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28 juin

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Amis du lensois normand, deux ouvrages à lire (cliquez sur l’image pour accéder au site des éditeurs) :

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Louis Delaville et ses terres cuites de Lens

28 juin

Texte réalisé d’après les revues Gauheria n° 12, 72 et 97, de documents trouvés sur Gallica (site Internet de la Bibliothèque de France) et avec l’aide du service des Archives de la ville de Lens.

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   Le quidam qui emprunte cette petite rue de la cité 12 entre le Grand chemin de Loos et la rue Auguste Lefebvre sait-il bien pourquoi elle porte le nom de Louis Delaville ?

   Louis Delaville naît à Jouy-sous-Thelle dans l’Oise le 20 août 1763. Son père, Quentin, est « laboureur » selon l’acte de naissance, c’est-à-dire qu’il était propriétaire d’une exploitation agricole.

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   Louis Delaville entre dès son plus jeune âge dans l’atelier du sculpteur Louis Boizot à Paris où il apprend l’art de la terre cuite. En l’an VII du calendrier républicain (1798), il reçoit un premier prix de sculpture lors du Grand Prix de Rome pour son œuvre intitulée « Marcellus faisant embarquer tous les monuments d’art de Syracuse ». La situation politique ne lui permet pas d’aller poursuivre ses études à la Villa Médicis en Italie comme le prévoyait le règlement du Grand Prix.

   Delaville travaille dans la capitale chez un potier qui le loge dans une mansarde rue Mazarine. Le soir, il confectionne ses statuettes de terre cuite qu’il vend pour se faire un peu d’argent.

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  Il rencontre à Paris un couple de lensois, Alexandre Boiron et son épouse Jeanne-Marie. En l’an IX (1800), Il les accompagne souvent à Lens ce qui lui permet d’exposer dans le salon des Beaux-arts de Lille puis d’être médaillé à l’exposition de Douai en 1807.

   Le 26 juin 1809, un peu plus d’un an  après le décès de son ami Alexandre, il épouse Jeanne-Marie, devenue veuve et se fixe définitivement à Lens. Il partage sa passion de la terre cuite avec les artistes nordistes Charles-Henri Corbet et Philippe-Laurent Roland. Il trouve facilement de quoi réaliser ses œuvres (terre glaise, four) auprès de son beau-fils Louis Boiron, fabricant de tuiles.

   C’est vers 1810 qu’il se consacre exclusivement à la réalisation des « Terres cuites de Lens » appelées aussi vulgairement des « Delaville ». Dans un ouvrage paru en 1889, l’artiste courriérois Jules Breton décrit ainsi ses œuvres : « De 1810 à 1835, Delaville créa tout un monde, antique et moderne, dieux et demi-dieux, héros de la fable et de l’histoire, gens de la noblesse et du commun, bourgeois, soldats, paysans et manants, groupes, statuettes, médaillons, connus sous le nom de terres cuites de Lens. Delaville en fit un grand nombre avec des variantes, des inventions les plus amusantes, notamment le bon et le mauvais ménage qui comportent, chacun, deux pendants. »

   Quelques unes de ses réalisations :

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   Parmi ses nombreuses œuvres connues, certaines ont été ou sont encore exposées dans les musées nationaux (Au Louvre-Lens bien sur mais aussi à la Piscine à Roubaix, à Troyes, Saint-Omer, Lille ou encore Douai), d’autres enrichissent toujours les collections personnelles et familiales.

   De celles qu’il avait laissées à Lens il ne reste rien, les dégâts provoqués par la Grande Guerre y sont certainement pour beaucoup. Le maitre chocolatier-pâtissier lensois Jean Claude Jansson a acquis trois statuettes de Louis Delaville qu’il avait exposées il y a quelques temps dans son salon de thé.

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   Parallèlement à son art, Louis Delaville était également très actif à Lens. Économe à l’hospice, il participa en 1822 à la restauration de l’église Saint-Léger abimée par la grêle et fit partie de la commission pour l’embellissement de l’hôtel de ville en 1824. C’est à Lens qu’il décède le 1er janvier 1841 à l’âge de 77 ans. Il fut certainement enterré au cimetière communal qui se situait alors près de l’hospice. Plus tard, les tombes de ce cimetière furent transférées dans celui de la route de Douai mais on n’y trouve aucune trace de la sépulture de Louis Delaville.

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   A Lens, il ne reste donc en sa mémoire que cette petite rue de la cité 12, bien petit hommage pour un grand artiste.

   A noter que son petit-fils par alliance, un descendant de son épouse, Alexandre Boiron (1859-1889) fut un grand artiste-peintre, élève apprécié de Jules Breton.

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Une piscine art-déco à Lens

12 mai

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   Beaucoup d’agitations actuellement sur la prochaine piscine de Lens, l’occasion de revenir sur la première piscine municipale.

   Si l’on veut voir à quoi elle ressemblait, il suffit d’aller voir celle de Bruay, c’était exactement le même.

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  C’est en effet au même architecte qu’Alfred Maës, maire de Lens et Henri Cadot, celui de Bruay ont confié la réalisation de cet espace de loisirs au tout début des années 1930 pour une population encore sous le coup des affres de la Première Guerre mondiale.

   Paul Hanote, l’architecte bruaysien, propose que cette piscine rappelle par son style les grands transatlantiques d’avant guerre dans un style art-déco, très en vogue à cette époque.

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  Sur la route de Douai, tout près du pont du même nom débute en 1932 la construction d’un espace où les larges allées de promenades ombragées entourent une belle piscine de plein-air mais protégée des vents du nord et d’ouest. Sur cette vue aérienne d’aujourd’hui, l’emplacement de la piscine.

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  L’établissement comportait trois vastes bassins dont un de forme circulaire profond de 50 centimètres pour les petits enfants. Les deux autres de 33,33 mètres sur 12,50 étaient réservés, l’un profond de deux mètres 40 aux sportifs, l’autre d’une profondeur de 95 centimètres aux cours natation.

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  De part et d’autres, des gradins pouvant accueillir 800 spectateurs, 130 cabines individuelles et quatre vestiaires permettant de recevoir jusque 300 personnes. Deux salles de réunion et deux solariums sur les terrasses complètent la construction.

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   La piscine est équipée d’un plongeoir avec trois plateformes à trois, cinq et dix mètres et de deux grandes salles de douches.

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   Mille mètres cubes d’eau sont filtrés et désinfectés chaque jour pour renouveler l’eau des bassins maintenue en permanence à 20° pour le plaisir des baigneurs lensois.

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   Malheureusement, cet ensemble, inauguré en 1934, ne durera que 10 ans. Le 11 août 1944, l’aviation anglaise bombarde Lens dans le but d’anéantir les installations ferroviaires. La piscine, pourtant située à bonne distance de l’objectif est détruite. Sur la photo de la fin des années 1940 ci-dessous, les ruines de la piscine entre les rangées de peupliers.

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   Seule, la maison servant de logement de fonction au directeur est restée intacte.

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   A la Libération, la reconstruction des équipements sportifs n’entre pas dans les priorités du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, créé fin 1944. Le 4 juillet 1952, le Docteur Schaffner présent au MRU un projet de reconstruction d’une piscine sur le même site que la précédente mais l’Etat se refuse à le financer dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre.

 Après bien des hésitations dues au financement et aux risques d’affaissements miniers, ce n’est que le 15 mai 1966 qu’est inaugurée la piscine olympique près de la Grande Résidence. En avril 2018, la piscine, dégradée et dangereuse, est définitivement fermée.

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  Un projet de construction d’un nouvel établissement situe la prochaine piscine de Lens du côté du stade Bollaert-Delelis. Il est peu vraisemblable qu’elle rappelle le style art-déco de la première.

 

Le courage d’Octavie

7 nov

   Exceptionnellement aujourd’hui, le Lensois-normand est plus normand que lensois. En ces temps de commémorations de l’armistice de la Première Guerre mondiale, je reviens sur un fait très peu connu : la seule bataille (en fait, elle s’est déroulée en deux épisodes) de la Grande Guerre qui s’est déroulée sur les terres de la Normandie. Elle fit quatre morts côté Français et deux chez les Allemands.

   Début septembre 1914, sitôt l’envahissement du nord-est de la France, le commandement allemand décide d’envoyer des expéditions militaires motorisées derrière les lignes franco-anglaises. Leur objectif est couper les voies de communications pour paralyser le déplacement des troupes et leur ravitaillement.

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   Un commando de treize soldats allemands commandés par le capitaine Walther Tiling voyage dans trois automobiles avec plus de 500 kilos d’explosifs. Ils ont pour mission de faire sauter le pont métallique d’Oissel sur la Seine, à 15 kilomètres au sud de Rouen. Un des véhicules, tombé en panne près de Beauvais, est abandonné sur place avec ses hommes.

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  Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1914, les deux autres voitures font halte pour bivouaquer dans la forêt de Lyons, près du village de Neuf-Marché.

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   Le 16 septembre, vers 8h30 du matin, Octavie Delacour, une brave paysanne âgée de 56 ans, quitte sa demeure sur la commune de Martagny, près des Andelys dans l’Eure pour se rendre à Ferrières-en-Bray.

   Arrivée près du hameau des Flamants du village de Neuf-Marché, elle tombe nez à nez avec un soldat qui, baïonnette à la main, lui fait signe de s’arrêter. Pour elle, ce ne peut être qu’un Allemand qu’elle identifie à la couleur de l’uniforme identique à celle qu’elle a connu lors de la guerre de 1870. Octavie aperçoit également deux autres sentinelles cachées dans les buissons. Elle s’enfuie vers Neuf-Marché où elle avertit le maire Couverchel de la présence de ces soldats prussiens. Le garde-champêtre, envoyé sur place, revient en déclarant n’avoir rien vu.

   Têtue, Octavie Delacour se rend alors, toujours à pied, à Gournay-en-Bray, sept kilomètre plus loin où elle s’arrête à la gendarmerie. Là, elle réitère ses informations. Le maréchal des logis chef Jules Crosnier, âgé de 47 ans, décide de se rendre sur place. Il appelle ses collègues de Mainneville et leur demande de le rejoindre sur les lieux. Il réquisitionne une automobile conduite par le jeune René Allée, fils du garagiste qui emmène avec lui Adrien Blacher, son oncle arrivé au village la veille pour suppléer le garagiste mobilisé. Jules Crosnier est accompagné par les gendarmes Eugène Praets, un gendarme réserviste de 61 ans arrivé à Gournay depuis 10 jours et Eugène Lebas âgé de 43 ans qui s’est engagé pour la durée de la guerre. L’instituteur de Gournay et garde-civil Edouard Noiret, qui parle l’allemand, les rejoint.

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  Arrivés au hameau de la Rougemare en début d’après-midi, le sous-officier apprend par les habitants que les Allemands se trouvent cachés à 200m environ de la lisière de la forêt. En se dirigeant vers eux, le groupe aperçoit une sentinelle ennemie qui s’enfuie. Au moment de lui intimer l’ordre de s’arrêter, une salve tirée de derrière les broussailles tue le gendarme Praets. Jules Crosnier et Eugène Lebas ripostent et abattent la sentinelle allemande Erich Krampitz mais ne peuvent éviter une seconde salve. Les deux gendarmes sont tués à leur tour. Adrien Blachet est mortellement blessé au ventre. Il succombera dans la nuit suivante. Le jeune instituteur peut s’enfuir dans la voiture de René Allée pour donner l’alerte. En chemin, il rencontre les gendarmes de Mainneville retardés par une crevaison d’un de leurs vélos.

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   Les Allemands reprennent alors leurs voitures et s’élancent sur les routes de Normandie, traversant à vive allure plusieurs villages.

   La nuit suivante, ils sont dans les environs d’Oissel. L’alerte a été donnée aux garde-voies en charge de la surveillance des ponts sur la Seine. A 21 heures 30, les deux voitures sont localisées à Tourville-la-Rivière et se dirigent vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf. La voiture est repérée vers 22 heures 30 aux environs du pont d’Oissel.
Vers une heure du matin, les gendarmes et les gardes-civil conduits par le sergent Alphonse Leroy montent une embuscade près du poste d’aiguillages de la gare de Tourville-la-Rivière.

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   Au passage du convoi ennemi, une fusillade envoie la première voiture s’enliser dans un champ. En sort, l’officier allemand Walther Tiling blessé au bras et à la cuisse. Il se rend ainsi que les cinq autres occupants. Tous sont conduits sous bonne escorte à la gare d’Oissel où ils sont enfermés dans la salle d’attente.

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  Une heure plus tard, le second véhicule est retrouvé à Igoville, à sept kilomètres d’Oissel. Sous une bâche, un blessé grave qui est aussi transporté à la gare d’Oissel où il décèdera. Mais pas de traces des trois autres occupants qui se sont évanouis dans la nature. Des battues sont organisées, un sous-officier est retrouvé le 17 au matin dans un champ près de Tourville. Les deux autres soldats se rendront dans la nuit du 21 au 22 septembre. Ils erraient dans la campagne, mourant de faim.

  Certaines sources affirment que le commando a été renseigné et dirigé par un industriel allemand Ernst Benary qui connaissait la Normandie pour y être venu souvent chasser.

  Aujourd’hui, au hameau de la Rougemare se dresse une stèle, pour que l’on se souvienne du sacrifice des trois gendarmes et du civil de Gournay-en-Bray. Elle a remplacé le 29 septembre 1929, un premier mémorial fait d’une croix en chêne.

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   René Allée sera mobilisé, caporal au 276ème régiment d’infanterie, il trouvera la mort le 14 octobre 1915 devant Notre-Dame de Lorette.

   Après la guerre, Octavie Delacour fut citée à l’ordre du 3ème corps de Gendarmerie et décorée de la Croix de Guerre. Elle décéda le 20 mars 1937. Le maréchal des logis Jules Crosnier fut décoré de la Croix de guerre avec palme le 31 août 1915 puis reçu le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 6 décembre 1921. Les gendarmes Eugène Praëts et Eugène Lebas reçurent également la Croix de Guerre et le Sergent Alphonse Leroy fut élevé au grade d’adjudant et décoré de la Médaille militaire le 13 mars 1915.

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    Quant au pont d’Oissel, la seconde guerre mondiale lui fut fatale. Lors de la débâcle en 1940, pour contrer l’avancée de l’armée allemande, les soldats français firent sauter l’ouvrage métallique.

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C’était un 4 octobre à Lens, il y a juste 100 ans

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   Le 4 octobre 1918 en tout début de journée, des soldats britanniques entre dans Lens par la rue d’Avion. La reprise de Lens ne sera accompagnée d’aucun coup de feu, d’aucun tir d’artillerie ; les Allemands ont abandonné ce qu’il reste de la ville, laissant derrière eux armes et munitions mais aussi ruines et désolations…..

   Les soldats alliés parcourent les rues de la cité, ou plutôt recherchent leur emplacement entre les tas de pierres qui furent un jour des maisons. Aucun être vivant, aucune âme …. Les premières photographies arrivent dans les rédactions et démontrent les atrocités de cette guerre.

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   A la Chambre des députés, Emile Basly, le maire de Lens, est avisé par des journalistes de la libération de sa ville. Il affirme : « Nous remettrons, quels que soient les dégâts, en très peu de temps, tout en bon état. »

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La presse nationale, dès ses éditions du soir, annonce la nouvelle.

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Le premier reporter qui entrera dans la ville le lendemain, Albert Londres, titrera son article : « Plus rien, c’est Lens… ».

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Les hôtels de ville de Lens

1 sept

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   L’Hôtel de Ville de Lens a toujours été situé au même endroit, à quelques mètres de l’église Saint Leger. Au début du 13ème siècle, Lens devient officiellement une commune. Les échevins et celui qu’ils ont élu comme maïeur (maire) se réunissent trois fois par semaine dans la Maison de Ville.

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    Sur un plan de Lens du 13ème siècle, on trouve la Maison de ville située entre l’église Saint-Léger et la porte d’Arras.

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   C’est à cet emplacement que la commune de Lens et son maire Pierre-Philippe Lebrun décident en 1822 de la construction d’un hôtel de ville.

   De style napoléonien venu de la capitale comme le démontre la symétrie du bâtiment, les arcs en plein-cintre des ouvertures, les pilastres enchâssés dans les murs ou encore le haut-relief représentant le blason de la ville de Lens, il est coiffé d’un clocheton qui permet d’alerter la population. Le bâtiment comportait deux niveaux et un grenier.

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   Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le rapide essor de la ville du au développement de l’exploitation charbonnière entraînant l’augmentation de la population, il est décidé, pour héberger les services municipaux et de l’état civil, d’agrandir l’hôtel de ville en annexant les locaux de la ferme Roussel mitoyenne.

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   Le 29 août 1908, l’escalier du perron est remplacé par un autre en granit de Soignies avec une grande balustrade. Pour cela, Emile Basly, qui a été élu maire de Lens en 1900, fait appel à un jeune architecte douaisien de 25 ans : Jean Goniaux.

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   En 1912, dans une ville de Lens devenue la capitale du pays minier, Basly décide de doter la commune d’un nouvel hôtel de ville. Tout en répondant aux besoins d’une population de plus de 30 000 âmes, il tient à affirmer avec cette construction l’importante influence  du peuple et de ses élus face à la puissance Société des Mines de Lens dont les Grands Bureaux viennent d’être agrandis.

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   L’hôtel de ville, fait de briques rouges et de pierres blanches, est plus beaucoup grand et d’une grande richesse architecturale de style flamand. Emile Basly en a dressé lui-même les plans avec l’architecte Jean Goniaux. La première pierre a été posée le 27 mai 1913. Pendant ce temps, les services municipaux sont transférés dans le presbytère de la paroisse Saint-Léger, rue Diderot. Très peu de documents existent sur cet édifice d’avant guerre. Il semble que seul ce dessin du à Jean Goniaux nous informe sur la construction.

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   Un an plus tard, alors que l’hôtel de ville n’était pas tout à fait terminé, la guerre est déclarée et le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront 4 ans jour pour jour. Lens est peu à peu détruit pour n’être que désolation en 1918. Du superbe hôtel de ville, il ne reste que quelques briques s’élevant au milieu de gravats.

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   Evacué en Belgique mais revenu en France via la Suisse en 1917, Emile Basly a entre-temps installé la mairie provisoire de Lens à Paris, dans un immeuble de la rue de Hanovre.

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    Après la Libération, en août 1919, les services municipaux et le maire s’installent dans une construction provisoire en bois sur la place du Cantin. La priorité pour Emile Basly, est de reloger les lensois revenus d’exode. Il faut attendre le 3 août 1921 pour que la reconstruction d’un hôtel de ville soit décidée et confiée, comme avant guerre, à Jean Goniaux.

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   Reconstruit quasiment à l’identique, il entre en service pendant l’été 1926 lorsque s’y tint le premier conseil municipal le 6 août.

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   Il n’est inauguré qu’un an plus tard, le le 14 août 1927 en même temps que la nouvelle gare ferroviaire. C’est là une occasion d’organiser à Lens une grande fête populaire telle que Basly les aimaient avant la guerre.

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   A l’extérieur, il ne diffère du précédent que par son imposant clocheton. Les statues représentant un ouvrier et une trieuse qui entourent l’horloge de la façade ainsi que les cariatides représentant l’union et la force qui dominent les deux balcons latéraux sont dues à Augustin Lesieux qui sculptera aussi le monument aux morts.

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   A l’intérieur, les magnifiques vitraux représentant le monde du travail : la mine, l’agriculture, le transport ferroviaire sont réalisés par le maître-verrier lillois Alfred Labille.

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   Dans la grande salle d’honneur où sont célébrés les mariages, des peintures murales honorent le monde de la mine. Derrière un bureau posé sur une estrade, une fresque représente des jeunes danseuses entourant la muse des mineurs de 1913, Maria Godart.

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   Mais il est dit que ces constructions de Jean Goniaux ne resteront pas dans l’histoire. Douze ans après sa mise en service, l’hôtel de ville est de nouveau bombardé, par l’aviation alliée cette fois. Après le raid du 11 août 1944, l’hôtel de ville est fortement endommagé. Le corps central est inutilisable. Les différents services municipaux sont provisoirement déménagés à l’école Berthelot.

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   Dès 1949, Ernest Schaffner, maire de Lens depuis deux ans, fait présenter lors d’une séance du conseil municipal un avant-projet de reconstruction de l’hôtel de ville. L’architecte parisien Jean de Mailly (connu pour avoir reconstruit les villes de Toulon et de Sedan et qui participera plus tard à l’aménagement du quartier d’affaires de La Défense) travaille sur le projet avec l’architecte de la ville Henri Pantigny. Différentes études sont présentées (dont une prévoit de conserver le style de l’édifice d’avant-guerre en utilisant une partie de ses vestiges) mais ne convainquent ni la Préfecture, ni les architectes des Bâtiments de France. Un accord est trouvé en 1955 pour un hôtel de ville sobre et fonctionnel, reconstruit sur les bases de l’ancien et dont l’architecture rappelle quelque peu l’œuvre de Jean Goniaux.

   Pour faire place au nouvel édifice, les restes de l’ancien sont rasés en 1956. Les services municipaux sont hébergés et voyagent entre différents endroits de la ville (local provisoire dans l’avenue Van Pelt, gare Ste Elisabeth ou dans les locaux de la Société Générale place Jean Jaurès).

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   Un grave accident vient retarder les travaux : le 9 novembre 1956, un ouvrier chargé des travaux de déblaiement est tué sur le chantier.

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   Mais cette fois, ce sont les HBNPC qui s’opposent au projet. Le sol sur lequel reposerait l’édifice se situe au dessus d’une veine de charbon qu’elles ne pourraient exploiter, se privant ainsi de 400 000 tonnes de charbon. Les échanges sont vifs entre Ernest Schaffner et les services des Houillères, nécessitant l’intervention du ministre de la Reconstruction et de celui de l’Industrie. Le 14 novembre 1956, l’ingénieur en chef du contrôle des mines déclare : « Nous pensons que ce projet doit être modifié afin de réduire les dimensions de l’hôtel de ville à celles d’un immeuble ordinaire de deux ou trois étages ».

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   En janvier 1959, un nouveau projet est présenté. L’idée de conserver une partie su style du précédent bâtiment est complètement abandonnée pour répondre aux exigences des HBNPC. L’édifice, de style contemporain, est moins lourd et composé de quatre bâtiments différents mais les Houillères s’opposent de nouveau.

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    C’est un énième projet, proposé par Jean de Mailly en février 1960 qui est enfin accepté par les mines de Lens en mai 1961 : un édifice de forme cubique d’une hauteur de 30 mètres dont la façade est couverte de multiples vitres rectangulaires. Cinq années de perdues pour 400 000 tonnes de charbon alors que la production annuelle du groupe Lens-Liévin des HBNPC est de 7 millions de tonnes ! En 1962 que le Conseil municipal adjuge les travaux au Génie Civil de Lens. Enfin, la première pierre est posée le 10 novembre 1962 et les travaux peuvent commencer.

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   Un peu plus de quatre ans plus tard, le 14 février 1965, Ernest Schaffner, en compagnie du préfet du Pas de Calais Jean Tomasi et de Madame Victoire Lampin inaugure le nouvel hôtel de ville.

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Les lensois l’attendaient depuis plus de vingt ans.

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