Archive | Les sites Flux RSS de cette section

Une piscine art-déco à Lens

12 mai

facebook01

   Beaucoup d’agitations actuellement sur la prochaine piscine de Lens, l’occasion de revenir sur la première piscine municipale.

   Si l’on veut voir à quoi elle ressemblait, il suffit d’aller voir celle de Bruay, c’était exactement le même.

facebook02

  C’est en effet au même architecte qu’Alfred Maës, maire de Lens et Henri Cadot, celui de Bruay ont confié la réalisation de cet espace de loisirs au tout début des années 1930 pour une population encore sous le coup des affres de la Première Guerre mondiale.

   Paul Hanote, l’architecte bruaysien, propose que cette piscine rappelle par son style les grands transatlantiques d’avant guerre dans un style art-déco, très en vogue à cette époque.

facebook06

  Sur la route de Douai, tout près du pont du même nom débute en 1932 la construction d’un espace où les larges allées de promenades ombragées entourent une belle piscine de plein-air mais protégée des vents du nord et d’ouest. Sur cette vue aérienne d’aujourd’hui, l’emplacement de la piscine.

facebook10

  L’établissement comportait trois vastes bassins dont un de forme circulaire profond de 50 centimètres pour les petits enfants. Les deux autres de 33,33 mètres sur 12,50 étaient réservés, l’un profond de deux mètres 40 aux sportifs, l’autre d’une profondeur de 95 centimètres aux cours natation.

facebook03

  De part et d’autres, des gradins pouvant accueillir 800 spectateurs, 130 cabines individuelles et quatre vestiaires permettant de recevoir jusque 300 personnes. Deux salles de réunion et deux solariums sur les terrasses complètent la construction.

facebook04

   La piscine est équipée d’un plongeoir avec trois plateformes à trois, cinq et dix mètres et de deux grandes salles de douches.

facebook05

   Mille mètres cubes d’eau sont filtrés et désinfectés chaque jour pour renouveler l’eau des bassins maintenue en permanence à 20° pour le plaisir des baigneurs lensois.

facebook07

   Malheureusement, cet ensemble, inauguré en 1934, ne durera que 10 ans. Le 11 août 1944, l’aviation anglaise bombarde Lens dans le but d’anéantir les installations ferroviaires. La piscine, pourtant située à bonne distance de l’objectif est détruite. Sur la photo de la fin des années 1940 ci-dessous, les ruines de la piscine entre les rangées de peupliers.

facebook11

   Seule, la maison servant de logement de fonction au directeur est restée intacte.

facebook12

   A la Libération, la reconstruction des équipements sportifs n’entre pas dans les priorités du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, créé fin 1944. Le 4 juillet 1952, le Docteur Schaffner présent au MRU un projet de reconstruction d’une piscine sur le même site que la précédente mais l’Etat se refuse à le financer dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre.

 Après bien des hésitations dues au financement et aux risques d’affaissements miniers, ce n’est que le 15 mai 1966 qu’est inaugurée la piscine olympique près de la Grande Résidence. En avril 2018, la piscine, dégradée et dangereuse, est définitivement fermée.

facebook15

  Un projet de construction d’un nouvel établissement situe la prochaine piscine de Lens du côté du stade Bollaert-Delelis. Il est peu vraisemblable qu’elle rappelle le style art-déco de la première.

 

A la Ville de Limoges

29 mar

000

   Dans quelques jours, l’Office de Tourisme de Lens-Liévin va s’installer dans ses nouveaux locaux de la place Jean Jaurès, là où se tenait le magasin « A la ville de Limoges » ; l’occasion de revenir sur l’histoire de ce commerce.

   Emile Poincelet, né en Picardie en 1874, est ouvrier dans la faïencerie à Longwy avant de s’installer à Lens après son mariage avec Malvina, une Roubaisienne. Il fonde en 1906, l’année de la naissance de son premier enfant, un commerce de vaisselles, de faïences et de cadeaux. Le commerce se trouve sur le même trottoir que la mairie, du coté sud de la Grand’Place.

001

   C’est parce que son commerce vend principalement de la porcelaine de Limoges qu’il lui donne son nom « A la Ville de Limoges ». En 1912, un peu à l’étroit dans ses locaux et parce que ce trottoir est plus ensoleillé et attire plus les promeneurs, il achète un immeuble de l’autre côté de la place. La nouvelle boutique est décorée de mosaïques en émaux de Longwy.

002

   Pendant la Première Guerre mondiale, Emile Poincelet est évacuée en Belgique avec son épouse et ses cinq enfants alors que le magasin commence à recevoir les premiers obus.

005

   A son retour à Lens en 1919, il trouve sa boutique, comme tous les autres édifices lensois, totalement rasée. Deux ans plus tard, le commerce est de nouveau ouvert, le nouvel immeuble, bien dans le style art-déco très à la mode en cette époque, comporte un étage supplémentaire, de quoi loger la famille de sept enfants. La façade est toujours décorée de superbes mosaïques.

006

   Après le décès d’Emile Poincelet en 1935, son épouse prend sa suite mais la Seconde Guerre l’oblige à fermer boutique. Les bombardements de Lens de 1944 n’ont pas fait beaucoup de dégâts à l’immeuble et le commerce peut reprendre dès la Libération.

   En 1973, après le décès de sa mère, c’est le plus jeune des enfants Victor Poincelet, déjà vendeur d’automobiles à Lens, qui prend la suite, secondée par son épouse Christiane. Dans les années 80, le commerce est l’une des curiosités lensoises et possède une clientèle fidèle. Les arts de la table, les luminaires, les articles pour cadeaux et listes de mariage côtoient les porcelaines, faïences, meubles sur les 350 mètres carrés du magasin … Quarante fournisseurs livrent ces marchandises vendues par une dizaine d’employés aux clients qui font tinter la clochette de cuivre la porte s’ouvre.

   En 1998, Victor et Christiane prennent leur retraite. Ils ne trouvent aucun repreneur et le commerce est fermé après 92 ans d’existence.

003

  Victor Poincelet, dernier exploitant, décède en juin 2009. En janvier 2010, son épouse et son fils vendent aux enchères le stock des objets entreposés à la cave puis le mobilier des chambres. Le 16 de la place Jean-Jaurès est mis en vente.

   Aujourd’hui, acheté par la communauté d’agglo Lens-Liévin, ce bel immeuble s’apprête à rouvrir ses portes pour y installer, au centre de la ville, l’Office de Tourisme Lens-Liévin.

004

1919, Lens ressuscite

1 mar

   Article réalisé d’après la presse de l’époque relevée sur les sites Internet des archives du Pas-de-Calais, de Gallica (Bibliothèque Nationale de France) et d’après des informations tirées du dossier n°8 de Gauheria « La Renaissance de Lens ».

   Au début de l’année, Lens n’est encore qu’une ville morte. Quelques rares réfugiés sont rentrés, quelques ouvriers sont arrivés. Les militaires continuent de déminer, de désamorcer les nombreux obus restés dans les ruines. Ils sont ramassés avec soin et stockés dans la pâture du notaire Léon Tacquet et dans la cour de la ferme des mines de Lens, rue du Pôle Nord. De nombreux accidents dus à des explosions auront lieu au cours de l’année comme celui qui tua trois prisonniers allemands.

1919 001

   Depuis la Libération, les ruines sont visitées par des pillards. Aussitôt la Libération, le préfet a fait installer un peloton de gendarmerie dans des baraquements élevés à la hâte. En janvier, 109 personnes peu scrupuleuses sont arrêtées.

gendarmerie2

   La première famille lensoise revenue dès décembre 1918 chez elle est celle d’Ernest Defosseux, un forgeron. Dans les ruines de son atelier, il se fait une petite place et accroche son enseigne « Au Cheval Rouge ». Le travail ne lui manque pas. Il utilise les matériaux trouvés dans les ruines : du métal bien sur mais aussi du bois, des pierres, des briques, quelques morceaux de verre ; il faut bâtir quelques toits pour ces sans-abris.

1919 002

   En janvier 1919, le service des Ponts et Chaussées du Pas-de-Calais signe une convention avec l’entreprise Boyer et Boulanger pour déblayer Lens. Sur les voies étroites, des wagonnets tirés par les locomotives Decauville ou des chevaux transportent les gravas dans le quartier du Marais rendu impropre à la culture.

1919 003

   Dans les mines de Lens, on travaille au nettoyage des carreaux de fosse. On se prépare à réparer l’appareil de production. Elie Reumaux, le président du conseil d’administration de la société, avait tout prévu pendant la guerre : du programme de remise en service à l’achat du matériel nécessaire aux réparations. Il charge le directeur Ernest Cuvelette de cette lourde tâche depuis le siège de la compagnie installé dans un baraquement qui fut le QG de l’armée anglaise lors de la Libération.

1919 004

   Peu à peu, des ouvriers chargés de la reconstruction et quelques lensois de retour chez eux s’installent en ville et où se trouvaient les corons. Des maisons de tôles, des demi-lunes offertes par les armées américaine ou anglaise sans vraiment de confort mais protégeant des intempéries sont élevées un peu partout. D’autres vivent dans les caves, la fumée s’élevant d’un tuyau perçant les ruines indique qu’il y a de la vie sous terre.

1919 005

   La voie ferrée entre Lens et Arras est rouverte le 5 février mais uniquement pour le trafic des marchandises jusqu’au début du mois de mai. Les premiers wagons porteurs de matériaux et de maisons préfabriquées arrivent au compte-goutte.

   A la même époque, Emile Basly dépose à la Banque de France 52000 francs en espèces et 7000 francs en or que des lensois réfugiés en Belgique avaient réussi, malgré les menaces, à soustraire aux perquisitions allemandes.

   Et Lens a de la visite. Le dimanche 6 avril, ce sont 45 délégués de la conférence de la Paix qui arpentent les rues au milieu des gravats.

1919 006

   A partir du 11 mai, des convois de « pèlerins-touristes » visitent Lens. Les voyages au départ de Paris sont organisés par la compagnie de Chemin de fer du Nord. Voyeurisme ou véritable solidarité ? Le 21, c’est le président de la République Raymond Poincaré qui est accueilli par 2000 lensois.

1919 007

   Au printemps, le rythme des retours s’accélère. En avril 500 lensois sont de retour, en mai 1500. En juin, Lens compte 3000 habitants. Chaque jour, à la gare provisoire arrivent une cinquantaine de réfugiés. Les premiers rares commerces ont ouvert leurs portes mais l’essentiel du ravitaillement est toujours distribué par la Croix Rouge. Le premier agriculteur est revenu. Il a amené avec lui cinq vaches.

1919 009

   En mai, un centre de secours a été ouvert dans des baraquements de la place du Cantin à l’initiative de l’Union des Femmes de France.

   La vie reprend son cours malgré les privations. Le 19 mai, Emile Basly célèbre le premier mariage d’après guerre dans un bâtiment de fortune servant de mairie installé place du Cantin. Les époux se nomment Paul Legrand et Julia De Rues. Le 9 août, autre première : dans une maison de la rue Saint-Pierre de la cité de la fosse 11 a lieu la première naissance à Lens depuis la Libération. Le bébé s’appelle René Viseux.

1919 010

  Le 22 juin, une petite réception est organisée en l’honneur du grand chimiste lensois Auguste Béhal élevé depuis le 1er février au grade de commandeur de la Légion d’Honneur.

   Quelques jours plus tard, alors que dans la galerie des Glaces du château de Versailles s’apprête à être signé le traité qui met fin définitivement à la guerre, le conseil municipal se réunit pour approuver un avant-projet du nouveau plan de la ville de Lens qui comporte la création de nouvelles artères et le déplacement de quelques unes d’autres. L’emplacement de la gare des chemins de fer du Nord est également approuvé ainsi que le remplacement des passages à niveau du chemin de fer des Mines de Lens par des ponts rue du Pôle Nord et rue de Londres.

1919 011

   Début juillet, les transports urbains reprennent entre la cité de la fosse 12 et le centre-ville. Il est organisé en « camion-automobile » par le poste militaire d’artillerie de Lens.

   Pendant cet été 1919, les cérémonies religieuses reprennent également. Le 26 août d’abord dans une chapelle provisoire Saint-Edouard sur la route de Béthune. Puis le 7 octobre, c’est dans un baraquement offert par Félix Bollaert et son épouse qu’ont lieu les offices de la paroisse Saint-Léger. Le baraquement en bois démontable a été érigé derrière les ruines de l’église, rue Diderot.

1919 012

   Au début du mois d’août, malgré de nombreuses difficultés, un bureau de poste est ouvert place de la République. 15 personnes y travaillent mais, l’administration ne leur ayant pas prévu de logement, elles dorment sur-place ou chez l’habitant. Quelques commerces ont surgi des ruines : hôtels, boucheries, boulangeries, épiceries. Le marché hebdomadaire a repris devant les ruines de l’Hôtel de ville. Lors de son ouverture, il compte 37 exposants. Il y en aura plus de 200 en octobre.

1919 013

   Et Lens se remet à chanter ! Compte tenu des circonstances, la Fête Nationale n’est fêtée que le 3 aout. Ce sont les premiers concerts, les premiers bals, le premier feu d’artifice d’après-guerre après quatre ans de silence. Le premier cinéma également, des films muets sont projetés dans une salle mise à la disposition des lensois par la Croix Rouge américaine.

  La semaine suivante, Georges Clémenceau, président du conseil des ministres, visite Lens. Il n’y était pas revenu depuis les grandes grèves de 1906. En haut des ruines de l’hôtel de ville, les habitants ont hissé un grand panneau : « Lens veut renaître ».

1919 014

   La renaissance sous toutes ses formes, même sportives. Dès le mois de mai est créée l’Union sportive du Foyer franco-américain dont l’équipe de football dispute quelques rencontres contre les équipes des régiments anglais de la région. C’est le prélude à la renaissance du Racing Club lensois. Le 15 août Lens voir passer dans ses rues, entre ses ruines, une course cycliste, « le Circuit minier du Nord-Pas-de-Calais » ouverte à tous les coureurs « français ou alliés ». Dans le café des Sports de la rue de la Gare sont prises les inscriptions pour des cours de culture physique, de lutte et de boxe anglaise. Des sociétés colombophiles, de javelot ou de tir à l’arc sont recréées.

1919 015

   Vers le 20 Aout, un lensois, Henri Dubois est arrêté pour avoir collaboré pendant la guerre au journal de propagande allemand « La Gazette des Ardennes ».

1919 015 bis

   En septembre, ils sont 5000 lensois à vivre dans ces conditions précaires et à assister à l’inauguration de la mairie provisoire. Elle est installée sur la place du Cantin.

1919 016

   Près de là, trois baraquements de bois : l’un est la demeure d’Emile Basly. Le maire de Lens, qui vient tout juste d’être décoré de la Légion d’Honneur, n’a pas voulu de privilège, il est logé comme tous ses concitoyens.

1919 016bis

   Dans le même temps commencent sur un terrain de 1500 hectares communs aux communes de Lens et de Loison les travaux de construction d’une cité où seront logées 300 familles. Offerte par le gouvernement des Pays Bas aux sinistrés, ces habitations faites de bois seront montées par un architecte et un ingénieur néerlandais.

  Mais les travaux n’avancent pas. Début novembre, dans un courrier, Basly proteste auprès de Clémenceau : L’ensemble des maisons que l’on appellera « la cité hollandaise » ne sera pas disponible avant l’hiver de même que 500 autres maisons prévues être construites par la Société des mines de Lens alors que 150 familles habitent toujours dans des caves. La cause en est le manque de moyens de transport des matériaux. Basly signale également que 100 000 tonnes de charbon destinées à chauffer les lensois pendant l’hiver prochain sont, pour le même motif, bloqués à Anvers. Le maire précise qu’à Lens 70 camions et leurs chauffeurs sont immobilisés depuis plusieurs semaines parce que la ville n’a pas été ravitaillée en essence !

1919 017

   L’automne arrive et voit la première rentrée des classes à Lens depuis la Libération. Le 6 octobre, dans des classes dont la toiture n’est que de la tôle ondulée, les jeunes lensois de 6 à 13 ans vont pouvoir reprendre les cours à école Jeanne d’Arc. Viendront ensuite la réouverture des écoles Berthelot et Paul Bert. Les enfants de 4 à 6 peuvent être pris en charge dans une école maternelle, rue de Douai.

1919 017bis

   Le 23 octobre, la ligne du chemin de Fer des mines entre Lens et Violaines est rétablie. Elle va servir à acheminer les matériaux de reconstruction et le personnel chargé des mines logé à Pont-à-Vendin. La ligne est aussi ouverte aux voyageurs et assure un aller-retour matin et soir.

1919 018

   Le 4 octobre, jour anniversaire de la libération de Lens ainsi que le 11 novembre, un an après la signature de l’armistice, aucune manifestation n’est organisée à Lens. Il y a trop de travail pour penser à commémorer.

   Le 22 novembre, Clémenceau envoie Tardieu, ministre des régions libérées, assurer aux lensois que les moyens de transports allaient être améliorés mais il est déjà trop tard pour les rapatriés qui passeront l’hiver dans le froid.

  A la fin de mois, un hôpital est ouvert rue de l’Hospice. Il remplace le centre de secours ouvert en début d’année. Construit également avec des matériaux offerts par la Hollande, il est dirigé par le docteur Brulant.

1919 019

   Décembre arrive avec ses peines et ses joies. Le 1er décembre, Emile Basly et ses colistiers parmi lesquels Alfred Maës, Romuald Pruvost et Alfred Van Pelt sont largement réélus à la mairie de Lens. Emile Basly remporte également les élections cantonales.

   Le 4, une violente tempête sévit sur la ville. Les tôles des maisons s’envolent, les toitures de bitume sont arrachées … A l’école Jeanne d’Arc qui n’a plus de toit, les cours sont suspendus jusqu’à la fin de l’année.

   Le samedi 8 décembre, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

1919 20

   L’année se termine en apothéose malgré les privations et le froid. Le 28 décembre, le président Poincaré est en visite dans les régions dévastées. Emile Basly lui fait arpenter les rues de la ville toujours encombrées de ruines.

1919 019bis

  Puis le président remet au maire les médailles de la Croix de Guerre et de la Légion d’Honneur décernées à la ville de Lens. La cérémonie se déroule devant 7000 personnes regroupées sur la place du Cantin entre les baraquements pavoisés. Ce jour là, les habitants se disent « fiers d’être lensois ».

1919 020

La route de Béthune

15 fév

BETH000

   C’est vers 1770 que les Etats d’Artois décidèrent de l’aménagement d’un grand chemin entre Lens et Béthune. Quelques années plus tard, la voirie fut pavée. Après avoir été appelée route royale de Bouchain à Calais, elle devient en 1811 la route impériale n°50. Avec la loi sur les axes routiers de 1824, elle est baptisée route nationale n°43 de Metz à Calais, nom qu’elle conservera jusqu’à la réforme de 2006 quand elle devient la route départementale 943.

BETH002

    La route de Béthune aurait pu être le site de la bataille de 1648 entre Condé et l’armée espagnole. C’est par cet itinéraire que le Prince de Condé ordonna la retraite de ses troupes lors d’un assaut des espagnols le 19 août laissant ainsi croire à la victoire pour l’archiduc de Habsbourg. Le lendemain, Condé décida de combattre dans un autre secteur de Lens et remporta la victoire qui mit fin à la guerre de 30 ans.

   Difficile de croire aujourd’hui que l’ensemble des terrains longeant la route de Béthune, qui s’étendait alors du carrefour des Grands Bureaux au Chemin Manot, appartenaient depuis la fin du 19ème siècle à une seule entreprise : la Société des Mines de Lens. La « propriété privée » s’étendait de part et d’autre de l’axe routier jusqu’à la route de La Bassée au nord-est à l’avenue Alfred Maës (avenue de Liévin alors) au sud-ouest.

BETH003

   C’est en bas de la route de Béthune, dans un quartier appelé Sainte-Elisabeth, que la Société des Mines de Lens fit creuser sa première fosse en 1852. Ce secteur devint rapidement le centre de la compagnie minière dès la seconde moitié du 19ème siècle. Outre la fosse et son chevalet, on y trouvait les services administratifs, les ateliers, un dépôt ferroviaire et les premiers corons.

BETH004

   Lors de la Première Guerre mondiale, la route de Béthune fut l’un des sites où les batailles firent rage pendant les quatre années du conflit. Les troupes allemandes, réfugiées dans Lens y creusèrent des tranchées et érigèrent des blockhaus pour repousser les troupes alliées venant de Loos (qui n’était pas encore Loos-en-Gohelle).

BETH005

   En août 1917 lors de la bataille de la côte 70, c’est sur la route de Béthune que le soldat canadien Filip Konowal réalisa les exploits qui lui valurent la croix de Victoria, la plus haute décoration de l’Empire britannique. Son travail était de dénicher les allemands cachés sous terre. Il aurait éliminé à lui seul 16 ennemis en deux jours de combats. En souvenir du soldat Konowal le 22 août 2005, une plaque a été posée sur le muret figurant l’entrée d’une tranchée derrière une borne Vauthier. La borne Vauthier, du nom du sculpteur qui la réalisa, marque l’endroit exact de la ligne de front en juillet 1918, les points extrêmes qu’attinrent les troupes allemandes avant d’être définitivement repoussées.

BETH006

   Au début des années 80, le renfoncement dans ce muret sert surtout à entreposer ordures et objets divers. En accord avec la municipalité, le site est nettoyé et rénové par les services techniques des HBNPC.

BETH007

    Tout près de là se trouve le monument aux Morts des ouvriers, employés et retraités des mines de Lens de la Première Guerre mondiale. Dans un petit square à l’entrée duquel on trouve une plaque avec ce texte : « Ce monument et ce square sont placés sous la protection des mines, des mineurs et de leurs familles » est érigé le monument où sont posées 48 plaques (neuf autres sur un muret derrière la construction). En tout 906 noms de salariés et retraités des mines de Lens, des militaires tués au combat et des victimes civiles. Ce monument a été inauguré par Félix Bollaert le 4 octobre 1925, jour anniversaire à la fois de l’arrivée des Allemands à Lens en 1914 et de la libération de la ville quatre ans plus tard.

BETH008

   Après la Grande Guerre, la ville de Lens a dû redessiner son plan d’urbanisme. Il fut établi que les routes nationales traversant la ville auraient la taille suivante : trois mètres pour les trottoirs de part et d’autre et une voie large de huit mètres au centre. Un accord du être passé avec la Société des mines de Lens, celle-ci concéda à la ville la surface nécessaire à l’élargissement de la route.

BETH009

   Du côté des Mines de Lens, débute dès 1919 les travaux qui permettront de relancer la production. En accord avec la municipalité, le quartier Sainte-Elisabeth est repensé. Une artère est créée pour permettre de rejoindre la route de Béthune au centre-ville par l’avenue du Quatre Septembre.

BETH010

   Après le pompage des galeries inondées par les Allemands et la réparation du cuvelage, la fosse 1 est remise en service en 1922. Equipée d’un chevalement en béton, elle cessera d’extraire dès 1929 mais continuera d’assurer le service et l’aérage jusqu’à sa fermeture définitive en 1960.

BETH011

   Le puits est comblé en 1971 et le chevalet est détruit le mardi 22 juillet 1986.

VDN16 07 1986

   Après la Grande Guerre, des abris de fortune, des demi-lunes en tôles abritèrent les ouvriers chargés de la reconstruction des mines.

BETH012

   Dès 1920 commença la reconstruction des cités tout le long de la route. Les habitations des corons ont alors des formes architecturales bien différentes : de longues barres, des maisons groupées par deux ou par trois puis, plus tard de petites maisons individuelles de pensionnés.

BETH013

   Au début des années 80, la ville de Lens devient propriétaire des terrains de la fosse 1 appartenant à Charbonnage de France. La municipalité décide de réaménager l’ensemble du site laissé à l’abandon.

0BETH01414

   Ainsi, petit à petit le long de la route de Béthune s’élèveront la médiathèque Robert Cousin et un ensemble immobilier, l’Espace Bollaert avec notamment un hôtel-restaurant.

BETH015

   Au pied du chevalet, la salle des fêtes des mines de Lens est rasée et remplacée par la salle Jean Nohain.

BETH016

   De l’autre côté de la route, Félix Bollaert avait fait élever en 1920 une chapelle. Elle permettait aux fidèles de la paroisse Saint-Léger de se réunir en un lieu en attendant la reconstruction de leur église. La chapelle reçut le nom de Sainte-Elisabeth. Progressivement, elle devint le lieu de culte de la communauté polonaise de Lens. Réalisée en bois, sa vétusté, sa dangerosité obligeront ne plus y donner d’offices dès le début des années 50.

BETH017

   En juin 1965, la chapelle est rasée et les travaux de construction d’une église aux formes architecturales modernes débutent. L’église du Millenium, que beaucoup de lensois appellent encore « l’église polonaise », est consacrée par le cardinal Rubin le 16 avril 1967. Elle est inscrite depuis le 27 janvier 2014 à la liste des Monuments Historiques.

BETH018

   Sur l’esplanade, une stèle rappelle que le dimanche 18 octobre 1981 Lech Walesa, alors leader du syndicat polonais Solidarnosc, est venu à Lens . Sur le parking du stade Bollaert, devant plus de 5000 personnes, une messe fut célébrée et suivie d’un spectacle assuré par les groupes folkloriques polonais de la région.

BETH18bis

   Le numéro 71 de la route de Béthune a pendant de longues années abrité la gendarmerie de Lens. La maréchaussée a longtemps occupé des casernes situées sur la place verte (place de la République). En 1877, elle intègre de nouveaux locaux dans la rue de la Paix. Mais rapidement, avec l’augmentation de la population, les effectifs de gendarmerie ne correspondent plus aux besoins surtout que les nombreux conflits sociaux exigent une présence importante des forces de sécurité.

   C’est justement l’argument qu’utilise la Société des Mines de Lens pour proposer au Département d’installer la gendarmerie sur un terrain lui appartenant route de Béthune. Situé à proximité des bureaux centraux, des ateliers et pas très loin des puits de mines, il permet l’intervention rapide des gendarmes en cas de conflit.

BETH019

   Le 1er octobre 1905, les gendarmes s’installent dans les nouveaux locaux et leurs familles dans des logements construits sur place autour de la grande cour. Dès l’année suivante, les troupes envoyées par Georges Clémenceau pendant la grande grève qui suit la catastrophe dite « de Courrières » bivouaquent dans la cour de la gendarmerie.

BETH020

   Après la Grande Guerre et la destruction totale des lieux, la gendarmerie est reconstruite en 1923 au même endroit. Elle sera modernisée à plusieurs reprises jusqu’à disparition du groupement de gendarmerie de Lens à la fin du siècle dernier.

BETH021

   Juste à côté, au numéro 73 de la route de Béthune habitait une des figures des Houillères et du Racing Club de Lens, Maurice Denis. Né en 1926 à Liévin, dessinateur maquettiste aux Grands Bureaux de Lens, il fut surtout connu pour avoir été l’un des responsables du magasine des mineurs « Relais ». Il a également été commentateur des matches du RCL, créateur du journal du club « Sang et or ». Egalement peintre à ses heures, c’est lui qui a dessiné le blason du RCL en 1955. Maurice Denis est décédé en 2013 à l’âge de 87 ans. (Source Gauheria n° 86)

maurice Denis

   Sur le même côté un peu plus loin se trouve la rue de l’Université qui conduit à l’IUT de Lens. Jusque dans les années 80, cette artère se nommait « le Chemin Perdu » dans lequel se trouvait l’entrée du centre de formation des Houillères qui a ouvert ses portes le 14 mai 1946. L’année suivante une mine-image (reconstitution d’une véritable galerie minière) permet aux stagiaires d’être formés dans des conditions identiques au travail du fond. Le centre et la mine-image fonctionneront plus de 35 ans avant d’être fermés définitivement le 31 août 1985.

BETH022

   Le site a alors servi à construire l’IUT qui a ouvert ses portes à la rentrée 1987 pour 75 étudiants.

BETH023

   Un peu plus haut, on arrive dans la cité de la fosse 12. Sur la côté gauche, une zone d’activités légères. Elle est installée là depuis la fin de l’exploitation charbonnière et la destruction du site de la fosse 12bis. La fosse no 12 bis dite du docteur Barrois fut percée vers 1905 pour servir d’aérage à la fosse 12.

beth024

   Son chevalet est reconstruit en béton armé après la Première Guerre mondiale. Elle est utilisée jusqu’en 1976.

beth025

   C’est en 1984 que le chevalet est détruit et que le carreau devient une zone d’activité où sont regroupées plusieurs entreprises.

beth026

   En face, l’avenue Saint-Edouard nous laisse entrevoir l’église de la cité de la fosse 12.

BETH027

   Quelques mètres plus loin, sur le même trottoir, de nombreux commerces. Dans les années 50, c’était un lieu de détente et d’amusements pour les jeunes lensois. Les cinémas « L’Eldorado » ou « Printania », les salles de bal « Herfaut » ou « Idéal Dancing », une salle tenue par la famille de Firmin Cerisier dont les deux filles épousèrent les joueurs professionnels du RCL Jean Lewandowski et Ladislas Smid (dit Siklo).

BETH028

   Juste avant d’entrer dans Loos-en-Gohelle, la route de Béthune traverse le carrefour Plumecocq. A gauche, le rue Léon Blum, à droite, la rue Pierre Brossolette. Longtemps ces deux rues faisaient partie du Chemin Manot, une artère qui allait de Souchez à Vendin-le-Vieil. C’est au 17ème siècle qu’elle fut créée par un certain Manot, intendant du roi Louis XIV. Pendant la guerre de Trente Ans, quelques années avant la victoire de Condé, les troupes françaises encerclèrent à plusieurs reprises la ville occupée par les Espagnols. Les armées françaises étaient cantonnées dans des camps décrivant un arc de cercle sur les hauteurs de Vendin, Lens et Liévin. Le chemin Manot permettait de relier ces garnisons entre-elles en évitant de s’approcher des remparts de la ville.

BETH029

   Enfin, après avoir laissé sur la droite les quelques commerces, il fallait auparavant passer sous le pont du chemin de fer des mines avant de quitter Lens.

BETH030

   De nos jours, la route de Béthune est toujours autant fréquentée, surtout lors des rencontres de football au stade Bollaert car elle relie directement les parkings du stade à l’autoroute A21, la rocade minière.

BETH031

L’avenue Alfred Maës

20 jan

AM001

   Le 28 janvier 1942, le Préfet du Pas-de-Calais approuve la décision du Conseil municipal lensois de donner à l’avenue de Liévin le nom d’avenue « Alfred Maës ».

   Né à Saint Omer le 15 juillet 1875, Jacques Alfred Wilfrand MAËS est orphelin très jeune. A 13 ans, il part travailler aux mines de Lens où il est embauché à la fosse 2 d’abord puis à la fosse 11. Après son service militaire, il est réembauché à la fosse 1 « Saint Elisabeth ». Il adhère aussitôt au Vieux Syndicat d’Emile Basly et Arthur Lamendin. Il en deviendra rapidement un des leaders, délégué à la sécurité puis responsable du contentieux.

   Devenu conseiller municipal dès 1904, il est élu maire de Lens puis député du Pas-de-Calais en 1928 après le décès d’Emile Basly.

AM002

   On retient surtout du maire de Lens la construction de l’hôpital de la route de La Bassée en 1930 et du responsable syndical la création du dispensaire de la caisse de secours des mineurs sur le boulevard Basly.

AM003

   Maintenu maire au début de la seconde guerre mondiale, ses fonctions lui permettent de réaliser des actes de résistance, notamment falsifier avec son ami Ernest Schaffner, directeur de l’hôpital, des cartes d’identité pour les malades et blessés juifs hospitalisés.

AM004

   Maës connait sa dernière grande grève en juin 1941 : pour protester contre les décisions des Allemands, 80% des mineurs du bassin cessent le travail. Ce sera le dernier grand événement qu’il aura vécu : il décède à Lens le 17 août 1941 après une grave maladie dans sa maison familiale, rue Anatole France. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de la route de Douai.

   Au moyen âge, à l’emplacement de l’avenue Alfred Maës se trouvait le Grand chemin de Liévin à Lens (en opposition au Petit chemin de Liévin à Lens plus au sud où se trouve aujourd’hui la rue Notre-Dame de Lorette).

AM005

   C’est en 1872 que l’ont voit apparaître le nom de « Route de Liévin » sur les fiches de recensement de la ville de Lens. Elle est composée quasiment en totalité de maisons de mineurs. Depuis une dizaine d’années, elle est traversée aux abords de Lens par la « ligne des houillères », une voie de chemin de fer qui relie Arras à Hazebrouck. Le passage à niveau est gardé par un certain Jean-Baptiste Hugot. Vers la fin du 19ème siècle, le passage à niveau est remplacé par un pont.

AM006

   Au début du 20ème siècle, faisant partie du « Grand chemin n°58 », elle prend le nom sur le territoire de Lens de rue de la Bataille (ou rue du coron de la Bataille) en souvenir de la victoire de Condé. Ce serait en effet par cet axe que les troupes espagnoles se seraient enfuies après leur défaite en 1648 contre le prince de Condé.

AM007

   Après la première guerre mondiale, l’artère est nommée Avenue de Liévin. Ce nom lui restera donc jusqu’en 1942.

   L’avenue Alfred Maës débute au carrefour Bollaert. Son point de départ était marqué d’un côté par le jardin public appelé aujourd’hui square Chochoy et de l’autre par l’immense garage automobile Lallain.

AM008

  Ensuite, l’artère passe sous le pont Césarine….

AM009

…. nommé ainsi (jamais officiellement il faut le dire) en mémoire de la tenancière d’un estaminet appelé « A l’arrêt du Tramway ».

AM010

    Les nombreux voyageurs se désaltéraient au bar de Césarine Hennebois en attendant de prendre le Tortillard qui pouvait les emmener jusque Frévent en longeant au début de son parcours l’avenue de Liévin.

AM011

   La rue de la Bataille, comme tout le secteur, est réduite à l’état de ruines lors de la Première Guerre mondiale.

AM012

   Après la libération, c’est à partir de 1920 que les corons sont reconstruits.

AM013

   Le pont Césarine est reconstruit et élargi pour supporter des voies du triage de la SNCF.

AM015

   Un autre pont en béton armé supporte les voies du chemin de fer des mines de Lens. Il est détruit en 1992.

AM016

   Un peu plus loin se dresse majestueusement la statue d’Emile Basly. Après le décès du maire de Lens en 1928, une souscription est ouverte pour faire ériger un monument en son honneur. Quelques années plus tard, une statue sculptée par Augustin Lesieux représentant Emile Basly dans sa célèbre posture est installée au carrefour Bollaert. Démontée et cachée des vautours allemands qui voulaient en faire fondre le bronze pendant la Seconde Guerre, elle est ensuite déplacée à la jonction de l’avenue de Liévin et la route d’Arras.

AM017

    Pendant plusieurs centaines de mètres, l’avenue longe ces longues barres de corons.

1970

   Mais certaines habitations provisoires datant de l’après Seconde Guerre, de véritables taudis, perdureront jusqu’au début des années 60.

AM014

   Beaucoup se souviennent que l’avenue a frôlé pendant des décennies les installations de la fosse 9 des mines de Lens et du stade-vélodrome Maurice Garin aujourd’hui disparus dans le cadre de l’arrivée du Louvre-Lens.

AM019

   L’avenue Alfred Maës continue ensuite son chemin vers Liévin en jetant un coup d’œil à la jolie devanture art-déco du temple de l’église évangélique baptiste et en passant devant les écoles privées Sainte-Thérése et du Sacré-Cœur.

AM020

   Juste avant d’arriver à Liévin, l’avenue flirte avec les petites maisons Camus de la cité du 9bis. A la fin des années 50, pour répondre à la pénurie de logements, les Houillères construisent pour les retraités ces maisonnettes selon le procédé « Camus » du nom de l’ingénieur qui a créé le principe. Les « Camus » dits bas comme celles de cette cité sont construites à partir de 1959.

AM021

   Aujourd’hui, l’avenue Alfred Maës est empruntée autant pas les habitués que par les nombreux touristes qui viennent à Lens visiter le musée du Louvre-Lens.

AM022

La rue Edouard Bollaert

14 jan

Bo 001

   La rue Edouard Bollaert reçu ce nom après le décès du tout premier agent général de la Société des mines de Lens. Edouard Jacques François Bollaert, né le 26 décembre 1813 à Bailleul (59), est le gendre d’Amé Tilloy et le neveu de Jules Castelyn, de riches industriels lillois co-fondateurs et actionnaires de la compagnie minière lensoise.

Bo 002

   En 1856, quatre ans après la constitution de l’entreprise, il est nommé agent général, c’est-à-dire directeur de la société. Edouard Bollaert fait beaucoup pour la prospérité de la société minière : sous sa gouvernance, la compagnie passera de 299 ouvriers pour une production de 62 000 tonnes en 1856 à plus de 10 000 ouvriers et 2 700 000 tonnes de houilles en 1896.

   Mais il est aussi celui qui réprime les grèves et punit les meneurs avec une grande sévérité en faisant appel à la troupe, en licenciant sur le champ les grévistes et en les chassant ainsi que leur famille de leur logement : après la grève de 1893, ce ne sont pas moins de 600 familles qui sont expulsées des corons.

   Edouard Bollaert décède d’une congestion pulmonaire le 7 janvier 1898 à l’âge de 85 ans alors qu’il est toujours en activité.

Bo 003

   Le maire de Lens Eugène Courtin qui est aussi son ami et actionnaire de la compagnie houillère de Liévin, approuve la proposition de la Société des mines de Lens de donner son nom à la rue où se trouvent les bureaux centraux des mines.

BO 004

   Cette rue est tracée sur une partie qui, au 18ème siècle, s’appelait le Grand chemin d’Arras à Lille. Faisant partie du Faubourg Saint-Laurent, elle était limitée au nord à la jonction des chemins de Béthune et de La Bassée et au sud par le croisement avec le Grand chemin d’Arras et le Chemin de Lens à Liévin. Sur cette carte, on remarque (en vert) la construction qui abritait les tous premiers bureaux de la compagnie minière, un ancien relais-poste.

BO 005

   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, les mines de Lens deviennent propriétaires de tout le secteur. Au nord, on y perce la fosse 1 Sainte-Elisabeth. Au sud, la fosse 4 sera mise en service en 1864.

fosse1

fosse4

   Le relais-poste étant trop étroit pour une entreprise se développant aussi rapidement, des grands bureaux sont construits au nord de la rue.

BO 006

   Ils seront agrandis dès le début du 20ème siècle. Deux étages et le doublement de la surface au sol en font un bâtiment remarquable. L’ancien relais poste deviendra la demeure du l’Agent général, donc d’Edouard Bollaert.

BO 007

   Plus tard, la grande propriété laissera place aux pépinières de la compagnie puis, après la seconde guerre, au jardin public (appelé un temps les jardins de la Pépinière).

BO 008

   Lors des grèves de 1906 qui ont fait suite à la catastrophe des mines de Courrières, c’est dans cette maison que l’épouse et la bonne d’Elie Reumaux, successeur d’Edouard Bollaert comme directeur de la Société, ont été agressées par les anarchistes sympathisants de Benoit Brouchoux.

   Derrière les nouveaux Grands bureaux sont installés les ateliers de la compagnie qui emploie de nombreux ouvriers et ouvrières.

BO 009

  La rue est traversée par deux voies ferrées. Au nord, celle de la ligne Lens-Violaines (exploitée dès 1853 mais qui ne sera ouverte au transport des voyageurs que le 29 juillet 1883) nécessite la construction près de la fosse 1 d’un dépôt des machines puis plus tard d’une gare pour les voyageurs. Au sud, la voie qui traverse la rue permet de rejoindre e réseau ferré minier à la gare de Lens des chemins de fer du Nord.

BO 010

   En janvier 1915, un obus tombe et explose dans la salle des archives des Grands bureaux déclenchant un incendie qui détruira le bâtiment. Les bombardements qui suivirent jusqu’en 1918 achevèrent de rendre le secteur à l’état de ruines.

BO 011

   Avant la première guerre, la route d’Arras est dans le prolongement direct de la rue Bollaert.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

    Lors de la reconstruction, certains itinéraires sont modifiés après un accord entre la ville et la compagnie minière. Afin de laisser la place à l’agrandissement du triage de la SNCF, l’origine de la route d’Arras est déviée vers l’ouest et la route de Liévin. Dans le même accord, les passages à niveau sont supprimés. C’est ainsi que naissent le pont Césarine sur l’avenue de Liévin et celui de la rue Bollaert.

BO 012 bis

   A la fin des années 1920, les Grands Bureaux seront reconstruits plus au nord de la rue Edouard Bollaert, sur la côte Saint-Laurent.

BO 013

   A l’emplacement des anciens grands bureaux et des ateliers sont édifiées des habitations pour les directeurs et ingénieurs dans un secteur que les mineurs nommeront « la vallée des rois ».

BO 014

   En 1926 sera construite la nouvelle gare Sainte-Elisabeth : une magnifique architecture à colombages bien dans le style art-déco des années 20.

gare_st-elisabeth

   Cette gare a un temps abrité des services de la mairie de Lens en attendant la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Elle disparaîtra en 1984 après que Charbonnages de France l’ai vendue à une société immobilière qui la fera abattre pour construire à sa place des immeubles.

demolitiongareSE

   Dans la rue Bollaert se trouvaient le magasin principal de la coopérative des mines de Lens. Lors du bombardement du 11 août 1944, le personnel de ce commerce, en tentant de rejoindre un abri, fut fauché par une bombe. 18 employés dont 16 jeunes femmes périrent ce jour là.

BO 016

   Aujourd’hui, la rue Bollaert, encadrée par le carrefour des Grands Bureaux et le rond-point Bollaert n’est plus qu’un axe de circulation desservi par peu de commerces. Elle ne retrouve un peu d’animation que lorsque des matches de football sont organisés au stade qui porta le nom de Félix Bollaert (le fils d’Edouard) avant de devenir depuis quelques années le stade Bollaert-Delelis.

BO 017

L’avenue du 4 Septembre

8 jan

04 09 titre

   C’est au tout début du 20ème que cette rue qui faisait partie du Faubourg de Lille prit le nom d’Avenue du 4 Septembre en souvenir de la proclamation de la 3ème République par Léon Gambetta en 1870. Cette artère était tracée à l’emplacement d’un chemin qui, du temps où Lens était entourée de remparts, permettait de rejoindre les directions d’Arras, Liévin ou Béthune d’un côté à celle de Lille de l’autre sans pénétrer dans la ville.

04 09 01

   Au début du 19ème siècle, aucune habitation ne semblait construite dans ce chemin. Les paysans venaient surtout s’y procurer de l’eau à l’une des trois fontaines se trouvant sur l’itinéraire.

  Avec le début de l’exploitation charbonnière, la commune s’agrandit vers les plaines de Lens dont celle située au nord. Dès le début de la seconde moitié du 19ème siècle, avec la mise en service de la fosse 2 du Grand-Condé, des commerces se créèrent sur la place du Cantin et aux alentours.

04 09 02

   L’avenue du 4 septembre faisait partie du secteur appelé le Faubourg de Lille. C’est au début du 20ème siècle que la municipalité dirigée par Emile Basly décida de renommer certaines rues de Lens où le nombre d’habitations avait explosé en quelques années. Ainsi, le secteur du Faubourg de Lille fut découpé et chaque artère, dont l’Avenue du 4 septembre, reçu un nom.

04 09 03

  A cette époque, l’avenue avait son origine au niveau de la place du Cantin et se terminait à la jonction de la rue Decrombecques.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

   A son extrémité du côté est se trouvait l’usine à gaz qui depuis 1862 fournissait l’éclairage aux lieux publics, aux rues et aux commerces de la commune.

04 09 04

C’est aussi vers les années 1905 que l’avenue du 4 Septembre fut pavée.

04 09 05

   Chaque semaine, en même temps que le grand marché de la place du Cantin s’y déroulait le « petit marché » réservé aux producteurs et artisans de la région.

04 09 06

   Pendant la Première Guerre mondiale, l’avenue du 4 septembre, comme le reste de la ville, fut détruite à 100 %. On y compta de nombreuses victimes comme lors du bombardement du 16 février 1917 qui anéanti l’usine à gaz et de nombreuses maisons de l’avenue en faisant 18 morts.

04 09 07

   Aussitôt la Libération, des logements provisoires, des demi-lunes de taule sont installés. Ils permettent d’abriter les lensois revenus en ville de leur déportation et les ouvriers chargés de la reconstruction. L’avenue est rouverte à la circulation en 1923.

04 09 08

   Un accord entre la Société des Mines de Lens et la municipalité permet de prolonger l’avenue jusqu’à la jonction des routes de Béthune et de La Bassée (carrefour des Grands Bureaux). Cette portion portera quelques années plus tard le nom d’avenue Elie Reumaux en hommage au président du Conseil d’administration de la compagnie minière décédé le 28 octobre 1922.

04 09 09

   Les deux portions étaient séparées par le carrefour Notre-Dame appelé ainsi en souvenir de la chapelle Notre-Dame de Bonsecours qui se trouvait avant la Première guerre à l’emplacement repéré plus tard par une sculpture en plâtre.

04 09 10

   A l’emplacement de l’usine à gaz (qui fut rédifiée rue de Londres), fut construite l’école Sadi Carnot. Avant le conflit, elle se trouvait à l’angle de la rue de Lille (rue Lanoy aujourd’hui) et la rue Bayard.

04 09 11

   Au dessus du porche, une belle structure représentant le savoir et l’instruction avec cette phrase : « Exercer à penser », un adage loin d’être toujours appliqué de nos jours à l’heure des réseaux sociaux !

04 09 12 2

   A la jonction de l’avenue du 4 septembre et de la rue de Lille fut implanté en 1925 le monument aux Morts qui sera déplacé au rond-point Van Pelt en 1972.

04 09 13

   Ce n’est que dans les années 70 que l’avenue du 4 septembre fut débarrassée de ses pavés.

04 09 14

   Aujourd’hui, l’avenue du 4 septembre, tout en restant une artère commerçante, permet de traverser le nord de la ville en évitant le centre. La création de l’avenue André Delelis permet maintenant par cet itinéraire de rejoindre directement le musée du Louvre-Lens.

04 09 15

L’histoire des Mines de Lens

12 déc

   A l’occasion de l’exposition sur les lampes et objets de la mines qui a eu lieu début décembre à la Maison Syndicale de Lens, les organisateurs m’avaient demandé de réaliser des tableaux sue l’histoire des mines de Lens.

   Malheureusement, par manque de place, ils n’ont pas pu être présentés au public à cette occasion. Pour que ce travail soit vu par tous, j’ai décidé de vous les offrir en les publiant sur ce blog.

Capture d’écran (10 01)Capture d’écran (11)

Capture d’écran (12)

Capture d’écran (13)

Capture d’écran (14)

Capture d’écran (15)

Capture d’écran (16)

Capture d’écran (17)

Capture d’écran (18)

Capture d’écran (19)

Capture d’écran (20)

Capture d’écran (21)

Capture d’écran (22)

Capture d’écran (23)

Capture d’écran (24)

Capture d’écran (25)

Capture d’écran (26)

Capture d’écran (27)

Capture d’écran (28)

Capture d’écran (29)

Capture d’écran (30)

Capture d’écran (31)

Le courage d’Octavie

7 nov

   Exceptionnellement aujourd’hui, le Lensois-normand est plus normand que lensois. En ces temps de commémorations de l’armistice de la Première Guerre mondiale, je reviens sur un fait très peu connu : la seule bataille (en fait, elle s’est déroulée en deux épisodes) de la Grande Guerre qui s’est déroulée sur les terres de la Normandie. Elle fit quatre morts côté Français et deux chez les Allemands.

   Début septembre 1914, sitôt l’envahissement du nord-est de la France, le commandement allemand décide d’envoyer des expéditions militaires motorisées derrière les lignes franco-anglaises. Leur objectif est couper les voies de communications pour paralyser le déplacement des troupes et leur ravitaillement.

N001

   Un commando de treize soldats allemands commandés par le capitaine Walther Tiling voyage dans trois automobiles avec plus de 500 kilos d’explosifs. Ils ont pour mission de faire sauter le pont métallique d’Oissel sur la Seine, à 15 kilomètres au sud de Rouen. Un des véhicules, tombé en panne près de Beauvais, est abandonné sur place avec ses hommes.

N002

  Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1914, les deux autres voitures font halte pour bivouaquer dans la forêt de Lyons, près du village de Neuf-Marché.

N003

   Le 16 septembre, vers 8h30 du matin, Octavie Delacour, une brave paysanne âgée de 56 ans, quitte sa demeure sur la commune de Martagny, près des Andelys dans l’Eure pour se rendre à Ferrières-en-Bray.

   Arrivée près du hameau des Flamants du village de Neuf-Marché, elle tombe nez à nez avec un soldat qui, baïonnette à la main, lui fait signe de s’arrêter. Pour elle, ce ne peut être qu’un Allemand qu’elle identifie à la couleur de l’uniforme identique à celle qu’elle a connu lors de la guerre de 1870. Octavie aperçoit également deux autres sentinelles cachées dans les buissons. Elle s’enfuie vers Neuf-Marché où elle avertit le maire Couverchel de la présence de ces soldats prussiens. Le garde-champêtre, envoyé sur place, revient en déclarant n’avoir rien vu.

   Têtue, Octavie Delacour se rend alors, toujours à pied, à Gournay-en-Bray, sept kilomètre plus loin où elle s’arrête à la gendarmerie. Là, elle réitère ses informations. Le maréchal des logis chef Jules Crosnier, âgé de 47 ans, décide de se rendre sur place. Il appelle ses collègues de Mainneville et leur demande de le rejoindre sur les lieux. Il réquisitionne une automobile conduite par le jeune René Allée, fils du garagiste qui emmène avec lui Adrien Blacher, son oncle arrivé au village la veille pour suppléer le garagiste mobilisé. Jules Crosnier est accompagné par les gendarmes Eugène Praets, un gendarme réserviste de 61 ans arrivé à Gournay depuis 10 jours et Eugène Lebas âgé de 43 ans qui s’est engagé pour la durée de la guerre. L’instituteur de Gournay et garde-civil Edouard Noiret, qui parle l’allemand, les rejoint.

N004

  Arrivés au hameau de la Rougemare en début d’après-midi, le sous-officier apprend par les habitants que les Allemands se trouvent cachés à 200m environ de la lisière de la forêt. En se dirigeant vers eux, le groupe aperçoit une sentinelle ennemie qui s’enfuie. Au moment de lui intimer l’ordre de s’arrêter, une salve tirée de derrière les broussailles tue le gendarme Praets. Jules Crosnier et Eugène Lebas ripostent et abattent la sentinelle allemande Erich Krampitz mais ne peuvent éviter une seconde salve. Les deux gendarmes sont tués à leur tour. Adrien Blachet est mortellement blessé au ventre. Il succombera dans la nuit suivante. Le jeune instituteur peut s’enfuir dans la voiture de René Allée pour donner l’alerte. En chemin, il rencontre les gendarmes de Mainneville retardés par une crevaison d’un de leurs vélos.

N005

   Les Allemands reprennent alors leurs voitures et s’élancent sur les routes de Normandie, traversant à vive allure plusieurs villages.

   La nuit suivante, ils sont dans les environs d’Oissel. L’alerte a été donnée aux garde-voies en charge de la surveillance des ponts sur la Seine. A 21 heures 30, les deux voitures sont localisées à Tourville-la-Rivière et se dirigent vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf. La voiture est repérée vers 22 heures 30 aux environs du pont d’Oissel.
Vers une heure du matin, les gendarmes et les gardes-civil conduits par le sergent Alphonse Leroy montent une embuscade près du poste d’aiguillages de la gare de Tourville-la-Rivière.

N006

   Au passage du convoi ennemi, une fusillade envoie la première voiture s’enliser dans un champ. En sort, l’officier allemand Walther Tiling blessé au bras et à la cuisse. Il se rend ainsi que les cinq autres occupants. Tous sont conduits sous bonne escorte à la gare d’Oissel où ils sont enfermés dans la salle d’attente.

N007

  Une heure plus tard, le second véhicule est retrouvé à Igoville, à sept kilomètres d’Oissel. Sous une bâche, un blessé grave qui est aussi transporté à la gare d’Oissel où il décèdera. Mais pas de traces des trois autres occupants qui se sont évanouis dans la nature. Des battues sont organisées, un sous-officier est retrouvé le 17 au matin dans un champ près de Tourville. Les deux autres soldats se rendront dans la nuit du 21 au 22 septembre. Ils erraient dans la campagne, mourant de faim.

  Certaines sources affirment que le commando a été renseigné et dirigé par un industriel allemand Ernst Benary qui connaissait la Normandie pour y être venu souvent chasser.

  Aujourd’hui, au hameau de la Rougemare se dresse une stèle, pour que l’on se souvienne du sacrifice des trois gendarmes et du civil de Gournay-en-Bray. Elle a remplacé le 29 septembre 1929, un premier mémorial fait d’une croix en chêne.

N008

   René Allée sera mobilisé, caporal au 276ème régiment d’infanterie, il trouvera la mort le 14 octobre 1915 devant Notre-Dame de Lorette.

   Après la guerre, Octavie Delacour fut citée à l’ordre du 3ème corps de Gendarmerie et décorée de la Croix de Guerre. Elle décéda le 20 mars 1937. Le maréchal des logis Jules Crosnier fut décoré de la Croix de guerre avec palme le 31 août 1915 puis reçu le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 6 décembre 1921. Les gendarmes Eugène Praëts et Eugène Lebas reçurent également la Croix de Guerre et le Sergent Alphonse Leroy fut élevé au grade d’adjudant et décoré de la Médaille militaire le 13 mars 1915.

N009

    Quant au pont d’Oissel, la seconde guerre mondiale lui fut fatale. Lors de la débâcle en 1940, pour contrer l’avancée de l’armée allemande, les soldats français firent sauter l’ouvrage métallique.

N010

Les hôtels de ville de Lens

1 sept

titre

   L’Hôtel de Ville de Lens a toujours été situé au même endroit, à quelques mètres de l’église Saint Leger. Au début du 13ème siècle, Lens devient officiellement une commune. Les échevins et celui qu’ils ont élu comme maïeur (maire) se réunissent trois fois par semaine dans la Maison de Ville.

mairie001

    Sur un plan de Lens du 13ème siècle, on trouve la Maison de ville située entre l’église Saint-Léger et la porte d’Arras.

mairie002

   C’est à cet emplacement que la commune de Lens et son maire Pierre-Philippe Lebrun décident en 1822 de la construction d’un hôtel de ville.

   De style napoléonien venu de la capitale comme le démontre la symétrie du bâtiment, les arcs en plein-cintre des ouvertures, les pilastres enchâssés dans les murs ou encore le haut-relief représentant le blason de la ville de Lens, il est coiffé d’un clocheton qui permet d’alerter la population. Le bâtiment comportait deux niveaux et un grenier.

Mairie003

   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le rapide essor de la ville du au développement de l’exploitation charbonnière entraînant l’augmentation de la population, il est décidé, pour héberger les services municipaux et de l’état civil, d’agrandir l’hôtel de ville en annexant les locaux de la ferme Roussel mitoyenne.

mairie004

   Le 29 août 1908, l’escalier du perron est remplacé par un autre en granit de Soignies avec une grande balustrade. Pour cela, Emile Basly, qui a été élu maire de Lens en 1900, fait appel à un jeune architecte douaisien de 25 ans : Jean Goniaux.

mairie005

   En 1912, dans une ville de Lens devenue la capitale du pays minier, Basly décide de doter la commune d’un nouvel hôtel de ville. Tout en répondant aux besoins d’une population de plus de 30 000 âmes, il tient à affirmer avec cette construction l’importante influence  du peuple et de ses élus face à la puissance Société des Mines de Lens dont les Grands Bureaux viennent d’être agrandis.

mairie006

   L’hôtel de ville, fait de briques rouges et de pierres blanches, est plus beaucoup grand et d’une grande richesse architecturale de style flamand. Emile Basly en a dressé lui-même les plans avec l’architecte Jean Goniaux. La première pierre a été posée le 27 mai 1913. Pendant ce temps, les services municipaux sont transférés dans le presbytère de la paroisse Saint-Léger, rue Diderot. Très peu de documents existent sur cet édifice d’avant guerre. Il semble que seul ce dessin du à Jean Goniaux nous informe sur la construction.

mairie007

   Un an plus tard, alors que l’hôtel de ville n’était pas tout à fait terminé, la guerre est déclarée et le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront 4 ans jour pour jour. Lens est peu à peu détruit pour n’être que désolation en 1918. Du superbe hôtel de ville, il ne reste que quelques briques s’élevant au milieu de gravats.

Mairie008

   Evacué en Belgique mais revenu en France via la Suisse en 1917, Emile Basly a entre-temps installé la mairie provisoire de Lens à Paris, dans un immeuble de la rue de Hanovre.

mairie009

    Après la Libération, en août 1919, les services municipaux et le maire s’installent dans une construction provisoire en bois sur la place du Cantin. La priorité pour Emile Basly, est de reloger les lensois revenus d’exode. Il faut attendre le 3 août 1921 pour que la reconstruction d’un hôtel de ville soit décidée et confiée, comme avant guerre, à Jean Goniaux.

mairie010

   Reconstruit quasiment à l’identique, il entre en service pendant l’été 1926 lorsque s’y tint le premier conseil municipal le 6 août.

mairie011

   Il n’est inauguré qu’un an plus tard, le le 14 août 1927 en même temps que la nouvelle gare ferroviaire. C’est là une occasion d’organiser à Lens une grande fête populaire telle que Basly les aimaient avant la guerre.

mairie012

   A l’extérieur, il ne diffère du précédent que par son imposant clocheton. Les statues représentant un ouvrier et une trieuse qui entourent l’horloge de la façade ainsi que les cariatides représentant l’union et la force qui dominent les deux balcons latéraux sont dues à Augustin Lesieux qui sculptera aussi le monument aux morts.

mairie013

   A l’intérieur, les magnifiques vitraux représentant le monde du travail : la mine, l’agriculture, le transport ferroviaire sont réalisés par le maître-verrier lillois Alfred Labille.

mairie014

   Dans la grande salle d’honneur où sont célébrés les mariages, des peintures murales honorent le monde de la mine. Derrière un bureau posé sur une estrade, une fresque représente des jeunes danseuses entourant la muse des mineurs de 1913, Maria Godart.

mairie015

   Mais il est dit que ces constructions de Jean Goniaux ne resteront pas dans l’histoire. Douze ans après sa mise en service, l’hôtel de ville est de nouveau bombardé, par l’aviation alliée cette fois. Après le raid du 11 août 1944, l’hôtel de ville est fortement endommagé. Le corps central est inutilisable. Les différents services municipaux sont provisoirement déménagés à l’école Berthelot.

mairie016

   Dès 1949, Ernest Schaffner, maire de Lens depuis deux ans, fait présenter lors d’une séance du conseil municipal un avant-projet de reconstruction de l’hôtel de ville. L’architecte parisien Jean de Mailly (connu pour avoir reconstruit les villes de Toulon et de Sedan et qui participera plus tard à l’aménagement du quartier d’affaires de La Défense) travaille sur le projet avec l’architecte de la ville Henri Pantigny. Différentes études sont présentées (dont une prévoit de conserver le style de l’édifice d’avant-guerre en utilisant une partie de ses vestiges) mais ne convainquent ni la Préfecture, ni les architectes des Bâtiments de France. Un accord est trouvé en 1955 pour un hôtel de ville sobre et fonctionnel, reconstruit sur les bases de l’ancien et dont l’architecture rappelle quelque peu l’œuvre de Jean Goniaux.

   Pour faire place au nouvel édifice, les restes de l’ancien sont rasés en 1956. Les services municipaux sont hébergés et voyagent entre différents endroits de la ville (local provisoire dans l’avenue Van Pelt, gare Ste Elisabeth ou dans les locaux de la Société Générale place Jean Jaurès).

mairie provisoire

gare

   Un grave accident vient retarder les travaux : le 9 novembre 1956, un ouvrier chargé des travaux de déblaiement est tué sur le chantier.

mairie017

   Mais cette fois, ce sont les HBNPC qui s’opposent au projet. Le sol sur lequel reposerait l’édifice se situe au dessus d’une veine de charbon qu’elles ne pourraient exploiter, se privant ainsi de 400 000 tonnes de charbon. Les échanges sont vifs entre Ernest Schaffner et les services des Houillères, nécessitant l’intervention du ministre de la Reconstruction et de celui de l’Industrie. Le 14 novembre 1956, l’ingénieur en chef du contrôle des mines déclare : « Nous pensons que ce projet doit être modifié afin de réduire les dimensions de l’hôtel de ville à celles d’un immeuble ordinaire de deux ou trois étages ».

mairie018

   En janvier 1959, un nouveau projet est présenté. L’idée de conserver une partie su style du précédent bâtiment est complètement abandonnée pour répondre aux exigences des HBNPC. L’édifice, de style contemporain, est moins lourd et composé de quatre bâtiments différents mais les Houillères s’opposent de nouveau.

mairie019

    C’est un énième projet, proposé par Jean de Mailly en février 1960 qui est enfin accepté par les mines de Lens en mai 1961 : un édifice de forme cubique d’une hauteur de 30 mètres dont la façade est couverte de multiples vitres rectangulaires. Cinq années de perdues pour 400 000 tonnes de charbon alors que la production annuelle du groupe Lens-Liévin des HBNPC est de 7 millions de tonnes ! En 1962 que le Conseil municipal adjuge les travaux au Génie Civil de Lens. Enfin, la première pierre est posée le 10 novembre 1962 et les travaux peuvent commencer.

mairie020

   Un peu plus de quatre ans plus tard, le 14 février 1965, Ernest Schaffner, en compagnie du préfet du Pas de Calais Jean Tomasi et de Madame Victoire Lampin inaugure le nouvel hôtel de ville.

mairie021

Les lensois l’attendaient depuis plus de vingt ans.

mairie022

12

Radiopoilu |
Sarcophage, une tragédie de... |
Carnetdelecture5erenato |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Histoires du Maquis
| Histoire à Nieuil l'Es...
| quochuy01