille près de la fosse 2 et qu’en 1886, des corons y étaient construits.

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   Pour rompre la monotonie de ces grands alignements, la Société des Mines de Lens avait orné chaque maison de motifs différents.

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   Les mineurs qui vivaient là étaient essentiellement employés à la fosse 2 dite du Grand Condé. L’avenue du même nom partant de la route de Lille permettait de rejoindre le carreau de la fosse.

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   Cette fosse fut appelée ainsi par la Société des mines de Lens car elle se situait dans le quartier du Grand Condé appelé ainsi en souvenir de la victoire du Prince de Condé sur les troupes espagnoles de Léopold de Habsbourg en 1648. C’est en cet emplacement qu’aurait été situé le campement des troupes françaises avant de donner l’assaut.

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   Un autre campement militaire exista au Grand Condé. Le notaire Léon Tacquet, gendre d’Elie Reumaux le directeur des mines de Lens, possédait au Grand Condé un grand haras. Il servit de campements en 1906 aux militaires français envoyés mater la grève des mineurs consécutive à la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières.

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   Des 1914, ce furent au tour des troupes allemandes de s’installer dans les haras du notaire.

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   La fosse 2 fut creusée à partir de 1858 à une profondeur de 226 mètres. En 1905, la fosse 2 bis lui fut adjointe.

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   Déjà à cette époque, les corons côtoient quelques maisons individuelles sur cette route rectiligne.

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   Comme le reste de la région lensoise, la route de Lille est entièrement rasée lors de la Première Guerre mondiale.

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   Des 1919, la reconstruction débute. Il faudra attendre le début des années 20 pour voir de nouveau les alignements de corons sur la route de Lille.

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   La réfection de la route et des trottoirs viendra un peu plus tard.

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   Une fois les barres de corons franchies en direction de Loison, les maisons des mines sont construites dans un autre style : des habitations groupées par deux ou par trois.

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   Auparavant les nouveaux chevalets des fosses 2 et 2bis se sont élevés. L’un métallique, l’autre en béton armé.

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    Les fosses 2 et 2 bis cesseront leur activité en 1972. Le terrain, abandonné par les HBNPC, devint vite une friche envahie par la végétation.

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   De nos jours sur l’ancien carreau de la fosse du Grand Condé se trouvent des services techniques municipaux et la grande antenne de télécommunication visible de loin.

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   Là où se rejoignent les communes de Lens et de Loison se dressaient dès 1919 les premières habitations de la Cité Hollandaise. De petites maisons en bois offertes par le gouvernement des Pays-Bas. Elles sont importées en pièces détachées et montées sur place. Emile Basly, maire de Lens à l’époque, n’hésite pas à comparer le confort relatif de ces habitations avec la vétusté des logements provisoires mis en place par l’état français.

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   Ces maisons qui n’étaient que provisoires perdureront jusque dans les années 70. La cité sera alors rasée pour laisser place aux travaux de la rocade minière et les habitants relogés dans la cité Anne Franck toute proche.

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   A la limite entre la rue Lanoy et la route de Lille se trouve aujourd’hui une station-essence. C’était à cet endroit que le célèbre coureur cycliste lensois Maurice Garin avait installé son garage. Maurice Garin, arrivé à Lens en 1901, vainqueur du tout premier tour de France en 1903 est resté aux commandes de son commerce jusqu’à son décès à Lens le 19 février 1957.

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   Sur la gauche de la route en allant vers Lille, une église à l’architecture peu ordinaire. Elle est consacrée à saint Wulgan et à Notre-Dame des Mines. Elle a remplacé au début des années 60 la chapelle Notre-Dame des Mines construite après la Première Guerre et qui, se dégradant dangereusement, a du être détruite.

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   L’église saint Wulgan fut ouverte au culte en 1962. Sa forme circulaire, ses nombreux vitraux et sa verrière sont remarquables.

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   Chaque année, une procession était organisée dans la cité de la fosse 2 : des mineurs en tenue de travail portaient la statue de Notre-Dame des Mines, une œuvre réalisée par un mineur, Marc Montaigne, en 1935.

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   En face de l’église Saint-Wulgan, la rue Jules Guesde, dans laquelle après la Grande Guerre les mines de Lens avaient mis à la disposition des pompiers lensois 16 logements. Pour les alertes, la rue était munie d’une sirène.

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   La route de Lille arrive ensuite au niveau de l’embranchement vers Loison. Là se trouvait un passage à niveau non gardé qui protégeait une voie ferrée des mines de Lens. Après la seconde guerre, un embranchement partant de la fosse 2 du Grand-Condé rejoignait par le boulevard du Marais les entreprises riveraines du canal dont l’usine des Laminoirs.

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   Au début des années 70, la ville de Lens prend possession d’une grande maison d’ingénieur des mines au 303 de la route de Lille. Le 6 avril 1974 était inauguré dans cet édifice la Maison d’accueil Ernest Schaffner destinée à recevoir jusque 26 sans-abris de la commune. Aujourd’hui se trouve à cet emplacement l’association APSA La Boussole, une association humanitaire d’entraide sociale.

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   C’est juste après les bretelles de l’autoroute que la Route de Lille quitte Lens pour entrer sur le territoire de Loison. De la place du Cantin à l’entrée de Loison, la route de Lille reste une des artères les plus fréquentée de la région.

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La rue Edouard Bollaert

14 jan

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   La rue Edouard Bollaert reçu ce nom après le décès du tout premier agent général de la Société des mines de Lens. Edouard Jacques François Bollaert, né le 26 décembre 1813 à Bailleul (59), est le gendre d’Amé Tilloy et le neveu de Jules Castelyn, de riches industriels lillois co-fondateurs et actionnaires de la compagnie minière lensoise.

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   En 1856, quatre ans après la constitution de l’entreprise, il est nommé agent général, c’est-à-dire directeur de la société. Edouard Bollaert fait beaucoup pour la prospérité de la société minière : sous sa gouvernance, la compagnie passera de 299 ouvriers pour une production de 62 000 tonnes en 1856 à plus de 10 000 ouvriers et 2 700 000 tonnes de houilles en 1896.

   Mais il est aussi celui qui réprime les grèves et punit les meneurs avec une grande sévérité en faisant appel à la troupe, en licenciant sur le champ les grévistes et en les chassant ainsi que leur famille de leur logement : après la grève de 1893, ce ne sont pas moins de 600 familles qui sont expulsées des corons.

   Edouard Bollaert décède d’une congestion pulmonaire le 7 janvier 1898 à l’âge de 85 ans alors qu’il est toujours en activité.

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   Le maire de Lens Eugène Courtin qui est aussi son ami et actionnaire de la compagnie houillère de Liévin, approuve la proposition de la Société des mines de Lens de donner son nom à la rue où se trouvent les bureaux centraux des mines.

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   Cette rue est tracée sur une partie qui, au 18ème siècle, s’appelait le Grand chemin d’Arras à Lille. Faisant partie du Faubourg Saint-Laurent, elle était limitée au nord à la jonction des chemins de Béthune et de La Bassée et au sud par le croisement avec le Grand chemin d’Arras et le Chemin de Lens à Liévin. Sur cette carte, on remarque (en vert) la construction qui abritait les tous premiers bureaux de la compagnie minière, un ancien relais-poste.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, les mines de Lens deviennent propriétaires de tout le secteur. Au nord, on y perce la fosse 1 Sainte-Elisabeth. Au sud, la fosse 4 sera mise en service en 1864.

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   Le relais-poste étant trop étroit pour une entreprise se développant aussi rapidement, des grands bureaux sont construits au nord de la rue.

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   Ils seront agrandis dès le début du 20ème siècle. Deux étages et le doublement de la surface au sol en font un bâtiment remarquable. L’ancien relais poste deviendra la demeure du l’Agent général, donc d’Edouard Bollaert.

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   Plus tard, la grande propriété laissera place aux pépinières de la compagnie puis, après la seconde guerre, au jardin public (appelé un temps les jardins de la Pépinière).

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   Lors des grèves de 1906 qui ont fait suite à la catastrophe des mines de Courrières, c’est dans cette maison que l’épouse et la bonne d’Elie Reumaux, successeur d’Edouard Bollaert comme directeur de la Société, ont été agressées par les anarchistes sympathisants de Benoit Brouchoux.

   Derrière les nouveaux Grands bureaux sont installés les ateliers de la compagnie qui emploie de nombreux ouvriers et ouvrières.

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  La rue est traversée par deux voies ferrées. Au nord, celle de la ligne Lens-Violaines (exploitée dès 1853 mais qui ne sera ouverte au transport des voyageurs que le 29 juillet 1883) nécessite la construction près de la fosse 1 d’un dépôt des machines puis plus tard d’une gare pour les voyageurs. Au sud, la voie qui traverse la rue permet de rejoindre e réseau ferré minier à la gare de Lens des chemins de fer du Nord.

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   En janvier 1915, un obus tombe et explose dans la salle des archives des Grands bureaux déclenchant un incendie qui détruira le bâtiment. Les bombardements qui suivirent jusqu’en 1918 achevèrent de rendre le secteur à l’état de ruines.

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   Avant la première guerre, la route d’Arras est dans le prolongement direct de la rue Bollaert.

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    Lors de la reconstruction, certains itinéraires sont modifiés après un accord entre la ville et la compagnie minière. Afin de laisser la place à l’agrandissement du triage de la SNCF, l’origine de la route d’Arras est déviée vers l’ouest et la route de Liévin. Dans le même accord, les passages à niveau sont supprimés. C’est ainsi que naissent le pont Césarine sur l’avenue de Liévin et celui de la rue Bollaert.

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   A la fin des années 1920, les Grands Bureaux seront reconstruits plus au nord de la rue Edouard Bollaert, sur la côte Saint-Laurent.

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   A l’emplacement des anciens grands bureaux et des ateliers sont édifiées des habitations pour les directeurs et ingénieurs dans un secteur que les mineurs nommeront « la vallée des rois ».

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   En 1926 sera construite la nouvelle gare Sainte-Elisabeth : une magnifique architecture à colombages bien dans le style art-déco des années 20.

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   Cette gare a un temps abrité des services de la mairie de Lens en attendant la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Elle disparaîtra en 1984 après que Charbonnages de France l’ai vendue à une société immobilière qui la fera abattre pour construire à sa place des immeubles.

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   Dans la rue Bollaert se trouvaient le magasin principal de la coopérative des mines de Lens. Lors du bombardement du 11 août 1944, le personnel de ce commerce, en tentant de rejoindre un abri, fut fauché par une bombe. 18 employés dont 16 jeunes femmes périrent ce jour là.

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   Aujourd’hui, la rue Bollaert, encadrée par le carrefour des Grands Bureaux et le rond-point Bollaert n’est plus qu’un axe de circulation desservi par peu de commerces. Elle ne retrouve un peu d’animation que lorsque des matches de football sont organisés au stade qui porta le nom de Félix Bollaert (le fils d’Edouard) avant de devenir depuis quelques années le stade Bollaert-Delelis.

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L’histoire des Mines de Lens

12 déc

   A l’occasion de l’exposition sur les lampes et objets de la mines qui a eu lieu début décembre à la Maison Syndicale de Lens, les organisateurs m’avaient demandé de réaliser des tableaux sue l’histoire des mines de Lens.

   Malheureusement, par manque de place, ils n’ont pas pu être présentés au public à cette occasion. Pour que ce travail soit vu par tous, j’ai décidé de vous les offrir en les publiant sur ce blog.

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Sainte Barbe et les mineurs

19 nov

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   Plusieurs versions de la légende de sainte Barbe existent. Les seuls points communs à toutes sont que la sainte a vécu au troisième siècle, qu’elle était très jolie, très pieuse et qu’elle mourut décapitée par son père.

   Selon certains, l’histoire de sainte Barbe se déroule à Nicomédie en Asie Mineure (Izmit en Turquie aujourd’hui). D’autres affirment qu’elle a eu lieu à Héliopolis (Baalbeck aujourd’hui au Liban) sous le règne de l’empereur Maximien.

   Son véritable nom serait Barbara, ce que d’autres versions contestent et affirment que quand les chrétiens vinrent chercher le corps de la jeune martyre, ils ne purent la nommer que « la jeune barbare » expression qui, par extension, donna donc le nom de Barbara.

   Le père de la jeune fille, un homme riche un d’un naturel cruel du nom de Dioscore, voulut marier sa progéniture et le présenta à de puissants et riches seigneurs. Mais la demoiselle refusa toute union, préférant se consacrer à Dieu. Furieux, le père, pour la punir, l’enferma dans une haute tour à deux fenêtres avant de partir en voyage.

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   Mais il s’en passa des choses pendant son absence ! D’abord, la jeune femme reçut la visite d’un prêtre chrétien déguisé en médecin qui procéda secrètement à son baptême. Puis elle perça une troisième fenêtre entre les deux autres afin de symboliser la Trinité.

  Dès son retour, apprenant que son enfant s’était converti au christianisme, Dioscore entra dans une rage folle, voulu l’immoler en incendiant la tour. On ne sait pas quel miracle la jeune fille réussit à s’échapper, à s’enfuir dans la montagne et à s’y cacher.

   Malheureusement, un berger découvrit l’endroit où elle se terrait et la dénonça à son père qui la saisit par les cheveux, la traîna jusqu’à la ville et l’enferma dans un donjon. Le lendemain, il la conduisit devant un magistrat.

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   Dans la version qui se passe à Nicomédie, la jouvencelle fut menée devant un juge nommé Marcien (qui se convertira lui-même plus tard au catholicisme et sera condamné à être brûlé vif sous l’empereur Dèce lors de la persécution des chrétiens vers l’an 250).

  La demoiselle fut condamnée à subir d’affreux supplices pendant lesquels elle continuait à prier le Christ. Elle fut d’abord torturée : on lui brûla certaines parties du corps et on lui arracha les seins avec des peignes de fer, la brûla avec des lames rougies puis elle fut fouettée mais refusa toujours d’abjurer sa foi car elle ne ressentait pas la douleur. Alors qu’elle était promenée nue à travers le pays, tirée par un cheval, un ange descendit du ciel et vint cacher sa nudité en la couvrant d’un vêtement lumineux.

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   Le gouverneur ordonna alors à son père de lui trancher la tête. La condamnée fut conduite en haut d’une montagne où Dioscore accomplit son geste funèbre. Aussitôt il fut frappé par la foudre, brûlé et mourut sur place. Quant au berger qui avait dénoncée la jeune femme, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles.

  Une version ajoute que le corps de Barbe s’éleva vers le ciel dans une boule de feu. Une autre affirme que des chrétiens vinrent récupérer le corps de la jeune martyre qui devint quelque temps plus tard « sainte Barbe ». Enfin, selon une troisième version, la jeune femme se serait enfuie après s’être déguisée et qu’elle se serait cachée dans un champ de blé.

  La jeune femme aurait été canonisée dans la première moitié du 16ème siècle mais son culte se serait popularisé dès le 13ème siècle en Occident. Son corps fut exhumé solennellement et ses reliques transportées au fil des siècles dans différents pays. On en trouverait aujourd’hui à Constantinople, à Venise. D’autres, qui auraient été conservées dans une église orthodoxe du Caire sont de nos jours vénérées dans la cathédrale Saint Vladimir de Kiev en Ukraine.

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   Sainte Barbe protège contre la foudre et la mort subite, donc contre le tristement célèbre coup de grisou hantise des mineurs, et les explosions dans les galeries. Elle fut donc désignée patronne des mineurs de fond puis par extension, du monde de la mine dans son ensemble. Dès le 18ème siècle, elle fut fêtée dans les mines à ciel ouvert du centre de l’Europe. Au 19ème siècle, avec le début de l’exploitation de la houille, le culte de sainte Barbe se développa dans les compagnies minières du Nord et du Pas-de-Calais.

   La très catholique Société des mines de Lens entreprit dès sa création de vénérer sainte Barbe. Dès leur construction, chaque cité était placée sous la protection d’un saint et élevée au rang de paroisse. Des chapelles y furent construites. A la fin du 19ème siècle, elles furent remplacées par des églises. La première fut construite par la compagnie lensoise dans la cité du Moulin à proximité de la fosse 4, une cité où les corons étaient habités par environ 5000 personnes. Cette église, ouverte le 19 avril 1897, fut placée sous le vocable de Sainte-Barbe.

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   Sainte Barbe est fêtée le 4 décembre. Cette journée devint rapidement dans les cités minières un jour de dévotions et de festivités. Pour se rendre dans les estaminets ou pour offrir quelque présent à sa famille, le mineur, qui ne touchait qu’un maigre salaire, devait travailler plus durement et plus rapidement les jours précédents la fête, c’était la période des « longues coupes ». L’augmentation de sa productivité lui permettait d’obtenir quelques primes de rendement qui s’ajoutaient au montant de sa maigre « quinzaine » car le mineur était payé toutes les deux semaines. C’était dans la période du 15 au 30 novembre que le rythme était le plus élevé au détriment parfois de la sécurité ou des règles sociales. Ceci explique que la Société des mines de Lens encourageait les mineurs à participer à la « quinzaine Sainte-Barbe » contre l’avis des syndicats.

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   En 1878, le rapport mensuel du mois de décembre de la compagnie signalait que « l’extraction a beaucoup baissé en raison de la fête de Sainte-Barbe toujours largement et longuement fêtée par les ouvriers et les mineurs qui ont beaucoup dansé et peu travaillé. » En 1891, les fêtes de Sainte-Barbe n’eurent pas lieu : dans le Bassin minier, 30 000 mineurs étaient en grève et deux ans plus tard dans les mines de Lens, les syndicats obtinrent la suppression de la « quinzaine Sainte-Barbe ».

  Cependant la tradition fut rétablie dès l’année suivante à la demande des mineurs de fond. Toutefois, certaines règles furent imposées aux compagnies : les galibots, les enfants de 13 à 16 ans (que la loi interdisait de travailler plus de 8 heures au fond) et les jeunes ouvriers (dont le temps de travail ne devait pas être supérieur à 10 heures par jour) étaient tenus lors de la quinzaine Sainte-Barbe à ne pas dépasser les 15 heures de présence dans les galeries.

  En 1905, la Société des mines de Lens décida que tout mineur titulaire de la médaille d’honneur recevra le jour de la Sainte-Barbe une prime égale au revenu d’une action de la compagnie soit environ 45 francs. 96 mineurs touchèrent la prime cette année-là.

   En 1906, quelques mois après la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières, la production de la compagnie minière lensoise pendant la quinzaine Sainte-Barbe était de 250 000 contre 114 000 lors d’une quinzaine ordinaire. En 1913, la Société récompensa par une prime de 300 francs le mineur qui avait été désigné le plus productif. Plus tard, Félix Bollaert décida que les employés et ouvriers ayant plus de 30 ans de service recevraient une action de la compagnie et les 100 plus anciens ouvriers une prime de 100 francs.

  Le samedi 8 décembre 1919, dans un Lens dévasté par les exactions de la première guerre mondiale et alors que les puits de la compagnie sont encore inexploitables, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Ernest Cuvelette déclare devant une berline vide : « Bientôt, elle sera de nouveau remplie de charbon ». Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

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  Sainte Barbe était partout dans les cités minières. Dans de nombreux puits, une statue de la sainte était présente dans les galeries, près des cages de descente.

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   Pourtant la sainte n’a pas toujours protégé les mineurs. En février 1877 à Boussargues dans l’Hérault, 42 mineurs perdirent la vie après un coup de grisou dans les galeries d’une fosse pourtant nommée « puits Sainte-Barbe ». Un an plus tard, dans le bassin de la Loire, à Martoret, c’est dans un autre puits Sainte-Barbe qu’on releva 11 cadavres. Le 5 décembre 1891, dans le puits de la Pompe, à Saint-Étienne, les mineurs redescendirent au fond après la fête de la veille. 71 d’entre eux ne remontèrent pas, la sainte n’avait pas pu les protéger d’un violent coup de grisou.

  Lens devint rapidement la capitale du Pays minier, la Sainte-Barbe n’était pas fêtée que dans les fosses. Dès le début du 20ème siècle, la municipalité d’Emile Basly donna congé à ses employés. En ville, sur la place Verte, avait lieu pendant trois semaines la foire Saint-Barbe avec sa fête foraine, ses concerts et ses bals.

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   Au début de l’exploitation charbonnière, le 4 décembre n’était pas un jour chômé mais les journées étaient exceptionnellement moins longues. Ce jour-là, le briquet était gargantuesque et partagé entre tous, du porion au galibot. Certains mineurs descendaient avec leur bistouille (mélange de café et de gnole) pour la boire entre copains, d’autres avec des gâteaux ou des brioches confectionnés par leur femme qu’ils se partageaient avant parfois de danser entre Gueules Noires. Cette épouse qui avait fait brûler une chandelle au fond de sa cave pendant la quinzaine Sainte-Barbe pour protéger son mari des accidents.

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  Plus tard, le jour de Sainte-Barbe devint une journée chômée mais non payée (elle ne sera payée qu’après la nationalisation en 1946). Seuls les indispensables restaient au fond tel les gardes de chevaux, le responsable d’extraction ou de la ventilation. Dans certaines fosses, la veille de la Sainte-Barbe, les mineurs travaillaient jusqu’à l’extinction d’une chandelle. Dès la fin de service, les estaminets et cafés du coin se trouvaient rapidement envahis de mineurs, l’alcool coulait à flot et les esprits s’échauffaient vite. Les chants retentissaient dans les rues dont le plus courant :

« Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Et bin non, sainte Barbe, alle est pas morte,

Car alle vit, car alle vit

Car alle vir incor’ » »

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   Puis c’était le retour à la maison : l’épouse et les enfants souhaitaient alors une bonne fête au papa mineur et lui offrait quelques présents : cigares, pipes, tabac … Ce soir-là, il y avait exceptionnellement du vin lors du souper pris en famille.

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   Après le repas, quelques mineurs retrouvaient au café du coin des collègues qui n’étaient pas encore rentrés chez eux. On buvait et chantait aux cris de « Vive sainte Barbe !».

   Pendant ce temps, dans les Grands Bureaux, la compagnie (puis les HBNPC) offrait à ses cadres et agents de maîtrise un grand banquet au cours duquel étaient remises les médailles du travail. Dans la semaine, les retraités et leurs épouses étaient conviés à une journée festive dans l’une des nombreuses salles des fêtes des houillères tandis que la direction remettait un colis en cadeau à tous les mineurs hospitalisés.

   Le 4 décembre, la journée commençait par la messe de Sainte-Barbe. Les mineurs et leur famille, endimanchés, se rendaient à l’église. Celle-ci était pleine car parfois même les non-pratiquants étaient présents, manifestant ainsi leur attachement à leur sainte patronne. Une procession était organisée, emmenée par la fanfare ou l’harmonie de la cité. Les plus anciens mineurs avaient le privilège de porter la statue de la sainte jusqu’à l’autel.

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   La messe durait au moins 2 heures. Elle était payée par la compagnie et l’harmonie des mines jouaient les airs religieux chantés par une chorale paroissiale. Le sermon était bien sur consacré uniquement à sainte Barbe et à la reconnaissance du travail laborieux mais courageux des mineurs.

   Après la messe, les cafés du quartier étaient de nouveau assaillis : les hommes s’y retrouvaient de nouveau pour boire quelques verres de vin, fumer un cigare ou une pipe tout en chantant quelques chansons paillardes jusque tard dans l’après midi. Les chants étaient de plus en plus forts et les danses de plus en plus vacillantes.

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   Puis c’était le retour à la maison où la ménagère avait préparé le repas de Sainte-Barbe, arrosé par le reste de la bouteille de vin de la veille. Parfois, on se regroupait autour de la table entre voisins et amis.

    Le repas terminé, on se rendait en famille à la foire Sainte-Barbe. Après avoir tourné sur les manèges, les enfants ne revenaient jamais sans la « queuche » de pain d’épice ou le sucre d’orge. Le soir, un bal était organisé dans les cités. C’était souvent pour les jeunes filles des corons qui avaient fêté sainte Catherine quelques jours plus tôt, l’occasion de faire leur « bal des débutantes ».

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   C’est dans les Houillères du bassin de Lorraine, dans la mine de La Houve sur la commune de Creutzwald que sainte Barbe est remontée pour la dernière fois du fond des galeries. Le 23 avril 2004, cette remonte des mineurs et de la statue de leur sainte mit un terme définitif à l’exploitation du charbon en France. Le rideau se baissait alors une ultime fois. C’en était fini de plus de deux siècles d’exploitation de la houille sur le territoire national.

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   Dès lors, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

   Avec la fin de l’exploitation du charbon, la Sainte-Barbe a été de moins en moins fêtée. La tradition de la messe a perduré quelques temps dans certains corons mais le caractère religieux de la journée a été peu à peu remplacé par des manifestations commémoratives. Aujourd’hui, quelques associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était les fêtes de Sainte-Barbe chez les mineurs.

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   Cette année, l’agglomération de Lens-Liévin en entente avec les communes et des associations renoue avec la tradition de la Sainte-Barbe au travers de temps forts culturels, festifs et fédérateurs sur des lieux emblématiques du patrimoine minier.

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