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11 ET 12 JUIN 1905, LENS EST EN FÊTE

3 mai

   Le dimanche 11 juin, Lens se prépare à deux jours de festivités voulus par Emile Basly, maire de puis 5 ans.

   L’un de vœux de Basly est que les mineurs et leur famille puissent apprécier des moments de bonheur après des jours et des jours de labeur et de misère.

   En ces deux jours de Pentecôte, il a décidé d’organiser une grande fête pour tous en regroupant un festival de gymnastique et les inaugurations de la Maison des Associations et du monument à la gloire de Guislain Decrombecque, ancien maire de Lens et cultivateur mondialement reconnu.

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   Au petit matin du dimanche 11 juin, le ciel ne semble pas vouloir faire la fête avec les Lensois. Des ondées viennent balayer les rues de la ville pavoisées de drapeaux tricolores.

   A la gare arrivent de nombreux voyageurs de toute la région et pour lesquels la Compagnie des Chemins de fer du Nord a offert des billets à moitié prix. On attend près de 100 000 personnes dans les rues de Lens.

   Dans la rue de la Gare, un arc de triomphe a été dressé à la gloire des ministres de l’Agriculture et de l’Instruction civique attendus demain lundi.

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   Sur la place de la République, les concours de la seizième fête fédérale de ma Gymnastique sont organisés sous des trombes d’eau. Les athlètes participent aux épreuves sur des estrades rendues glissantes. La pluie a finalement raison des épreuves : les spectateurs quittent les tribunes et se réfugient dans les bars et estaminets où les boissons chaudes sont les bienvenues. Les gymnastes rentrent dans les vestiaires installés dans les écoles pour se réchauffer et faire sécher leurs tenues en vue du défilé de l’après-midi.

   A midi le soleil revient. Les terrasses des cafés se remplissent. Quelques camelots apostrophent les clients et leur proposent quelque marchandises.

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   A trois heures de l’après midi, trompettes et clairons résonnent un peu partout pour appeler au rassemblement des athlètes pour le grand défilé des sociétés de gymnastique.

   Emmenés par la Fanfare Ouvrière Municipale, celle de la cité d’Avion et l’Harmonie des Enfants de la Plaine, le défilé part de la rue de Douai puis arpente la rue Diderot, la Grande-Place, le boulevard des Écoles et revient par la rue Thiers jusqu’à la place de la Gare. Les gymnastes défilent entre une double haies de spectateurs massés tout le long du parcours. Ils sont plus de 2000 à être venus de tout le Nord-Pas-de-Calais mais aussi de Belgique.

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   A quatre heures, tous ces athlètes se retrouvent sue la place de la République où, cette fois devant un nombreux public, ils exécutèrent des mouvements d’ensemble parfaitement exécutés.

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   Ensuite, Monsieur Mesplomb, président de l’association de Gymnastique lensoise « La Génératrice », dirige la présentation des drapeaux des sociétés.

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  Après un court discours d’Émile Basly, on repris là où ils en étaient les concours qui n’avaient pu se terminer le matin à cause de la pluie. La place fut animée jusque sept heures du soir puisque les spectateurs pouvaient écouter les concerts interprétés sur le kiosque tout près.

  Le temps de dîner et les lensois se retrouvent sur la Grande-Place où à neuf heures commence la fête de nuit avec concours de ballets, présentation de tableaux vivants et concerts de chorales présentés par une cinquantaine de troupes.

   Le lundi, dès 6h30, le sportifs ont rendez-vous sur la place de la République. Les lèves-tôt pourront assister à des épreuves sportives : courses, présentation artistique, lutte et saut à la perche.

  Avant 11h00, la foule et les autorités, Émile Basly en tête se rassemblent sur la place de la Gare. La place est surveillée par la gendarmerie car un groupuscule anarchiste a menacé de perturber les cérémonies pour protester contre l’inauguration du monument à la gloire de Guislain Decrombecque qu’il décrit comme un exploiteur du peuple et du monde du travail.

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   Mais aucun trouble ne se produit à l’arrivée des ministres par le train de 11h00. Accueillis par la municipalité au complet, Messieurs Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction Civile et Ruau pour l’Agriculture suivent le cortège qui se rend à pied à l’Hôtel de Ville au milieu d’une haie d’honneur constituée des sportifs des sociétés de gymnastique. Devant eux, les gendarmes à cheval et les sociétés musicales de la commune et les sapeurs-pompiers.

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   A la mairie, les autorités se rangent dans la tribune officielle pour assister au défilé de 65 sociétés locales.

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   Puis tout ce beau monde se rend sur la place du Cantin. Là, Joseph Ruau procède à l’inauguration du monument Decrombecque, œuvre du sculpteur anzinois Corneille Theunissen sur des croquis de l’architecte Prosper Bobin de Montigny-en-Artois.

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   Un ménestrel, M. Guillement accompagné de 800 exécutants interprète une cantate en l’honneur du « Défricheur de la plaine de Lens » avant les traditionnels discours du ministre et du maire de Lens.

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  Le cortège reprend ensuite le chemin de l’Hôtel de Ville où les ministres reçoivent les fonctionnaires et corps constitués avant de remettre nombre de médailles et décorations. Une manifestation qui est rapidement expédiée puisqu’à 14h00 précises, on se retrouve sur le boulevard des Écoles pour l’inauguration de la Maison des Associations.

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  Le programme est encore chargé pour les ministres et leur suite. Après un banquet de 450 convives offert aux membres du gouvernement, les autorités se rendent dès 16h00 à la Caisse d’Épargne sur la place de la République où Eugène Courtin, ancien maire de Lens et président de la Caisse d’Épargne fait visiter les installations.

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   Étant sur place, les ministres assistent à quelques démonstrations de gymnastique.

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   Malgré le temps toujours très humide, les tribunes sont mieux garnies que la veille.

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   A 17h30, le groupe ministériel se remet en route pour trois visites express : l’hospice de Lens, les installations de la ferme Decrombecque où ils sont accueillis par Monsieur Hugo, gendre du grand cultivateur. Leur journée continuent avec une visite dans les corons des fosse 11 et 12 commentée par M. Léonard Danel, président du Conseil d’administration de la Société des Mines de Lens. Les ministres sont ensuite reconduits à la gare où ils reprennent l’express de 19h00 pour Paris.

   Pendant ce temps, la fête continue. Les Lensois peuvent écouter un concert joué sur la Grande-Place par les fanfares des mines de Noeux, de Courrières de Liévin et la Grande Fanfare des Mines de Lens.

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   Puis, à la Maison des Associations, Émile Basly et ses adjoints remettent les récompenses aux lauréats du concours de gymnastique. La fête se terminera le soir à partir de neuf heures avec un autre concert gratuit donné sur le kiosque de la place de la République.

   Deux jours de fête dont se souviendrons longtemps les Lensoises et les Lensois.

Il y a 63 ans, un Lens-Reims sous la pandémie.

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Il y a 63 ans, un Lens-Reims sous la pandémie.

   En 1957, le monde vivait sa première pandémie de l’ère moderne. Appelée grippe asiatique, l’épidémie est partie de Chine (déjà !) en février puis a parcouru le monde avant de frapper l’Europe et la France au début de l’été.

   En septembre, un Français sur cinq a la grippe. La majorité des victimes sont des adolescents. La maladie tuera des milliers de personnes en France (certaines sources indiquent 100 000 décès).

   Et pourtant, le football continue comme si rien n’était.

   Le 13 octobre 1957. au stade Félix Bollaert, le Racing Club de Lens reçoit le Stade de Reims pour le compte de la huitième journée du championnat de France de première division. Les deux équipes avaient terminé deuxième et troisième du précédent championnat et avant ce match, les Sang et Or sont leaders et invaincus.

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   L’équipe rémoise est décimée par la grippe asiatique, cinq de ses titulaires sont malades du virus qui sévit surtout dans l’est de la France ! L’entraîneur Albert Batteux les remplace par des amateurs de l’équipe réserve.

   Malgré cela et le départ en début de saison de Raymond Kopa pour le Réal de Madrid, les Rémois présentent une belle équipe avec les internationaux Colonna, Joncquet, Vincent et Fontaine. Les Sang et Or sont au complet, il semble que le virus n’ai pas encore atteint le nord de la France.

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   Il n’y a pas de confinement : 22133 spectateurs assistent à la rencontre entre les deux premiers du championnat de France. L’organisation a « agrandi » le stade en rajoutant des places aux pieds de la tribune des Secondes derrière une barrière provisoire en bois.

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   Le match est équilibré mais à la 59ème minute Claude Dubaele lance en profondeur Just Fontaine qui décale le jeune Edmond Biernat. Le gamin de 18 ans trompe Arnold Sowinski et inscrit son premier et unique but pour cette équipe professionnelle avec laquelle il ne jouera aucun autre match cette saison là.

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  A l’issu de la rencontre, le Stade de Reims reprend la tête du championnat avec un point d’avance sur Lens et Sochaux. Ce club sera sacré champion de France (et réalisera le doublé Coupe-Championnat) et le Racing terminera à une décevante onzième place, loin des ambitions de début de saison.

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   A noter la présence d’un pur lensois dans l’équipe rémoise, le joueur Claude Dubaele est né à Lens le 19 janvier 1940 mais n’a jamais joué pour les Sang et Or.

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   Le lendemain la presse titrera : « Vive la grippe et les remplaçants ».

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   L’entraîneur lensois Karel MichlowskiI alignait : Arnold Sowinski – Raymond Fiori, Henri Kowal, Kassen Hassouna, Stéphane Ziemczak, Joseph Carlier – René Dereuddre, Théo Skudlapski – Maryan Wiesniewski, Jean Marie Courtin, Michel Stiévenard.

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Le PARIS-LENS cycliste

22 fév

   Ce texte a été réalisé avec la collaboration du Service des Archives de la ville de Lens.

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   Dans les années 1920, Florentin Allavoine, marchand de cycles sur la route de La Bassée est la véritable cheville ouvrière du Vélo-club lensois dont le président est Marcel Navilly. Il a créé après la Première Guerre, le Grand prix Allavoine, course qui a lieu pendant la ducasse de la cité de la fosse 14, ouverte à tous les jeunes coureurs débutants du bassin minier.

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   Le Vélo-club lensois est très actif et organise de nombreuses épreuves dans et autour de la capitale du bassin minier : les 100 kilomètres de Lens, le Grand Prix de la ducasse de Lens, la course de la côte de Vimy, le Grand prix Carpentier Sports… L’association existe depuis longtemps déjà puisqu’on trouve dans un article de presse la victoire d’un certain M. Hersin du Vélo-club de Lens dans une course de vétérans en 1892.

   Voyant le succès populaire que provoquaient ces nombreuses petites courses locales, en 1927 les dirigeants du club dont le président Marcel Navilly envisagent de voir plus grand. Leur réflexion donne naissance à une course entre Paris et Lens. Cette année-là, il n’est pas envisagé que l’épreuve devienne annuelle, les finances du club ne le permettent pas. Un comité d’organisation est créé et reçoit l’adhésion de 66 lensois.

   Les nombreuses difficultés matérielles et administratives ne freinent pas l’ardeur de ces passionnés. Dans un Lens qui achève sa reconstruction d’après-guerre, le maire Emile Basly voit avec ce projet une autre manière de braquer les projecteurs sur la capitale du bassin minier. Le Conseil municipal décide d’une subvention de 1500 francs.

   La course est ouverte à tous les coureurs licenciés en France et à l’étranger, « sauf amateurs et professionnels » précisent les organisateurs. Les primes sont intéressantes : 1200 francs au vainqueur, 800 au deuxième et 150 francs et une bicyclette au troisième. Le premier « débutant » gagnera 150 francs. Les inscriptions sont prises au commerce de F. Allavoine, route de La Bassée, siège du Vélo-club. C’est ainsi que le dimanche 21 août 1927, une cinquantaine de cyclistes s’élancent de Saint-Denis au nord de Paris pour la première édition du Paris-Lens cycliste.

   Le temps exécrable, les pavés : tout est réuni pour que cette épreuve ressemble à une classique belge. Ce sont d’ailleurs les coureurs de ce pays qui réalisent un doublé sur la ligne d’arrivée tracée sur la place Jean Jaurès. Jérôme Declercq (qui participa par la suite à trois tours de France) l’emporte en solitaire avec 3 minutes et 4 secondes d’avance sur Rémy Verschatse, également belge certes, mais habitant Hénin-Liétard.

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   Quelques semaines après la course, Marcel Navilly laisse la place de président à Florentin Allavoine. Le succès sportif et populaire de cette course engage les organisateurs à en faire une épreuve annuelle inscrite au calendrier officiel de l’Union vélocipédique de France (ancêtre de la Fédération française de cyclisme).

   Pour cette deuxième édition, la municipalité (maintenant dirigée par Alfred Maës depuis le décès d’Emile Basly) a doublé sa subvention et de nombreux bienfaiteurs (entreprises, commerçants…) apportent leur soutien au comité d’organisation ce qui permet de mettre en jeu 6 500 francs de primes.

   Le dimanche 29 juillet 1928, ils sont 55 à s’élancer de Saint-Denis. La course est palpitante. En bas du boulevard des Écoles (Bd Basly aujourd’hui) Jérôme Declercq, le vainqueur de la première édition, après une chasse de plus de 120 kilomètres, rejoint Joseph Vanderhaeghen qui l’avait distancé de plus de trois minutes sur un incident matériel. La victoire se décide au sprint pour un nouveau doublé belge. Vanderhaeghen inscrit son nom au palmarès. Le premier coureur lensois se nomme François Dooghe, il termine sixième. Cette seconde édition est un véritable succès. Du boulevard des Écoles à la ligne d’arrivée sur la place Jean Jaurès, plus de 15 000 Lensois ont ovationné les coureurs.

1928

   Le troisième Paris-Lens se déroule le dimanche 4 août 1929. Malheureusement, F. Allavoine ne verra pas cette troisième édition, il décède en février. Les inscriptions sont maintenant prises au nouveau siège du club, le café « La cantinière », place Jean Jaurès. Le départ est donné à 11 h 00 par Marcel Navilly, qui a repris la présidence, à la soixantaine de coureurs. Après un départ calme, une échappée de six hommes se produit vers le soixantième kilomètre.

   A l’arrivée, c’est encore un belge, Félicien Vervaecke qui l’emporte d’une bonne longueur devant le Français Emile Decroix. Parmi les coureurs, le vétéran lensois René Place au palmarès régional bien fourni. Place dispute là la dernière course de sa carrière pour faire plaisir, dira-t’il, à ses amis dirigeants du Vélo-Club lensois. Après 100 kilomètres, l’ancien champion lensois sera lâché par le peloton et abandonnera quelques kilomètres plus loin.

1929

   Le Paris-Lens devient de plus en plus populaire. Pour sa quatrième édition en 1930, plus de 80 inscriptions sont arrivées au siège du club. Si populaire que les organisateurs diffusent des consignes de sécurité strictes. Un coup de sirène annonce le passage des cyclistes dans les villes traversées. Les clairons signalent leur arrivée entre le pont d’Eleu et la place Jean Jaurès. La sécurité est assurée par la gendarmerie et la police municipale afin de maintenir la nombreuse foule sur les trottoirs jusqu’à la place Jean Jaurès.

   Cette année voit sur le podium un triplé belge. Derrière Gustave Becker (licencié au Vélo-club tourquennois) l’emporte, André Vanderdonck et Joseph Vanderhaeghen (le vainqueur de 1928) prennent les places d’honneur. Beckert avait réussi l’exploit de s’échapper à Amiens et de parcourir les 80 derniers kilomètres en solitaire.

1930

   En 1931, le Vélo-Club précise dans son annonce que la course est ouverte aux aspirants, indépendants et débutants de toutes catégories, que le prix de l’engagement est de cinq francs (plus cinq francs pour le transport en voiture des effets personnels), que le prix décerné au vainqueur est de 1000 francs. La course partira à 8 h 00 de Saint-Denis et rejoindra Lens 210 kilomètres plus loin après avoir traversé Saint-Just en Chaussée, Amiens et Arras.

   Le vainqueur cette année-là se nomme Alfons Ghesquière, encore un Belge ! À la suite de ce succès Ghesquière passera professionnel dans l’équipe Alcyon-Dunlop où il côtoiera les André Leducq, Speicher ou les frères Maës.

1931

   Le 7 août 1932 vit enfin la première victoire d’un coureur français, Raymond Debruyckere qui bat au sprint son coéquipier Léon Robitail et le Parisien Jean Driancourt. Cette année, la course est partie du barrage de Pierrefitte à Sarcelles et le vainqueur, qui faisait partie d’une échappée de huit coureurs, a parcouru les 210 kilomètres en 6 heures et 10 minutes.

  Marcel Hanotel, adjoint au maire, est devenu président du Vélo-Club, toujours organisateur de l’épreuve sous le patronage du journal « l’Intransigeant ». Mais c’est surtout au travail du secrétaire Jules Hurtevent que cette édition doit son succès. Grace aux partenaires de plus en plus nombreux, le montant des primes est porté à 8 000 francs dont 200 sont réservés aux seuls coureurs du VCL. En attendant l’arrivée des coureurs, les spectateurs lensois patienteront sur la place Jean Jaurès en écoutant un concert de la Fanfare ouvrière municipale puis pourront se rendre après la course à la ducasse de la rue de Douai.

   Dimanche 6 août 1933 : l’arrivée de l’épreuve se juge maintenant sur le tout nouveau stade vélodrome de l’avenue de Liévin mis à la disposition des organisateurs par la municipalité d’Alfred Maës. En attendant de voir les premiers coureurs, une réunion sur piste est organisée avec une course par élimination, un match omnium et une individuelle de 40 kilomètres. Entre chaque épreuve, la Fanfare ouvrière municipale distrait les spectateurs. Le prix d’entrée est fixé à deux francs.

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   La course est désormais réservée aux seuls coureurs Français et étrangers licenciés à l’Union vélocipédique de France. À Amiens, sur une chaleur caniculaire, quatre hommes s’échappent et dans les faubourgs de Lens, l’Avionais François Blin s’extirpe du groupe pour entrer seul sur la piste et franchir en vainqueur la ligne d’arrivée. Il a couvert les 222 kilomètres en six heures et 41 minutes. Les Belges Albertin Disseaux et Rémy Verschatse complètent le podium.

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   François Blin récidive l’année suivante lors de la huitième édition qui a lieu le dimanche 12 août 1934. Henri Mailly a succédé à Hanotel comme président du VCL. Il est bien secondé par messieurs Deverrewaere, Guilbaut et Fourmentin. C’est toujours au stade vélodrome qu’est jugée l’arrivée. Cette fois, c’est un véritable triomphe pour l’Avionnais qui franchit seul la ligne avec près de cinq minutes d’avance sur le deuxième. C’est sur les pavés de la côte de Doullens qu’il a construit sa victoire. Après avoir rejoint le Parisien Pionnier parti depuis le départ, Blin s’enfuit seul et vole jusque Lens.

  Au stade, les spectateurs sont avisés du déroulement de la course par des hauts-parleurs. Pour les faire patienter, outre les traditionnels courses sur piste et concert de la Fanfare ouvrière municipale, ils assistent cette fois à l’arrivée d’un 20 kilomètres marche organisé par l’Union Sportive des Cheminots de Lens.

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   Le Vélo-club lensois commence à souffrir de la concurrence d’autres clubs locaux : l’Union sportive ouvrière lensoise (USOL) soutenue activement par la municipalité et l’Union des Sociétés sportives et gymniques du Pas-de-Calais créée par le Parti communiste. Cette dernière écrit au maire de Lens, Alfred Maës afin d’obtenir son soutien dans l’organisation d’un Paris-Lens cycliste « travailliste ». Le maire de Lens, tout en apportant son soutien à l’USOL, préfère en rester à l’organisation actuelle du Vélo-Club lensois.

   Surtout que le 11 août 1935 à 9 h 50 à Sarcelles, ils sont encore 110 coureurs à participer au neuvième Paris-Lens cycliste. À Saint-Nicolas-les-Arras, le jeune Belge Jules Pynckett, licencié au VC Tourquennois, s’échappe d’un groupe de 12 coureurs. Dans le groupe de chasse, son coéquipier Rémy Decroix tente de freiner la poursuite. C’est un véritable triomphe qui accueille Pynckett lorsqu’il traverse Lens par le pont de Douai, la place Jean Jaurès, le boulevard Basly et l’avenue de Liévin où il pénêtre sur la piste du vélodrome municipal sous les ovations des nombreux spectateurs. Le triomphe du Vélo-Club Tourquennois est total puisque Rémy Decroix a lâché ses compagnons et franchit seul la ligne d’arrivée pour la deuxième place. Cette année encore, trois Belges sont sur le podium puisque la troisième place revient à Marcel Kint, un coureur indépendant encore inconnu, mais qui en 1938 sera sacré champion du monde de course en ligne et remportera 77 victoires lors de sa carrière professionnelle.

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   En 1936, le Paris-Lens fête son dixième anniversaire. Les organisateurs regrettent que l’on ait inscrit au calendrier le même jour le Tour du Nord, privant ainsi leur course des principales vedettes amateurs de l’époque. Mais ce contretemps va permettre de découvrir de jeunes talents inscrits parmi les « aspirants, indépendants, débutants et vétérans ». C’est le premier vainqueur du tour de France et lensois Maurice Garin qui donne le départ de l’épreuve au barrage de Pierrefitte à Sarcelles.

   La course n’en est pas moins disputée. C’est le jeune Roubaisien de 20 ans, licencié à Marchiennes, Roger Schoon qui l’emporte en battant celui qui fut le grand animateur de la course R. Thain qui avait pensé avoir course gagnée lors du premier passage sur la ligne alors qu’il restait un tour de piste à effectuer. Arrive à la troisième place le Suisse Werner Buchwalder, licencié au Vélo-Club lensois.

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   C’est un futur grand coureur qui remporte en 1937 le onzième Paris-Lens. César Marcellak (dont le nom s’écrira Marcelak lors de sa naturalisation), licencié au CV Béthune est arrivé en France en 1922 lors de l’immigration polonaise. Il deviendra professionnel par la suite, disputant deux tours de France dont un avec sur le dos le maillot tricolore de champion de France, titre acquis en 1948. Lors de sa longue carrière professionnelle de 1933 à 1958, il remportera 350 victoires.

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   Mais revenons à ce Paris-Lens 1937. Les organisateurs ont choisi de modifier l’itinéraire. Après Doullens, au lieu de se diriger vers Arras, les coureurs prennent la route de Frévent puis de Saint-Pol-sur-Ternoise. Puis ils traversent les villes minières de Bruay-en-Artois, Noeux-les-Mines et Bully les Mines (où habite César Marcellak) avant d’arriver à Lens par la route de Béthune. Ils rejoignent le stade vélodrome municipal après une boucle qui les fait emprunter l’avenue du 4 Septembre, la rue de Lille, la place Jean Jaurès, le boulevard Basly et l’avenue de Liévin. Le stade est ouvert dès 13 h 30 pour les nombreux spectateurs qui veulent assister aux courses d’attente sur la piste du vélodrome où une nouvelle épreuve est inscrite au programme : une course individuelle de 80 kilomètres ouverte à tous, coureurs licenciés ou non.

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   Ce Paris-Lens se déroule sous une accablante chaleur qui entraîne de nombreux abandons. Aux environs de Saint-Pol-sur-Ternoise, ils sont sept coureurs en tête avec 6 minutes d’avance sur ce qu’il reste du peloton réduit à une quinzaine d’hommes. C’est ensemble qu’ils pénétreront sur la piste du vélodrome où Marcellak réglera ses compagnons d’échappée au sprint. Le Valenciennois Maurice Samyn prend la seconde place devant le jeune lensois Henri Decoopman.

   L’année suivante, Marcellak est le favori logique de l’épreuve, mais doit déclarer forfait au moment du départ. C’est un jeune inconnu du Vélo-Club de Tourcoing, Victor Codron, qui remporte l’épreuve en battant au sprint Gaston Grimbert, vainqueur récent du tour de Picardie.

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   Mais la concurrence des autres courses fait de l’ombre au Paris-Lens qui perd de l’intérêt parmi les coureurs. Chaque ville du nord de la France veut sa course au départ de la capitale ; Patis-Lille, Paris-Arras, Paris-Douai et même Paris-Avion ! Cette année, ils n’étaient que 35 cyclistes au départ de Sarcelles.

   En février 1939, le président de l’USOL interpelle Alfred Maës sur le fait que le Vélo-Club lensois qui organise chaque année le Paris-Lens est une association libre dont forcement contre le sport ouvrier que représente l’USOL. Dans un courrier adressé au maire de Lens le 15 février, le VCL est décrit comme « un groupement qui lutte avec âpreté contre les institutions ouvrières et donc contre la FSGT ». L’USOL n’obtiendra pas le Paris-Lens, mais organisera une semaine avant la date prévue le Grand Prix de la ville de Lens, une course qui se déroule sur deux jours.

   De plus, un autre club cycliste vient d’être créé dans la même ville, le Cyclo-club lensois, soutenu entre autres par Maurice Garin. Il compte dans ses rangs le champion du monde de cyclo-cross Charles Vaast. Les cyclistes lensois adhèrent rapidement à cette nouvelle association. Florentin Allavoine, fils du fondateur et dirigeant du VCL, la rejoint également. Le Vélo-Club finira par disparaître et avec lui la course Paris-Lens. Codron restera le dernier vainqueur, le Lens-Paris 1939 n’aura pas lieu.

   Puis vient la guerre… et la Libération. Le 23 avril 1945, le communiste Auguste Lecoeur est élu maire de Lens. On peut penser qu’il fut l’un des initiateurs de la nouvelle formule du Paris-Lens.

   La course a lieu le premier mai 1946. Cette fois, l’épreuve ne fait plus partie du calendrier de la Fédération française de Cyclisme (qui a succédé à l’Union vélocipédique de France en 1940) mais est affilée à la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) créée par les syndicats CGT et CGTU en 1934. La course est organisée par la Vie Ouvrière, organe de presse de la CGT. Appelée également la course de la Paix en hommage aux mineurs du Nord-Pas-de-Calais qui ont osé se mettre en grève contre l’occupant en 1941, la course est remportée de nouveau par César Marcellak, alors licencié à l’USO Lens et champion de France FSGT l’année précédente.

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   L’édition de 1948 appelée officiellement « le deuxième Paris-Lens FSGT » est remporté par Robert Renonce, originaire de l’Eure et Loir et qui vient tout juste d’abandonner une carrière professionnelle et redescendre dans la catégorie « amateur FSGT ».

   Au début des années 1950, une sciscion est opérée au sein de la FSGT jugée trop dépendante du Parti communiste et de la CGT. Les sportifs soutenus par la SFIO créent l’Union sportive travailliste. Comme au niveau national et dans beaucoup d’autres communes, la municipalité n’accorde plus d’aide à la FSGT. De plus, plus de stade vélodrome ni de centre-ville pour le Paris-Lens travailliste (tel que l’appelle aussi le journal l’Humanité), la ligne d’arrivée est tracée dans la rue de l’Ecluse.

   En 1952, le Paris-Lens FSGT est patronnée par la CCPM (Coopérative Centrale du Personnel des Mines créée par Auguste Lecoeur). Le vainqueur est un coureur belge âgé de 21 ans nommé René Van Mennen devant l’écossais Steel et le Lyonnais Audemard. Mais il semble que ce soit la dernière fois que l’on trouve un article de presse sur le Paris-Lens.

   Si on ajoute les deux formules, libre et FSGT, la course cycliste Paris-Lens aurait été courue à dix-neuf reprises.

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L’histoire peu ordinaire de l’église Notre-Dame des Mines de Lens.

13 fév

Merci à Anne Petit et Jean Claude Desprez pour l’aide apportée à la réalisation de ce texte

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   Avant la Première Guerre mondiale, la cité de la fosse 2 dite du Grand-Condé située le long de la route de Lille à Lens, était l’une des rares cités minières à ne pas posséder d’église.

   La cité du Grand Condé, comme tout le reste de la ville, n’est plus que ruines à la fin de la Grande Guerre. Lors de la reconstruction, la Société des Mines de Lens décide de la doter d’une chapelle dépendante de la paroisse Saint-Léger.

   La chapelle, placée sous le vocable de Saint-Wulgan, est inaugurée le 1er novembre 1921,

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   Saint Wulgan, archevêque de Cantorbery, était un évangélisateur Anglais du VIIe siècle qui aurait traversé la Manche pour « semer la bonne parole » dans le nord de la France. Traversant les villages de l’Artois, il arrive à Lens où son zèle pour la population et les malades fut souligné, puis il se retira à Arras où il mourut vers 570. Son corps fut transporté à Lens dans la Collégiale Notre Dame. La ville et le Chapitre de Lens choisirent Saint Wulgan pour patron tutélaire. Sa statue côtoie celle de Notre-Dame des mines dans l’église.

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   La chapelle est construite dans un ensemble comprenant un dispensaire, une salle de patronage et des logements pour les sœurs de la communauté franciscaine. Elle comprend deux petites ailes surmontées d’un étage couvert de plaques de fibrociment.

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   Entre les deux ailes se dresse le clocher à la base carrée qui part du sol. Chaque face est ornée d’un relief en forme de treillage.La chambre des cloches hexagonale aux ouvertures en bois est surmontée d’une pointe munie de quatre petites lucarnes. À l’extrémité de la flèche, la croix est au centre d’une rose des vents.

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   Saint Wulgan deviendra une paroisse en 1932. C’est à cette époque que l’abbé Logez a l’idée de créer une revue mensuelle qu’il appelle « Le messager de Notre-Dame des Mines » qui est vendue 50 centimes.

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   En 1935, Marc Montaigne, un ingénieur au service des plans aux mines de Lens et également sculpteur, offre à la paroisse une statue de Notre-Dame des Mines, réplique de celle surplombant le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien des Causses, près d’Alès. Montaigne a ajouté sur le socle de la statue des bas-reliefs représentant les mineurs de fond au travail.

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   Chaque année, lors des processions, des mineurs portent la statue de Notre-Dame des Mines dans les rues de la cité du Grand-Condé.

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   La chapelle ne cessera d’accueillir de plus en plus de fidèles à tel point qu’à la fin des années 50, elle est trop exiguë pour le nombre de pratiquants. De plus, elle s’abîme depuis que les HBNPC ont cessé de l’entretenir. Alors, en mars 1959, les familles de mineurs de la cité prennent l’affaire en main ! Une soixantaine de Gueules Noires se prennent en charge et entreprennent des travaux pour démolir la chapelle et, sur ses fondations, construire une nouvelle église.

   Une souscription est ouverte, des dons affluent de partout : de Lourdes, d’Annecy, de la côte d’Azur, de Bretagne, et même de Tahiti. Le Général De Gaulle lui-même, parrain d’une petite Yvonne née dans les corons, participe au financement. Les mineurs ont une autre idée : vendre des « briques », qui sont en fait des dessins réalisé par Maurice Bienfait comportant l’inscription « Aidez les mineurs de la fosse 2 de Lens pour la construction de l’église de Notre-Dame-des-Mines ».

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   C’est à l’architecte diocésain, l’abbé Fernand Pentel, que l’on demande de dessiner les plans. Il réalise « un édifice circulaire pour rassembler une communauté rapprochée du chœur en un même mouvement ». Lorsque la maquette est rendue publique, on est étonné de l’audace de la construction dont l’architecture très moderne contraste avec les autres églises de Lens.

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   Alors peuvent débuter les travaux. Après une dernière messe de Noël célébrée le 24 décembre 1960, la chapelle est livrée à la démolition début janvier 1961. La première pierre de la nouvelle église est posée le 26 mars 1961 par Monseigneur Perrin, évèque d’Arras.

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   Les mineurs participent à la construction. Ils sont aidés par les entreprises locales qui apportent gracieusement leur savoir-faire et leur matériel. On peut citer entre-autres les noms de la maçonnerie Crépel, le Génie Civil de Lens, la métallerie Jacquemart ou encore les entreprises Graillier et Dumortier.

   L’architecture d’avant-garde n’est pas la seule particularité de cette église. Des vitraux faits de dalles de verre coloré réunis par du ciment ont été réalisés par le père Pierre Cholewska (1922-2012), un moine bénédictin de l’abbaye de Wisques d’origine polonaise. Ses oeuvres aux couleurs vives agrémentent l’architecture d’une cinquantaine d’églises dont celles de Marles-les-Mines, Calonne-Ricouart ou encore du Saint-Curé-d’Ars à Arras ou Saint-Luc à Sainte-Foy-les-Lyon.

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   Treize vitraux ornent les parois des fonds baptismaux et 36 autres les murs de la nef. Un large vitrail circulaire installé au plafond offre une lumière splendide lorsque le soleil illumine le chœur.

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   La nouvelle église de la cité du Grand-Condé est bénie le 11 mars 1962 par Monseigneur Parenty.

   En mars 1987, la paroisse Saint-Wulgan célèbre le 25e anniversaire de son église. L’abbé Edouard Fremy célèbre la messe après une procession dans les rues de la cité.

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   Au cours de cette procession, comme leurs parents il y a près de 50 ans, des mineurs en tenue de travail présentent la statue de Notre-Dame-des-Mines qui aujourd’hui encore est présente dans le chœur de « l’église ronde ».

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La naissance du Racing club lensois

6 oct

   Beaucoup ne savent pas que si les Belges n’étaient pas venus en nombre dans le bassin minier à la fin du 19ème siècle, le RCL ne serait peut-être pas ce qu’il est aujourd’hui. La Belgique, où le football est devenu très populaire dès 1870, a été l’un des tous premiers en Europe à organiser un championnat national en 1895.

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   L’homme à qui les supporters d’aujourd’hui doivent le plus se nomme Jules VAN DEN WEGHE. Il est né à Lendelede, dans la Flandre occidentale de la Belgique le 23 octobre 1863. Il décèdera à Tourcoing le 14 avril 1920. Vers la fin du 19ème siècle, comme de nombreux Belges, il vient s’installer à Lens, attiré par le développement de l’activité charbonnière.

   Propriétaire de commerces à Bruxelles et à Lille, il crée une fabrique de meubles de cuisine à Sallaumines mais habite rue Berthelot, tout près de la place Verte (place de la République aujourd’hui).

   Ses fils Hector et Jules jouent avec quelques autres enfants de notables lensois à ce sport venu d’Angleterre que l’on appelle le football. Ils l’ont découvert dans les lycées qu’ils fréquentent à Arras ou Béthune où il est devenu l’un des jeux préféré des jeunes garçons.

   Leur terrain : la place Verte d’où ils se font parfois expulser par des riverains fâchés de voir leurs vitres voler en éclat suite à quelques dégagements manqués !

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   Jules Van den Weghe est ami avec Carlos Douterlungne, un autre ressortissant belge. Ensemble, ils créent à la fin du 19ème siècle le Club Cyclo-Pedestre Lensois, une association omnisports affiliée à l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques créée en 1887 et qui a vocation à gérer l’ensemble du sport français mais pas encore le football à cette époque.

   En cette fin de siècle, les clubs fleurissent alors aux quatre coins du pays et des sections football sont créées dans des clubs sportifs existants ; le football devient un phénomène national. L’ USFSA ajoute alors le football à ses sections en 1894.

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   De nombreux clubs voient le jour au sein des milieux scolaires de la région où un championnat universitaire se déroule dès 1902. Afin de ne pas voir leurs enfants lensois s’éparpiller aux quatre coins de la région, en 1903 Van den Weghe et Douterlungne ajoute au Club-pédestre lensois une section « football ».

   Trois ans plus tard, la section football se détache de l’association et est un club de football est créé. De ce sport venu d’outre-Manche sont arrivés également des mots anglophones donnés aux nouvelles associations : « sporting », « athletic club », « united sport ». A Lens ce sera le « Racing Club » selon certains en référence au Racing Club de France qui vient de remporter le titre de champion de France. Jules Van Den Weghe en devient le président. Le siège social se trouve alors dans l’estaminet d’Henri Douterlungne, un des fils de Carlos au numéro 30 du boulevard des Ecoles.

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   Le temps d’organiser tout ça et pendant que les joueurs disputent leurs rencontres dans la pâture Mercier située dans le secteur du marais, les statuts du club sont écrits par Justin Guilbert, le fils du juge de paix de Lens et déposés en sous-préfecture de Béthune le 18 octobre 1907, date qui est donc officiellement celle de la création du club. L’article 1 indique que l’association est composée d’un groupe d’amis dont le but est le développement et l’organisation de fêtes liées au sport. Le 28 janvier 1908 parait au Journal Officiel la validation de la création du club datée du 31 décembre 1907.

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   A cette époque, le club n’est pas un argument social. La pratique du football est encore perçue comme une forme de privilège. Dans les corons, les mineurs ne s’intéressent pas à cette association qui ne rassemble que des « fils de riches ». Dans les cités minières, on pratique la gymnastique, la boxe, la course à pied, le tir à l’arc ou encore la colombophilie mais le football n’arrivera que bien plus tard. Le premier club « minier » sera vraisemblablement l’Association Saint-Edouard de Lens qui verra le jour vers 1910.

   Le rôle de président du Racing club lensois est confié à Arthur Lotin, également de nationalité belge, qui tient un salon de coiffure dans la rue de la Gare. Le club est affilié à l’ USFSA en 1908 alors que vient d’être créée une fédération dissidente, le Comité français interfédéral de football amateur précurseur de la FFF.

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   L’équipe première du RCL dispute le championnat de promotion du district de l’Artois. Les rencontres à domicile se disputent maintenant sur un terrain prêté par la société des mines de Lens sur la route de Béthune, près de la fosse 12bis. Certainement là où se trouvent aujourd’hui l’IUT et la cité des Fleurs.

   Après un an de présidence, Arthur Lotin quitte son poste et Jules Van Den Weghe reprend les rênes du club.

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   C’est en cette année 1908 que le tout jeune club organise son premier tournoi appelé la « Coupe Basly » du nom du maire de Lens de l’époque. Le règlement spécifie que, contre une participation de trois francs, chaque équipe disputera une rencontre contre le RC lensois. Le vainqueur sera celui qui parviendra à marquer le plus de buts contre l’équipe organisatrice !

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   C’est en 1913 que le premier titre fut attribué au RCL, a l’issue de la saison 1912-1913, le club est sacré champion de l’Artois et accède au championnat de promotion régional.

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   En octobre de la même année, alors que Jules Van den Weghe a quitté le club et qu’un autre Douterlungne prénommé Charles en est devenu le président, le Racing club lensois fusionne avec l’Union sportive lensoise et devient le « Club sportif de Lens ».

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   L’Union sportive de Lens était un club omnisport créé au début de l’année 1913 basé surtout sur l’athlétisme et la boxe. Son président est Alfred Basin, encore un Belge originaire de Louviers, qui tient un bureau de change dans la rue de Lille.

   Le siège social du nouveau club change de café pour s’installer chez le président « Au cheval noir », rue Berthelot.

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   L’un des buts recherchés par cette fusion est certainement d’obtenir le droit d’utiliser le terrain de sports de l’USL qui se trouve dans la cité minière de la fosse 5 à Avion près de la passerelle qui surplombe les marais. Un superbe terrain de trois hectares loué par la ville de Lens à la Société des mines de Lens muni d’une piste d’athlétisme, de zones de saut et de lancers et d’un terrain de football mais aussi de portiques de gymnastique, d’un cours de tennis et d’un … enclos pour élevage de chiens de défense.

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   Le jour de la reprise du championnat, pour le premier match sur leur nouveau terrain appelé « le terrain de la passerelle » ou « le stade des marais », les joueurs du Club sportif lensois écrasent ceux du Sporting club de Tourcoing six buts à zéro.

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Puis vint la guerre…. A la Libération le football est relancé à Lens par des militaires sous le nom de l’Union Foyer Franco-américain et redevint officiellement le Racing club lensois en 1920 sous la présidence de Marcel Pierron.

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Une piscine art-déco à Lens

12 mai

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   Beaucoup d’agitations actuellement sur la prochaine piscine de Lens, l’occasion de revenir sur la première piscine municipale.

   Si l’on veut voir à quoi elle ressemblait, il suffit d’aller voir celle de Bruay, c’était exactement le même.

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  C’est en effet au même architecte qu’Alfred Maës, maire de Lens et Henri Cadot, celui de Bruay ont confié la réalisation de cet espace de loisirs au tout début des années 1930 pour une population encore sous le coup des affres de la Première Guerre mondiale.

   Paul Hanote, l’architecte bruaysien, propose que cette piscine rappelle par son style les grands transatlantiques d’avant guerre dans un style art-déco, très en vogue à cette époque.

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  Sur la route de Douai, tout près du pont du même nom débute en 1932 la construction d’un espace où les larges allées de promenades ombragées entourent une belle piscine de plein-air mais protégée des vents du nord et d’ouest. Sur cette vue aérienne d’aujourd’hui, l’emplacement de la piscine.

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  L’établissement comportait trois vastes bassins dont un de forme circulaire profond de 50 centimètres pour les petits enfants. Les deux autres de 33,33 mètres sur 12,50 étaient réservés, l’un profond de deux mètres 40 aux sportifs, l’autre d’une profondeur de 95 centimètres aux cours natation.

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  De part et d’autres, des gradins pouvant accueillir 800 spectateurs, 130 cabines individuelles et quatre vestiaires permettant de recevoir jusque 300 personnes. Deux salles de réunion et deux solariums sur les terrasses complètent la construction.

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   La piscine est équipée d’un plongeoir avec trois plateformes à trois, cinq et dix mètres et de deux grandes salles de douches.

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   Mille mètres cubes d’eau sont filtrés et désinfectés chaque jour pour renouveler l’eau des bassins maintenue en permanence à 20° pour le plaisir des baigneurs lensois.

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   Malheureusement, cet ensemble, inauguré en 1934, ne durera que 10 ans. Le 11 août 1944, l’aviation anglaise bombarde Lens dans le but d’anéantir les installations ferroviaires. La piscine, pourtant située à bonne distance de l’objectif est détruite. Sur la photo de la fin des années 1940 ci-dessous, les ruines de la piscine entre les rangées de peupliers.

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   Seule, la maison servant de logement de fonction au directeur est restée intacte.

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   A la Libération, la reconstruction des équipements sportifs n’entre pas dans les priorités du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, créé fin 1944. Le 4 juillet 1952, le Docteur Schaffner présent au MRU un projet de reconstruction d’une piscine sur le même site que la précédente mais l’Etat se refuse à le financer dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre.

 Après bien des hésitations dues au financement et aux risques d’affaissements miniers, ce n’est que le 15 mai 1966 qu’est inaugurée la piscine olympique près de la Grande Résidence. En avril 2018, la piscine, dégradée et dangereuse, est définitivement fermée.

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  Un projet de construction d’un nouvel établissement situe la prochaine piscine de Lens du côté du stade Bollaert-Delelis. Il est peu vraisemblable qu’elle rappelle le style art-déco de la première.

 

1919, Lens ressuscite

1 mar

   Article réalisé d’après la presse de l’époque relevée sur les sites Internet des archives du Pas-de-Calais, de Gallica (Bibliothèque Nationale de France) et d’après des informations tirées du dossier n°8 de Gauheria « La Renaissance de Lens ».

   Au début de l’année, Lens n’est encore qu’une ville morte. Quelques rares réfugiés sont rentrés, quelques ouvriers sont arrivés. Les militaires continuent de déminer, de désamorcer les nombreux obus restés dans les ruines. Ils sont ramassés avec soin et stockés dans la pâture du notaire Léon Tacquet et dans la cour de la ferme des mines de Lens, rue du Pôle Nord. De nombreux accidents dus à des explosions auront lieu au cours de l’année comme celui qui tua trois prisonniers allemands.

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   Depuis la Libération, les ruines sont visitées par des pillards. Aussitôt la Libération, le préfet a fait installer un peloton de gendarmerie dans des baraquements élevés à la hâte. En janvier, 109 personnes peu scrupuleuses sont arrêtées.

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   La première famille lensoise revenue dès décembre 1918 chez elle est celle d’Ernest Defosseux, un forgeron. Dans les ruines de son atelier, il se fait une petite place et accroche son enseigne « Au Cheval Rouge ». Le travail ne lui manque pas. Il utilise les matériaux trouvés dans les ruines : du métal bien sur mais aussi du bois, des pierres, des briques, quelques morceaux de verre ; il faut bâtir quelques toits pour ces sans-abris.

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   En janvier 1919, le service des Ponts et Chaussées du Pas-de-Calais signe une convention avec l’entreprise Boyer et Boulanger pour déblayer Lens. Sur les voies étroites, des wagonnets tirés par les locomotives Decauville ou des chevaux transportent les gravas dans le quartier du Marais rendu impropre à la culture.

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   Dans les mines de Lens, on travaille au nettoyage des carreaux de fosse. On se prépare à réparer l’appareil de production. Elie Reumaux, le président du conseil d’administration de la société, avait tout prévu pendant la guerre : du programme de remise en service à l’achat du matériel nécessaire aux réparations. Il charge le directeur Ernest Cuvelette de cette lourde tâche depuis le siège de la compagnie installé dans un baraquement qui fut le QG de l’armée anglaise lors de la Libération.

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   Peu à peu, des ouvriers chargés de la reconstruction et quelques lensois de retour chez eux s’installent en ville et où se trouvaient les corons. Des maisons de tôles, des demi-lunes offertes par les armées américaine ou anglaise sans vraiment de confort mais protégeant des intempéries sont élevées un peu partout. D’autres vivent dans les caves, la fumée s’élevant d’un tuyau perçant les ruines indique qu’il y a de la vie sous terre.

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   La voie ferrée entre Lens et Arras est rouverte le 5 février mais uniquement pour le trafic des marchandises jusqu’au début du mois de mai. Les premiers wagons porteurs de matériaux et de maisons préfabriquées arrivent au compte-goutte.

   A la même époque, Emile Basly dépose à la Banque de France 52000 francs en espèces et 7000 francs en or que des lensois réfugiés en Belgique avaient réussi, malgré les menaces, à soustraire aux perquisitions allemandes.

   Et Lens a de la visite. Le dimanche 6 avril, ce sont 45 délégués de la conférence de la Paix qui arpentent les rues au milieu des gravats.

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   A partir du 11 mai, des convois de « pèlerins-touristes » visitent Lens. Les voyages au départ de Paris sont organisés par la compagnie de Chemin de fer du Nord. Voyeurisme ou véritable solidarité ? Le 21, c’est le président de la République Raymond Poincaré qui est accueilli par 2000 lensois.

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   Au printemps, le rythme des retours s’accélère. En avril 500 lensois sont de retour, en mai 1500. En juin, Lens compte 3000 habitants. Chaque jour, à la gare provisoire arrivent une cinquantaine de réfugiés. Les premiers rares commerces ont ouvert leurs portes mais l’essentiel du ravitaillement est toujours distribué par la Croix Rouge. Le premier agriculteur est revenu. Il a amené avec lui cinq vaches.

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   En mai, un centre de secours a été ouvert dans des baraquements de la place du Cantin à l’initiative de l’Union des Femmes de France.

   La vie reprend son cours malgré les privations. Le 19 mai, Emile Basly célèbre le premier mariage d’après guerre dans un bâtiment de fortune servant de mairie installé place du Cantin. Les époux se nomment Paul Legrand et Julia De Rues. Le 9 août, autre première : dans une maison de la rue Saint-Pierre de la cité de la fosse 11 a lieu la première naissance à Lens depuis la Libération. Le bébé s’appelle René Viseux.

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  Le 22 juin, une petite réception est organisée en l’honneur du grand chimiste lensois Auguste Béhal élevé depuis le 1er février au grade de commandeur de la Légion d’Honneur.

   Quelques jours plus tard, alors que dans la galerie des Glaces du château de Versailles s’apprête à être signé le traité qui met fin définitivement à la guerre, le conseil municipal se réunit pour approuver un avant-projet du nouveau plan de la ville de Lens qui comporte la création de nouvelles artères et le déplacement de quelques unes d’autres. L’emplacement de la gare des chemins de fer du Nord est également approuvé ainsi que le remplacement des passages à niveau du chemin de fer des Mines de Lens par des ponts rue du Pôle Nord et rue de Londres.

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   Début juillet, les transports urbains reprennent entre la cité de la fosse 12 et le centre-ville. Il est organisé en « camion-automobile » par le poste militaire d’artillerie de Lens.

   Pendant cet été 1919, les cérémonies religieuses reprennent également. Le 26 août d’abord dans une chapelle provisoire Saint-Edouard sur la route de Béthune. Puis le 7 octobre, c’est dans un baraquement offert par Félix Bollaert et son épouse qu’ont lieu les offices de la paroisse Saint-Léger. Le baraquement en bois démontable a été érigé derrière les ruines de l’église, rue Diderot.

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   Au début du mois d’août, malgré de nombreuses difficultés, un bureau de poste est ouvert place de la République. 15 personnes y travaillent mais, l’administration ne leur ayant pas prévu de logement, elles dorment sur-place ou chez l’habitant. Quelques commerces ont surgi des ruines : hôtels, boucheries, boulangeries, épiceries. Le marché hebdomadaire a repris devant les ruines de l’Hôtel de ville. Lors de son ouverture, il compte 37 exposants. Il y en aura plus de 200 en octobre.

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   Et Lens se remet à chanter ! Compte tenu des circonstances, la Fête Nationale n’est fêtée que le 3 aout. Ce sont les premiers concerts, les premiers bals, le premier feu d’artifice d’après-guerre après quatre ans de silence. Le premier cinéma également, des films muets sont projetés dans une salle mise à la disposition des lensois par la Croix Rouge américaine.

  La semaine suivante, Georges Clémenceau, président du conseil des ministres, visite Lens. Il n’y était pas revenu depuis les grandes grèves de 1906. En haut des ruines de l’hôtel de ville, les habitants ont hissé un grand panneau : « Lens veut renaître ».

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   La renaissance sous toutes ses formes, même sportives. Dès le mois de mai est créée l’Union sportive du Foyer franco-américain dont l’équipe de football dispute quelques rencontres contre les équipes des régiments anglais de la région. C’est le prélude à la renaissance du Racing Club lensois. Le 15 août Lens voir passer dans ses rues, entre ses ruines, une course cycliste, « le Circuit minier du Nord-Pas-de-Calais » ouverte à tous les coureurs « français ou alliés ». Dans le café des Sports de la rue de la Gare sont prises les inscriptions pour des cours de culture physique, de lutte et de boxe anglaise. Des sociétés colombophiles, de javelot ou de tir à l’arc sont recréées.

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   Vers le 20 Aout, un lensois, Henri Dubois est arrêté pour avoir collaboré pendant la guerre au journal de propagande allemand « La Gazette des Ardennes ».

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   En septembre, ils sont 5000 lensois à vivre dans ces conditions précaires et à assister à l’inauguration de la mairie provisoire. Elle est installée sur la place du Cantin.

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   Près de là, trois baraquements de bois : l’un est la demeure d’Emile Basly. Le maire de Lens, qui vient tout juste d’être décoré de la Légion d’Honneur, n’a pas voulu de privilège, il est logé comme tous ses concitoyens.

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   Dans le même temps commencent sur un terrain de 1500 hectares communs aux communes de Lens et de Loison les travaux de construction d’une cité où seront logées 300 familles. Offerte par le gouvernement des Pays Bas aux sinistrés, ces habitations faites de bois seront montées par un architecte et un ingénieur néerlandais.

  Mais les travaux n’avancent pas. Début novembre, dans un courrier, Basly proteste auprès de Clémenceau : L’ensemble des maisons que l’on appellera « la cité hollandaise » ne sera pas disponible avant l’hiver de même que 500 autres maisons prévues être construites par la Société des mines de Lens alors que 150 familles habitent toujours dans des caves. La cause en est le manque de moyens de transport des matériaux. Basly signale également que 100 000 tonnes de charbon destinées à chauffer les lensois pendant l’hiver prochain sont, pour le même motif, bloqués à Anvers. Le maire précise qu’à Lens 70 camions et leurs chauffeurs sont immobilisés depuis plusieurs semaines parce que la ville n’a pas été ravitaillée en essence !

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   L’automne arrive et voit la première rentrée des classes à Lens depuis la Libération. Le 6 octobre, dans des classes dont la toiture n’est que de la tôle ondulée, les jeunes lensois de 6 à 13 ans vont pouvoir reprendre les cours à école Jeanne d’Arc. Viendront ensuite la réouverture des écoles Berthelot et Paul Bert. Les enfants de 4 à 6 peuvent être pris en charge dans une école maternelle, rue de Douai.

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   Le 23 octobre, la ligne du chemin de Fer des mines entre Lens et Violaines est rétablie. Elle va servir à acheminer les matériaux de reconstruction et le personnel chargé des mines logé à Pont-à-Vendin. La ligne est aussi ouverte aux voyageurs et assure un aller-retour matin et soir.

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   Le 4 octobre, jour anniversaire de la libération de Lens ainsi que le 11 novembre, un an après la signature de l’armistice, aucune manifestation n’est organisée à Lens. Il y a trop de travail pour penser à commémorer.

   Le 22 novembre, Clémenceau envoie Tardieu, ministre des régions libérées, assurer aux lensois que les moyens de transports allaient être améliorés mais il est déjà trop tard pour les rapatriés qui passeront l’hiver dans le froid.

  A la fin de mois, un hôpital est ouvert rue de l’Hospice. Il remplace le centre de secours ouvert en début d’année. Construit également avec des matériaux offerts par la Hollande, il est dirigé par le docteur Brulant.

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   Décembre arrive avec ses peines et ses joies. Le 1er décembre, Emile Basly et ses colistiers parmi lesquels Alfred Maës, Romuald Pruvost et Alfred Van Pelt sont largement réélus à la mairie de Lens. Emile Basly remporte également les élections cantonales.

   Le 4, une violente tempête sévit sur la ville. Les tôles des maisons s’envolent, les toitures de bitume sont arrachées … A l’école Jeanne d’Arc qui n’a plus de toit, les cours sont suspendus jusqu’à la fin de l’année.

   Le samedi 8 décembre, la Société des mines de Lens fête sainte Barbe pour la première fois depuis 1913. Après une messe célébrée en la chapelle Saint-Edouard, un grand banquet de 180 couverts est offert dans une salle de la centrale thermique de Vendin-le-Vieil.

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   L’année se termine en apothéose malgré les privations et le froid. Le 28 décembre, le président Poincaré est en visite dans les régions dévastées. Emile Basly lui fait arpenter les rues de la ville toujours encombrées de ruines.

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  Puis le président remet au maire les médailles de la Croix de Guerre et de la Légion d’Honneur décernées à la ville de Lens. La cérémonie se déroule devant 7000 personnes regroupées sur la place du Cantin entre les baraquements pavoisés. Ce jour là, les habitants se disent « fiers d’être lensois ».

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La route de Béthune

15 fév

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   C’est vers 1770 que les Etats d’Artois décidèrent de l’aménagement d’un grand chemin entre Lens et Béthune. Quelques années plus tard, la voirie fut pavée. Après avoir été appelée route royale de Bouchain à Calais, elle devient en 1811 la route impériale n°50. Avec la loi sur les axes routiers de 1824, elle est baptisée route nationale n°43 de Metz à Calais, nom qu’elle conservera jusqu’à la réforme de 2006 quand elle devient la route départementale 943.

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    La route de Béthune aurait pu être le site de la bataille de 1648 entre Condé et l’armée espagnole. C’est par cet itinéraire que le Prince de Condé ordonna la retraite de ses troupes lors d’un assaut des espagnols le 19 août laissant ainsi croire à la victoire pour l’archiduc de Habsbourg. Le lendemain, Condé décida de combattre dans un autre secteur de Lens et remporta la victoire qui mit fin à la guerre de 30 ans.

   Difficile de croire aujourd’hui que l’ensemble des terrains longeant la route de Béthune, qui s’étendait alors du carrefour des Grands Bureaux au Chemin Manot, appartenaient depuis la fin du 19ème siècle à une seule entreprise : la Société des Mines de Lens. La « propriété privée » s’étendait de part et d’autre de l’axe routier jusqu’à la route de La Bassée au nord-est à l’avenue Alfred Maës (avenue de Liévin alors) au sud-ouest.

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   C’est en bas de la route de Béthune, dans un quartier appelé Sainte-Elisabeth, que la Société des Mines de Lens fit creuser sa première fosse en 1852. Ce secteur devint rapidement le centre de la compagnie minière dès la seconde moitié du 19ème siècle. Outre la fosse et son chevalet, on y trouvait les services administratifs, les ateliers, un dépôt ferroviaire et les premiers corons.

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   Lors de la Première Guerre mondiale, la route de Béthune fut l’un des sites où les batailles firent rage pendant les quatre années du conflit. Les troupes allemandes, réfugiées dans Lens y creusèrent des tranchées et érigèrent des blockhaus pour repousser les troupes alliées venant de Loos (qui n’était pas encore Loos-en-Gohelle).

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   En août 1917 lors de la bataille de la côte 70, c’est sur la route de Béthune que le soldat canadien Filip Konowal réalisa les exploits qui lui valurent la croix de Victoria, la plus haute décoration de l’Empire britannique. Son travail était de dénicher les allemands cachés sous terre. Il aurait éliminé à lui seul 16 ennemis en deux jours de combats. En souvenir du soldat Konowal le 22 août 2005, une plaque a été posée sur le muret figurant l’entrée d’une tranchée derrière une borne Vauthier. La borne Vauthier, du nom du sculpteur qui la réalisa, marque l’endroit exact de la ligne de front en juillet 1918, les points extrêmes qu’attinrent les troupes allemandes avant d’être définitivement repoussées.

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   Au début des années 80, le renfoncement dans ce muret sert surtout à entreposer ordures et objets divers. En accord avec la municipalité, le site est nettoyé et rénové par les services techniques des HBNPC.

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    Tout près de là se trouve le monument aux Morts des ouvriers, employés et retraités des mines de Lens de la Première Guerre mondiale. Dans un petit square à l’entrée duquel on trouve une plaque avec ce texte : « Ce monument et ce square sont placés sous la protection des mines, des mineurs et de leurs familles » est érigé le monument où sont posées 48 plaques (neuf autres sur un muret derrière la construction). En tout 906 noms de salariés et retraités des mines de Lens, des militaires tués au combat et des victimes civiles. Ce monument a été inauguré par Félix Bollaert le 4 octobre 1925, jour anniversaire à la fois de l’arrivée des Allemands à Lens en 1914 et de la libération de la ville quatre ans plus tard.

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   Après la Grande Guerre, la ville de Lens a dû redessiner son plan d’urbanisme. Il fut établi que les routes nationales traversant la ville auraient la taille suivante : trois mètres pour les trottoirs de part et d’autre et une voie large de huit mètres au centre. Un accord du être passé avec la Société des mines de Lens, celle-ci concéda à la ville la surface nécessaire à l’élargissement de la route.

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   Du côté des Mines de Lens, débute dès 1919 les travaux qui permettront de relancer la production. En accord avec la municipalité, le quartier Sainte-Elisabeth est repensé. Une artère est créée pour permettre de rejoindre la route de Béthune au centre-ville par l’avenue du Quatre Septembre.

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   Après le pompage des galeries inondées par les Allemands et la réparation du cuvelage, la fosse 1 est remise en service en 1922. Equipée d’un chevalement en béton, elle cessera d’extraire dès 1929 mais continuera d’assurer le service et l’aérage jusqu’à sa fermeture définitive en 1960.

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   Le puits est comblé en 1971 et le chevalet est détruit le mardi 22 juillet 1986.

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   Après la Grande Guerre, des abris de fortune, des demi-lunes en tôles abritèrent les ouvriers chargés de la reconstruction des mines.

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   Dès 1920 commença la reconstruction des cités tout le long de la route. Les habitations des corons ont alors des formes architecturales bien différentes : de longues barres, des maisons groupées par deux ou par trois puis, plus tard de petites maisons individuelles de pensionnés.

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   Au début des années 80, la ville de Lens devient propriétaire des terrains de la fosse 1 appartenant à Charbonnage de France. La municipalité décide de réaménager l’ensemble du site laissé à l’abandon.

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   Ainsi, petit à petit le long de la route de Béthune s’élèveront la médiathèque Robert Cousin et un ensemble immobilier, l’Espace Bollaert avec notamment un hôtel-restaurant.

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   Au pied du chevalet, la salle des fêtes des mines de Lens est rasée et remplacée par la salle Jean Nohain.

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   De l’autre côté de la route, Félix Bollaert avait fait élever en 1920 une chapelle. Elle permettait aux fidèles de la paroisse Saint-Léger de se réunir en un lieu en attendant la reconstruction de leur église. La chapelle reçut le nom de Sainte-Elisabeth. Progressivement, elle devint le lieu de culte de la communauté polonaise de Lens. Réalisée en bois, sa vétusté, sa dangerosité obligeront ne plus y donner d’offices dès le début des années 50.

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   En juin 1965, la chapelle est rasée et les travaux de construction d’une église aux formes architecturales modernes débutent. L’église du Millenium, que beaucoup de lensois appellent encore « l’église polonaise », est consacrée par le cardinal Rubin le 16 avril 1967. Elle est inscrite depuis le 27 janvier 2014 à la liste des Monuments Historiques.

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   Sur l’esplanade, une stèle rappelle que le dimanche 18 octobre 1981 Lech Walesa, alors leader du syndicat polonais Solidarnosc, est venu à Lens . Sur le parking du stade Bollaert, devant plus de 5000 personnes, une messe fut célébrée et suivie d’un spectacle assuré par les groupes folkloriques polonais de la région.

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   Le numéro 71 de la route de Béthune a pendant de longues années abrité la gendarmerie de Lens. La maréchaussée a longtemps occupé des casernes situées sur la place verte (place de la République). En 1877, elle intègre de nouveaux locaux dans la rue de la Paix. Mais rapidement, avec l’augmentation de la population, les effectifs de gendarmerie ne correspondent plus aux besoins surtout que les nombreux conflits sociaux exigent une présence importante des forces de sécurité.

   C’est justement l’argument qu’utilise la Société des Mines de Lens pour proposer au Département d’installer la gendarmerie sur un terrain lui appartenant route de Béthune. Situé à proximité des bureaux centraux, des ateliers et pas très loin des puits de mines, il permet l’intervention rapide des gendarmes en cas de conflit.

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   Le 1er octobre 1905, les gendarmes s’installent dans les nouveaux locaux et leurs familles dans des logements construits sur place autour de la grande cour. Dès l’année suivante, les troupes envoyées par Georges Clémenceau pendant la grande grève qui suit la catastrophe dite « de Courrières » bivouaquent dans la cour de la gendarmerie.

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   Après la Grande Guerre et la destruction totale des lieux, la gendarmerie est reconstruite en 1923 au même endroit. Elle sera modernisée à plusieurs reprises jusqu’à disparition du groupement de gendarmerie de Lens à la fin du siècle dernier.

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   Juste à côté, au numéro 73 de la route de Béthune habitait une des figures des Houillères et du Racing Club de Lens, Maurice Denis. Né en 1926 à Liévin, dessinateur maquettiste aux Grands Bureaux de Lens, il fut surtout connu pour avoir été l’un des responsables du magasine des mineurs « Relais ». Il a également été commentateur des matches du RCL, créateur du journal du club « Sang et or ». Egalement peintre à ses heures, c’est lui qui a dessiné le blason du RCL en 1955. Maurice Denis est décédé en 2013 à l’âge de 87 ans. (Source Gauheria n° 86)

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   Sur le même côté un peu plus loin se trouve la rue de l’Université qui conduit à l’IUT de Lens. Jusque dans les années 80, cette artère se nommait « le Chemin Perdu » dans lequel se trouvait l’entrée du centre de formation des Houillères qui a ouvert ses portes le 14 mai 1946. L’année suivante une mine-image (reconstitution d’une véritable galerie minière) permet aux stagiaires d’être formés dans des conditions identiques au travail du fond. Le centre et la mine-image fonctionneront plus de 35 ans avant d’être fermés définitivement le 31 août 1985.

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   Le site a alors servi à construire l’IUT qui a ouvert ses portes à la rentrée 1987 pour 75 étudiants.

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   Un peu plus haut, on arrive dans la cité de la fosse 12. Sur la côté gauche, une zone d’activités légères. Elle est installée là depuis la fin de l’exploitation charbonnière et la destruction du site de la fosse 12bis. La fosse no 12 bis dite du docteur Barrois fut percée vers 1905 pour servir d’aérage à la fosse 12.

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   Son chevalet est reconstruit en béton armé après la Première Guerre mondiale. Elle est utilisée jusqu’en 1976.

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   C’est en 1984 que le chevalet est détruit et que le carreau devient une zone d’activité où sont regroupées plusieurs entreprises.

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   En face, l’avenue Saint-Edouard nous laisse entrevoir l’église de la cité de la fosse 12.

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   Quelques mètres plus loin, sur le même trottoir, de nombreux commerces. Dans les années 50, c’était un lieu de détente et d’amusements pour les jeunes lensois. Les cinémas « L’Eldorado » ou « Printania », les salles de bal « Herfaut » ou « Idéal Dancing », une salle tenue par la famille de Firmin Cerisier dont les deux filles épousèrent les joueurs professionnels du RCL Jean Lewandowski et Ladislas Smid (dit Siklo).

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   Juste avant d’entrer dans Loos-en-Gohelle, la route de Béthune traverse le carrefour Plumecocq. A gauche, le rue Léon Blum, à droite, la rue Pierre Brossolette. Longtemps ces deux rues faisaient partie du Chemin Manot, une artère qui allait de Souchez à Vendin-le-Vieil. C’est au 17ème siècle qu’elle fut créée par un certain Manot, intendant du roi Louis XIV. Pendant la guerre de Trente Ans, quelques années avant la victoire de Condé, les troupes françaises encerclèrent à plusieurs reprises la ville occupée par les Espagnols. Les armées françaises étaient cantonnées dans des camps décrivant un arc de cercle sur les hauteurs de Vendin, Lens et Liévin. Le chemin Manot permettait de relier ces garnisons entre-elles en évitant de s’approcher des remparts de la ville.

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   Enfin, après avoir laissé sur la droite les quelques commerces, il fallait auparavant passer sous le pont du chemin de fer des mines avant de quitter Lens.

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   De nos jours, la route de Béthune est toujours autant fréquentée, surtout lors des rencontres de football au stade Bollaert car elle relie directement les parkings du stade à l’autoroute A21, la rocade minière.

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La route de Lille et le Grand-Condé

3 fév

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   Au Moyen-âge, le Chemin de Lille, sur lequel sera tracée la route de Lille bien plus tard, n’était pas raccordé directement au bourg de Lens. Il fallait sortir par la Porte d’Arras et prendre vers le nord.

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   Au 18ème siècle, la jonction est faite avec la construction de la porte de Lille que l’on pourrait situer aujourd’hui sur la rue Lanoy, au croisement des rues Eugène Bar et du 14 Juillet.

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   Avant la loi du 28 juillet 1824 qui institua les routes nationales, le tronçon allant de Lens à Loison-sous-Lens faisait partie de la Route Impériale n°28 allant du Havre à Lille. En 1824, elle intègre la route Nationale 25. Depuis le 1er janvier 2006, nous sommes sur la route Départementale n° 917.

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   La route de Lille débute officiellement dès les premiers corons, au niveau de la rue Etienne Dolet.

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   Depuis le 19ème siècle, elle s’appelait « Rue de Lille » depuis la place Jean Jaurès à la limite de Loison.

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   Puis elle fut scindée on donna le nom de « Route de Lille » au-delà de la place du Cantin. De là jusque sur la place Jean Jaurès, elle conserva le nom de rue de Lille jusqu’en 1947 lordqu’elle devint la rue René Lanoy.

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   Les recensements de la population nous indiquent que dès 1861, des mineurs se sont installés sur la route de Lille près de la fosse 2 et qu’en 1886, des corons y étaient construits.

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   Pour rompre la monotonie de ces grands alignements, la Société des Mines de Lens avait orné chaque maison de motifs différents.

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   Les mineurs qui vivaient là étaient essentiellement employés à la fosse 2 dite du Grand Condé. L’avenue du même nom partant de la route de Lille permettait de rejoindre le carreau de la fosse.

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   Cette fosse fut appelée ainsi par la Société des mines de Lens car elle se situait dans le quartier du Grand Condé appelé ainsi en souvenir de la victoire du Prince de Condé sur les troupes espagnoles de Léopold de Habsbourg en 1648. C’est en cet emplacement qu’aurait été situé le campement des troupes françaises avant de donner l’assaut.

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   Un autre campement militaire exista au Grand Condé. Le notaire Léon Tacquet, gendre d’Elie Reumaux le directeur des mines de Lens, possédait au Grand Condé un grand haras. Il servit de campements en 1906 aux militaires français envoyés mater la grève des mineurs consécutive à la catastrophe des mines de la compagnie de Courrières.

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   Des 1914, ce furent au tour des troupes allemandes de s’installer dans les haras du notaire.

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   La fosse 2 fut creusée à partir de 1858 à une profondeur de 226 mètres. En 1905, la fosse 2 bis lui fut adjointe.

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   Déjà à cette époque, les corons côtoient quelques maisons individuelles sur cette route rectiligne.

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   Comme le reste de la région lensoise, la route de Lille est entièrement rasée lors de la Première Guerre mondiale.

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   Des 1919, la reconstruction débute. Il faudra attendre le début des années 20 pour voir de nouveau les alignements de corons sur la route de Lille.

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   La réfection de la route et des trottoirs viendra un peu plus tard.

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   Une fois les barres de corons franchies en direction de Loison, les maisons des mines sont construites dans un autre style : des habitations groupées par deux ou par trois.

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   Auparavant les nouveaux chevalets des fosses 2 et 2bis se sont élevés. L’un métallique, l’autre en béton armé.

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    Les fosses 2 et 2 bis cesseront leur activité en 1972. Le terrain, abandonné par les HBNPC, devint vite une friche envahie par la végétation.

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   De nos jours sur l’ancien carreau de la fosse du Grand Condé se trouvent des services techniques municipaux et la grande antenne de télécommunication visible de loin.

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   Là où se rejoignent les communes de Lens et de Loison se dressaient dès 1919 les premières habitations de la Cité Hollandaise. De petites maisons en bois offertes par le gouvernement des Pays-Bas. Elles sont importées en pièces détachées et montées sur place. Emile Basly, maire de Lens à l’époque, n’hésite pas à comparer le confort relatif de ces habitations avec la vétusté des logements provisoires mis en place par l’état français.

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   Ces maisons qui n’étaient que provisoires perdureront jusque dans les années 70. La cité sera alors rasée pour laisser place aux travaux de la rocade minière et les habitants relogés dans la cité Anne Franck toute proche.

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   A la limite entre la rue Lanoy et la route de Lille se trouve aujourd’hui une station-essence. C’était à cet endroit que le célèbre coureur cycliste lensois Maurice Garin avait installé son garage. Maurice Garin, arrivé à Lens en 1901, vainqueur du tout premier tour de France en 1903 est resté aux commandes de son commerce jusqu’à son décès à Lens le 19 février 1957.

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   Sur la gauche de la route en allant vers Lille, une église à l’architecture peu ordinaire. Elle est consacrée à saint Wulgan et à Notre-Dame des Mines. Elle a remplacé au début des années 60 la chapelle Notre-Dame des Mines construite après la Première Guerre et qui, se dégradant dangereusement, a du être détruite.

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   L’église saint Wulgan fut ouverte au culte en 1962. Sa forme circulaire, ses nombreux vitraux et sa verrière sont remarquables.

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   Chaque année, une procession était organisée dans la cité de la fosse 2 : des mineurs en tenue de travail portaient la statue de Notre-Dame des Mines, une œuvre réalisée par un mineur, Marc Montaigne, en 1935.

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   En face de l’église Saint-Wulgan, la rue Jules Guesde, dans laquelle après la Grande Guerre les mines de Lens avaient mis à la disposition des pompiers lensois 16 logements. Pour les alertes, la rue était munie d’une sirène.

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   La route de Lille arrive ensuite au niveau de l’embranchement vers Loison. Là se trouvait un passage à niveau non gardé qui protégeait une voie ferrée des mines de Lens. Après la seconde guerre, un embranchement partant de la fosse 2 du Grand-Condé rejoignait par le boulevard du Marais les entreprises riveraines du canal dont l’usine des Laminoirs.

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   Au début des années 70, la ville de Lens prend possession d’une grande maison d’ingénieur des mines au 303 de la route de Lille. Le 6 avril 1974 était inauguré dans cet édifice la Maison d’accueil Ernest Schaffner destinée à recevoir jusque 26 sans-abris de la commune. Aujourd’hui se trouve à cet emplacement l’association APSA La Boussole, une association humanitaire d’entraide sociale.

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   C’est juste après les bretelles de l’autoroute que la Route de Lille quitte Lens pour entrer sur le territoire de Loison. De la place du Cantin à l’entrée de Loison, la route de Lille reste une des artères les plus fréquentée de la région.

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L’avenue Alfred Maës

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   Le 28 janvier 1942, le Préfet du Pas-de-Calais approuve la décision du Conseil municipal lensois de donner à l’avenue de Liévin le nom d’avenue « Alfred Maës ».

   Né à Saint Omer le 15 juillet 1875, Jacques Alfred Wilfrand MAËS est orphelin très jeune. A 13 ans, il part travailler aux mines de Lens où il est embauché à la fosse 2 d’abord puis à la fosse 11. Après son service militaire, il est réembauché à la fosse 1 « Saint Elisabeth ». Il adhère aussitôt au Vieux Syndicat d’Emile Basly et Arthur Lamendin. Il en deviendra rapidement un des leaders, délégué à la sécurité puis responsable du contentieux.

   Devenu conseiller municipal dès 1904, il est élu maire de Lens puis député du Pas-de-Calais en 1928 après le décès d’Emile Basly.

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   On retient surtout du maire de Lens la construction de l’hôpital de la route de La Bassée en 1930 et du responsable syndical la création du dispensaire de la caisse de secours des mineurs sur le boulevard Basly.

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   Maintenu maire au début de la seconde guerre mondiale, ses fonctions lui permettent de réaliser des actes de résistance, notamment falsifier avec son ami Ernest Schaffner, directeur de l’hôpital, des cartes d’identité pour les malades et blessés juifs hospitalisés.

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   Maës connait sa dernière grande grève en juin 1941 : pour protester contre les décisions des Allemands, 80% des mineurs du bassin cessent le travail. Ce sera le dernier grand événement qu’il aura vécu : il décède à Lens le 17 août 1941 après une grave maladie dans sa maison familiale, rue Anatole France. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de la route de Douai.

   Au moyen âge, à l’emplacement de l’avenue Alfred Maës se trouvait le Grand chemin de Liévin à Lens (en opposition au Petit chemin de Liévin à Lens plus au sud où se trouve aujourd’hui la rue Notre-Dame de Lorette).

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   C’est en 1872 que l’ont voit apparaître le nom de « Route de Liévin » sur les fiches de recensement de la ville de Lens. Elle est composée quasiment en totalité de maisons de mineurs. Depuis une dizaine d’années, elle est traversée aux abords de Lens par la « ligne des houillères », une voie de chemin de fer qui relie Arras à Hazebrouck. Le passage à niveau est gardé par un certain Jean-Baptiste Hugot. Vers la fin du 19ème siècle, le passage à niveau est remplacé par un pont.

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   Au début du 20ème siècle, faisant partie du « Grand chemin n°58 », elle prend le nom sur le territoire de Lens de rue de la Bataille (ou rue du coron de la Bataille) en souvenir de la victoire de Condé. Ce serait en effet par cet axe que les troupes espagnoles se seraient enfuies après leur défaite en 1648 contre le prince de Condé.

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   Après la première guerre mondiale, l’artère est nommée Avenue de Liévin. Ce nom lui restera donc jusqu’en 1942.

   L’avenue Alfred Maës débute au carrefour Bollaert. Son point de départ était marqué d’un côté par le jardin public appelé aujourd’hui square Chochoy et de l’autre par l’immense garage automobile Lallain.

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  Ensuite, l’artère passe sous le pont Césarine….

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…. nommé ainsi (jamais officiellement il faut le dire) en mémoire de la tenancière d’un estaminet appelé « A l’arrêt du Tramway ».

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    Les nombreux voyageurs se désaltéraient au bar de Césarine Hennebois en attendant de prendre le Tortillard qui pouvait les emmener jusque Frévent en longeant au début de son parcours l’avenue de Liévin.

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   La rue de la Bataille, comme tout le secteur, est réduite à l’état de ruines lors de la Première Guerre mondiale.

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   Après la libération, c’est à partir de 1920 que les corons sont reconstruits.

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   Le pont Césarine est reconstruit et élargi pour supporter des voies du triage de la SNCF.

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   Un autre pont en béton armé supporte les voies du chemin de fer des mines de Lens. Il est détruit en 1992.

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   Un peu plus loin se dresse majestueusement la statue d’Emile Basly. Après le décès du maire de Lens en 1928, une souscription est ouverte pour faire ériger un monument en son honneur. Quelques années plus tard, une statue sculptée par Augustin Lesieux représentant Emile Basly dans sa célèbre posture est installée au carrefour Bollaert. Démontée et cachée des vautours allemands qui voulaient en faire fondre le bronze pendant la Seconde Guerre, elle est ensuite déplacée à la jonction de l’avenue de Liévin et la route d’Arras.

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    Pendant plusieurs centaines de mètres, l’avenue longe ces longues barres de corons.

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   Mais certaines habitations provisoires datant de l’après Seconde Guerre, de véritables taudis, perdureront jusqu’au début des années 60.

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   Beaucoup se souviennent que l’avenue a frôlé pendant des décennies les installations de la fosse 9 des mines de Lens et du stade-vélodrome Maurice Garin aujourd’hui disparus dans le cadre de l’arrivée du Louvre-Lens.

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   L’avenue Alfred Maës continue ensuite son chemin vers Liévin en jetant un coup d’œil à la jolie devanture art-déco du temple de l’église évangélique baptiste et en passant devant les écoles privées Sainte-Thérése et du Sacré-Cœur.

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   Juste avant d’arriver à Liévin, l’avenue flirte avec les petites maisons Camus de la cité du 9bis. A la fin des années 50, pour répondre à la pénurie de logements, les Houillères construisent pour les retraités ces maisonnettes selon le procédé « Camus » du nom de l’ingénieur qui a créé le principe. Les « Camus » dits bas comme celles de cette cité sont construites à partir de 1959.

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   Aujourd’hui, l’avenue Alfred Maës est empruntée autant pas les habitués que par les nombreux touristes qui viennent à Lens visiter le musée du Louvre-Lens.

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